‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 44 sur 84 · Tristram Shandy de Sterne · texte numérisé non relu

Tristram Shandy de Sterne

2. Par suilc d'une erreur dans la disposition du manuscrit, le verso du folio 35 doit être lu avant le recto.

fo 35 vo (2).

l3o ANDRÉ CHÉNIER

saient cas. Ce n'est point une exagération, cela est vrai à la lettre, et les expressions familières à leur langue en font foi ; car les manières de parler proverbiales étant toujours le fruit des usages d'une nation, de ses habitudes, de ses mœurs publiques, de sa façon de penser et de sentir, ne sont pas des témoins récusables. Il est bon que la postérité sache donc que presque jusqu'aujourd'hui la liberté n'était pas chez nous, comme chez les anciens, une vertu sans laquelle il n'est point de vertu ; elle était un vice, le désir de la posséder, un crime, son nom seul une injure ; si bien que lorsqu'un homme était accusé de penser librement (c'est l'expression qu'on employait, et non pas une autre), on l'évitait, on recommandait aux jeunes gens de le fuir, on déplorait pathétiquement le sort des malheureux qui suçaient le poison d'une société si dangereuse. Et lorsqu'un Montaigne, un Bayle, un Rousseau, un Montesquieu réclamaient contre l'excès des tyrannies royales ou ecclésiastiques, ou seulement en indiquaient la véritable source qu'on avait tant d'intérêt à cacher, la plupart des lecteurs anathématisaient l'ouvrage en disant qu'il était plein de pensées libres ; honorable reproche que trop peu d'auteurs ont méritée

I . Ce passage — depuis Ils étaient façonnés jusqu'à la fin de l'alinéa — a été publié par M. de Latouche dans la Revue de Paris (n° de mars i83o). Latouche datait le fragment de l'année 1788. Becq de Fouquières a cru pouvoir le rattacher (Œuvres en prose, p. 334) aux « études d'André Ghénier sur les causes des progrès et de la décadence des lettres », dont ce critique ne connaissait, du reste, qu'un seul chapitre. Le manuscrit original que nous possédons maintenant

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Oa les loue de ce qu'ils sont bien lâches, de ce f°32gv». qu'ils obéissent bien, de ce qu'ils aiment bien leur esclavage...

Les poètes, lettrés, historiens, parviennent à dire, à prouver, à persuader que les rois sont les vicaires de Dieu, qu'ils ne tiennent leur pouvoir que de lui, qu'ils ne doivent compte à personne. Cruels et méprisables sophistes !

Il reste encore dans un pays, sinon de bonnes mœurs, du moins quelque trace de bonnes mœurs, lorsqu'on y conserve un peu de pudeur, lorsqu'on n'ose s'avilir ouvertement, lorsqu'on le nie si l'on est découvert, et qu'on cherche au moins quelques couleurs pour déguiser sa bassesse. Il faut que l'habitude des lâchetés soit fondée sur une expérience bien longue et bien générale pour que les malhonnêtes gens, qui, dans les pays où il y en a peu, se cachent même les uns des autres, parviennent à négliger comme inutile le soin de se cacher même devant des inconnus, et dédaignent jusqu'à la peine de se dissimuler. J'ai vu cette nonchalante effronterie portée à un point qui ne saurai^ se concevoir. Un homme a employé les plus lâches flatteries près

permet de trancher la question. Il porte, en effet, la mention ax:oX ; celte belle page fait donc sûrement partie de V Apologie.

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des grands pour avoir de l'argent, ou pour obtenir quelque privilège oppresseur; ou ruiné, joueur, perdu de dettes, il se vend bien cher à la lubricité de quelque vieille dissolue; ou il se relève par quelque mariage infâme et opulent. Il est parvenu à être ministre, soit par une complaisance vile qui l'a rendu utile aux plaisirs de son prédécesseur, soit parce que des femmes intrigantes et débauchées ont trouvé dans lui de quoi satisfaire mieux à l'intempérance de leurs désirs. Vous croyez qu'il rougit des degrés ignominieux par oii il est monté ; non, il en convient presque sans détour; il lève le front; il a presque l'air de s'en vanter. Qu'en son absence on en parle dans quelque société nombreuse, on en fera bien quelque raillerie; mais chacun finit par tomber d'accord qu'il a fort bien fait, que les bassesses ne sont méprisables que quand elles n'ont pas réussi; et plusieurs envient tout bas, plusieurs même tout haut, le bonheur qu'il a eu de rencontrer des circonstances qui l'aient mis à portée de développer des talents qu'ils sentent avoir aussi bien que lui.

Mais vous, modeste et silencieux honnête homme, qui, vivant en solitude, ne connaissant rien à de pareil usages, écoutez tout ce qu'on dit là sans y comprendre un seul mot, vous interrogez, vous voulez quelque explication : alors un beau parleur se lève, il vous raconte dans le plus grand détail toute la vie de celui dont on parle, et cela d'un ton si calme, si assuré, oii Ton voit si bien qu'il aurait fait de même

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à sa place et qu'il ne doute pas que vous-même n'eussiez fait de même aussi, que vous rougissez, vous ouvrez de grands yeux, vous ne savez que dire. Vous prenez courage, enfin, et vous lui dites: « Mais la probité, mais la délicatesse, mais l'honneur, mais cette liberté courageuse et fière qui accompagne l'homme de bien... » A ce discours, ils sont tous aussi étonnés que vous Tétiez tout à l'heure en les écoutant, ils rient, ils détournent la tête sans vous répondre, excepté un profond penseur qui s'avance et vous observe que vous parlez en homme qui lit beaucoup, que toutes ces vertus avaient du bon dans la république romaine, mais qu'aujourd'hui il n'ya rien de mieux que d'être un fripon. Stupéfait, vous balbutiez, quand un autre prend la parole et assure que la république romaine ne valait pas mieux qu'une autre, qu'on vante beaucoup les Anciens, mais qu'au fond toutes ces vieilles histoires ne sont que des fables et qu'il n'y a jamais eu d'honnêtes gens. Et tout le monde s'en tient à cette opinion.

De tous ces hasards (nombre de causes expliquées f' 33o vo, plus haut) sont nés en Europe toutes ces jurisprudences honteuses et tous ces affreux codes de lois, par lesquels plusieurs peuples se laissent gouverner, lois cruelles et absurdes partout où elles ne sont pas obscures et inexplicables ; lois que de sots chicaneurs osent encore essayer de défendre avec une faiblesse

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risible et une mauvaise foi honteuse ; lois si détestables que le bon sens et l'équité obligent souvent un juge honnête homme à les éluder ; lois qui abandonnent la vie et l'honneur du citoyen pauvre et sans appui à la haine, à rinsouciance et à l'incapacité d'un juge méchant, ivre ou imbécile; lois qui ont fait et font périr des milliers d'innocentes victimes, et qui en ont cédé à peine trois ou quatre à M. de Voltaire, à M. Dupati et à quelques autres hommes respectables, qui ont élevé la voix de la justiceetde l'humanité ^

I. Allusion aux mémorables campagnes de réhabilitation qui se succédèrent pendant la seconde moitié du xvni^ siècle, en faveur des Calas, des Sirven, des La Barre, des Lally, etc. La campagne entreprise par le président Mercier-Dupaty, l'auteur des Lettres sur l'Italie, pour être peut-être moins célèbre, doit être regardée cependant comme l'une des plus admirables. On sait que Dupaty arracha à la roue, au moment où leur supplice allait commencer, trois infortunés paysans des environs de Chaumont-en-Bassigny, Bradier, Simare et Lardoise, condamnés à mort après la plus infâme procédure criminelle dont l'histoire du temps fasse mention (1788-1 787V L'héroïque président se voua à l'œuvre de la revision de leur procès avec une énergie et une éloquence qui émurent la France entière. Il triompha, aux applaudissements de tous les gens éclairés ; mais tant d'efforts, sans parler des persécutions qu'il avait précédemment subies, altérèrent sa santé et il mourut l'année suivante (1788). Il avait mérité, dès sa jeunesse, par son attitude généreuse, ce bel éloge de Voltaire : « Dupati, disait le défenseur de Calas dans une lettre au duc de Richelieu, est idolâtre de la tolérance. Décidément, mon apostolat n'a pas laissé de faire fortune parmi les honnêtes gens; c'est ce qui berce ma vieillesse. » Il n'est pas surprenant que Chénier ait tenu à lui rendre hommage dans deux passages caractéristiques de son Apologie. Par son rôle dans l'affaire de Chaumont, comme par ses Réflexions historiques sur les lois criminelles et par ses Lettres sur la procédure criminelle en France, Dupaty doit être considéré comme l'un des principaux promoteurs de la réforme réalisée

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Avec les formes de votre jurisprudence... il est ibidi-m. impossible qu'un sot ne soit pas un homme perdu.

OLTZrA

Un jeune homme, dans un de ces mouvements f" 29. d'indignation qu'on ne dissimule point à cet âge, composa des vers pleins de fiel sur la détention du prétendant. Sa mère inquiète le retenait enfermé dans un endroit secret de sa maison et le nourrissait à l'insu de tout le monde. Un traître qui avait longtemps passé pour l'ami du jeune homme voulut gagner quelque argent en faisant tomber cette mère dans un piège toujours inévitable. Il s'insinue près d'elle et la plaint, la console, la rassure, accuse avec elle cette imprudence, tremble avec elle sur l'avenir. La mère, craintive, garde longtemps son secret, mais enfin, trompée par cette hypocrisie scélérate, et aussi par ce besoin de confiance qu'éprouvent toutes les bonnes âmes, surtout dans la vieillesse et dans le malheur, se livre entièrement à ce misérable et ne lui fait plus mystère du lieu où elle cache son fils. Bientôt son fils est arrêté par un ordre de la cour. On chargea de cet ordre un lieutenant de police de Paris qui s'était fait une réputation dans cette charge et qui depuis fut ministre. Je le nommerais; mais j'aime mieux épargner son nom

peu après dans notre droit criminel. Tl /'tait le beau-frère du juris- Cf)nsnlle Kréteau, cité plus loin par André Cliénier.

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qui est peut-être porté aujourd'hui par de plus honnêtes gens. Il apprit que le prisonnier aimait et était à la veille d'épouser une jeune et belle personne. Il la fait arrêter elle-même et conduire à la Bastille. Et là, il lui déclare, l'infâme! qu'elle ne doit attendre sa liberté que d'une complaisance sans bornes. La jeune fille, effrayée à l'aspect d'une longue et dure captivité, cède et consent à assouvir la brutalité de cet homme vil; et bientôt, seule, sans secours, déshonorée, enlevée à sa famille, livrée à elle-même, elle devint célèbre parmi les courtisanes publiques de la capitale.

f« 29 V». Mais vous, habitants peu judicieux de cette oisive

capitale*, quand cesserez-vous d'insulter les malheureux, de les calomnier dans vos discours, de les flétrir dans votre opinion, de les traiter en coupables parce qu'on les poursuit comme tels, de les opprimer par vos paroles comme on les opprime par des actions, de vous faire complices contre eux de ces

I . Le morceau qui commence ici pour finir avec les mois « ...avec un pied-plat qui était alors ministre» a été public en 1891 parM.Achille Rouquet dans son intéressante brochure Les Chénier (tirage à part de la revue L'Artiste p. 29). Je présume que M. Rouquet, qui n'indique ni où ni comment il a eu connaissance de ce fragment, en devait la communication à M. Gabriel de Chénier, probablement sous la réserve de ne point en révéler la provenance. D'autre part, en reproduisant cette page, M. Rouquet n'a point mentionné à quel ouvrage de Chénier elle était susceptible de se rapporter. Comme ce morceau porte dans le manuscrit original la mention aTuoX et qu'il se rattache par là à VApologie, il y a un intérêt évident à le replacer dans son véritable cadre.

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coups d'autorité que vous feignez de blâmer? Quand cesserez-vous, dans vos cercles déraisonneurs, dans vos conversations inconsidérées, de prendre parti sur ce que vous ne connaissez pas, de décider sur ce que vous ne voyez pas, d'opiner sur ce que vous ne savez pas et de vous persuader qu'un tel homme est digne de blâme, non parce que vous en avez appris quelque chose, mais parce que vous l'avez déjà assuré la veille? Accusateurs aussi vagues, aussi vains, qu'admirateurs ignorants et frivoles... vous ne tremblez pas, vous n'êtes pas épouvantés en songeant quel doit être le nombre d'innocents qui gémissent dans ces cavernes et que vous n'entendez pas, puisque, à travers tant de portes, tant d'épaisses murailles, les cris de deux ou trois sont parvenus jusqu'à vous? Mais c'est à quoi vous ne songez guère. Tranquilles dans vos maisons, occupés de vos plaisirs, enveloppés de votre crédit ou de votre obscurité, vous ne vous souciez guère si des hommes, et des hommes innocents, sont en proie à des misères dont vous vous croyez à l'abri. Quoique près de vous, ils sont loin de vos yeux. Le taureau d'airain où ils expirent ne retentit pas jusqu'à votre oreille. Vous n'êtes point ému de plaintes que vous n'entendez pas, vous ne compatissez point à des larmes que vous ne voyez point couler. Ah! du moins si vous avez un peu d âme#un peu d'entrailles, si vous voulez devenir plus justes, moins légers dans vos condamnations, moins téméraires dans vos préjugés, osez vous transporter en esprit

fo 3o.

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dans ces horribles demeures ; percez ces murailles, ouvrez ces portes, pénétrez dans ces noirs cachots; voyez combien d'infortunés ils renferment, qui ignorent de quoi on les accuse; combien qui ne furent jamais accusés, et qui, subitement enlevés de leur retraite, expient dans ce tombeau le malheur d'avoir déplu à un homme puissant, à sa maîtresse, à son valet. Et sous quels odieux prétextes sont déguisées ces vengeances particulières ! Combien y meurent pour n'avoir pas voulu tremper dans un crime dont on leur confia le secret; combien pour avoir plaint un opprimé, combien pour avoir dit ou écrit ce que pensent tous les honnêtes gens, combien de femmes pour n'être plus à charge à un mari qui leur devait tout; combien de maris immolés à l'indépendance et à la lubricité de leurs femmes ; combien de fils sacrifiés à la haine dénaturée de leurs parents et à l'infâme ambition de leurs frères; combien de parents victimes de leur crédule bienfaisance et de l'ingrate et exécrable avarice de leurs enfants ; combien de pères, d'époux, de frères, punis d'avoir osé disputer leur fille, leur femme, leur sœur à l'incontinence d'un grand, d'un ministre, d'un commis! Osez les contempler pâles, blêmes, défigurés, mal vêtus, sans linge, rongés de vers avant d'être tout à fait morts, tantôt assis et noyés dans les larmes, tantôt errants, se frappant le front, agités des convulsions du désespoir, tantôt peut-être s'aidant des pieds et des mains pour grimper jusqu'aux grillages de fer qui les séparent du jour, afin de voir un peu

APOLOGIE iSg

plus de ciel. Les malheureux! on les laisse vivre afin qu'ils se sentent mourir, afin de les tuer à plusieurs reprises, afin que le souvenir de leurs amis, de leur famille, de leurs plaisirs, de leurs espérances, la cupidité insolente et dure de leur geôlier en chef, les brusqueries et l'avarice de leurs gardiens subalternes, peut-être même leurs railleries infernales, leur fassent éprouver à chaque minute cette persécution éternelle et minutieuse qui perce l'âme de tous les côtés, qui la hache par morceaux, qui l'abreuve d'un poison lent, qui rend longs, amers et douloureux tous les instants de la vie. Voilà quels gouffres vous environnent et peuvent vous engloutir à votre tour. Vous vivez parmi ces tombeaux, vous marchez sur ces précipices, et vous n'allez guère d'aucun côté chercher vos plaisirs ou vos intérêts sans faire trembler sous vos roues et sous les pas de vos chevaux quelqu'une de ces maisons tyranniques où l'innocence implore la mort.

J'allai en 1783 avec deux de mes amis voir le ^"^^ donjon de Vincennes. Il n'y avait plus de prisonniers. Je visitai toutes les prisons, et jusqu'au noir et affreux cachot qui est au bas de la tour et dont le souvenir me fait frissonner encore^ au moment où j'écris ceci. Entre autres anecdotes que nous conta le geôlier qui nous montrait cette horrible maison, en voici une qui mérite d'être connue :

l4o ANDRÉ C H?: NIER

Un homme fut enfermé dans une des prisons de la tour. Comme il souffrait impatiemment son malheur, qu'il faisait des cris et qu'il montrait un peu d'humeur contre les auteurs de sa captivité, on s'avisa, pour le mettre à la raison, de le transférer dans ce cachot. Il y passa près de deux ans. Il y devint fou. La cour donna un ordre pour le porter à Bicêtre; mais comme il était impossible de l'approcher, on imagina de lui lancer un énorme dogue qui le terrassa bientôt et facilita ainsi les moyens de se saisir de lui. L'homme de bien qui nous faisait part de cette historiette en riait beaucoup, il ne tarissait pas en bons mots ; il admirait surtout l'invention du dogue et semblait nous prier de remarquer combien le stratagème était ingénieux. J'ai su depuis que le malheureux qui avait perdu la raison dans ce cachot n'avait souffert ces traitements effroyables que pour n'avoir pas suivi l'exemple de tant d'honnêtes gens, en se prêtant aux désordres de sa femme avec un pied-plat qui était alors ministre.

(Ne pas oublier ces gens si fréquents dans le

monde qui traitent de fou et de tête chaude, etc..)

Ibidem. L'avocat général Pâquier a dit, il y a vingt ans,

en plein Parlement : « Jusqu'à quand. Messieurs,

ne brûlerons-nous que des livres .►^ ))

f«»36vo. Un magistrat de mes intimes amis, homme respec-

table et respecté, disait à quelques-uns de ses con-

APOLOGIE l4l

l'rères, fort amis de procédures secrètes et demandant avec indignation si l'on voulait soumettre le Parlement au jugement du public : (( Messieurs, je n'ai qu'une question à vous faire et je vous supplie d'y répondre nettement : le Parlement est-il fait pour le public, ou le public pour le Parlement? »

Des magistrats entrant au Palais et y trouvant f» 21G. M. Fréteau se sont retirés, ne voulant point s'asseoir avec lui. ThraseaPœtus, etc. Autrefois, les honnêtes gens refusaient de siéger avec les fripons; c'est aujourd'hui tout le contraire.

Fréret fut mis à la Bastille pour avoir fait un excellent mémoire. Le Garde des Sceaux vient l'interroger, il répond, puis : a II me semble, dit-il, que vous êtes satisfait de mes réponses à vos questions : m'en permettrez-vous une. ^)) — (( Quelle est-elle?» — (( Pourquoi suis-je ici? )) — a Vous êtes bien curieux. Monsieur », en lui tournant le dos.

On disait à Monsieur de la Tour qu'il était bien dur de mettre les hommes sages qui écrivent la vérité à la Bastille : « Eh ! Madame, répondait-il, que voulez-vous qu'on en fasse? »

Il y a une cinquantaine d'années, deux hommes ivres furent trouvés au miheu de la rue dans une posture horrible... on les condamna à être brûlés... sans avoir dessein de faire exécuter cette sentence... Un ministre écrivit au Parlement pour intercéder... le chancelier écrivit aussi qu'il ne fallait point brûler les deux hommes, mais qu'il était choqué de voir ce

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ministre donner des conseils au Parlement... (( Ah oui! Messieurs, dit le premier président, vous vous disputez; eh bien, les deux hommes seront brûlés. » Et ils le furent.

Je me souviens d'avoir lu autrefois un mémoire d'un homme qui racontait avec quelle patience et quelle industrie miraculeuse il s'était sauvé de la Bastille et de Vincennes, et avec quel acharnement on l'avait poursuivi jusque dans les pays étrangers pour l'ensevelir encore dans une captivité plus dure. Voici de quoi il était coupable. Etant à Paris, pauvre, sans ami et sans talent, se travaillant à chercher une route pour s'avancer, quelque obscure qu'elle fût, et capable de tout pour faire fortune, il crut en avoir trouvé le moyen : il remet à la poste une boîte à l'adresse de M""^ de Pompadour, et pleine de ces amandes au sucre qu'on appelle des dragées ^ En même temps, il donne avis par écrit à cette dame de se tenir sur ses gardes et qu'il sait que ses ennemis doivent lui faire tenir une boîte pleine de dragées empoisonnées. La boîte arrive. On en fait l'essai sur un chien qui n'éprouve aucun mal (car si cet homme avait eu la précaution d'empoisonner les dragées et que le chien fût mort, sa fortune était faite : nos pères l'auraient peut-être vu ministre; il eût reçu de belles dédicaces ; il eût protégé des académies). La bonne santé du chien le décela donc et fit connaître son projet. Cette bassesse, moins

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