I . C'ost l'histoire do Latudc
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punissable que ridicule et vile, lui valut quarante années de prison. Je trouve dans Tacite un fait à peu près semblable, car c'est dans Tacite que j'aime à lire notre histoire; sous des noms romains, c'est notre histoire qu'il a écrite, et qu'il a écrite avec une profondeur, une éloquence, une liberté vertueuse que l'on cherche vainement dans nos historiens. Lutorius Priscus, chevalier romain, avait reçu un présent de Tibère pour un poème où il pleurait la mort du grand Germanicus. On l'accuse d'avoir composé d'avance un autre poème du même genre pendant la maladie de Drusus, fils de Tibère, afin de le publier si le prince venait à mourir. C'est ce qui n'arriva point. Drusus se rétablit. Le travail de Lutorius devenait inutile, mais quoiqu'il lui fallût renoncer aux récompenses qu'il s'était promises, cet amour que les auteurs, et surtout les poètes, ont pour leurs ouvrages, l'empêcha de supprimer le sien. Il voulut même en avoir la gloire et il en fit lecture devant une nombreuse assemblée. Cette vanité petite et puérile fut un crime de lèse-majesté. L'adulation lâche du Sénat osa punir cette ineptie poétique .
Il semble ^ que les lois et les magistrats sont établis pour tendre des pièges. Comme le tigre...
C'est un abus énorme, c'est le comble de la misère lorsque la discussion des procès n'est pas simple; lorsque les principes ne sont pas faciles et uniformes ;
I. M. Dimofl' (ouvraije cité, t. II, p. 70) attribue ce fragment et le suivant au chant III du poème d'Hermès,
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lorsqu'il faut savoir une infinité de choses pour défendre ses biens et son repos et sa vie; lorsqu'on est interrogé en cachette; lorsqu'un petit nombre de voix, qui souvent peuvent être celles de gens ivres ou qui ont malentendu, suffit pour vous perdre,... et peu de témoins, et qu'on profite des inadvertances de l'accusé; il semble qu'alors les lois impitoyables mettent leur intérêt à trouver des coupables.
fo 30 1». Je ne dis pas avec quelle injustice, quelle lâcheté,
mais je dis avec quelle maladresse, quelle imprudence, quelle étourderie, vous avez fait éclater votre ressentiment dans l'affaire de M. Dupati^..
Ibidem. 0 Français... Serez-vous toujours endormis .^^...
on... et vous le souffrez... on... et vous le souffrez.»^
I . Il y a lieu de supposer que ce passage concerne le célèbre avocat général Séguier (1726- 1792), à qui Chénier comptait adresser, selon toute vraisemblance, l'ensemble de ses réilexions sur les injustices sociales, et notamment sur les monstrueux abus de la procédure criminelle. Séguier, qui se signala, en 1770, par un haineux réquisitoire contre les Encvclopédistes et par une opposition systématique aux mesures libérales qui marquèrent les premières années du règne de Louis XVI, joua un rôle non moins fâcheux au moment de la campagne de réhabilitation si noblement conduite par Dupaty. Lorsque le parlement de Rouen eut rendu, sur la plaidoirie de ce dernier, un arrêt d'absolution en favexir des trois malheureux condamnés au supplice de la roue, Séguier fut au premier rang des
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Souffrez-le donc et soyez toujours vils, soyez lâches, soyez malheureux, soyez à jamais opprimés...
Ces gens de la société, comme ils vous traitent ibidem. de têtes chaudes!... Pauvres gens que vous êtes I Aveugles ! . . .
Dans un pays où la justice ne s'accorde qu'au ibuiem. crédit. . .
Cela peut-il être autrement dans des corps dont f" 36 r». la plupart des membres doivent nécessairement être d'orgueilleux automates, sans esprit, sans jugement, sans âme, sans caractère, puisqu'ils achètent non par des épreuves sévères, non par des travaux utiles et publics, mais par une somme d'argent, le droit de décider des biens, de la vie, de l'honneur des hommes.^
L'expérience d'un sot et d*un esprit faux est ce f° 36 v. qu'il peut y avoir au monde de pire. Elle n'est qu'une plus longue, plus invétérée, plus incorrigible perversité de jugement. En vieillissant, il a eu le temps de grossir dans sa tête l'amas de ses fausses idées. En voyant plus de choses, il n'a appris qu'à déraisonner sur plus de choses, qu'à être un sot plus souvent et
adversaires acharnés de la revision. Il prononça contre son auteurun violent réquisitoire, qui eut pour résultat de faire brûler par la main du bourreau le prcnnier Mémoire pour trois hommes condamnés à la roue publié par le courageux président.
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avec plus d'orgueil, qu'à enraciner en lui-même de plus en plus sa sottise et son ineptie.
apol.
f»32. ... Un jeune homme sans étude, sans expérience, mais qui a acheté pour de l'argent le droit de faire respecter sa sottise, veut gagner l'estime et les éloges de ses graves confrères; il veut montrer qu'il est capable, lui aussi, de s'illustrer dans cette éloquence vide et bouffie qui fait à Paris tant de réputations ridicules. Il parle, et de ce ton arrogant qui accompagne toujours l'ignorance et la médiocrité, il pèse, il juge, il décide, il tranche sur les matières les plus abstraites, sur les questions les plus profondes, comme s'il avait même eu le temps de les examiner depuis le peu d'années qu'il est au monde. Il s'indigne, il injurie, il voit partout des blasphèmes, et il tire ses conclusions. Alors tout se range autour de lui : et de vieux avocats qui ont étudié tous les arrêts, hors ceux du sens commun, et des magistrats qui ont vieilli à décider et à ne savoir pas lire , des prêtres tartuffes, ambitieux, intrigants, dissolus, tous, toute classe, toute secte, tout le monde en est, car les fripons, toujours divisés et ennemis les uns des autres, se réunissent pourtant et s'entr'aident pour opprimer un homme de bien.
Il n'est point d'orateur plat et bavard et que son imbécile pathos ait fait regarder comme un génie, point de stupide balayeur de palais, point de mépri-
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sable cuistre de barreau qui ne crie, qui ne clabaude, qui ne mette en avant son impertinente et absurde suffisance pour s'attirer un regard de Messieurs et se faire nommer parmi la vile canaille qui persécute l'bonnête homme. Les tartuffes, tremblants de voir démasquer leurs vices, le ministre, frémissant au seul nom de réforme parce qu'il n'ignore pas que son crédit, sa place, son pouvoir serait le premier abus qu'il faudrait réformer, le déclarent ennemi de Dieu, de l'Etat, des lois : calomnie ancienne et jamais usée, et mise en œuvre par eux avec d^autant plus de confiance qu'ils savent bien qu'en employant de telles armes, plus leur hypocrisie sera bête et rampante, plus elle remplira leurs vues, plus elle pourra nuire avec sécurité. Ils démontrent dans ses écrits mille intentions secrètes qu'il n'eut jamais ; ils le défèrent aux rois auxquels il n'a jamais pensé; ils leur recommandent son châtiment et se livrent sans pudeur aux ignominieux délires de l'adulation la plus sordide, la plus dégoûtante. Il a beau leur protester qu'il n'eut jamais les fo 33 i». idées qu'on lui impute, ils ne l'écoutent pas; le leur prouver par les écrits mêmes qu'ils accusent, ils ne les ont pas lus ; leur démontrer qu'il n'y a que la plus abjecte mauvaise foi qui abuse ainsi des paroles d'un auteur, ils le savent bien. Leur dessein n'est pas de le réfuter mais de le perdre. J* sais bien que les mépris et la risée publique sont le partage de ces pieds-plats et que l'honnête victime n'inspire que les respects et l'admiration. Mais qu'importe, si ces
ANDRE CHEiMER
respects stériles ne défendent pas son repos de leurs attaques, s'ils n'en ont pas moins le pouvoir de l'opprimer, s'il est insulté par leurs pareils, vilipendé par leurs créatures^ déchiré par leurs décl amateurs à gages; s'il souffre le coup de pied avilissant d'un tas de charlatans ecclésiastiques ; s'il est livré sans défense à l'inquiète et pétulante nullité de quelque magistrat ignare?
fo33r.^ Car enfin * un homme est absurde, quand
n'ayant pas eu de révélation, il annonce des vérités qu'on ne peut connaître que par elle. La preuve en est facile. En effet les vérités que Dieu nous révèle sont de celles que lui seul peut comprendre, qui humilient notre jugement, qui répugnent à toutes nos faibles idées, et qui, même après qu'il a daigné nous les révéler, sont encore pour nous d'inexplicables mystères. La raison ne conduit pas à les
1 . Dans le manuscrit original, ce fragment vient immédiatement à la suite du précédent et si l'on examine attentivement sa signification, on verra qu'il est appelé par les mots « magistrat ignare » et se réfère à la phrase du i*^'^ morceau : « il pèse, il juge, il décide, il tranche sur les matières les plus abstraites, sur les questions les plus profondes,... il voit partout des blasphèmes, et il tire ses conclusions. » D'autre part, il ne s'agit ici ni de vérités religieuses ni de prédication : cela ressort des mots (( sans aucun secours d'en haut ». En fait, l'homme absurde c'est le magistrat même dont Chénier vient de dépeindre la sottise ambitieuse, et cet ouvrage rempli de détestables raisonnements qui lui a attiré les railleries du public, c'est son réquisitoire contre l'œuvre de Chénier supposée poursuivie devant le Parlement.
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découvrir, au contraire. Si donc un homme, sans aucun secours d'en haut, n'ayant par conséquent d'autre guide que sa raison, arrive à un but oii la droite raison ne conduit pas, il est clair qu'il a mal raisonné et qu'on peut sans injustice l'accuser d'absurdité.
Voyez, Monsieur, ne vous donnai-je pas ici un excellent asile contre les railleries que vous ont attirées tous les détestables raisonnements qui remplissent votre ouvrage.^ Embrassez ce parti, croyezmoi. Faites-nous croire que toutes ces inepties vous ont été révélées. Elles sont si loin de la raison humaine que...
(apol.)
... Il est donc bien clair que toutes ces raisons sous f" ^^' lesquelles vous deviez m'accabler se réduisent à beaucoup d'injures; sur quoi, Monsieur, permettezmoi de vous faire une remarque de grammairien, c'est que l'expression du peuple de France n'est pas si impropre qu'on pourrait le croire lorsqu'il appelle les injures des sottises.
... Et comme vous. Monsieur, vous tenez égale- f°39vo. ment et à la cour dont vous êtes l'avocat général dans votre compagnie, et à votre compagnie à qui vous signifiez les ordres de la cour, je crois ne pou-
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voir mieux adresser qu'à vous mes réflexions sur l'une et sur l'autre.
f" Sgvo. ... Et que je méprise leur haine presque autant que leur amitié.
Fin.
f» do. Qui toujours*, en dépit de ta lâche fureur.
Et malgré sa jeunesse, et quelque lolle erreur Qu'entraîna la jeunesse, et qui n'est point un crime, Est estimé de ceux que tout le monde estime...
En supposant un réquisitoire, un bannissement^. . .
Qu'un S. ^ après avoir fait des chansons de h... o imbéciles sénateurs... je vous remercie de ce que vous m'avez tout de suite mis au rang des Galilée, des Bayle, des Rousseau... que les Séguier d'autrefois... Mais on nous chasse partout... l'honnête
1. Ces quatre vers sont précédés de la rubrique inapologia et suivis du mot Jin. Ces deux mentions sont écrites de la main même de Chénier. Les vers paraissent bien s'adresser, comme les morceaux qui les précèdent, à l'avocat général Séguier. Ils s'appliquent évidemment au poète lui-même.
2. La peine du bannissement fut en eflet assez fréquemment appliquée au xviii^ siècle aux auteurs d'écrits jugés diffamatoires ou subversifs. On peut citer l'exemple célèbre de Jean-Baptiste Rousseau (1713) et celui plus récent de l'abbé Thomas Raynal, auteur do VHistoire philosophique et politique des deux Indes (1781).
3. Il s'agit évidemment ici d'Antoine-Louis Séguier, qui, dans son double rôle d'avocat général au Parlement et d'Académicien violemment hostile aux écrivains philosophes, aurait été l'adversaire obligé d'André Chénier dans le cas où celui-ci aurait eu à défendre des écrits réputés dangereux.
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homme est bien partout... O stupide ignominie!... Viens, viens, ô mon génie, mon vengeur... Viens, c'est à eux à trembler... Peut-être emporteronsnous ensemble de quoi faire rougir...
(Tacif. in Agric. scilicet illo igné. . . Metellus Numid. dans AyliJ-Gelle).
Ils m'ont banni de France... et moi je les bannis de la raison, de la vérité, de l'honneur ; je les bannis de l'amitié, de l'estime de tous les gens de bien.