HISTOIRK DU POUVOIR ROYAL
de mon style et de mes pensées lui fasse imaginer même que j'écrivais sans doute dans un de ces siècles heureux où, pour citer encore un de mes auteurs favoris, on est libre de penser ce que l'on veut et d'écrire ce que Ton pensée
Entreprendre de changer les mœurs d'une nation, f° 107 r». c*est comme changer le cours d'une rivière : d'abord cela veut de la peine, puis elle s'accoutume à son nouveau lit et croit jamais n'avoir coulé sur d'autres bords.
Quand "^ un peuple a des mœurs, des usages, des préjugés, le législateur ne doit point les heurter de front; il armerait le peuple contre lui. Il doit en inspirer d'autres; il doit les détruire sans les combattre .
history of the royal power in Europe.
. . . Ces révolutions sont d'autant plus difficiles à T" 8.^0. exécuter que leur réussite dépend en grande partie de la confiance du peuple, et que la confiance du peuple dépend presque toujours de leur réussite éclatante et rapide. Lorsque, au xni'' siècle, la nation anglaise, indignée de la faveur accordée aux étran-
I, Tacite, Histoires, I, i.
a. Ce fragment et le précédent ont été attribués par M. Dimoff {fiEuvres de Chénier, tome II, p. 68) au chant 111 du poème d'Hermès.
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gers, contraignit Henri lll de convoquer un nouveau parlement à Oxford, les premières mesures de ce nouveau parlement furent si confuses et si mal dirigées que la nation elle-même se réunit aux royalistes pour lui donner le nom de Parlement des fous. La même chose arriva en France sous la minorité de Louis XIV : l'armée du Parlement battue par celle du roi était l'objet des risées du peuple qu'elle défendait, autant que de l'armée royale. Le parlement que le feu roi Louis XV ^ créa pour un moment et contraignit la nation d'accepter à la place de celui qu'elle regardait comme son défenseur, ne put faire un pas qui ne fût mauvais, parce qu'il n'avait pas même la confiance de la cour; il fut le jouet de tous les rieurs de France, et tous les partis se réunirent pour l'accabler de surnoms et de sobriquets dont la populace se souvient encore. (Détailler ensuite les raisons qui rendent la réussite si difficile.) La grande charte obtenue du roi Jean sans Terre et d'autres exemples dans d'autres contrées font voir de quelle manière le règne même des mauvais rois peut être utile à la chose publique, exemples bien utiles à connaître pour que les bons rois soient moins effrayés
I. Cette expression, ainsi que le ton général des fragments de ce traité qui subsistent, nous autorisent à croire que le dessein en fut conçu avant le commencement de la terrible lutte où sombra la royauté française. Les épigraphes en langue anglaise, l'exemple du Parlement d'Oxford et celui de la Grande Charte qui sont produits ici, l'expression prérogative royale qui est le terme propre pour désigner en Angleterre les pouvoirs spéciaux du roi, tous ces indices permettraient même de rapporter ces essais au séjour d'André Chénieren Angleterre, séjour qui prit fin au printemps de 1790.