‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 48 sur 84 · HISTOIRE DU POUVOIR ROYAL · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU POUVOIR ROYAL

sur le sort de leurs peuples après leur mort, et que les peuples ne se découragent point quand ils ont un mauvais roi.

history of tlie prer.

M. de Voltaire s'est fait l'antagoniste de ces admi- f» uji. râbles écrits (L'Esprit des Lois et le Contrat social), et en a même déchiré un, ainsi que son auteur, par des insultes amères. Il revient à la charge en plusieurs endroits, et il répète les mêmes attaques avec une constance qui, si on le respectait moins, s'appellerait de l'acharnement. Ses objections, si l'on en excepte une ou deux, sont de la plus extrême faiblesse ; et il est heureux que l'esprit et les talents n'aient guère de force contre la raison et la vérité. On gémit pour lui de voir combien cette partie de ses ouvrages est faite avec précipitation et légèreté; combien elle fourmille de préventions aveugles, de méprises sur l'état de la question, d'inconséquences, d'inadvertances, de contresens, de plaisanteries froides et étrangères au sujet I II semblerait que ce n'est pas en jouant et au hasard, ni avec des armes vulgaires, qu'un grand homme devait combattre de si grands hommes et attaquer des ouvrages où un petit nombre d'erreurs montrent ^ulement qu'ils sortent de la main des hommes, mais qui ont éclairé leur siècle et qui seront à jamais la gloire du pays et des auteurs qui les ont produits. Il semble aussi que

1" 3:j8 ro.

«58 ANDRÉ Cil É M EK

les talents et la capacité de M. de Voltaire, aussi bien que la justice et l'honnêteté, exigeaient de lui qu'il iit un peu plus d'efforts pour éviter d'autoriser des opinions peu réfléchies, et pour justifier la confiance trop aveugle de ses contemporains à toutes ses décisions.

history of prerog.

(Après avoir détaillé les abus que des corps entiers dans l'Etat aient des lois qui puissent les soustraire aux lois de l'Etat entier...) Longtemps ils luttent, ils regardent, ils savent regarder ces corps militaires comme de véritables ennemis qu'on leur impose pour gardes, mais ensuite... ils finissent ((/i>e comment) par n'avoir plus ni âme, ni énergie, ni courage; si on les écrase, c'est de leur aveu. C'est de leur aveu que s'ils soulagent quelque besoin au coin d'une rue, un homme vêtu de bleu aie droit de les arrêter. C'est de leur aveu que dans les places ou jardins publics, dans les théâtres, dans tous les heux où ils vont s'amuser en payant, un homme qui ne paye point, armé et revêtu d'un habit militaire, a le droit presque arbitraire de leur imposer silence, de les frapper, de les chasser, de les massacrer, de les tuer. Quelque infâme et absurde tyrannie que l'on imagine contre eux, ils conviennent que c'est très juste, ils souscrivent à tout ; ils partagent la stupide admiration, le respect de l'ignare et aveugle militaire pour d'absurdes règlements qu'il vient de faire lui-

HISTOIRE DU POUVOIR ROYAL iSq

même. Dès lors, plus de repos, plus de propriété, plus de citoyens, plus de patrie. En vain on conserve encore quelques formes; dans le fond, il n'y a plus de tribunaux que des corps de garde, de magistrats que les généraux d'armée, déjuges qu'une soldatesque insolente, de lois civiles que la discipline militaire.

C'est alors que les corps de milice osent sans frein, sans pudeur, sans crainte, se livrer publiquement aux crapules les plus viles et les plus tyranniques. C'est alors qu'un jeune homme ivre parie avec ses camarades ivres d'aller maltraiter un inconnu que ses affaires ont appelé dans ce mauvais voisinage et gagne impunément son pari ; ou qu'il promet et s'efforce de séduire une fille bien née, car c'est ainsi, dit-on, que des hommes sans principes et sans humanité se vendent l'un à l'autre, dans d'infâmes gageures, le repos et l'honneur des familles ; et alors on traitera d'insensé, de don Quichotte, un homme de bien qui osera s'élever contre une tyrannie aussi infâme et prendre en main la cause du genre humain et de la justice ; et l'époux, le fils, le père courageux qui aura osé défendre des insultes de la débauche sa fille, sa mère, sa femme, ne recueillera qu'affronts, que vexations, que mauvais traitements, et sera un sujet de risée même aux yeux de ses compagnons d'infortun^ qui du moins auraient bien dû se contenter d'être assez lâches pour ne pas embrasser sa querelle. Enfin, des gens sages assurent (mais c'est une exagération sans doute)

l6o AIVDRÉ CHÉMER

f-'Srjg. qu'en suivant cette voie, une nation pourrait s'avilir au point que chez elle le meurtre, les assassinats seraient des privilèges de l'habit militaire, qu'un jeune homme en uniforme pourrait en pleine rue outrager une fdle dont il poignarderait le frère accouru pour la défendre ; qu'une troupe de gentilshommes^ pourrait inviter une ville entière à un bal, et là éteindre les lumières et se jeter au hasard sur les femmes avec une brutalité féroce ; que d'autres pourraient dans un spectacle s'obstiner à garder leur chapeau sur la tête et, pressés de l'ôter, ne répondre aux cris du pubhc qu'en s'élançant l'épée à la main dans le parterre, fermant les portes pour égorger plus à l'aise, et faisant main basse sur tout ce qui se rencontre. S'il était possible, ce que je ne crois point, que de pareils excès arrivassent, j'aurais, je l'avoue, un profond mépris pour la nation chez qui le cri de l'indignation publique ne pourrait point élever des gibets pour des crimes aussi odieux, ni donner à la vengeance des lois la force d'atteindre les coupables, et où il ne resterait à l'homme de bien que le pouvoir de gémir en silence, en observant avec une douloureuse amertume combien aujourd'hui la vie des hommes est à bon marché.

I. Après gentilshommes, les mois faits pour servir leur pairie ont été raturés.

HISTOIRE DU POUVOIR ROYAL l6l

Les fers dégradent l'homme, et de la servitude fo ,09 v».

Il se fait une lâche, une infâme habitude. Sous un joug qu'il avoue elle sait l'opprimer, Elle sait l'avilir jusqu'à s'en faire aimer.

On lit dans Chardin que chez les Persans, lors- f<»2i4. qu'un homme va se plaindre au juge qu'un autre l'a traité avec injustice et insolence, il s'exprime ainsi : Un tel a fait le roi avec moi.

Les empereurs, dans la cérémonie de leur sacre, f» 217. portent la couronne, l'anneau, le sceptre, l'épée, le baudrier de Gharlemagne, comme ceux qu'on reçoit docteurs en médecine à Montpellier sont revêtus de la robe de Rabelais. — L'absurde comparaison! — En quoi donc si absurde, Monsieur?

Page 1