‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 50 sur 84 · ET SUR LES SUPERSTITIONS MODERNES · texte numérisé non relu

ET SUR LES SUPERSTITIONS MODERNES

Span. plat^ .

f" 335 T\ Vos historiens ne savent peindre que des batailles... ils ne voient aucun de ces détails qui seuls peignent et font connaître les hommes... Harpalus s'enfuit de Babylone à Athènes où il corrompt par des présents Démosthène et tous les orateurs. Les Athéniens, redoutant la vengeance d'Alexandre,

1. Le sens de cette abréviation employée en tête de ce fragment et de quelques autres reste un peu énigmatique. Il semble bien cependant que Ghénier ait entendu répartir en deux catégories distinctes les notions et observations amassées par lui au sujet de l'Espagne, prise comme le type des nations asservies au dogmatisme incompétent et aux méthodes stériles. Ces deux catégories décompositions représenteraient deux façons différentes d'envisager le même sujet, l'une philosophique et raisonnée, l'autre véhémente et lyrique. Les fragments se rapportant à cette seconde conception, Ghénier les avait placés sous le patronage de Pindare (voyez pages 170 et l'j^). On ne saurait donc s'étonner beaucoup qu'il ait mis sous le nom de Platon (abrégé en Plat.) ceux qui procéderaient plutôt de la méthode critique. La curieuse épigraphe « Spanish; revolut. scient. », que porte le développement de la page 168, montre bien le sens que celte méthode se proposait de suivre et le résultat auquel elle prétendait atteindre.

Le mot Spanish (abrégé ici en Span.) ne peut être, selon nous, que la traduction anglaise du mot Espagnol ou Hispanique. On sait que Ghénier, comme Stendhal, avait l'habitude, un peu puérile, demployer à tort et à travers comme un langage personnel et secret, des mots empruntés aux langues étrangères dont il possédait les éléments.

Dr l'espagne et de la superstition i65

chassent Harpalus et font chercher avec soin tous les présents qu'il leur a faits dans les maisons de tous les orateurs excepté Galliclès, parce qu'il s'était marié depuis peu et que sa nouvelle épouse y était. Les Anglais faisant la guerre à leur roi Charles P% surprirent une cassette pleine de lettres de la reine sa femme. Ces lettres furent lues en plein Parlement, et les expressions de tendresse conjugale qu'elles renfermaient furent lâchement divulguées et produites au jour accompagnées d'une dérision basse et inhumaine. Les Athéniens en guerre avec Philippe arrêtèrent des lettres qui lui étaient adressées; ils les ouvrirent et les lurent toutes, excepté celles d'Olympias, sa femme, qu'ils lui renvoyèrent sans les ouvrir, parce que les secrets de l'amour conjugal doivent être sacrés même parmi les ennemis...

Apprenez donc à connaître dans ces petites choses les mœurs, le caractère d'un peuple comme d'un particulier.

Les historiens anciens, Hérodote... dont les vôtres ibidem. n'ont imité que la crédulité ^

In Ihe Jberian législative Book (barré)^. Spanishplat. f" 327.

1. Avant d'aborder l'étude critique des institutions de l'Espagne Fauteur se préoccupe d'arrêter sa méthode. Il fm*a appel dans son enquête aux faits les plus menus, en apparence, qui sont souvent de précieux indices des caractères essentiels. Ghénier semble avoir conçu ce traité sur un plan très vaste.

2. Nous n'avons pu retrouver le livre, peut-être anglais, auquel ce

l66 ANDRT?: CHl^NIER

Les législateurs les plus anciens n'ont eu qu'à instruire... les nôtres ont à corriger... Les premiers peuples n'étaient pas imbus de préjugés de toute espèce... On dit que les moines qui nous ont transmis les écrits des anciens ont été obligés de gratter le parchemin où était déjà un autre livre... nos législateurs sont obligés de faire de même...

f» .^3/i. Spanish plat.

Il ne faut pas croire que lorsqu'un homme rare ^ a fait voir la vérité aune nation qui était dans l'erreur, elle soit aussitôt ferme et invariable dans la bonne voie, qu'elle ne prenne plus que des mesures sages et bien adaptées à son but, qu'elle ne fasse plus aucun pas qui ne soit judicieux et clairvoyant. Non, il lui faut du temps et de l'habitude ; il faut qu'elle se tâte et s'essaye, qu'elle soulève beaucoup de fardeaux pour apprendre ensuite aies apprécier au premier coup d'œil, à les peser en les voyant et à n'y employer ni trop ni trop peu de forces; il faut que l'expérience façonne son esprit à bien juger des rapports des choses nouvelles qu'on vient de lui montrer et à mesurer juste les moyens d'obtenir un

titre fait sans doute allusion. La mention Spanish plat, a été ajoutée sur le manuscrit postérieurement à l'autre.

I. Rare au sens du mot latin rarus « isolé ». On voit ici Ghénier appliquer les principes qu'il énonce dans les Causes de la décadence et de la perfection des Lettres (cf. ci-dessus, page ii5).

DE

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