‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 51 sur 84 · RSPAC.NE ET DE LA SUPERSTITION · texte numérisé non relu

RSPAC.NE ET DE LA SUPERSTITION

but quelconque. C'est l'aveugle-né à qui la main savante d'un Cheselden' adonné la vue. D'abord, tous les objets qu'il aperçoit en foule fatiguent le nouveau sens qu'il vient d'acquérir. Du temps, et l'habitude de voir et de regarder, parviennent à apaiser le tumulte et le désordre que cette nouvelle source d'idées avait jetés parmi les idées anciennes que ses autres sens lui avaient données et auxquelles il était fait, et peu à peu ses yeux apprennent à bien saisir la forme des objets, leur distance, la vitesse et la direction de leurs mouvements et leurs grandeurs relatives.

Spanish iz'ky.T. f^ 325.

Plusieurs disent: mais le doute, le scepticisme est désolant. Premièrement, je ne pense pas ainsi ; mais à la bonne heure, est-il en moi, est-il en vous de lever ce doute qui vous déplaît.^ Je veux croire, dites-vous, cela me console; mais ces mots: ((je veux croire » impliquent contradiction. On ne croit point à volonté. C'est l'évidence, la conviction, la persuasion, la conscience intime qui doivent nous déterminer à croire telle ou telle chose, au lieu que vous avouez que vous vous êtes déterminé par choix.

Vous doutez donc ainsi que moi, mais vous luttez

1. Célèbre chirurgien anglais (1688- 1762) qui s'illustra surtout par son habileté dans l'opération de la cataracte. Il la pratiqua en eflet avec succès sur plusieurs aveugles-nés, ce qui lui acquit une réputa- . lion univtTsello.

lG8 ANDRÉ CHÉNIER

contre le doute, vous lui dites des injures, vous tâchez de vous étourdir par un vain bruit de paroles. L'assertion est dans votre bouche, mais le doute est dans votre cœur. Avouez-le donc ainsi que moi, au lieu de faire parade d'une ferme croyance, qui se trouve ensuite n'être qu'un doute orgueilleux et déguisé. Car enfin qu'importent nos assertions.^ Les objets changent-ils de nature d'après l'opinion que nous en avons, et les choses fausses deviendrontelles vraies afin que nous n'ayons pas eu tort de les prouver telles ? Nous ressemblons aux chercheurs d'étymologies : un mot les embarrasse, ils travaillent, ils suent, il faut qu'ils en déterminent la source, ils entassent conjectures sur conjectures, et dès qu'ils ont trouvé quelque chose de plausible, ils s'arrêtent contents et tranquilles, ils n'ont pas le plus léger soupçon qu'ils aient pu se tromper; dès que leur conclusion leur paraît possible, ils la jugent évidente, incontestable; ils se croient semblables à Dieu, dont quelques philosophes ont dit qu'il lui suffit de penser à une chose pour la créer.

(Après ces mots : mais le doute est dans le cœur : la contradiction vous aigrit, vous anime, vous attache à l'opinion que vous défendez : et bientôt vous finissez par la croire parce que vous pensez l'avoir toujours crue.)

f" SaG. Spanish revotât, scien.

Les théologiens conviennent tous entre eux de

DE LESPAGNE ET DE LA SUPERSTITION iCg

certains principes très arbitraires d'où ils partent; de là ils vont, ils viennent, ils montent, ils descendent, ils s'écartent, se traitent d'hérétiques et d'hétérodoxes et cherchent à se ramener les uns les autres à leurs principes convenus, et si l'un d'eux peut y réussir, il a cause gagnée de l'aveu de son adversaire. Mais l'homme raisonnable et vrai, qui ne se paye point de mots, ne fait aucune attention à tout ce bruit. Il pèse et examine les principes euxmêmes; il les trouve faux, il sait que cet énorme édifice est bâti sur du sable, il attaque avec force les fondements : alors tout s'écroule, et le bâtiment et tous les raisonneurs qui, répandus dans ses divers étages, criaient, tempêtaient, disputaient à qui mieux mieux et entassaient toujours de nouveaux édifices sur de nouveaux édifices, sans songer à voir si les fondements pouvaient les soutenir. Mais si tous ces raisonneurs criards peuvent se relever de leur chute, alors, pour la première fois, ils se réunissent tous ensemble et se liguent.

Spanish plat. f 33:

Là vous voyez dans l'histoire de l'Eglise et des papes la faiblesse, la crédulité, ou les dissensions des princes, la basse et vile superstition des peuples, les crimes et les vertus, l'ambition et l'humilité, les desseins vastes et l'absurde ignorance, les talents et l'ineptie, l'adresse hypocrite et l'impudence arrogante des pontifes concourir également ensemble à

abrutir le genre humain, à l'entretenir dans une stupidité lâche et dans une misère ignominieuse, à lui inspirer, au lieu de mœurs, une superstition servile, à leur faire croire que de vaines formules et des grimaces extérieures sont la vertu; à leur donner des théologiens pour magistrats et pour lois des subtilités méprisables, à abaisser toutes les couronnes devant la mitre pontificale, et à faire d'un évêque de Rome le roi d'un peuple de rois.

To he translal * .

f» 3S3 r». Spanish plat.

Et c'est dans ce temps où l'on ne savait rien que des erreurs... 011 l'on passait sa vie à apprendre du mauvais latin et une plus mauvaise logique (Hume's history, v. 2, fin), c'est dans ce temps que les Pic de la Mirand[ol]e avaient l'orgueil de soutenir des thèses sur tout ce qu'on peut savoir : arrogance pédantesque dont le jésuite portugais François Macedo osa donner un dernier exemple au milieu du dernier siècle même.

f» 333 r°. En montrant que l'excès d'admiration injuste amène toujours l'excès contraire, citer entre autres exemples Aristote idolâtré longtemps et puis Pierre

I. « A traduire » (ou « à transporter en vers ») (en anglais").

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