‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 58 sur 84 · ANTIQUE. ^ ^ C · texte numérisé non relu

ANTIQUE. ^ ^ C

fo 5o leurs devoirs les uns envers les autres, etc. (le bien développer...), examinons les effets... r on verra le christianisme ne produire dans sa première ferveur que des solitaires contemplatifs qui ne cherchaient

FRAGMENTS SUll LE CHRISTIANISME ï»9

que les déserts... et qui usaient dans des bizarreries effrayantes une vie qui eût pu être utile, avec une constance et un courage qui eussent été la vertu, s'ils avaient [eu] un butplus sage... ; et les écoles des philosophes avaient parsemé dans toutes les répubhques des magistrats, des généraux, des législateurs... et s'il y avait des écoles qui éloignaient leurs disciples de se mêler du gouvernement, celles-là même s'occupaient de l'éducation... et leur mettaient constamment sous les yeux la... et les délices de la vertu..., remplissaient la société de modèles de frugalité, de justice, de désintéressement et de toutes les vertus humaines et civiles.

Ils outragentles vertus qu'ils appellent humaines... mais en est-il d'autres pour les hommes ^ ?

Un des préceptes les plus célèbres, et dont les f«» 53 et 5/1. orateurs chrétiens s'enorgueillissent le plus, est celui par lequel Jésus interdit à ses disciples cet usage des serments et d'appeler les dieux et les hommes, le ciel et la terre pour témoins et garants des promesses : usage encore plus commun et tout aussi inutile chez les anciens peuples que chez les modernes.

I . -V la suite de ces morceaux se placent naturellement un certain nombre de passages empruntés aux auteurs grecs et latins et renfermant des préceptes analogues à ceux qui sont considérés, d'ordinaire, comme appartenant en propre au christianisme.

igo ANDRE CHE NIER

Les quakers et d'autres sectes encore, en se refusant aux formules de serment établies par les lois de leurs pays, se fondaient uniquement sur cette doctrine, que Clément d'Alexandrie lui-même semble regarder comme appartenant en propre aux chrétiens ^ et c'est de quoi je m'étonne de la part de cet homme-là, qui était au moins un des plus érudits littérateurs de l'antiquité. Dès les premiers temps où les divers intérêts et les diverses passions des hommes eurent fait naître entre eux diverses espèces d'échanges et de contrats, on dut s'apercevoir que les serments n'étaient souvent qu'un moyen dont les fourbes et les fripons se servaient pour endormir et tromper les gens de bien. Il ne fallut pas beaucoup de réflexion pour penser qu'une probité connue et une longue vie irréprochable sont des garants préférables aux serments d'un méchant ou d'un inconnu. S'il fallait s'en tenir à des paroles, la pratique des vertus donnait même à la physionomie et aux discours un caractère de vérité et de persuasion qu'on pouvait croire impossible à contrefaire. Ces observations ont dû être les premières que la vie sociale ait suggérées à quiconque était capable d'en faire ; elles sont l'unique fondement de ces maximes qui s'élèvent contre les serments, dont l'usage était si intimement lié avec l'abus, et contre l'invocation de ces témoins qui n'ont point de voix, comme s'exprime Thésée dans Euripide. Il serait donc bien

I. Ce mot est suivi de ce membre de phrase qui a été raturé : agnostiques comme on les appelait alors.

étrange que cette doctrine ne fût venue à la bouche d'aucun homme avant le temps du christianisme. Aussi ce fait va-t il se trouver absolument faux. Examinons du moins si ce précepte est appuyé sur des raisonnements plus vrais, plus frappants, plus solides dans l'Evangile qu'ailleurs. Voici comme parle Jésus, en citant le livre de Moïse, Math. 5, ch. 33 * : (( Il a été dit aux anciens: Ta ne parjureras point, et ta acquitteras tes serments envers le Seigneur ; et moi je vous dis de ne point jurer du tout, ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu ; ni par la terre, parce que c'est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand Roi; ni par votre tête, parce que vous n'en pouvez blanchir ou noircir un seul cheveu. » Je demande si l'on peut rien imaginer déplus incohérent, de plus insignifiant, de plus misérable que de pareilles raisons ; s'il n'est pas bizarre d'en choisir de si mauvaises, quand il y en a de si bonnes ; et si ce n'est pas avilir la sagesse que de la prêcher si follement. Est-ce là le style des philosophes .î^ Est-ce sur de tels fondements qu'ils établissaient des vérités utiles.^...

Ne jurez point par les dieux, disait Pythagore ; car chacun doit se rendre digne d'être cru sur sa parole. . . Ainsi le pythagoricien Clinias ne faisait que suivre trop rigoureusement la doctrine de son école, sans chercher à imiter les pratiques du christianisme, comme le suppose Basile (ap. Grot., p. 96), lors-

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