‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 7 sur 84 · XXX PREFACE · texte numérisé non relu

XXX PREFACE

corps héréditaires, le mode de recrutement des tribunaux, les juridictions exceptionnelles, les emprisonnements arbitraires et, par-dessus tout, les erreurs judiciaires dont on venait d'avoir de si nombreux et de si saisissants exemples. Il n'y ménage pas davantage l'opinion publique, stigmatisant, coinme ils le méritaient, ses excès et ses préjugés.

L'œuvre devait être adressée à l'un des ennemis les plus fanatiques des revendications auxquelles le poète prêtait sa voix. Je crois qu'il y a toute raison d'identifier ce personnage, qualifié d'avocat général au Parlement, avec le magistrat Antoine-Louis Séguier, l'adversaire du président Dupaty . On connaissait déjà un chapitre important de V Apologie, publié en 1891, dans Y Artiste, par M. Achille Rouquet, sans indication de provenance et sans qu'on pût savoir à quel ouvrage se rattachaient ces pages vigoureuses. Chénier y dénonce l'indifierence coupable de ses contemporains et, en première ligne, des Parisiens, à l'égard des plus odieux abus de l'autorité, pour finir par le curieux récit d'une visite faite par lui, en 1783, au donjon de Yincennes et à ses cachots.

L'examen des manuscrits du poète, en me donnant l'occasion de retrouver les feuillets autographes sur lesquels figurent ces précieux morceaux, m'a permis, grâce à la rubrique aTtoA, de les restituer à l'œuvre dont ils faisaient partie. Il faut y joindre encore un certain nombre de textes transcrits par André dans les écrivains latins, surtout dans Tacite, en vue d'étayer plusieurs des considérations formulées dans V Apologie. Il nous a paru inutile de les reproduire ici. Les fragments inédits qu'on va lire suffiront à montrer tout ce qu'il y eut dans la grande âme de Chénier de pitié pour les injustices et les misères de ce monde et d'ardeur généreuse à les combattre.

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Cpmmpnt expliquer ce titre un peu singulier d'4pologie? Qn pjBut considérer cet ouvrage comme i»ne sorte d'apologie préventive. Il nous présente, en quelque sorte la défense d'une œuvre qui n'a pas encore été réalisée par le poète. Celui-ci feint dç l'avoir achevée et de se trouver dans l'obligation de la justifier 4evant des censeurs ou même des adversaires imaginaires. Voulant expliquer son entreprise, potre auteur est conduit à exposer son propre caractère, ses tendances, ses convictions, et à les comparer ensuite avec les tendances et les idées routinières qui dirigent le plus grand nombre de ses contemporains. Il constate qu'il est en marge delà société au milieu de laquelle il vit et entreprend assez naturellement de juger et de critiquer celle-ci. Il examine les institutions qui exercent une action sur la vie intellectuelle et sur les écrivains (les institutions judiciaires : le Parlen^ent, par exemple, qui juge les livres) et en fait une critique acerbe. En somme, il profite de ce cadre pour produire ses idées personnelles, tout en ayant l'air d'être sur la défensive. Le vrai sens du root « apologie » serait donc tout simplement ici : justification.

Orj a constitué ensuite une troisième série avec quelques fragments relatifs à l'histoire politique et portant les rubriques : History of prerog. et History of the royal powery qui se placent assez naturellement à la suite (Je ï Apologie. Nous avons joint à ce groupe tout ce qui subsiste d'un ouvrage projeté sur l'Espagne et sur les superstitions modernes. Ces pages viennent naturellement se placer à la suite ^es études sur l'histoire ^es questions politiques. Il est intéressante de les rapprocher du poème de La Superstition,

Les fragments sur le Christianisme forfpept le qua-

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trième groupe. Dans ces pages, l'auteur apparaît comme un véritable précurseur de Strauss et de l'auteur de Y Histoire des origines du Christianisme ; il réagit avec vivacité contre les théories et les plaisanteries de Voltaire. En cela aussi, il se rapproche de notre époque et des conceptions qu'elle admet assez généralement en matière d'histoire religieuse. N'oublions pas que Chénier, familier avec les écrivains de la période alcxandrine et des premiers siècles chrétiens, voire de l'époque byzantine, aussi bien qu'avec ceux de l'antiquité classique, se trouvait exceptionnellement préparé, entre tous ses contemporains, à aborder l'étude des commencements du christianisme. Il avait compris avec une grande perspicacité la portée des problèmes historiques qui se posaient touchant les origines de cette histoire, et il les avait résolument agités dans son esprit, en s'efibrçant de les examiner selon les principes d'une critique qui est certainement en avance sur celle de son temps. Ces pages, tour à tour graves et incisives, montreront avec quelle ardeur il s'était associé aux préoccupations philosophiques de son époque, en même temps qu'elles prouveront la variété de sa culture scientifique. Toutefois, il est à noter que dans plusieurs de ces morceaux, d'une allure particulièrement agressive, il s'est laissé entrainer à une vivacité d'expressions en même temps qu'à une certaine âpreté de ton qui contrastent avec l'équité et la modération que semblaient devoir lui prescrire ses préoccupations historiques.

M. Gabriel de Chénier avait annoncé, à la fin de la notice qui ouvre le premier volume des poésies d'André Chénier, un autre volume comprenant les œuvres en prose, et il avait donné (pp. cliv-clvi) une énumération sommaire des compositions qui devaient former la matière de

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ce volume. Cette liste piqua beaucoup la curiosité, mais rien ne parut : « Il est regrettable — dit à ce propos l'éditeur de 1872, gêné unefois de plus dans ses travaux par l'absence d'éléments d'étude qu'il savait exister et qu'il ne pouvait atteindre — que M. G. de Chénier n'ait pas eu le temps de publier l'édition des Œuvres en prose qu'il avait annoncée... Il nous promettait en effet plusieurs morceaux et fragments en prose inédits qui doivent être du plus grand intérêt, et des notes sur Voltaire et sur les auteurs grecs, parmi lesquelles on signale de curieux commentaires sur Aristophane. »

Ce sont ces notes et ces canevas si longtemps attendus que l'on trouvera plus loin. Les notes philologiques et littéraires qui constituent le cinquième groupe sont en général des plus caractéristiques. Elles apportent de précieuses indications sur les travaux du poète et sur sa connaissance si solide des littératures antiques et des finesses de la langue grecque. Ilestinfinimentprobableque Sainte-Beuve, qui en publia quelques-unes du même genre en iSSg, a ignoré celles qu'on valire. Aucune, parmi celles qu'il donne, ne peut soutenir la comparaison, au point de vue de l'importance et de l'intérêt, avec les notes sur Homère, Aristophane, ïhéocrite et Callimaque, sur diverses institutions ou coutumes antiques, le culte d'Apollon Délien, les idées innées, etc. Toutes cesnotes, prises sur des fiches presque semblables, sont le résultat de lectures grecques et latines susceptibles de fournir d'utiles commentaires aux poésies de Fauteur des Élégies. André Chénier n'a jamais mis l'accentuation sur les textes grecs qu'i^ transcrivait. Plusieurs personnes compétentes quej'ai consultées à ce sujet ont été d'avis qu'il n'y avait qu'à respecter purement et simplement cette habitude. J'ai donc laissé à ces textes.

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