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A LA M ï: M T.
Paris, 6 novembre 1838.
Ji 11. lins beaucoup, chère Valentine, que dans 1.1 première lettre que je recevrai de vous, \"ns ne changiez le nom de bien bon que voua m'avez ici 'Hi elul de bien mauvais, i e qui m'affligerait bien, quoique je suis obligé d'à
que je le mériterais. Je ne vous dirai pas même pour m'excuser que mon retard à vous exprimer toute ma reconnaissance a été causé par les embarras de l'arrivée et de l'emménagement, car je ne m'en suis pas mêlé ; c'est ma pauvre femme avec Natalie qui ont visité une centaine de maisons sans rien trouver de confortable, rien et absolumentrien dans tout le faubourg Saint-Germain; partout des prix à faire reculer. Enfin, dans leur désespoir, elles ont arrêté une maison dans la rue Duphot, n° 8. Les Friesenhof sont au3me étage et nous au premier. C'est un grand désagrément qu'il n'a pas été possible d'éviter. Je suis sûr que nos jeunes gens vous en parleront plus au long. Nous payons noo francs par mois. Ainsi notre espoir d'être près de vous s'est évanoui après cinq jours entiers passés à l'auberge. Si nous étions arrivés quelques jours plus tôt, nous aurions eu meilleure chance, car partout où l'on se présentait d'après l'indicateur du bureau d'adresse, on apprenait que la maison était prise de la veille ou de l'avant-veille. La grande difficulté est toujours pour les domestiques, pour lesquels on ne trouve de chambres nulle part; on les envoie au grenier, où ils auraient tous gelés pendant l'hiver, et vous savez que les nôtres sont nombreux et un peu gâtés. Enfin nous avons trouvé à peu près ce qu'il nous faut.
Je ne puis rien vous dire sur la ville de Paris, car je n'ai presque rien vu encore. Le bon marquis Oudinol, profitant d'un rayon de soleil, nous a fait faire une promenade assez longue à Friesen-
hof et à moi, pendant laquelle mes pauvres jambes ont eu bien de la peine à me faire honneur. J'en ai fait une autre en allant voir M. de Forbin et Granet, sous la conduite de M. de Pastoret. J'ai donc une idée générale et un peu confuse des beaux quartiers de Paris. Dès que nos dames auront fait leurs emplettes, je pourrai épargner mes jambes et aller flâner dans une voiture que nous a procurée M. Oudinot, qui met à nous choyer et à nous obliger toute l'activité et le succès qu'il a eus dans de plus difficiles circonstances. Je ne veux rien voir dans les musées, ni à Versailles, sans vous. M. votre père m'a fait un bien bon accueil. Je venais d'Audour, il ne pouvait en être autrement. Il m'a beaucoup demandé des nouvelles de vos yeux et de vos occupations. «Je ne lui ai pas fait de si beaux yeux pour la faire souffrir, » m'a-t-il dit dans son style de gaieté. Je l'ai trouvé très-bien portant. Il est beauc >up plus gros que la dernière fois que je l'ai vu, niais toujours bel homme; il m'a ensuite fait voir son atelier, où j'ai vu de très-belles choses. Il y a six ou sept grands tableaux trés-remarquables. J'ai été avec lui dans l'atelier de Granet qui est toujours Granet! J'y ai trouvé, cntr'autrcs, un tableau représentant nue Bcène d'Hemani de Hugo, qui, a mon avis, est supérieur à celui des Capucins qui .1 i.iit m réputation. J'en
Suis revenu tout enthousiasmé. Ce tableau a déjà été a l'exposition, mais il n'était pas fini; maintenant c'est un véritable i h
Non:; n'avons encore vu personne que les amis
l . tellamare, pas menu- les Stakelberg. Ma
CORRESPONDANCE. IOI
femme et Natalie sont obligées d'attendre le bon vouloir des tailleuses pour se présenter décemment. J'en puis dire autant pour mon compte, car j'ai encore sur une manche de mon meilleur habit une partie du ciel de ce paysage que j'ai fait àAudour. M. Oudinot, qui sort de chez nous, vient de nous apprendre que vous avez une fluxion sur les Jents; cela nous a troublés par le chagrin que nous donnent vos souffrances, et par la crainte que cette indisposition ne retarde votre départ d'Audour; heureusement M. deMarcellus va mieux et dès que vous pourrez prendre la plume, vous nous donnerez les meilleures nouvelles du ménage. Je pense que vous êtes perdus dans le brouillard, à l'heure qu'il est, dans vos Alpes mâconnaises, mais vous ne gagnerez pas beaucoup sous ce rapport en venant ici. Bon Dieu! quel climat, chère enfant! et combien on en sent toute la rigueur en venant de Naples et de Nice. Je n'ai encore vu que de la boue; les trottoirs même, quoique bien balayés, ne sont jamais secs. Les Parisiens sont de véritables amphibies. Je me suis abonné au cercle, mais ce sera pour novembre seulement, car je n'y ai été qu'une fois et je ne continuerai pas cet hiver, voulant mieux employer mes soirées, s'il est possible.
Venez donc vite, nous ne nous croirons à Paris que lorsque vous y serez et Paris prendra même un faux air de Naples. Adieu.
CORRESPONDAN CE.
A M. LE VICOMTE DE M ARC ELI. Us.
19 novembre 1838.
e s dernières nouvelles que nous avons reçues de votre santé, cher et excellent ami, nous ont donné de vives inquiétudes, non sur les suites que votre indisposition passagère peut avoir, mais sur le retard qu'elle occasionnera peut-être à votre retour à Paris. Je crois cependant, qu'à moins d'une impossibilité absolue, vous ferez sagement de braver les souffrances du voyage et de vous jeter au plus tôt, bien enveloppé, dans votre voiture pour venir auprès de vos amis. J'ai le pressentiment que le changement seul de situation vous sera favorable et que vous laisserez en chemin ce triste rhumatisme. Surtout, ne vous laisse/ pas décourager, thar.se/ les idées mélancoliques, pense/ aux filles de Chio, à l'Orient, dont les charmantes descriptions m'ont enchanté et tâchez d'oublier les tracasseries et l'égoisme de l'Occident. Audour doil être bien froid et un peu triste après tant de uvement, après le départ de tant d'amis que la
sympathie y attirail et qui se renouvelaient sans pendant la belle saison.
Les fleurs sont desséchées, I pouillés,
unes de terre sont extraites, et ces intéressants animaux, don) la prospérité vous fait tant
CORRESPONDANCE. IOj
d'honneur, ont déjà acquis tout l'embonpoint qu'ils doivent à vos soins délicats. Venez donc, vous verrez comme vous serez reçu et quelle place vous occupez dans le cœur et dans l'esprit de vos amis. Ma femme a écrit à Madame de Marcellus et a déjà envoyé la lettre à la poste sans m'avertir. Je finis la mienne ici, afin qu'elle vous [arrive] en même temps et avant votre départ d'Audour. Je n'ai rien vu encore, je n'ai pas fait une seule connaissance. Adieu, conservez-vous.