A MONSIEUR LE MA R Q.U I S O U D I N OT
Saint-Pétersbourg, 18 août 1839.
Je vous écris encore de la campagne, mon cher marquis, où nous demeurerons jusqu'à ce que notre maison de ville soit arrangée et meublée, car nous l'avons louée avec les quatre murs. Ma
pauvre femme est toujours à courir à la recherche des meubles avec Natalie ; elle revient fatiguée et gémissant sur la cherté de toutes choses. Elle trouve que les prix sont exactement le double de ceux de Paris. Natalie est en peine de Valentine qui ne lui écrit point. Jamais leur correspondance n'avait éprouvé un si long retard. Je pense qu'elle est partie de Genève et que le voyage est la seule cause de cette interruption.
J'entends parler de projets sur Naples, d'un voyage de la marquise à Audour, avant celui d'Italie ; dites-moi, cher ami, ce qui en est. Dieu veuille que ces projets se réalisent; je ne vois pas d'autre moyen, pour tirer votre adorable compagne de l'anéantissement dans lequel son malheur l'a jetée. Je vous supplie de me tenir au courant de tout ce que vous déciderez.
En attendant, au risque de vous ennuyer, je vais encore vous parler de nous.
Au moment de notre arrivée, nous avons été bien reçus de quelques anciennes connaissances, Les grands parents de ma femme sont venus aussitôt nous voir, et nous ont témoigné beaucoup d'intérêt, mais ils sont dans les hautes régions de la tour et des affaires: l'un est ministre de l'intérieur, un autre pis encore.
■ente/ bien que dans un pays où l'on ne
respire que dans l'atmosphère immédiate de l'Em-
. hors de laquelle nous nous trouvons, nous
h pouvons pas compter nos parents comme so-
lime, ni en tirer l précieux que
avons trouves dans la parenté Oudfnol et
Marcellus. Voila le modèle sur lequel je voudrais avoir des parents. Peut-être en trouverons-nous, mais il faudrait les chercher, et à mon âge, je préfère me contenter du souvenir des vieux.
Ma femme est dans une meilleure passe que moi. Elle aime passionnément son pays ; elle a désiré constamment d'y revenir, et rentre dans les habitudes russes aussi facilement que si elle n'en était jamais sortie. Pour moi, j'avoue que je ne puis m'empêcher de regretter quelques fois Paris et la bienveillance générale qu'on m'y a témoignée. Je regrette aussi des parents, d'aimables nièces que j'ai laissées en Savoie et la vie paisible de nos montagnes, plus analogue encore à mon âge et à mes goûts que celle de Paris, mais mon devoir était de ramener ma malheureuse femme où je l'ai prise. Je serai bien partout où elle sera.
Notre société intime sera toute entière dans la même maison que nous; nous habiterons au bel étage avec les Friesenhoff qui ont un appartement à part, un escalier à eux, en sorte que nous ne nous rencontrerons que selon notre bon plaisir. Au rez-dechaussée logera une autre nièce, Mme Pouchkine, veuve du célèbre poëte tué en duel, dont vous avez sans doute ouï parler, avec une de ses sœurs, et quatre enfants ; elle est d'une grande beauté et trèsbonne personne. Vous voyez que je continuerai à être embrassé par de jolies femmes comme à Paris. La soeur est moins belle que la veuve, uniquement parce qu'elles sont ensemble. L'une est Vénus, l'autre Junon ; vous comprendrez qu'avec ce fond de société, la nôtre augmentera probablement pen-
dant l'hiver d'après le proverbe : « plantez des filles, il viendra des garçons. »
Nous avons depuis quinze jours le climat de Naples, 22 degrés dans mon cabinet, un soleil brûlant; tout le monde se plaint, excepté moi; il est probable qu'on est plus sensible à la chaleur ici qu'à Naples, parce que les changements de température y sont plus rapides. Au premier orage, nous aurons froid et nous nous retrouverons en Russie.
Vous voudrez peut-être savoir si j'ai profité de vos encouragements, et si je continue l'anecdote que j'avais commencée à Paris. J'en aurais tout le loisir ici, mais je vous avoue que mon indiscrète biographie par M. Sainte-Beuve m'a dégoûté des littérateurs et de la littérature. Pour remplir ton article, et ne sachant trop que dire, il me lait d >inier des rendez-vous amoureux chez mon honnête Lépreux, l'impudent ! voici ce qui a donné lieu à cette fable.
J'ai vu deux fuis à Paris l'auteur de cet article. Il me demanda si l'on ne craignait point d'approcher du lépreux. Je répondis que non et que je lui avais fait souvent des visites avec une jeune dame qui le protégeait. Les rendez-vous sont de son invention. Cette femme était veuve et libre et n'avait pa« besoin Je se cacher ; elle existe encore ; que i t-elle, si elle lit cela, de ma fatuité preslire ? d'autant plus qu'il a l'air d'écrire
ia dictée, n m'a de infinie compromit avec
l'auteur de /.i Bibliothèque ./<• »t<>>i oncle, ouvrage i|ucMM" < tuJinot connaît et que je voulait faire >■ in> primer à Paris, n l'a ce comme ayant besoin
de corrections et manquant de style et de goût. L'auteur, M. Tôpffer, en a été, comme de raison, vivement blessé, et moi plus encore qui perds l'amitié d'un homme que j'estime, et dont j'admire ]e talent, parce qu'un écrivassier veut gagner sa quote-part dans une revue, hors de toute mesure et de toute convenance. Mais le mal est irréparable et je vous prie mêms de n'en pas parler, car je suis entre les mains de ces misérables, et le mieux est de tout oublier. J'ai voulu seulement soulager et épancher ma mauvaise humeur en vous en faisant part, au risque de vous ennuyer.
Je ne sais pas si ma lettre vous trouvera encore à Paris, mais, dans tous les cas, j'espère qu'elle vous suivra à Audour ou en Italie, et que j'aurai de vos nouvelles, en attendant que nous soyons établis dans notre maison de la ville, où. vous pourrez adresser vos lettres qui me seront bien précieuses. Voici jusque là notre adresse, celle du banquier est moins exacte, car ses lettres chôment souvent chez lui : — M. Kwarkovtzoff — Saint-Pétersbourg, Gloukoy Percouiok, maison du marchand Artamonoff. Ma femme vous dit mille choses tendres et qu'elle doit paraître coupable envers tout le monde, mais elle est sur les dents pour l'emplette des meubles, et passe la journée, de 10 heures du matin à 6 heures du soir, en ville, pour elle, et pour Natalie qui est grosse et dans son lit. Friesenhoff écrit aujourd'hui à la marquise, ce qui fait qu'il ne vous écrit pas et remet ce plaisir à un autre courrier. Ma lettre est commencée depuis deux jours. Natalie est tout à fait bien ce
matin après une bonne nuit. Elle a couru quelque danger, mais je suis moins en peine pour elle que pour son mari. Je ne crois pas qu'il reste longtemps ici, car le climat ne lui est pas favorable; il est affecté du moindre changement de temps. Je pense qu'après les couches et le rétablissement de Natalie, il se rapprochera du soleil ; du moins je le lui conseille fort. 11 est maintenant fort occupé de sa correspondance de Naples. Le marquis Villa- Franca, napolitain, part ces jours-ci pour sa patrie et emporte une vingtaine de lettres du jeune ménage. Adieu, cher marquis, donnez-nous de vos nouvelles, le plus tôt et le plus longuement possible; vous savez le plaisir qu'en éprouvera votre affectueux serviteur et ami.
A I. A VICOMTESSE DE MARCELtUS.
Pétersbourg, 19 janvier 1810.
Je veux vous féliciter du bonheur que vous avez eu de revoir l'aimable duc de Bordeaux cl de
l'avoir trouvé avec le comtedelaFerronnays, afin qu'il n'y manquât rien, je jouis en lisant dans les journaux la peur de M. de ... qui se démène
c nie un diable dani Un bénitier. Quel rôle pour
un gentilhomme français I Comme j'aime le pape qui ne s'en inquiète nullement.
Si vous pouviez me procurer une ligne, un mot de l'écriture du duc de Bordeaux, je me mettrais en quatre pour vous faire un tableau ce printemps et j'y mettrais tous les sentiments de mon âme et de mon corps.
Ma femme veut absolument vous écrire par Kriosoff, mais je ne compte guère sur cette bonne résolution ; vous devez savoir qu'elle a toujours été sujette à la scrivophobie, et, si elle n'écrit pas, vous ne devez pas lui en vouloir, personne au monde ne vous chérit plus qu'elle. Lorsque nous parlons de vous, elle ne tarit pas sur votre éloge, et, comme sa mémoire est parfaite, rien n'est oublié, depuis le premier jour où nous vous avons connue jusqu'à notre départ de Paris, les moments heureux que vous avez embellis et les malheureux que vous avez soulagés et partagés. C'est surtout avec quelques anciennes connaissances, lorsqu'elle raconte les aventures de son voyage, qu'elle aime à parler de vous. Aussi, vous ne serez pas étrangère en Russie, si jamais vous y venez, car toute notre société vous connaît et vous aime.
Nous avons eu un moment de vive crainte pour vous, en lisant dans un journal que le bateau à vapeur qui portait M. de Sircey à Constantinople avait péri corps et biens dans la mer Noire, mais bientôt nous avons su sa réception chez sa Hautesse.
Je me réjouis de tous ses succès à cause de vous, quoique j'aimerais mieux le savoir à Rome. Je pense que vous allez quelquefois au palais Borghèse ; c'est la seule maison que je regrette à Rome. J'aimerais bien que vous me parlassiez de
la charmante princesse Salmona; il y a trois ans que je l'ai laissée grosse à pleine ceinture; depuis lcrs je n'en ai plus ouï parler, mais il m'en est resté un souvenir qui se présente à chaque fois que je rencontre dans une jeune personne une réunion de beauté, d'esprit et de politesse. Tâchez de ne pas vous promener avec distraction dans la ville de Rome ; songez au bonheur que vous avez d'y être et de pouvoir dire en montant en voiture à votre cocher : — Au monte Pincio, — au palais des Césars, — à Saint-Pierre, — à la villa Borghésc, Pamphili, sans que la neige et 30 degrés de froid vous forcent à garder le logis, comme cela m'arrive souvent ici. Rome est la seconde patrie de tout homme qui a une âme, et, quand on a une patrie comme la vôtre, je ne sais pas si la seconde ne balance pas la première. Quoi qu'il en soit, jouissez, jouissez bien de cet instant de plaisir qui vous est donne ; ne lisez pas les journaux, ni les débats Je vos misérables grands hommes de Pans, ni les hideux détails des crimes dont vos cours d'assises épouvantent journellement l'Europe ; en parlant de votre patrie, j'ai seulement voulu parler de votre patrie actuelle et momentanée : vous savez si j'aime la France!
Je vous envoij la lettre de Tôpffer que je vous
ai annoncée par ma dernière. Sa correspondance
me fait grand plaisir, ses lettres sont pleines Je
■ 1 sa manière de penser est tout à fait ana.
lOgUC a la mienne. Si ce! homme avait reçu une éducation plus distinguée e! plus soignée, ses 011-
inraienl doublé de prix; il t'est créé lui*
même ce qu'il est, et c'est avec peine que l'on trouve dans ses ouvrages pleins de génie des expressions triviales, tandis que plusieurs de ses compatriotes, comme Diodati, Larive, de Saussure, écrivent le français avec la plus grande perfection. Vous verrez combien il a été glorieux de votre visite. J'ai un grand désir de voir l'article qu'il a fait insérer dans la Bibliothèque Universelle sur le Voyage en Orient.
Il y avait de mon temps, à Rome, un médecin, M. Morochini, qui recevait ce journal; peutêtre ses enfants ont-ils continué l'abonnement et vous pourrez y trouver cet article. ....
A LA MEME
5 août 1040.
J'ai lu avec grand plaisir dans le Journal des Débats un article très-bien fait sur le Voyage ou les Souvenirs d'Orient.
J'étais sûr que cet ouvrage resterait; il deviendra le manuel des voyageurs. Dites, je vous prie, mille choses aimables à l'auteur de ma part et de celle de tous les miens. J'ai reçu de Genève le
gros Presbytère de M. Tôpffer. Je regrette que vous l'ayez jugé sans le lire, sur la foi d'autrui, et peut-être sur la mienne, car j'en avais une assez petite idée. C'est un livre excellent et du plus grand intérêt; on y trouve des caractères qui se font aimer et admirer, c'est une troisième Héloïse qui vaut mieux, à mon avis, que celle de Rousseau ; l'auteur m'écrit qu'il n'a point osé vous l'offrir, mais que, si je l'encourage, il vous l'enverra. Quelques personnages y parlent le pur patois de Genève, vous y trouverez des longueurs, mais vous ne le lirez pas sans pleurer, ni sans rire, car il est parfois très-amusant.
On fait ici de tous côtés l'opération du strabisme qui est très-facile et ne manque jamais. La belle fiancée du jeune comte Apponi, Mllc de Benkeriday, est partie d'ici, louchant à faire peur et pouvant à peine lire, tant ses deux prunelles étaient cachées près du ne/ : en passant à Berlin, OÙ demeure l'inventeur, le docteur Dieffenbach, clic s'est décidée à subir l'opération qui a fort bien réussi. Imaginez la joie du promis et de la famille Apponi ! c'est une merveilleuse découverte, Un jeune homme de notre société, qui était dans le même cas, est guéri, je ne me lasse pas de le regarder, c'est un autre homme
CORRESPONDANCE. '.]l
A LA MÊME
Pétersbourg, 25 décembre 1840.
L'excellent Friesenhoff, qui aura le bonheur de vous voir, chère Valentine, se charge de vous remettre cette lettre. Je l'écris d'avance, ne sachant pas précisément quelle sera l'époque de son départ, et j'aurai le temps de vous parler en détail de vos amis de Saint-Pétersbourg, qui vous aiment toujours en raison directe du carré des distances. Vous auriez quelques raisons d'en douter pour ce qui me regarde, car j'ai eu le tort de n'avoir pas encore répondu à votre dernière et charmante épître. Vous me pardonnerez ce retard et cette négligence en faveur des années qui s'accumulent sur ma tête et du découragement qu'elles amènent avec elles.
La journée n'a plus que quelques heures qui se passent, en y comprenant les repas, en flâneries de famille ; nous sommes tous rassemblés dans le cabinet de Sophie, qui est le seul qu'on peut réchauffer convenablement dans notre grande maison ; le thermomètre marque depuis plusieurs jours de 20 à 25 degrés de froid sur la rue, 10 à 12 dans les appartements et 14 ou 15 dans le cabinet dans lequel nous nous réunissons.
Je trouve de grands changements opérés depuis mon départ; le matériel de la ville a beaucoup gigné, mais, à mon avis, la société a perdu : un mauvais esprit, un mauvais ton, y gagnent incessamment du terrain. Je la vois peu ; je puis cependant la juger sur les histoires scandaleuses, sur le dévergondage, dont j'entends parler, et surtout sur le jugement qu'on en porte autour de moi.
Dans les sociétés de second ordre, on fume le cigare, et partout on joue : il n'y a plus de conversation ; les dames elles-mêmes, les plus élégantes, jouent gros jeu au whist. Les personnes qui ne jouent pas sont de trop et gênent ; la maîtresse de maison quitte un instant les cartes, pour recevoir la dame malencontreuse qui arrive, ce qui n'a lieu qu'entre anciennes connaissances, car, sans cela, elle court le risque d'être en têteà-tête avec elle-même.
Il faut jouer ou rester au logis; passe pour les personnes âgées, elles n'ont rien de mieux à faire, mais les jeunes femmes! il faut cependant que cela suit bien amusant, et je suis quelquefois ic prendre des leçons de jeu. M. de I àl« I \iaiid croyait cette science indispensable. Quelqu'un ayant refusé de faire sa partie, en alléguant qu'il ne savait aucun jeu : « Ah ! monsieur, lui dit le grand diplomate, i' VOUS plains, vous vous préparez une vieillesse bien malheureuse ! » Et \ ■ iil.1 acheminé à vous dire des b.ilivernes, l'ajouterai un calembour du grand-duc
Michel, qui a couru la ville ; on a présenté une jeune promise fort jolie, mais dont l'embonpoint, un peu exagéré, était distribué de manière à convenir plutôt à une nourrice qu'à une jeune fiancée : « Qui épouse-t-elle? » demanda le prince. — « M. ***. — Ah! le pauvre homme, je le plains, il ne saura à quel saint se vouer ! » Je dois vous dire que le grand-duc renie la paternité de ce calembour, mais on le lui a attribué, parce qu'on prête aux gens riches.
J'ai tant de choses à vous dire et à vous demander, et je perds mon temps et mon papier à vous dire des folies !
N'aurai-je pas mauvaise grâce maintenant à vous parler de moi? Je veux cependant vous dire que j'ai abandonné la peinture pour cet hiver, faute de lumière, et, comme je m'ennuie prodigieusement, j'ai recommencé un peu de chimie. Je suis au milieu des petits pots et des creusets; c'est toujours une certaine couleur faite avec de l'or, dont vous m'avez vu occupé à Naples. Je l'ai perfectionnée et j'ai fait des découvertes sublimes, dont ma femme se moque, en prétendant que je fais du cuivre avec de l'or. Dès que le printemps se montrera, je reprendrai la palette pour faire des paysages froids comme à l'ordinaire, mais, pourvu que le temps passe et s'écoule doucement, c'est tout ce que je désire dans un pays où je n'ai pas un seul ami et où les bonnes connaissances que j'avais m'ont précédé dans un meilleur monde! Ah! quelle différence avec ma vie d'Italie, de Nice, de Savoie et de Paris !... Je
ne rencontrais que des visages bienveillants. Là, on est quelque chose par soi-même, sans avoir besoin de faveur ou de décorations; il suffit d'être honnête homme et bien élevé. Je vous avoue, chère enfant, que je regrette vivement mon pays, mes parents et la France, qui est bien aussi mon pays, mais mon devoir était de ramener ma malheureuse femme où je l'ai prise et où elle voulait retourner. Dieu veuille qu'elle ne s'en repente pas! Je l'aime chaque jour davantage; nous sommes ici comme deux vieux arbres à demidesséchés, qui ont perdu toutes leurs branches dans les nombreux orages qui les ont assaillis, mais dont le cœur est encore vivant, et qui poussent encore quelques feuilles pâles, sans fleurs, ni fruits, au milieu de la forêt verdoyante qui leur succède.
Vous savez que les forêts verdoyantes des environs de Saint-Pétersbourg sont des sapins et des bouleaux. Afin que vous ne soyez pas alarmée de ma tirade mélancolique, voici une parodie que j'avais faite jadis d'un couplet de Florian et qui faillit me brouiller avec Sophie au moment de nos fiançailles :
! 'on n'esi bien que dans la Russie,
les ruisseaux; C t la qui !■ i in , Le bouleaux
plus chérie; 1 i là que le chant des corbeaux Nous charme p.«r -..>n li.irm.niic.
Le tissu Incohérent de ma lettre pourra voui
donner une idée assez juste de la vie que je mène ici : de tristes souvenirs, des regrets amers en forment le fond ; mais, toutes les fois qu'une pensée agréable, gaie et même un peu folle se présente, je lui ouvre à deux battants toutes les portes de mon imagination, et, au lieu de qualifier cette faculté précieuse comme votre patronne, sainte Thérèse, qui l'appelait la folle de la maison, je me jette à corps perdu dans ses bras et je m'en trouve bien. N'est-ce pas elle, en effet, qui fait disparaître le temps et la distance, qui réalise le passé et l'avenir pour cacher le présent, cet présent qui nous obsède sans cesse comme un mauvais coucheur? N'est-ce pas l'imagination qui me dessine maintenant votre portrait dans les poses les plus charmantes, en face et en profil, gaie, distraite ou boudeuse, et toujours frappant de ressemblance? Tout mon cabinet en est tapissé.
Vous trouverez dans ce pli une lettre de M. Tôpffer, qui vous amusera; vous* y verrez toute la reconnaissance pour l'aimable visite que vous lui avez faite et qui m'a mis tout à fait dans ses bonnes grâces, parce qu'il croit m'en avoir en partie l'obligation ; vous y verrez l'idée qu'il s'est formée de vous et de M. de Marcellus. J'attends au premier jour l'article qu'il a fait insérer dans la Bibliothèque universelle sur les Souvenirs d'Orient. Je pense qu'il trouvera la manière de vous l'expédier a Florence, car on donne toujours à l'auteur de chaque article un exemplaire ou deux imprimés.