‹ Œuvres inédites (volume 2)Chapitre 20 sur 41 · I. XX XIV · texte numérisé non relu

I. XX XIV

A LA Ml'.ME.

1 1 février 184t.

Voila encore une nouvelle calamité, chère trop I" 'iuio Valentfne : la mort du pauvre COmU de La l-'erronnays nous a atterrés; son tils i pour nous l'annoncer ; il est au ddaai

poir de cette cruelle perte, si peu attendue; il venait de recevoir une lettre de lui, écrite deux ou trois jours avant sa mort. Il est venu hier nous voir et pleurer avec nous le meilleur des hommes. Nous avons tout de suite pensé à la douleur que vous éprouverez en apprenant cette nouvelle ; je crains que tant de chagrins coup sur coup ne nuisent à votre santé; c'est dans ces moments qu'il faut redoubler de courage et de confiance dans la Providence

Tout finit enfin par s'arranger et s'adoucir. Il n'y a que les pertes de nos amis qui ne peuvent nous accoutumer aux déboires de la vie. On peut faire de nouvelles connaissances, contracter de nouvelles amitiés, mais elles ne peuvent remplacer celles qu'on a perdues : comment oublier le regard, le son de voix d'un être chéri que l'on ne verra plus !

Tenez-moi, je vous prie, au fait de tout ce que vous déciderez.

Combien je voudrais être auprès de vous! Je tâcherais de vous encourager, de vous consoler !... Dans cette crise pénible de votre vie, j'espère que Dieu vous aidera.

C... est toujours dans la même situation désagréable. Les diplomates français ne sont invités nulle part, ni même reçus. Rien n'est plus ridicule, à mon avis, que la conduite de la société à leur égard ; car, au fond, ils n'ont fait que remplir les ordres qu'on leur a donnés, et puisque Périer a été invité au bal de la cour et que l'Em-

pereur lui a parlé avec bienveillance, ainsi qu'à sa femme, de quel droit s'avise-t-on de les maltraiter, car ils n'avaient manqué à personne?... Mais il est bien connu que les hommes pardonnent plus facilement les injures qu'ils reçoivent que celles qu'ils ont faites. II en coûte de revenir à quelqu'un pour lequel on a manqué d'égards, et ce jeune homme a trop peu de poids pour qu'on se gêne avec lui. Je ne ferais qu'en rire, si ce pauvre C. .. n'y était compromis. Il est impossible que les choses restent sur le même pied ; si on ne les rappelle pas, ce serait une véritable cruauté que leur gouvernement ferait à leur égard. 11 me semble qu'on doit toujours se sacriiier pour son ■gouvernement, les humiliations à part.

Je reçois des nouvelles de Topffer, qui est en révolution et fort embarrassé de son rôle ; il est au nombre des conservateurs, en sa qualité de membre du conseil suprême, et plus qu'un autre i la haine des révolutionnaires, parce qu'il est nouvellement agrégé à l'aristocratie gen

Ma femme vous dit toutes les tendresses de son cœur; elle est dans un nouvel accès de sa volante à sa main droite et se porte trèsbien du reste. Notre Occupation et nos plaisirs al i1 nir elle à lire la gazette, et pour mol ni.r. mi bien quelque sot roman nouveau

a finit, parce qu'on l'a commencé.

La Ferronnayi nous a prêté des comédies nouvelles, qu'il pouvoir jouer loi,

Saint-Pétersbourg, 23 mars 1S41.

J'ai souvent pris la plume pour vous écrire, chère bonne Valentine, sans en avoir le courage. Si j'avais été à Paris à l'époque de votre malheur, j'aurais pleuré avec vous l'excellent père que vous avez perdu, sans chercher à vous donner des consolations malheureusement inutiles. J'espère que Dieu vous soutiendra; il en a remis le soin et le pouvoir à la plus tendre des amies, c'est une faveur dont je le remercierai sans cesse ; depuis que la triste nouvelle nous est parvenue, vous êtes dans toutes nos pensées. Quoique j'aie peu vu celui que nous regrettons, j'aime à me rappeler les moments que j'ai passés avec lui et les marques nombreuses de bienveillance qu'il m'a données. Je devais m'y attendre de la part du père de Valentine. J'ai fait sa connaissance dans votre campagne, près de Marsia, où j'ai fait plusieurs longues promenades avec lui, pendant lesquelles il me racontait ses intéressants voyages. Ensuite, il vint nous voir à Pugnano; j'étais alors occupé d'un paysage d'après nature ; il me dit qu'il ne savait pas que je peignais si bien, ce qui me flatta beaucoup; il me donna plusieurs conseils et

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m'encouragea avec bonté ; depuis lors, je ne l'ai phis revu qu'à Paris, toujours le même et toujours aimable. Avant notre départ, il lit présent à ma femme d'un charmant tableau, qui fait le principal ornement de son salon; il a beaucoup gagné depuis qu'il est vernissé, c'est un bien précieux souvenir.

Voici les beaux jours qui reviennent. J'espère que vous en profiterez pqj.tr vous remettre à la peinture. Je ne crois pas pouvoir me donner le même plaisir, car mes yeux faiblissent de jour en jour, et, pendant que je vous écris, je vois des petits nuages qui se promènent sur mon papier.

La chute des grands froids m'a guéri de mes rhumes, qui m'ont tourmenté tout l'hiver et qui avaient parfois inquiété ma chère Sophie. Ce retour à la santé, qui a bien son prix, a, entre autres, celui de me donner l'espoir de vous aimer plus longtemps ....

Nous avons reçu hier la visite de M""- Demidoff Bonaparte, qui est fort aimable et assez jolie. Son mari est neveu de Sophie, en sorte que la voilà alliée des Bonapartes. Malheureusement,

le cher neveu a été raye du service, et, jusqu'à

présent, on ne s'est pus encore radouci pour lui. Nous attendons avec une grande impatience un

mol de vous qui puisse nous tranquilliser sur ..inté.

A LA MÊME

Saint-Pétersbourg, 2 août 1841.

M de L. n'a encore rien de décidé, et il ne • l'est pas lui-même sur ce qu'il doit faire. Son grand tableau estencore emballé chez M. de Barante avec un tableau de chevalet représentant deux baigneuses, demi-nues jusqu'à la ceinture, auprès du lac Nemi. Il l'a apporté avec le cadre. Le coloris est charmant, le paysage très-vrai et très-pittoresque, mais le dessin est défectueux en quelques points. Lorsque je le vis chez lui la première fois, je fus surtout frappé de la manière dont ii a rendu la poitrine de la principale figure que l'on voit de profil. Les deux seins sont tellement l'un sur l'autre, qu'ils n'occupent pas l'espace d'un pouce et représentent deux languettes de chair. Je lui conseillai fortement de couvrir cette partie avec un bout de draperie blanche, en élevant un peu la chemise qui est là tout près, et cela avant de l'exposer ; mais il ne fut pas de cet avis et se proposa d'y retoucher.

Les tableaux furent portés chez M. de Barante, et le même soir L.... me dit que la draperie avait été décidée. Vous voyez que je n'étais pas seul de cet avis.

Mme de Barante s'intéresse vivement à lui, elle veut absolument qu'il déroule le grand tableau, mais il ne sait à quoi se résoudre et ne m'en parle plus. Il aurait mieux fait, ce me semble, d'apporter quelques tableaux de chevalet de plus, au lieu de la grande toile qui exigerait un cadre coûteux et qui ne peut être placée ici chez des particuliers. En attendant, il est fort bien reçu partout ; il est bel homme et très-élégant. M. de Ribeaupierre a été très-satisfait de faire sa connaissance et l'aidera de son mieux à l'occasion. Je crois qu'il vous a déjà écrit la partie qu'il a faite à la grande fête de Pctcrshoff, qui est tout ce qu'on peut voir de plus curieux ici; il s'est présenté au bal sans billet d'entrée et l'officier de garde l'a introduit sur sa bonne mine, ainsi il a vu l'Empereur et l.i famille impériale, l'illumination du parc et les belles eaux, et il est revenu

très-satisfait de sa course

. . En lisant les Vingt jours en Sicile, l'intérêt que j'y ai pris a redouble lorsque j'ai vu qu'il y avait des dames et surtout qu'un dessinait. ce qui m'a prouvé que vous étiez du voyage.

JM'avez-vous point pensé à moi quelquefois auprès de ces belles ruines et des paysages enchantés de ctte belle Sicile que je ne verrai jamais? Je ne sais si je suis trompé par mon amOUrpropre OU par mon cœur, mais il me .semble que

je manquais '■. n \ yage. Comment ne m'en tmais parlé?

Ne pourriez-voua pas faire entrer dans une de vingt joui

serait charmant. Vous pourriez me dire quels sont les sites principaux que vous avez dessinés, et même m'envoyer quelque petit croquis pour me consoler de n'avoir pu vous accompagner. J'ai le projet de me remettre à peindre dès que nous serons établis dans la nouvelle maison, et pour cela je laisse dans celle que nous quittons toute ma boutique de chimie qui m'a fait perdre inutilement mon temps. Puisque Dieu m'a laissé ma vue et que mes mains ne tremblent pas, je veux essayer encore, persuadé, comme l'archevêque de Tolède, que je n'ai pas baissé. La notice nécrologique de M. de Forbin dont je vous ai parlé est de M. F. Foyot; il me semble qu'elle est fort bien écrite, sans exagération, enfin elle m'a fait grand plaisir. Je suis bien sûr que vous la connaissez, car elle n'a pu être écrite ailleurs qu'à Paris. Notre Revue étrangère qui s'imprime ici ne dit point d'où elle est tirée.

A LA M È M E

Pétersbourg, 24 août 184t.

MGudin part aujourd'hui sur la frégate fran- • çaise qui est venue pour prendre M. de Barante. Il a eu le plus grand succès à la cour.

L'Empereur lui a donné un ordre, le duc de "W'eimar lui a conféré l'ordre du Faucon, et, comme il a reçu la Légion d'honneur en même temps, il retourne à Paris décoré comme une chapelle. Enfin, en prenant congé, l'Empereur l'a embrassé des deux côtés.

Tous les individus de la famille impériale lui ont fait chacun un présent considérable. Enfin il n'a eu qu'un seul mécompte. Il avait présenté deux grands tableaux dont il avait fixé le prix, l'un à 10,000 roubles, l'autre à 15,000. On a pris celui-ci et on ne lui a donné, au moyen d'une petite distraction volontaire, que le prixdu premier; c'est une petite vilenie du chef chargé de ces détails et dont l'Empereur ne sait probablement rien; c'est absolument le pendant de l'affaire de Granct.

Ses réclamations ont été inutiles : le chef en question a dit que l'artiste avait assez reçu. Ce dernier aurait eu mauvaise grâce de s'adresser directement à l'Empereur, mais au fond il n'est pas à plaindre. Vous comprenez d'après cette anec- Miibien il serait difficile de revenir sur l'injustice qu'on a laite à Granct après un si long temps.

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