LXXXVIII
A LA MÊME
our:;, 16 novembre 184I, Perler a pris la maison de M. de Bar.mte
et tient un grand état; il a déjà préparé
un logement pour M. de la F... C'est un bon enfant qui est fort bien vu ici, comme on l'est partout, lorsqu'on donne des fêtes et de bons dîners...
Nos regrets de la mort du prince B. ne se portent guère que sur le chagrin qu'en a éprouvé la princesse dont la destinée est aussi malheureuse que bizarre: perdre trois maris dans moins de dix-huit ans ! Le défunt qui se voyait en danger de mort prochaine, et qui nous a dit en partant qu'il n'en avait pas pour deux mois, a eu la précaution de déposer chez le consul de Naples toute l'argenterie de la maison en dix grandes caisses et comme, selon les lois napolitaines, tout cela appartient à son frère nommé, par son testament, légataire universel, ce dernier a déjà réclamé le tout. On ne sait pas encore si l'on fera droit à cette demande.
Le susdit frère a commencé par s'emparer de la voiture du prince et on a eu bien de la peine à retenir la voiture de la princesse. Il a aussi mis la main sur une cassette qui renfermait 250,000 francs en lettres de change, ainsi que les habillements du défunt, au grand chagrin de son valet de chambre.
Il a de même écrit au banquier Stiglio, de lui faire passer tout l'argent en dépôt chez lui, en lui faisant confidence qu'il allait demander le titre du prince, parce qu'il a déclaré dans ce diplôme que ce titre est donné à B... pour lui et ses successeurs ; donc il lui revient aussi à lui successeur.
Il prévient cependant M. Stiglio qu'il ne lui doit pas donner ce titre jusqu'à ce qu'il l'ait obtenu officiellement. Enfin il compte aussi sur tous les meubles#de la grande maison de ville.
Que dites-vous de cet aimable légataire et des lois de Naples, si elles existent telles quelles? Dans son testament, il donne à la princesse la maison et le jardin d'Olivous, avec tout ce qu'elle contient ; c'est une maison de campagne dans les environs et tout près de Païenne. Si elle avait eu le temps d'arriver là avant la mort du prince et de s'y établir, elle aurait gardé ses voitures et ses lettres de change.
En attendant, elle est partie pour Olivous avec ses deux enfants, en passant par Paris, où elle se trouve maintenant. C'est une personne singu- 11 ne et douée Je grandes qualités, elle n'a jamais eu d'amants. De ses trois maris elle n'en a réellement aimé qu'un, le second. Elle avait pris le premier, homme d'âge, pour cesser d'être demoiselle et le troisième pour cesser d'être veuve; c'est à recommencer. Sophie lui est plus dévoué- qu'attachée. Nos relations avec elle depuis sou dernier mariage s'étaient refroidies.
Reste toujours nue dette énorme de reconnaisrevers elle, que nous n'oublierons jamais, je crois vous avoir conté cela en temps ei lieu. il y a bien quelque chose à dire sur la ai i
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; im rail héritière universelle arra tioses de manière à lui dtei
même ce qui lui appai ti nt,
Il y a eu une grande fête à Borgo, chez le duc de Laval, pour la bénédiction d'une église qui a coûté 300,000 francs. Toute la famille Maistre, neveux et arrière-neveux, y sont venus de Nice au nombre de quatorze.
L'évêque de Pignerol et ses grands vicaires, une foule d'ecclésiastiques ont assisté à la consécration. Un jeune comte de Blangi avec sa femme, filleule du Duc et dotée par lui de 60,000 francs, plus un neveu du Duc, le marquis de Mirepoix- Levi, âgé de vingt ans, enfin un vieux général espagnol et un aumônier de l'ex-roi d'Espagne, Charles V, ont assisté à la cérémonie qui a duré sept jours.
Ces détails ne peuvent guère vous intéresser, mais j'ai pensé que, dans un château, toutes les nouvelles prennent un certain intérêt
A LA MÊME
Pétersbourg, 11 décembre 1S41.
J'espère, chère trop bonne, que vous avez trouvé une lettre de moi à votre arrivée à Marcellus. Je tenais beaucoup à ce qu'elle fût une des premières, entre celles de vos amis. Je viens de recevoir l'aimable et pittoresque épître que vous avez eu la bonté de tracer pendant votre voyage. J'en ai été touché dans la partie la plus sensible de
mon cœur et je ne saurais vous exprimer tout le plaisir qu'elle m'a fait. Je vous ai suivie avec un vif intérêt dans ce long pèlerinage pendant lequel vous avez revu le vieux manoir féodal. Votre description est si animée que, si je peignais encore, j'en pourrais faire un tableau que vous reconnaîtriez, comme si je l'avais tracé d'après nature; je n'oublierais ni les créneaux, ni les rochers, ni les tours dont le lierre séculaire couvre les fondements. J'ai ressenti les émotions que vous avez éprouvées, en rentrant dans ce vieux château, où mille souvenirs anciens se mêlaient aux souvenirs antiques. Personne mieux que vous ne pouvait jouir de ces méditations dans lesquelles le cœur pense tant de choses que l'esprit ne saurait décrire.
Vous savez sans doute que nous avons ici depuis quelques jours Charles de la Ferronnays dont I arrivée en qualité de diplomate attaché à l'ambassade française a surpris beaucoup de monde. On ne comprend pas trop comment, voulant entrei dans cette carrière, il a choisi Saint-Pétersbourg où son père a laissé de grands et bons souvenirs dans une autre ligne, et où lui-même Charles a servi quelque t( n| avec les Kusseseu Turquie, avec les Larochejaquelins et les légitimistes, La chose étant décidée, son père a dû naturellement le recommander; ril a M. de Elibeaupierre qui, sans dont',
ii i.i |' i.. a lui rendre service, s'il le peut.
jour vie sa pi ésentation à la > «tait
i |our in bal donné à l'occasion de la fête de l'I nij | l'on apprend que M. l a
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les Français de la légation ont écrit pour annoncer qu'ils étaient malades et ne pourraient, en conséquence, se rendre à la cour, Charles avec les autres; mais la veille, ils étaient tous au théâtre et le jour même, ils se sont promenés en ville en très-bonne santé. Voici, à ce que l'on croit généralement, le nœud de l'énigme : plusieurs journaux avaient dit que M. de Païen, ambassadeur de Russie, avait quitté Paris pour ne pas être obligé de complimenter Louis-Philippe, comme son ancienneté l'y obligeait, en l'absence du comte Apponi, au nom de toute la diplomatie étrangère. Ces bruits de journaux ont apparemment fait impression sur la royauté de Juillet; un courrier est arrivé avec un ordre de représailles et le Périer a fait cette incartade dans laquelle se trouve compromis notre cher Charles. On ne sait comment finira cette picoterie, dans laquelle on ne reconnaît guère la prudence connue de Louis-Philippe. Un courrier russe est parti le lendemain de la fête pour Paris. En attendant, M. Périer n'est plus reçu nulle part et personne ne va chez lui. Il avait pris la maison de M. de Barante et l'avait montée sur le plus grand pied ; toute la haute société avait été chez lui pour un concert et pour des dîners. L'Empereur avait traité Mme Périer avec beaucoup de distinction chez le comte Voronzoff au bal et s'était fait présenter à elle, disant que ce n'était pas aux dames, mais aux hommes d'être présentés. Voilà que tout est changé! J'en suis fâché pour, notre bon Charles ; s'il avait été présenté avant la bagarre, tout aurait pu s'arranger pour lui. Il nous a fait
depuis lors une visite et l'on n'a parlé de rien.
A LA MÊME
Pétersbourg, iS mars iK.|2.
N 'aurons -nous donc plus dans notre correspondance que des pertes à déplorer, chère trop bonne Valentine. La mort si imprévue de M. de la Ferronnays nous a attéréa ; nous l'avons apprise par son fils Charles, qui a senti bien vivement son malheur; il m'a fait pitié, tant il est abattu par ce terrible coup. Il avait déjà pris congé de nous pour se rendre à Roms et je le croyais parti depuis plusieurs jours, lorsque nous l'avons vu revenir chez nous. Il a changé de projet et remis son voyage pour attendre des ordres de Taris. Il dîne d main chez nous et, si j'apprends quelque chose but ses intentions définitives avant de finir ma lettre je vous en ferai part. Nous sommes les seules p rsonnes de la société qu'il voie. C'est uneatroc . re ces jeunes gens que je ne sais pas m'expliquer, car au fond M. Périer n'a fait que remplir les ordres qu'il avait reçus et puisqu'il a
été invile et I ien iceu p. il' IT.nipereui' à nu lui dO cour, ainsi que M""' Périer, on ne conçoit pas
leur garde rancune. Quoi qu'il en toit, sa positloi igi i able et [e
souhaite que La Ferronnays ne la partage pas plus longtemps. Périer a loué une grandi et belle maison de campagne à Caminostroff et ne paraît pas disposé à abandonner la partie.
Avez-vous lu un article de l'Ami de la religion où se trouvent des détails intéressants sur la sainte mort de M. de La Ferronnays? Je ne l'ai point encore lu. On parle d'une conversion miraculeuse d'un juif qui a visité son cercueil. Je suis tout disposé à croire à une faveur particulière de Dieu envers cet excellent homme, qui était revenu à lui de si bonne foi et avec toute l'énergie de son grand caractère. Lorsque nous étions ensemble à la campagne, près de Lucques, il m'avait souvent parlé dans nos longues promenades du matin de ses opinions religieuses et du désir qu'il avait de fixer ses idées à ce sujet. Dieu commençait à l'attirer à lui et il vient de le prendre tel qu'il le voulait auprès de lui. On ne peut qu'envier une semblable mort. Voilà deux hommes plus jeunes que moi qui m'ont précédé ! Dieu veuille m'accorder une telle fin! J'ai un saint de plus à prier maintenant et je devrais dire que j'en ai deux, car votre excellent beau-père est aussi notre intercesseur auprès de Dieu.
Vous dirai-je cependant, chère Valentine, que j'ai rougi de tout ce que votre amitié vous a dicté au sujet de ma saintelé. Hélas! hélas! combien je le mérite peu! Je tâche de me tenir en règle pour n'être pas surpris, voilà tout, mais ma dévo" tion. n'est pas ce que vous pensez. Je suis loin d'avoir le caractère énergique de M. de La Fer-
ronnays et les terribles menaces qui ont été prononcées contre les tièdes m'effrayent souvent. Si je ne suis pas mieux, ce n'est pas les avertissements qui me manquent.
Je n'ai bientôt plus de contemporains parmi mes parents et mes amis; je survis à la jeunesse et à l'enfance, il est donc bien temps d'y penser. Ne vous effrayez pas cependant de ces tristes lignes; je me laisse entraîner malgré moi dans une série d'idées sans pouvoir en sortir. La malheureuse douleur sciatique qui m'empêche de sortir et de prendre l'air m'assombrit un peu ; mais, à part cette indisposition locale, ma santé est si bonne qu'elle me laisse la probabilité d'une longévité qui deviendra bientôt ridicule, mais qui aura l'avantage de me procurer encore quelque temps de vos aimables lettres et des témoignages de votre précieuse amitié. Je n'en ai jamais senti mieux le prix qu'à présent, dans la solitude où nous vivons avec ma bonne femme. Vos si bonnes et si longues lettres nous donnent de si bons moments! Après les avoir lues, nous faisons toujours une petite ion en Italie et surtout à Lucques; c'est là où votre souvenir est tout brillant de bonté et d'amabilité. Cet heureux temps est celui de toute nia vie qui revient le plus souvent à nia mémoire