‹ Œuvres inédites (volume 2)Chapitre 27 sur 41 · AU CÉNÉRAL OUD1NOT · texte numérisé non relu

AU CÉNÉRAL OUD1NOT

Pétersbourg, 4 avril iS-,n.

Mon cher général.

N'êtes-vous pas étonné de n'avoir point encore de mes nouvelles, depuis l'arrivée ici des excellents Castel-Bajac ? La raison en est que je n'écris pas toujours quand je le voudrais, mais seulement quand cela m'est possible. Ce n'est pas mes infirmités qui m'en empêchent, car, Dieu merci, je les supporte avec assez de courage, mais elles me laissent dans une espèce d'apathie qui m'ôte jusqu'à la faculté de penser, et je vis toute la journée dans une somnolence continuelle qui inquiète quelquefois mes amis. Cette désagréable manière d'exister s'explique par la date de ma naissance, 8 octobre 1760. Aussi personne n'admire plus que moi le maréchal Radewsky qui monte à cheval et gagne des batailles à quatre-vingt-six ans. Je l'admire, mais je ne l'envie pas.

Je ne demanderais à Dieu que de pas être séparé de tant de bons amis qui m'ont témoigné tant de bonté et d'indulgence et que je suis malheureuse-

ment condamné à ne plus revoir. J'avais espéré pendant quelque temps que votre glorieuse expédition de Rome vous aurait donné le moyen de remplir un désir que vous avez eu pendant quelque temps, de venir faire votre cour à notre grand Empereur. Ce qui était peut-être possible alors est impossible à jamais, vu le désordre des affaires de l'Europe. Il faut donc renoncer à cette aimable chimère. Avec quelle joie nous aurions vu arriver à Pétersbourg tant de personnes chéries qui auraient pu vous accompagner. Eulalie, la malheureuse Valentine elle-même aurait pu venir, elle en a eu le désir jadis.

Pardon, cher ami, je radote; il vaut mieux vous parler des nouveaux amis que vous nous avez envoyés. 11 n'est pas possible d'être plus aimables pour nous qu'ils ne le sont. Pour vous en donner une idée, ces jours passés, il y a eu grand dîner diplomatique auquel toute la mission française était invitée; Mme de Castel-Bajac est venue dîner chez nous en trio, comme aurait pu le faire Eulalie ou Valentine. Aussi il me semble que je les connais depuis longtemps. Ma femme est tout heureuse des relations qu'elle a avec M'"e de Castel-Bajac et tAche de lui être utile pour les allaires du ménage.

Nous voyons souvent les attachés à la légation •, M. Lallcmant, qui a beaucoup d'esprit ;

l'avons connu avant l'arrivée de son chef. J'ai i tisir le jeune Laui iston, qui nous

rappelle quelque; traits de son aimable mère.

Je ne vous dis lieu des sueeès de M. l'ambassadeur, qui a été r 1'] mperOUT et toute la

famille impériale avec la plus grande distinction; vous en êtes sans doute informé mieux que je ne saurais le faire.

Adieu, mon cher général, je vous prie de me mettre aux pieds de Mme Eulalie et de me conserver votre précieuse amitié.

Communiquée par ,\/me \a comtesse de Marccllus.

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