‹ Œuvres inédites (volume 2)Chapitre 28 sur 41 · A MONSIEUR LE COMTE DE MA.RCELLUS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE COMTE DE MA.RCELLUS

Pétersbourg, 19 janvier 1S52.

Qu e devez-vous penser de moi, cher comte, cher ami? J'ai reçu plusieurs témoignages de votre précieuse amitié, malgré tous les malheurs qui vous poursuivent, et je ne vous ai point dit encore combien je les ai partagés sincèrement! J'ai été moi-même très-maltraité dans toutes mes affections, et l'éternelle séparation de toutes les personnes de ma famille que je suis condamné à ne plus revoir n'est pas un des moindres malheurs. J'ai bien ici quelques amis qui m'aident à soutenir le poids de ma vieillesse, mais je trouve toujours au fond de mon cœur un découragement que rien ne peut dissiper. Les amis se. succèdent, mais ne se remplacent jamais.

Lors]ue je compare ma vie actuelle avec celle

al6 CORRESPONDANCE.

que j'ai menée en Italie auprès de vous et de Valentine, j'éprouve un sentiment d'effroi en voyant la différence de mes sentiments actuels avec mes souvenirs. Attribuez, je vous prie, mon cher comte, à mon âge le silence que j'ai gardé si longtemps avec vous. Je crois que rien n'est changé dans mon cœur, mais il n'a plus la même influence sur mon caractère naturellement apathique.

La perte que vient nouvellement de faire la dure Valentine est peut-être la plus cruelle de toutes celles qu'elle a éprouvées.

J'ai toujours admiré l'attachement réciproque de ces deux personnes d'âge si différent. 11 y a quelque chose de sacré, quelque chose de biblique dans l'attachement des belles-mères et des bellesfilles. Si ma tèle n'était pas si affaiblie, j'aurais cherché à en découvrir la cause.

Dites, je vous prie, cher comte, mille choses aimables à notre Valentine (style biblique) et croyez que je n'oublierai jamais vos boules pour moi, car j'ai toujours été un peu enfant toute ma vie.

Je ne s lis si vous êtes encore à Au Jour, mais j'espère que ces quelques mots vous parviendront.

i i . ii i LA i o u ii r s p o N l) A N CE.

Page 1