‹ Œuvres inéditesChapitre 16 sur 57 · SUR XAVIER DE MA.ISTRE. LXI · texte numérisé non relu

SUR XAVIER DE MA.ISTRE. LXI

tique (( du fait accompli » substituée à l'éternelle morale, on croit saluer en cette petite phalange, quelles que soient ses préventions, les plus obstinés représentants de la foi, de l'antique honneur et du respect de soi-même. Il en est d'ailleurs parmi eux qui n'ont pas fermé les yeux à la lumière, maudit toute aspiration vers le progrés, et qui, cœurs vaillants, consicences fidèles, esprits logiques et ouverts, voudraient sincèrement concilier la tradition et le progrés.

Xavier de Maistre, gentilhomme piemontais, frère d'unévêque etdupluséloquent écrivain de l'école autoritaire, allié à une des plus anciennes familles de la Russie, sujet obstinément fidèle, comme son aîné, d'un souveram malheureux, Xavier a tous ces titres joignait des états de service qui devaient lui ouvrir partout les portes d'une société dévouée aux mêmes principes. — Il y avait, quelle que fût leur nationalité, comme une sainte alliance entre tous ces desservants d'un même culte. Ce lien commun ne fut pas, nous l'avons dit, la haine de la France : — Les Maistre, qui n'étaient pas Français, l'avaient combattue sans la détester, avec la plume, avec l'épée, — ce fut la haine de la Révolution, ce fut surtout la haine de Napoléon. Ils ont désarmé avec toute l'Europe.

Xavier, au premier abord, semble ne guère

se soucier de politique. « Que Dieu vous accorde la santé et la paix, voila ma profession de foi politique. » Reçoit-il de Lamartine sa Politique rationnelle? u Cetouvrage, dit-il, n'est pas de ma compétence. » Il revient souvent sur son « inaptitude » en cette matière. On croirait parfois qu'il subordonne ses opinions à ses affections, à son besoin de repos, à certaines velléités d'égoïsme ssnile bien pardonnables chez un vieillard malheureux; il ne demande qu'a « pouvoir couler en paix quelques années qui lui sont peut-être encore dévolues ». Il semble mémt prendre son parti des malheurs du temps, s'ils épargnent du moins ses amitiés. « La fusée se brûlera en France et ne vous brûlera pas • , écrit-il a ses amis. Qu'on ne se trompe pas cependr.nt a cette apparente indifférence. Ses principes, quand il se donne la peine de les exprimer, sonttres-arrétés ; au fond, son esprit est trempé à la même source que celui de Joseph, ses dogmes ne sont pas moins absolus, en ce sens qu'il est partisan de l'autorité sans contrôle ni contre-poids , ennemi de toute liberté politique.

Nous comprenons qut; Xavier raille ou maudisse quelques tentatives de rtvoltcs avortées et certains remuements qui des lors agitaient déjà l'Italie : échauffources misérables ou criminelles aux jeux d'un juge qui ne voit rien au-dessus des droits d'un gouvernement établi.

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Nous ne demandons pas à Xavier ce don de prophétie qu'on a quelquefois attribué à son frère Joseph; nous lui reprochons encore moins de n'avoir pu deviner cette nouvelle Italie, affranchie, regénérée par un concours de circonstances inouïes, ramenée dans le concert des plus puissantes nations de l'Europe, par une monarchie libérale et bien servie, toujours la première à provoquer les utiles réformes; non, mais nous aimerions qu'un cœur si humain laissât échapper quelque compassion généreuse pour ies tressaillements de la Pologne. Si la revendication par les Polonais des conventions mêmes du traité de 1815J, cette charte politique de l'ancienne société, ne semblait pas à Xavier suffisamment légitime, nous voudrions au moins, en dépit des intérêts qui le liaient à la Russie, un mot de sympathie pour l'héroïque résistance, un mot de regret pour l'intlexible rigueur de la répression.

Xavier de Maistre, dans une chambre française, eût siégé a l'extrême droite et n'eut pu s'entendre même avec les royalistes constitu tionnels.

« Un jour, en 1838, raconte M. de Marcellus, dans les loisirs de ma retraite ou il avait bien voulu me suivre, comme je lisais avec le comte Xavier de Maistre le début de Za Monarchie selon la Charte, à ces paroles : « Je sais bien comment on établit le despotisme ,

je ne sais pas comment on fait un despote dans la famille des Bourbons », mon ami m'interrompit vivement : « Tant pis, me dit-il, le Bourbon despote ctst Louis XIV. Comptezvous avoir mieux?Yo\c\ la première fois de ma longue vie que je mets les pieds en France, et je n'y trouve pas les Français plus capables de se diriger eux-mêmes que les Russes avec lesquels je vis depuis quarante ans. Comme eux, vos laboureurs, qui sont la majorité de la nation, payent, obéissent, ne font, ni ne demandent de révolutions, et valent moralement beaucoup mieux que ceux qui les mènent. Le 'gouvernement d'un seul leur va bien mieux que toutes vos subtilités représentatives et votre prétendue indépendance. Je vous avoue que d'après tout le tapage que vous faites en Europe de toute votre civilisation, je la croyais plus avancée. » Pressez Xavier de Maistre, il professe franchement l'absolutisme, laissez-le a sa pente naturelle, il pense comme Montaigne qui ne songe qu'a <i planter une cheville en nostre roue pour en arrester le bransle », ou encore comme «ce bi>n M. Pibrac », ennemi de tout changement:

Aime l'Hstat tel que tu le vois estrc,

S'il est royal, aime 11 royauté,

S'il est de peu, ou bien communauté,

Aymé l'aussi, quand Dieu t'y a taict iiai^tre.

INnir les deux frères de Maistre, toute an-

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