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cienne souveraineté est inviolable, et le temps qui dévore tout doit faire éternellement reverdir ces tiges immortelles, parce qu'elles sont « de droit divin 1^. Bon ou mauvais, monarchique ou républicain, une nation est condamnée à garder son gouvernement en vertu de ce prmcipe d'immobilité. Xavier, dans une lettre au colonel Hiiber Saladin, essaie de formuler ainsi son Credo politique : « Un bon gouvernement, c'est une réunion d'honnêtes gens, quel que soit le nom qu'on lui donne, soit qu'ils aient un roi à leur tète, soit qu'ils se gouvernent euxmêmes. » Tout en paraissant faire une énorme concession au libéralisme de son jeune correspondant suisse, Xavier là encore est conséquent avec lui-même, car ce qu'il dénie à un peuple, c'est le droit de faire une révolution. Reste à définir et surtout à trouver ce gouvernement d'honnêtes gens! En politique, comme en toute chose, Xavier estime plus commode de fermer les veux, de s'en rapporter à la Providence. Après avoir, dans une autre lettre, déclare le gouvernement représentatif impossible. « Voilà, ecrit-il, mon opinion à laquelle je ne tiens pas davantage qu'à celle qui lui est contraire, mais j'espère en Dieu qui peut tout arranger et qui seul le peut. » Sa politique est donc, si l'on peut dire, négative ; elle se résout en une sorte de fatalisme religieux qui est le fond de toute doctrine theocratique : La volonté humaine et la
liberté sont considérées, non comme le but et la dignité de notre race, mais comme un attentat a l'omnipotence divine. En fait de liberté, l'auteur du Voyage n'est pas difficile, il ne reclame que celle « de saisir en passant l'herbe et les ileurs qui sont sur le bord du chemin »; à ce compte on comprend qu'il ne soit guère gêné même par « le joug du Czar », auquel il échappa d'ailleurs si longtemps par des congis et de longues absences. Mais la dose de liberté personnelle qui satisfait la fantaisie d'un rêveur peu exigeant suflit-elle en toute» circonstances aux aspirations d'un peuple?
Rien ne saurait mieux résumer les opinions philjsophiques et religieuses de l'auteur qu'un fragment de conversation emprunte à M. de Martellus. C'est encore un souvenir du séjour que lit en i8j8, àAudour, lauteilr Am. Lépreux: « Joseph, me disait-il, n'était pas autant que moi épris des champs et de la nature ; il était partisan déterminé des villes et de leur prétendue civilisation, il lui fallait le tumulte des capitales et le choc des esprits, quand il me
sutlisjit a moi d'un brin d'herbe Le génie
de Joseph s'clancait vers les espaces célestes pour planer d'en haut sur la pauvre humanité, tandis que je demeurais terre à terre auprès d'elle. Il regardait toujours au-dessus de lui et mol au-dessous. » Ici Xavier enumérait avec elFusion et respect les bienfaits fraternels et il
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mettait au nombre des services rendus l'honneur que l'auteur des Soirées de Saint-Petersbourff lui avait tait en daignant quelquefois emprunter sa plume. Puis, se rappelant un hymne du philosophe grec Proclus, qui faisait leurs délices en Russie, et relisant les dernières strophes que son savant ami venait de lui traduire, il s'écriait: « Partout la prière est le premier cri du cœur de l'homme. Oui, quand je repasse mon Pater au fond de mon àme, dès que mes lèvres le murmurent, je me sens Jier de m'unir ainsi en pensée avec tant de grands esprits qui l'ont vedit depuis dix-huit siècles, avec un si grand nombre de mes frères qui, dans les deux mondes, le récitent journellement, eniin avec ce Dieu qui l'a dicté, qui veut qu'on le répète et promet de. ne pas le laisser prononcer en vain. » C'est ainsi que, sous un hêtre arrondi qui borde la route vers les collines du Maçonnais, échauffé au contact de la piété antique et de l'érudition d'un ami, Xavier exaltait son àme, et improvisait, lui aussi, son hymne religieux avec une sorte d'enthousiasme. Reconnaissons-le, quand il s'agit de la Providence, plus d'apparence de doute ou d'indifférence en son esprit, c'est la foi robuste et naïve du croyant. A la nouvelle de la révolution de i8jo, il affirme bien que la légitimité ne mourra pas, sa foi politique est si je puis dire, de tradition ; mais ce qu'il sor-
tient avec un ton d'inébranlable certitude, c'est que « toute cette baraque qu'on élevé aujourd'hui sans Dieu et contre Dieu s'écroulera sur ses architectes. »
Nous ne nous arrêterons guère sur le talent poct'que de l'auteur : « Il fallait, disait-il, être possédé du diable, pour qu'a un certain âge les Muses s'en mêlassent. »
Le petit livret perdu dont nous avons parlé nous eût-il révélé autre chose qu'une gracieuse facilité? Nous ne le pensons pas. Assurément le conteur plaisante en aflirmant dans son Expédition nocturne « qu'il travailla pendant plus d'une heure sans pouvoir trouver une rime au premier vers d'une cpître». Non, bien qu'il ait mis huit ans à achever certaine ode, il a la rime et le tour faciles ; la pièce du Papillon ïuflirait à le prouver. La plaisante théorie qu'il exposait à un ami n'est, si l'on veut, qu'une boutade spirituelle sur la métromanie ; mais elle est d'un sceptique qui ne croit guère à la Muse, et n'y pas croire, n'est-ce pas se ranger dans la foule des vcrsilicateurs?« Dans l'impossibilitii où je suis de comprendre cette faculté (du poète) et pour ne pas avouer cette supériorité dans les autres, je pense que les poètes ont quelque chose dans le poignet qui change la prose en vers, à mesure qu'elle passe par là pour se rendre de la tète sur le papier; en sorte qu'un poète ne serait qu'une filière plus