‹ Œuvres inéditesChapitre 33 sur 57 · CATHERINE FREMIN3KY · texte numérisé non relu

CATHERINE FREMIN3KY

marié depuis sis mois avec je ne sais qui. Grand éloge de sa femme, d'une bonne famille, fille d'un major, peu de fortune à la véiité, mais on ne peut pas tout avoir; enfin mon ami SoubikofF était heureux. Que faut-il de plus?

Un an après avoir reçu sa lettre, je reviens à Pétersbourg et je le vois un des premiers. Connaissant mon opinion sur les mariages de l'espèce du sien, il avait à cœur de me persuader de sa félicité ; il me dit les plus belles choses du monde — des maximes de sagesse. — r Le bonheur ne consiste pas dans les richesses, ni dans l'ambition; quand on n'a rien à se reprocher, etc., etc.. bref, pour me faire toucher au doigt son bonheur, il m'invite à dîner à la fortune du pot pour le mardi suivant.

— Ils logeaient là-bas à la trente-six millième ligne de Vassilisky Ostrof, dans une petite maison de bois un peu penchée. Mes affaires en ville se trouvant terminées plus tôt que je ne le croyais, j'arrive une heure avant celle qu'il m'avait indiquée. Tandis que je faisais de vains efforts pour ouvrir la porte, un druchik qui s'en aperçut l'ouvrit d'un grand coup de pied et faillit de me renverser. Soubikoff n'était pas rentré lorsque je me présentai; une assez belle femme en grand négligé disparut, emportant avec elle quelques langes qui séchaient près du poêle sur une corde, et me laissa livré à mes réflexions avec une poule et ses poussins. J'examinai l'appartement qui était fort bien lavé ; on voyait sur un bureau un petit miroir devant lequel se trouvaient les quatre

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saisons en plâtre; le portrait du grand Frédéric était proprement collé sur le mur, qui en outre était décoré de l'histoire de l'enfant prodigue gravée en taille douce et enluminée, et du jugement dernier ainsi que de plusieurs autres estampes curieuses qu'on rencontre quelquefois dans les maisons de poste.

Tandis que je faisais ces observations, j'entendais les cris d'un enfant accompagnés par le bruit d'une friture dans la chambre voisine. Cependant le maître de la maison n'arrivait pas; déjà une horloge de bois avec un coucou avait sonné quatre heures, lorsque je le vis entrer pâle et défait. Il venait de recevoir l'ordre de partir pour la Géorgie dans vingt-quatre heures ; je crus que la pauvre femme allait tomber en syncope lorsqu'elle apprit cette nouvelle.

L'emploi qu'on donnait à Soubikolî était à sa convenance, mais comment partir avec toute cette pacotille, sans voiture et sans argent? Heureusement il avait de bons amis, tant il y a que nous arrangeâmes l'affaire ; il partit seul le premier, je me chargeai de la femme, des quatre saisons et di) coucou que je lui expédiai quelque temps après; je n'en ai plus ouï parler. Croyez-moi, mes amis, ajouta le général, qui était en belle humeur, se marier sans fortune, à moins de se faire portier ou porteur d'eau, c'est entreprendre le voyage autour du monde à la nage.

Tout le monde s'amusa de l'histoire qu'il venait de raconter. Karcanolf poussait du coude Monkcwich. <i Je sais, lui disait-il, une pendule de

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Nuremberg à vendre au grand marche; je vous conseille de ne la pas laisser échapper; il n'y a pas de coucou, mais il ne faut pas en désespérer. » Monlsevich étoit sur la braise et trouvait le repas bien long. Parmi les convives se trouvait un homme âgé, retiré du service, et dont la situation et l'histoire ressemblaient assez à celle de Soubikoff. Uu peu blessé des plaisanteries qu'il venait d'entendre sur les mariages sans fortune, son respect pour le maître de la maison l'avait seul empêché de l'interrompre; mais lorsqu'il eut terminé sa narration : « Général, dit-il, en passant la main sur sa vieille moustache, vous nous avez donné le commencement de l'histoire de Soubikoff ; vous en apprendrez sans doute avec plaisir la suite, puisque vous n'avez plus entendu parler d'un homme qui fut votre ami et que vous paraissez l'avoir oublié ; quant à moi, j'en sais souvent des nouvelles, parce que ses deux fils, jeunes gens de grande espérance, sont avec les miens au corps des Cadets. SoubikofF, après avoir honorablement servi dans l'armée de Géorgie, est depuis quelques années commandant à Derhent. Il vit heureux et tranquille, avec une bonne femme qu'il aime, au sein d'une nombreuse famille qui prospère, et lorsqu'il finira sa carrière, il laissera des enfants qui feront honneur à sa mémo're, et ne mourra pas entre les mains de ses valets, comme il appartient à tout vieux célibataire, quelque riche qu'il puisse être. »

— Ah! pour le coup, s'écria le général, en se levant de table et en embrassant le hardi convive.

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je ne m'attendais pas à cette sortie ; je suis si touché, mon vieux ami, de tout ce que vous venez de dire, que si j'étais plus jeune je me marierais dans la journée — allons, qu'il n'en soit plus parlé, honneur au mariage ! paix aux célibataires! et prenons le café. »

Quoique le discours de ce brave homme eût fait quelque plaisir à Monkevich, il sortit de chez son ancien général dans un trouble inexprimable; ses engagements avec sa cousine lui semblaient un acte de démence. Telle était sa manière de voir chaque fois qu'il se livrait au tourbillon du monde, et qu'il s'abandonnait aux conseils d'une vanité dont il n'était que trop susceptible ; léger, sans être malhonnête, il était cependant bien résolu de tenir sa parole, mais cette résolution était vague, indéterminée, il ne faisait aucune démarche pour obtenir les dispenses de parenté , et le temps s'écoulait sans qu'il sijt prendre aucun parti.

HISTOIRE DE m""' rRÉLESTINOFF. lOI

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