‹ Œuvres inéditesChapitre 52 sur 57 · A L A M KM E · texte numérisé non relu

A L A M KM E

Naples, 24 août 1S30.

DEPUIS quelques instants je tiens ma plume tout pris du papier, sans savoir comment commencer et de quoi vous parler, chère vicomtesse; j'ai la tête toute pleine de gazettes et le cœur navré de chagrin et je voudrais pouvoir vous dire tout autre chose, impossible!

Hier nous avons passé la soirée chez M™" de la Ferronnays où nous n'avons rien appris de nouveau.

Votre lettre nous avait déjà annoncé l'arrivée de M. Charles, à Rome. Il vient de Paris, dit-qn ; maintenant M. de la F. doit s'être décidé. Sa destinée et la vôtre nous tiennent dans une angoisse inexprimable.

J'ai lu avec plaisir les discours de MM. de

l8^ CORRESPONDANCE.

Chateaubriand et Fitz-James, ce sont les derniers soupirs de la légitimité qu'on écrase, mais qui ne mourra pas. Dans celui du premier, la déclaration qu'il fait de ne pas croire au droit divin des rois est au moins inutile, assez d'autres se chargent d'éteindre dans les esprits l'idée de l'influence de la divinité dans les événements de ce monde, mais ce n'est pas la première fois qu'il a parlé contre ses propres principes; pour moi j'y crois fermement, comme je suis persuadé que toute cette baraque qu'on élève aujourd'hui, sans Dieu et contre Dieu, s'écroulera sur ses architectes.

J'attends avec la plus vive impatience de pouvoir vous écrire à /lio«r/\ïr Matour, et d'apprendre que vous y êtes tranquille. C'est un tremblement de terre pendant lequel il est bon de demeurer dans les champs, mais ne pourrais-je donc pas vous parler d'autres choses, et vous remercier pour votre aimable et touchante lettre à ma femme? Elle nous l'a lue tout haut, et ensuite chacun l'a prise à son tour pour la savourer tout bas; vous savez si bien aimer vos amis, et si bien le leur dire, que nous nous trouvons bien heureux d'être de ce nombre. De peur d'être troublé dans ce bonheur, je prends le parti pour quelque temps de tourner le dos à l'avenir, et de jouir de votre société dans le beau pays qui environne la villa Luchcsini. Je vous y vois heureuse, et je le suis aussi, vous m'avertirez quand je pourrai me retourner, jusque-là je vous verrai sourire, je peindr.ii à côté de vous un certain pont dont je vous ai laissé la copie, et je vous suivrai sous les chênes

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