‹ Œuvres inéditesChapitre 53 sur 57 · COR R ES PON O AN C E · texte numérisé non relu

COR R ES PON O AN C E

OÙ toute notre société a déjeuné

Votre place à notre dîner a été prise par un jeuuû élégant russe, que nous avons revu avec plaisir, mais qui ne vous remplace pas, tout aimable qu'il est. Demain soir nous passerons la soirée au Vomero chez M. Faiconet; nous y allons comreie vos amis de Paris vont maintenant chez M. Lafitte. J'y verrai le croissant de la lune qui avance vers son plein, voilà ce qui m'allèclie, et je compte passer une partie de mon temps sur cette belle terrasse qui domine Naples et le golfe.

A LA MÊME

Naples, 31 août 1850.

ENCORE un mot qui vous trouvera à Rome ou qui vous suivra de près, chère vicomtesse. Je veux d'abord vous dire que notre périlleuse aventure n'a eu aucune suite, la santé de ma femme n'en a point été altérée, et l'écorchure au coude de Natalie lui permettra demain de reprendre les bains de mer.

Depuis votre départ nous ne voyons personne; la chaleur excessive qui vient de ressusciter après la pluie nous empêche de sortir, et nous passons notre temps à lire les journaux et à nous déses-

l86 CORRESPONDANCE.

pérer pour toutes les personnes qui souffrent et même pour celles qui sont joyeuses, et qui ea souffriront bientôt.

Le rétablissement du Panthéon et Sainte-Geneviève chassée une seconde fois, pour faire place à un traître, me fait frissonner, mais j'ai bien résolu de ne vous plus parler sur ce sujet, et cela deviendra de toute nécessité, si notre correspondance peut continuer lorsque vous serez en France. Que Dieu vous bénisse et vous soutienne dans ces épreuves, qu'il vous accorde la santé et la paix, voilà ma profession de foi politique pour ce qui regarde votre patrie, qui ne sera heureuse que lorsque vous le serez aussi. Vous nous écrirez de partout, n'est-ce pas? Un mot suffit, que nous sachions seulement où vous allez, et que l'aimable et noble couple qui nous adonné tant de preuves d'une amitié véritable jouit d'une bonne santé et pense toujours à nous. Malgré la facilité avec laquelle vous écrivez, il vous arrivera quelquefois que l'idée d'une lettre à faire en courant les champs vous empêchera d'y mettre la main; alors, au milieu d'une page blanche, écrivez la date du lieu et du jour avec un joli Valentine, et un paraphe qui voudra dire que vous êtes toujours la même Valentine, comme vous l'avez été à Lucqucs, à Puijnano, à Livourne, à Rome et à Naples ; combien de bonnes choses nous dira ce paraphe, combien de souvenirs il réveillera dans le cœur de vos trois amis, au lieu qu un messager, revenant de la poste aux lettres les mains vides, ne dit rien de bon!

J'ai fait avec Pauline et Natalie une promenade ; le trio avait l'intention de dessiner à la campagne de Serra Marina, mais en arrivant au bord de la mer, vis-à-vis l'endroit oîi nous avons dessiné en barque avec vous, la nuit nous y avait précédés et nous n'avons fait qu'une jolie promenade

Sophie et Natalie vous disent tout ce que vous savez, tout ce que vous pouvez imaginer de plus tendre. Vous avez raison de penser qu'il est indifférent d'écrire à l'un ou à l'autre. Ecrivez seulement à quelqu'un de la famille dévouée.

Adieu, conservez-vous, et persuadez-vous que vous ne trouverez point parmi les amis que vous allez revoir, un seul être qui volis aime plus et mieux que nous.

A LA MEM E

Naples, septembre 1830.

M. Granet a très-bien fait de partir avec vous : j'y vois deux avantages, un agrément pour votre voyage et l'espoir que son tableau commencé le ramènera au cloître des Chartreux.

l88 CORRESPONDANCE.

Personne n'a souffert de notre aventure dont je vous ai parlé, le coude de Natalie s'est si bien raccommodé qu'on ne peut s'apercevoir de la nouvelle pièce qui s'y est formée. Nous ne sommes pas heureux à Naples, voilà trois catastrophes en peu de temps, l'empoisonnement des champignons, la chute de ma femme et la course du Vomcro, et par-dessus cela votre départ et sa cause, il y a de quoi se désespérer

La fête de Piedigroltœ n'a pas eu lieu à cause du mauvais temps, mais le bal que devait donner le duc Saint-Théodore à cette occasion a eu lieu, on a dansé au son du piano, quoiqu'il y eût foule. M"'"^ de Frccade avait une ceinture tricolore, quoique fille d'un ministre, ce qui a scandalisé quelques personnes.

Le roi est toujours trés-malade, quoiqu'un peu mieux depuis deux jours.

Naples est toujours le même, bruyant et animé comme si nous étions contents. Je ne le vois plus qu'accompagné du souvenir de votre départ, ce qui le couvre d'un crêpe.

A LA M 1-: M E

Kome, novembre 1830.

JE ne vous écrirai pins qu'un petit mot aujourd'hui, chère viconilesse, pour vous accuser la réception de votre lettre du 9 novembre, et pour

VOUS remercier de tant de bonnes et aimables clioses qu'elle contient. J'ai bien plus de sujet d'ea être glorieux que vous des lettres que je vous adresse, dans lesquelles je ne fais que raconter le souvenir que j'ai de vous, sans y rien ajouter et de la même manière que j'ai fait votre portrait qui, vous le savez bien, n'est pas flatté. Le plaisir que nous avons éprouvé a été bien affaibli par l'annonce que vous nous faites. Vous ne reverrez pas l'Italie de longtemps et avant un autre hiver, et d'ici là, combien d'événements peuvent encore se passer! ils courent si vite dans votre France! Dieu vous les rende favorables, Madame, ils le seront aussi pour nous. En attendant, Rome va vous préparer un autre souverain pontife, Pie VIII se meurt, s'il ne l'est pas au moment où je vous écris. Les dames romaines qui s'intéressent beaucoup à Sa Sainteté, pensent avec quelque sentiment de consolation que son successeur sera élu avant le carnaval. Julie Samoïloff qui est ici avait annoncé en arrivant que le Pape mourrait, parce que toutes les fois qu'elle vient à Rome pour le carnaval, le Pape ne manque pas de mourir. Ne voilà-t-il pas que ce prophète de nouvelle espèce a deviné juste ; c'est Paccini que vous connaissez qui a remplacé David. Brulotî fait son portrait en pied, c'est un chef-d'œuvre ; elle l'emmènera avec elle à Milan où elle veut lui faire un établissement solide.

Avant-hier la maison Tortonia a été ouverte à toute la ville

ipO CORRESPONDANCE.

J'ai été dans le logement de Granet pour avoir de ses nouvelles, on n'en avait que de fort anciennes. Quand vous lui écrirez, parlez-lui de nous; nous le regrettons beaucoup, la place Barberine est toute triste. Jusqu'à présent rien ne nous sourit à Rome, excepté le soleil et votre souvenir. .

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