‹ Œuvres inéditesChapitre 7 sur 57 · SUR XAVIER. DE MAISTRE. XXIII · texte numérisé non relu

SUR XAVIER. DE MAISTRE. XXIII

paradoxes, à des œuvres plus profondes. Écrivains, polémistes, vaillants athlètes qui avez combattu de grands combats pour les passions du siècle que vous avez crues l'éternelle vérité, vous demeurerez ensevelis sous la poussière de vos champs de bataille, oubliés comme les plus obscurs soldats : un heureux conteur aura le privilège d'intéresser par une larme ou un sourire et cette larme ne se séchera pas et ce sourire gardera une grâce ineffaçable !

Quand un paysage a été décrit par un grand écrivain, une maison chantée par un illustre poète, c'est à cet écrivain, à ce poète qu'il faut demander les premiers renseignements sur le toit héréditaire et sur ses maîtres, surtout s'il en fut un jour l'hôte et toujours l'ami. Laissons donc la parole à Lamartine, d'autant plus volontiers que, malgré la profonde divergence de leurs opinions, Xavier l'a toujours admiré et aimé, comme il le dit, « quand même ». « Un hasard m'a fait connaître familièrement, à la fleur de mes jours, les trois frères de Xavier de Maistre et plus tard Joseph de Maistre lui-même. En voyageant en Savoie et en visitant un ami d'enfance qui était le neveu des de Maistre, alors presque ignorés, je tombai par accident dans le nid champêtre qui avait vu naître cette couvée d'hommes extraordinaires. C'était une de ces maisonnettes (demeure ordinaire des

gentilshommes peu opulents de la Savoie), en général carrées ou basses, que rien ne distingue trop des maisons de la petite bourgeoisie qu'une ou deux tourelles qui llanqueut les angles et qui ressemblent plus à des colombiers qu'a des bastions... On l'appelait Bissy. Je l'ai célébrée dans mes premiers vers par une épître familière adressée au colonel de Maistre, propriétaire de cet hermitage. La maison est située sur le liane septentrional de la vallée qui court, à travers des prairies et des bocages, de Chambéry au lac du Bourget. La haute muraille noire du Mont du chat étend et gonfle ses fondements jusque dans cette vallée; ses ruisseaux, ses cascades, ses longues ombres s'y versent dans le torrent large et rocailleux de l'Aïsse. Tout y est retentissant de leurs murmures et de leur fraîcheur. C'est sur un de ces renflements des ratines du Mont du chat qu'est assise la maison de Bissy. Un petit bois de châtaigniers sauvages, toujours jeunes, parce qu'on les coupe toujours pour le chauffage de la merairie, la domine et la protège du vent du nord ; une petite cour pavée de cailloux de deux couleurs roulés par l'Aisse et arrosée d'une fontaine, comme dans les cours de village en Suisse ou dans le Jura, y coule à petits filets, d'un tronc d'arbre creusé et verdi de mousse. Un corridor, une cuisine, une salle a. manger, quelques chambres basses

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