‹ ŒuvresChapitre 27 sur 148 · LIVRE xn · texte numérisé non relu

LIVRE xn

Depuis 1571 jusqu'à 1579, et depuis 160î jusqu'à 1615.

SOMMAIRE

En France même les Églises de la réforme troublées do mol de substance. Il est maintenu comme établi selon la parote de Dieu dans un synode ; et dans l'autre réduit à rien en faveur des Suisses , qui se fâchaient de la décision. Foi pour la France , et foi pour la Suisse. Assemblée de Francfort, et projet de nouvelle Confession de foi pour tout le second parti des protestants ; ce qu'on y voulait supprimer en faveur des luthériens. Détestation de la présence réelle , établie et supprimée en même temps. L'af/aire de Piscalor; et décision doctrinale de quatre synodes nationaux réduite à rien. Principes des calvinistes , et démonstrations qu'on en tire en notre faveur. Propositions de Dumoulin reçues au synode d'Ay. Rien de solide ni de sériiux dans la réforme.

L'union de Sendomir n'eut son effet qu'en Polo-

I ■ 11. Theaiifl.

HISTOIRE

giie. En Suisse , les zuingliens demeurèrent fermes à rejeter les équivoques. Déjà les Français commençaient à entrer dans leurs sentiments. Plusieurs soutenaient ouvertement qu'il fallait rejeter le mot de substance, et changer l'article xxxvi de la Confession de foi présentée à Charles IX, où la Cène était expliquée. Ce n'était pas des particuliers qui faisaient cette dangereuse proposition, mais les Églises entières; et.encore les principales Églises , celles de l'Ilede-France et de Brie , celle de Paris , cellede Meaux , où l'exercice du calvinisme avait commencé , et les voisines. Ces Églises voulaient changer un article si considérable de la Confession de foi que dix ans auparavant on avait donnée comme n'enseignant autre chose que la pure parole de Dieu : c'eût été trop décrier le nouveau parti. Le synode de la Rochelle, où Bèze fut président, résolut de condamner ces réformateurs de la réforme en 1571.

C'était le cas.de parler précisément. La contestation étant émue, et les parties étant présentes, il n'y avait qu^à trancher en peu de mots : mais oe n'est que les idées nettes qui produisent la brièveté. Voici donc de mot à mot comme on parla; et je demande seulement qu'il me soit permis de diviser le décret en plusieurs parties , et de le citer comme à trois reprises.

On coBJinence par rejeter ce qui est nwuvais, et on le fait assez bien. Poser, ce sera la graude peine : mais lisons. « Sur le xxxvr article de la « Confession de .foi , les députés de l'Ile-de-France « représentèrent qu'il serait besoin d'expliquer cet « article, en ce qu'il parle de la participation de la « substance de Jésus-Christ. Après une assez lon- « gue conférence , le synode , approuvant l'article « XXXVI, BEJETTE l'opinion de CBux qui ne veu- • lent recevoir le mot de substance; par lequel mot « on n'entend aucune confusion , commixtion ou « conjonction qui soit d'une façon cliarnelle ni au- « trement naturelle; mais une conjonction vraie, « très-étroite, et d'une façon spirituelle, par la- « quelle Jésus-Christ lui-même est tellement fait « nôtre, et nous siens, qu'il n'y a aucune conjonc- « tion de corps ni naturelle ni artificielle qui soit « tant étroite; laquelle ne tend point à cette fin tou- « tefois que de sa substance et personne , jointe avec « nos substances et personnes, soit composée quel- « que troisième personne et substance; mais seule- « ment à ce que sa vebtu , et tout ce qui est en lui « requis à notre salut, nous soit par ce moyen plus « étroitement donné et comnxuniqué: ne consentant « avec ceux qui nous disent que nous nous joignons « avec TOUS ses mérites et dons et avec son « esprit seulement, sans que lui-même soit nôtre. » Voilà bien des paroles sans rien dire. Ce n'est pas une commixtion charnelle ni naturelle : qui ne le sait pas? Elle n'a rien de commun avec les mélanges vulgaires : la fin en est divine, la manière en est toute céleste, et en ce sens spirituelle : qui en doute ? Mais quelqu'un a-t-il jamais seulement songé que de la substance de Jésus-Christ unie à la nôtre il s'en fît une troisième personne , une troisième substance? Il ne faut point tant perdre de temps à re-

jeter CCS prodiges, qui ne sont jamais entrés dans aucun esprit.

C'est quelque chose de rejeter ceux qui ne veulent participer qu'aux mérites de Jésus-Christ, à ses dons et à son esprit, sans que lui-même se donne à nous : il ne faudrait qu'ajouter qu'il se donne à nous en la propre et naturelle substance de sa chair et de son sang; car c'est de quoi il s'agit, c'est ce qu'il faut expliquer. Les catholiques le font trèsnettement ; car ils disent que Jésus-Christ, en prononçant Ceci est mon corps, le même gui a été livré pou?' vous; ceci est mon sang, le même qui a été répandu pour vous^, en désigne non la figure , mais la substance, laquelle en àïsdint prenez, il rend toute nôtre, n'y ayant rien qui soit plus à nous que ce qui nous est donné de cette sorte. Cela parle, cela s'entend. Au lieu de s'expliquer ainsi nettement et précisément, nous allons voir nos ministres se perdre en vagues discours , et entasser passages sur passages sans rien conclure. Reprenons où nous avons fini; voici ce qui se présente : « Ne consentant, « poursuivent-ils , avec ceux qui disent que nous « nous joignons avec ses mérites et avec ses dons « et son esprit seulement , ainsi admirant avec l'a- « pôtre, Eph. 5, ce secret supernaturel et incom- « préhensible à notre raison , nous croyons que nous « sommes faits participants du corps livré pour « nous , que nous sommes chair de sa chair et os « de ses os , et le recevons avec tous ses dons avec « lui par foi engendré en nous par l'efficace et vertu « incompréhensible du Saint-Esprit; en entendant « ainsi ce qui est dit, Qui mange la chair et boit le « sang a la vie éternelle; item , Christ est le cep, et « nous les sarments, et qu'il nous fait demeurer « en lui afin déporter son fruit, et que nous soni- « mes membres de son corps, de sa chair et de ses « os. » On craint assurément d'être entendu, ou plutôt on ne s'entend pas soi-même , quand on se charge de tant de paroles inutiles , de tant de phrases enveloppées, de tant de passages confusément entassés. Car, enfin , ce qu'il faut montrer c'est le tort qu'ont ceux qui ne voulant reconnaître dans l'eucharistie que la communication des mérites et de l'esprit de Jésus-Christ , rejettent de ce mystère la propre substance de son corps et de son sang. Or c'est ce qui ne paraît dans aucun de ces passages entassés. Ces passages concluent seulement que nous recevons quelque chose découlée de Jésus-Christ pour nous vivifier, comme les membres reçoivent du chef l'esprit qui lesanime; mais ne concluent nullement que nous recevions la propre substance de son corps et de son sang. Il n'y a aucun de ces passages , à la réserve d'un seul, c'est-à-dire, celui de saint Jean VI, qui regarde l'eucharistie; et encore celui de saint Jean VI ne la regarde-t-il pas, si nous en croyons les calvinistes. Et si ce passage bien entendu montre en effet dans l'eucharistie la propre substance de la chair et du sang de Jésus-Christ, il ne la montre plus de la manière qu'il est ici employé par les ministres; puisque tout leur discours se réduit enfin à dire que nous recevons Jésus-Christ avec tous ses

' Malth. XX, VI, 2G, 28. Luc. xxn, 19, 20. Z. Con ix, %\

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(fnns avec lui par foi engendré en nous. Or Jésus- Christ par foi engendré en nous H'est rien moins (jue Jésus-Christ uni à nous eu la propre et véritable substance de sa chair et de son sang; la première de ces unions n'étant que morale, faite par de pieuses affections de Hlme, et la seconde étant physique, réelle et immédiate de corps à corps et de substance à substance : ainsi ce grand synode n'explique rien moins que ce qu'il veut expliquer.

Je remarque dans ce décret que les colvinistes, ayant entrepris d'expliquer le mystère de l'eucharistie, et dans ce mystère la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ qui en est le fond , nous allèguent tout autre chose que les paroles de linstitution : Ceci est mon corps, ceci est mon sang; car ils sentent bien qu'en disant que ces mots emportent la propre substance du corps et du sang, c'est faire clairement paraître que le dessein de notre Seigneur a été d'exprimer le corps et le sang, non point en ligure ni même en vertu , mais en effet, en vérité et en substance. Ainsi cette substance sera non-seulement par la foi dans l'esprit et dans la pensée du fidèle, mais en effet et en vérité sous les espèces sacramentelles oii Jésus-Christ la désigne , et par là même dans nos corps où il nous est ordonné de la recevoir, afin qu'en toutes manières nous jouissions de notjre Sauveur et participions à notre victime.

Au reste , comme le décret n'avait allégué aucun passage qui établît la propre substance dont il était question, mais plutôt qu'il l'avait excluse en ne montrant Jésus-Christ uni que par/oi, on revient enfin à la substance par les paroles suivantes : « Et « défait, ainsi que nous tirons notre mort du pre- « mier Adam , eu tant que nous participons à sa « substance; ainsi faut-il que nous participions « vraiment au second Adam Jésus-Christ, afin d'en » tirer notre vie. Partant seront tous pasteurs, et <•- généralement tous fidèles , exhortés à ne donner « aucun lieu aux opinions contraires à ce que des- « sus, quia fondement exprès en la parole de

« DiEtJ. »

Les saints Pères se sont servis de cette comparaison d'Adam pour montrer que Jésus-Christ devait être en nous autrement que par foi ou par affection, ou moralement : car ce n'est point seulement par affection et par la pensée qu'Adam et les parents sont dans leurs enfants; c'est par la communication du même sang et de la même substance : et c'est pourquoi l'union que nous avons avec nos parents, et par leur moyen avec Adam d'où nous sommes tous descendus, n'est pas seulement morale, mais physique et substantielle. Les Pères ont conclu de là que le nouvel Adam devait être en nous d'une manière aussi physique et aussi substantielle, afin que nous puissions tirer de lui l'immortalité, comme nous tirons la mortalité de notre premier père. C'est aussi ce qu'ils ont trouvé, et bien plus abondamment dans l'eucharistie que dans la génération ordinaire, puisque ce n'est pas une portion du sang et de la substance, mais que c'est toute Ja substance et tout le sang de notre Seigneur Jésus-

Christ qui nous y est communiqué. Dire maintenant avec les ministres que cette communication se fasse simplement par foi , c'est non-seulement affaiblir la comparaison , mais encore anéantir le mystère ; c'est en ôter la substance : et au lieu qu'elle se trouve plus abondamment en Jésus-Christ qu'en Adam» c'est faire qu'elle s'y trouve beaucoup moins, ou plutôt point du tout.

C'est ainsi que nos docteurs s'embarrassent, «t que plus ils font d'efforts pour s'expliquer, plus ils jettentd'obscurilé dans les esprits. Cependant à travers ces obscurités on démêle clairement que , parmi les défenseurs du sens figuré, il y avait à la vérité une opinion qui ne voulait dans l'eucharistie que les dons et les mérites de Jésus-Christ ou tout au plus son esprit, et non pas la propre substance de sa chair et de son sang; maisque cette opinion était expressément contraire à la parole de Dieu , et ne devait trouver aucun lieu parmi les fidèles.

Il n'est pas malaisé de deviner qui étaient les défenseurs de cette opinion : c'étaient les Suisses, disciples de Zuingle, et les Français, qui, en approuvant leur sentiment , voulaient faire réformer l'article. C'est pourquoi on entendit aussitôt les plaintes des Suisses, qui crurent voir leur condamnation dans le synode de la Pvochelle, et la fraternité rompue; puisque, malgré le tour de douceur qu'on prenait dans le décret, leur doctrine au fond était rejetée comme contraire à la parole de Dieu , avec expresse exhortation à n'y donner aucun lieu parmi les pasteurs et les fidèles.

Ils écrivirent à Bèze dans cet esprit ' , et la réponse qu'on leur fit fut surprenante. Bèze eut ordre de leur écrire que le décret du synode de la Rochelle ne les regardait pas, mais seulement certains Français; de sorte qu'il y avait une Confession de foi pour la France , et une autre pouF la Suisse , comme, si la foi variait selon les pays , et qu'il ne fût pas aussi véritable qu'en Jésus-Christ il n'y a ni. Suisses ni Français, qu'il est véritable , selon saint Paul, qu'il n'y d^ni Scythe ni Grec^. Au surplus, ajoutait Bèze pour contenter les Suisses , que les Eglises de France détestaient la présence substantielle et charnelle, avec les monstres de la transsubstantiation etdelaconsubstantiation. Voilà donc, en passant , les luthériens aussi maltraités que les catholiques , et leur doctrine regardée comme également monstrueuse; mais c'est en écrivant aux Suisses : nous avons vu qu'on sait s'adoucir quand on écrit aux luthériens, et que la consubstantiation est épargnée.

Les Suisses ne se payèrent pas de ces subtilités du synode de la Rochelle, et ils virent bien qu'on les attaquait sous le nom de ces Français. Bullinger, ministre de Zurich , qui eut ordre de répondre à Bèze, lui sut bien dire que c'était eux en effet que l'on avait condamnés : « Vous condamnez, répon- « dit-iP, ceux qui rejettent le mot de propre subs- « tance; et qui ne sait que nous sommes de ce nora- « bre? « Ce que Bèze avait ajouté contre la présenc® charnelle et substantielle n'ôtait pas la difïicul»* i

' Hospin. 1571 , Pi 344.—» Coloss. m, II.— 3 Hosp. tùu».

HISTOIRE

liullingcr savait assez que les catholiques aussi bien qtie les lulliériensse plaignent qu'on leur attribue une présence charnelle à quoi ils ne pensent pas ; et d'ailleurs il ne savait ce que c'était de recevoir en substancecequin'estpas substantiellement présent: aussi ne comprenant rien dans les raflinements de Tîèze, ni dans sa substance unie sans être présente, il lui répondit qu'il fallait parler nettement en matière de foi, pour ne point réduire les simples âne savoir plus que ci'oire; d'où il conclut qu'il fallait adoucir le décret, et ne proposa que ce seul moyen d'accommodement.

Il y fallut enfin venir ; et l'année suivante , dans le synode de Mmes, on réduisit la substance à si pou de chose, qu'il eiU autant valu la supprimer toutà fait. Au lieu qu'au synode de la Rochelle il s'agissait (le réprimer une opinio)i contraire à ce qui avait fondement exprés en la parole de Dieu, on tâche d'insinuer qu'il ne s'agit que d'un mot. On efface du décret de la Rochelle ces mots qui en faisaient tout le fort : Le synode rejette l'opinion de ceux qui ne veulent recevoir le mot de substance. On déclare qu'on ne veut point préjudicier aux étrant^ersî et on a tant de complaisance pour eux, que ces grands mots de propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ, tant affectés par Calvin, tant soutenus par ses disciples , si soigneusement conservés au synode de la Rochelle, et à la fin réduits à rien par nos réformés, ne paraissent plus dans leur Confession de foi que pour être un monument de l'impression de réalité et substance que Ips paroles de Jésus - Christ avaient faite naturellement dans l'esprit de leurs auteurs et dans celui de Calvin même.

Cependant, s'ils veulent penser à ces affaiblissements de leur première doctrine, ils y pourront remarquer comment l'esprit de séduction les a surpris. I.eurs pères ne se seraient pas aisément privés de lasubstancedu corps et du sang de Jésus- Christ : accoutumés dans l'Église à cette douce présence du corps et du sang de leur Sauveur , qui e>;t le gage d'un amour immense, on ne les aurait i^as aisément réduits à des ombres et à des figures , Hi a une simple vertu découlée de ce corps et de ce •sang. Calvin leur avait promis quelque chose de plus. Ils s'étaient laissés attirer par une idée de réaJité et de substance continuellement inculquée dans ses livres, dans ses sermons, dans ses commentaires , dans ses Confessions de foi , dans ses catéchismes; fausse idée, je le confesse, puisqu'elle y était en paroles seulement, et non en effet : mais enfincettebelleidéelesavaitcharmés; et, ne croyant rien perdre de ce qu'ils avaient dans l'Église, ils n'ont pas craint de la quitter. Maintenant que Zuingle a pris le dessus , de l'aveu de leurs synodes , et que les grands mots de Calvin demeurent visiblement sans force et sans aucun sens , que ne reviennent-ils de leur erreur, et que ne cherchentils dans l'Église la réelle possession dont onles avait flattés ?

Les Suisses zuingliens furent apaisés par l'explication du synode de Nîmes : mais le fond de la

division subsistait toujours. Tant de différentes Confessions de foi en étaient une marque trop convaincante pour pouvoir être dissimulée. Cependant les Français, et les Suisses, et les Anglais, et les Polonais avaient la leur , que chacun gardait sans prendre celle des autres; et leur union semblait plus tenir de la politique que d'une concorde sincère.

On a souvent cherché des remèdes à cet inconvénient, mais en vai«. En 1577, il se tint une assem. bléeà Francfort , où se trouvèrent les ambassadeur? de la reine Elisabeth avec des députés de France, de Pologne , de Hongrie et des Pays-Bas. Le comte palatin Jean-Casimir, qui l'année précédente avait amené en France un si grand secours ànos réformés , procura cette assemblée ' . Tout le parti qui défendait le sens figuré, dont ce prince était lui-même, y était assemblé , à la réserve des Suisses et des bohémiens. Mais ceux-ci avaient envoyé leur déclaration ^ par laquelle ils se soumettaient à ce qui serait résolu : et pour les Suisses , le palatin fit déclarer par son ambassadeur quil s'en tenait assuré. Le dessein de cette assemblée , comme il paraît tant par le discours du député lorsqu'il en fît l'ouverture , que par le consentement unanime de tous tes autres députés , était de dresser une commune Confession de foi de ces Églises » ; et la raison qui avait porté le palatin à faire cette proposition, c'est que les luthériens d'Allemagne, après avoir fait ce fameux livre de la Concorde dont nous avons souvent parlé , devaient tenir une assemblée à Magdebourg pour y prononcer d'un commun accord l'approbation de ce livre, et à la fois la condamnation de tous ceux qui ne voudraient pas y souscrire ; en sorte qu'étant déclarés hérétiques , ils fussent exclus de la tolérance que l'Empire avait accordée sur le sujet de la religion. Par ce moyen tous les défenseurs du sens figuré étaient proscrits, et le monstre de l'ubiquité soutenu dans ce livre était établi. Il était de l'intérêt de ces Églises, que l'on voulait condamner, de paraître alors nombreuses, puissantes et unies. On les décriait comme ayant chacune leur Confession de foi particulière; et les luthériens, réunis sous le nom commun de la Confession d'Augsbourg , se portaient aisément à proscrire un parti que sa désunion faisait mépriser.

On y couvrait néanmoins le mieux qu'on pouvait un si grand mal par des paroles spécieuses ; et le député palatin disait que toutes ces Confessions de foi, conformes dans la doctrine, ne différaient que dans la méthode , et dans la manière de parler. Mais il savait bien le contraire ; et les différences n'étaient que trop réelles pour ces Églises. Quoi qu'il en soit, il leur importait, pour arrêter les luthériens , de leur faire voir leur union par une Confession de foi aussi reçue entre eux toHS, qoe l'était celle d'Augsbourg dans le parti luthérien. Mais on avait un dessein encore plus général : car en faisant celte nouvelle Confession de foi commune aux défenseurs du sens figuré, on voulait chercher des expressions dont les luthériens défenseurs du.

Act. au th. Blond, p. 69. — » Jbid. p. 6Q.

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Mns littéral pussent convenir , et faire par ce moyen un même corps de tout le parti qui se disait réformé. Les députés n'avaient point de meilleur moyen d'empêcher la condamnation dont le parti luthérien les menaçait. C'est pourquoi le décret qu'ils firent sur cette commune Confession de foi fut tourné de cette sorte : « Qu'il la fallait faire « claire, pleine et solide, avec une claire et « briève réfutation de toutes les hérésies de ce « temps; en tempérant néanmoins tellement le « style, qu'on attirât plutôt que d'aigrir ceux « qui confessent purement la Confession d'Augs- « bourg, autant que la vérité le pourrait per- « mettre •. »

La faire claire, la faire pleine, la faire solide, cette Confession de foi , avec une claire et courte réfutation de toutes les hérésies de ce temps , c'était une grande affaire ; de beaux mots , mais une chose bien difficile, pour ne pas dire impossible, parmi des gens dont les sentiments étaient divers : surtout pour n'irriter pas davantage les luthériens si zélés défenseurs du sens littéral , il fallait passer bien légèrement sur la présence réelle , et sur les autres articles si souvent marqués. On nomma des théologiens feien instruits des maux de l'Église, c'està-dire des divisions de la réforme, et des Confessions de foi qui la partageaient. Rodolphe Gaultier et Théodore de Bèze, ministres l'un de Zurich et l'autre de Genève , devaient mettre la dei'niére main à l'ouvrage , qu'on devait ensuite envoyer à toutes les Églises pour être lu , examiné, corrigé et augmenté comme on le trouverait à propos.

Pour préparer un ouvrage d'un si grand raffinement, et empêcher la condamnation que les luthériens allaient faire éclore, on résolut d'écrire au nom de toute l'assemblée une lettre qui fût capable de les adoucir. On leur dit donc que « cette assem- « blée avait été convoquée de plusieurs endroits du « monde chrétien , pour s'opposer aux entreprises du « pape, après les avis qu'on avait eus qu'il réunissait « contre eux les plus puissants princes de la chré- « tienté:» c'était à dire l'empereur, le roi de France, et le roi d'Espagne ; mais que «ce qui les avait le plus « aliligés était que quelques princes d'Allemagne , « qui invoquent, disaient-ils, le même Dieu que « nous , » comme si les catholiques en avaient un autre, « et détestaient avec nous la tyrannie de « l'antechrist romain , se préparaient à condamner « la doctrine de leurs Églises; et qu'ainsi, parmi « les malheurs qui les accablaient , ils se voyaient « attaqués par ceux dont la vertu et la sagesse fai- « sait la meilleure partie de leur espérance. »

Ensuite ils représentaient à ceux de la Confession d'Augsbourg , que le pape en ruinant les autres Églises ne les épargnerait pas : « car comment, poursui- « vent-ils , hairait-il moins ceux qui les premiers « lui ont donné le coup mortel? » c'est-à-dire les luthériens , qu'ils mettent par ce moyen à la tête de tout le parti. Ils proposent un concile libre pour s'unir entre eux , et s'opposer à l'ennemi commun. Enfin , après s'être plaints qu'on les voulait con-

' 4ct. auth. Blond, p 63.

damner sans les ouïr, fis disent que la controverse qui les divise le phis d'avec ceux de la Confession d'Augsbourg, c'est-à-dire celle de la cène et de la présence réelle, n'a pas tant de difficulté qu'on s'imagine, et qu'on leur fait tort en les accusant de rejeter la Confession d'Augsbourg. Mais ils ajoutent qu'elle avait besoin d'explication en quelques endroits , et que Luther même et Melanchton y avai.-i fait quelques corrections ; par où ils entendent m i nifestement ces diverses éditions où l'on a fait lf\s changements que nous avons vus durant la vie de Luther et de Melanchton.

L'année suivante, les calvinistes de France tinrent leur synode national de Sainte-Foi , où ils donnèrent pouvoir de changer la Confession de foi qu'ils avaient si solennellement présentée à nos rois, et qu'ils se glorifiaient de soutenir jusqu'à répandre tout leur sang. Le décret en est mémorable : il y est porté « qu'après avoir vu les instructions de « l'assemblée tenue à Francfort par le moyen du « duc Jean-Casimir, ils entrent dans le dessein de « lier en une sainte union de pure doctrine toutes « les Églises réfobmées de la chrétienté, dont « certains théologiens protestants voulaient con- « damner la plus grande et saine partie ; et approu- « vent le dessein de faire et dresser un formulaire de « Confession de foi commune à toutes les Églises , « aussi bien que l'invitation faite nommément aux « Églises de ce royaume , pour envoyer au lieu as- « signé gens bien approuvés et autorisés, avec ample « procuration , pour traiter, accorder et décider de • « tous les points de la doctrine, et autres choses « concernant l'union , repos et conservation de « l'Église et du pur service de Dieu. « En exécution de ce projet ils nomment quatre députés pour dresser cette commune Confession de foi ; mais avec un pouvoir beaucoup plus ample que celui qu'on leur avait demandé dans l'assemblée de Francfort. Car au lieu que cette assemblée , qui n'avait pu croire que les Églises pussent. convenir d'une Confession de foi sans la voir, avait ordonné qu'après qu'elle aurait été composée par certains ministres et limée par d'autres, elle serait envoyée à toutes les Églises pour l'examiner et corriger ; ce synode facile au delà de tout ce qu'on avait pu imaginer, non-seulement donne charge expresse à ces quatre députés « de se trouver aux lieu et jour assignés , avec am- « pies procurations tant des ministres , qu'en parti- « culier de monseigneur le vicomte de Turenne; » mais y ajoute de plus, « qu'en cas même qu'on « n'eût le moyen d'examiner par toutes les provin- « ces cette Confession de foi, on se remet à leur « prudence et sain jugement pour accorder et con- « dure tous les points qui seront mis en délibera- « tion , soit pour la doctrine , ou autres choses con- « cernant le bien , union et repos de toutes /es « Églises'. »

Voilà donc manifestement, par l'autorité de tout un synode national, la foi des Églises prétendues de France entre les mains de quatre ministres et de

' Hist. de Vass. de Franc. Aft. auth. Blond, p. 63 Syn'. de Sainte-Foi, p. 5, 6.

fflSTOlRE

M de Ttirenne, avec pouvoir d'en régler ce qu'il Jeur plairait ; et ceux qui ne veulent pas qu'on puisse s'en rapporter à toute l'Église dans les moindres points de la foi, s'en rapportent à leurs députés.

On s'étonnera peut-être de voir M. de Turenne nommé entre ces docteurs; mais c'est que ce bie7i, vnion et repos de toutes les Églises , pour lequel on faisait la députation , disait beaucoup plus qu'il ne paraissait d'abord. Car le duc Jean-Casimir et Henri de La Tour, vicomte de Turenne , qu'on députe avec les ministres , songeaient à établir ce repos par autre chose que par des discours et des Confessions de foi : mais elles entraient nécessairement dans la négociation ; et l'expérience avait fait voir qu'on ne pouvait liguer comme il faut ces Églises nouvellement réformées , sans auparavant convenir dans la doctrine. Toute la France était embrasée de guerres civiles ; et le vicomte de Turenne , jeune alors , mais plein d'esprit et de valeur, que le malheur des temps avait entraîné dans le parti depuis deux ou trois ans seulement, s'y était donné d'abord tant d'autorité , moins encore par son illustre naissance, qui le liait aux plus grandes maisons du royaume , que par sa haute capacité et par fia valeur, qu'il était déjà lieutenant du roi de Navarre , depuis Henri IV. Un homme de ce génie entra aisément dans le dessein de réunir tous les protestants : mais Dieu ne permit pas qu'il en vînt à bout. On trouva les luthériens intraitables; et les Confessions de foi, malgré la résolution qu'on avait •prise unanimement de les changer toutes, subsistèrent comme contenant la pure parole de Dieu , à laquelle il n'est permis ni d'ôter ni d'ajouter.

Nous voyons que l'année d'ayrès, c'est-à-dire en 1579, on espérait encore l'union : puisque les calvinistes des Pays-Bas écrivirent en commun aux luthériens auteurs du livre de la Concorde, à Kemiiice, à Chytré, à Jacques-André, et aux autres outrés défenseurs de l'ubiquité, qu'ils ne laissaient pas d'appeler non-seulement leurs frèr.s, mais leur chair ; tant leur union était intime, malgré des divisions si considérables ; les invitant « à « prendre des conseils modérés , à entrer dans les « moyens d'union pour lesquels le synode de France <» (c'était celui de Sainte-Foi) avait nommé des dé- « pûtes, et à l'exemple, disent-ils, de nos saints « Pères Luther, Zuingle, Capiton, Bucer, Melan- « chton, Bullinger, Calvin , » qui s'étaient entendus comme on a vu. Voilà donc les Pères communs des sacramentaires et des luthériens; voilà ceux dont les calvinistes vantent la concorde et les conseils modérés.

Tous ces desseins d'union furent sans effet ; et les défenseurs du sens figuré, loin de pouvoir convenir d'une commune Confession de foi avec les luthériens défenseurs du sens littéral , n'en purent pas même convenir entre eux. On en renouvela couvent la proposition , et encore presque de nos jours en l'an 1G14, au synode de Tonneins; ce qui fut suivi en IGtô des expédients proposés par le célèbre Pierre Dumoulin. IMais quoiqu'il en eût été remercié par le synode de l'Ile-do-France, tenu la

même année au bourg d'Aï en Champagne • , et qu'il eût le crédit qu'on sait non-seulement en France parmi ses confrères, mais encore en Angleterre et dans tout son parti ; tout demeura inutile. Les Églises qui défendent le sens figuré ont reconnu le mal essentiel de leur désunion; mais elles ont reconnu en même temps qu'il était irrémédiable r et cette conmmne Confession de foi tant désirée et tant recherchée est devenue une idée de Platon.

Ce serait une partie de l'histoire de rapporter les réponses des ministres à ce décret de Sainte-Foi après qu'il eut été produit ». Mais tout tombe par le récit que je viens de faire. Les uns disaient qu'il s'agissait seulement d'une tolérance mutuelle : mais on voit bien qu'une commune Confession de foi n'y eût pas été nécessaire, puisque l'effet de cette tolérance n'est pas de se faire une foi commune, mais de se souffrir mutuellement chacun dans la sienne. D'autres, pour excuser le grand pouvoir qu'on donnait à quatre députés de décider de la doctrine, ont répondu que c'est qu'on savait à peu près de quoi on pouvait convenir '. Cet à peu près est admirable. On est sans doute peu délicat sur les questions de la foi , quand on se contente de savoir à peu près ce qu'il en faut dire; et on sait encore bien peu à quoi s'en tenir, quand, faute de le savoir, on est contraint de donner à des députés un pouvoir indéfini de conclure tout ce qu'ils voudront. Le ministre Claude répondait qu'on savait précisément ce qu'on pouvait dire; et que si les députés eussent passé outre, on eût été en droit de les désavouer comme gens qui auraient outrepassé leur pouvoir 4. Je le veux : mais cette réponse ne satisfait pas à la principale difficulté. C'est enfin que pour complaire aux luthériens il eût fallu leur abandonner tout ce qui tendait à exclure tant la présence réelle que les autres points contestés avec eux, c'est-à-dire changer manifestement dans des articles si considérables une profession de foi qu'on dit expressément contenue dans la parole de Dieu.

Il se faut bien garder de confondre ensemble ce qu'on voulut faire alors et ce qu'on a fait depuis , en recevant les luthériens à la communion au synode de Charenton en 1631. Cette dernière action marque seulement que les calvinistes peuvent suj)porter la doctrine luthérienne comme une doctrine qui ne donne aucune atteinte aux fondements de la foi. Mais certainement c'est autre chose de supporter dans la Confession de foi des luthériens ce qu'on croit y être une erreur ; autre chose de supprimer dans la sienne propre ce qu'on y croit une vérité révélée de Dieu , et déclarée expressément par sa parole. C'est ce qu'on avait résolu de faire dans l'assemblée de Francfort et au synode de Sainte- Foi : c'est ce qu'on aurait exécuté s'il avait plu aux luthériens : de sorte qu'il n'a tenu qu'aux défenseurs de la présence réelle qu'on n'ait effacé tout ce qui la choque dans les Confessions de foi des sacramentaires. Mais c'est qu'on s'expose à changer sou-

> Act. auth. Dioiul. p. T2,— ^ Expos, art. XX.— ' Annn 2. rep. p. 3«5. — * M. Claude dans la Conf. A'og. Rép. à l'E-rp, 2. /'. 11»

DES VARIATIONS, LIV. XII

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vent qiinnd on a une fois changé : une Confession (le foi qui change la doctrine des siècles passés montre dès là qu'elle peut elle-même être changée; et il ne faut pas s'étonner que le synode de Sainte-Foi Lit cm pouvoir corriger en 1 578 ce que le synode de Paris avait établi eu 1559.

Tous ces moyens d'accommodement dont nous venons de parler, loin de diminuer la désunion de nos réformée, l'ont augmentée. On voyait des gens qui, sans bien savoir encore à quoi s'en tenir, avaient commencé par rompre avec toute la chrétienté. On sentait une religion bâtie sur le sable , qui n'avait pas même de stabilité dans ses Confessions de foi, quoique faites avec tant de soin et publiées avec tant d'appareil. On ne pouvait se persuader qu'on n'eût pas le droit d'innover dans une religion si changeante ; et c'est ce qui produisit les nouveautés de Jean Fischer ou le Pescheur, connu sous le nom de Piscator, et celles d'Arminius.

L'affaire de Piscator nous apprendra beaucoup de choses importantes ; et je demande qu'il me soit permis de la rapporter tout au long , d'autant plus qu'elle est peu connue par la plupart de nos réformés.

Piscator enseignait la théologie dans l'académie de Herborne , ville du comté de Nassau , vers la fin du siècle passé. En examinant la doctrine de la justice imputée, il dit que la justice de Jésus-Christ, qui nous était imputée , n'était pas celle qu'il avait pratiquée dans tout le cours de sa vie; mais celle qu'il avait subie en portant volontairement la peine de notre péché sur la croix : c'était à dire que la mort de notre Seigneur étant le sacrifice de prix infini par lequel il avait satisfait et payé pour nous , c'était aussi par cet acte seul que le Fils de Dieu était proprement sauveur; sans qu'il fut besoin d'y en joindre d'autres , parce que celui-ci était suffisant : de sorte que , si nous avions à être justifiés par imputation, c'était par celle de cet acte, en vertu duquel précisément nous nous trouvions quittes envers Dieu , et où l'original de la sentence portée contre nous avait été effacé , comme dit saint Paul • , par le sang qui pacifie le ciel et la terre.

Cette doctrine fut détestée par nos calvinistes dans le synode de Gap en 1603, comme contraire aux articles xviii , xx et xxii de la Confession de foi ; et on arrête qu'il sera écrit à M. Piscator, et à r université en laquelle il enseigne *.

Il est certain que ces trois articles ne décidaient rien sur l'affaire de Piscator : c'est pourquoi nous ne vovons plus qu'on ait parlé des articles xx et XXII. Et pour le xviir , où l'on prétendit toujours qu'était la décision, il ne disait autre chose sinon que nous étions justifiés par Vohéissance de Jésus- Christ, laquelle nous était allouée , sans spécifier Èquelle obéissance; de sorte que Piscator n'avait point de peine à se défendre de la Confession de foi. Mais, puisqu'on veut qu'il ait innové, au préjudice de la Confession des prétendus réformés de ce royaume , qui avait été souscrite par ceux des Pays-Bas , j'y consens.

» Col. H, U. — * Sijn. de Gap, ch. de la Conf. dejot

On écrivit à Piscator de la part du synode , ainsi qu'il avait été résolu ; et sa réponse modeste , mais ferme dans son sentiment , fut lue au .synode de la Rochelle en l'année 1607. Après cette lecture, on fit ce décret : « Sur les lettres du docteur Jean Pisca- « tor, professeur en l'académie de Herborne , res- « ponsives à celle du synode de Gap, pour raison « de sa doctrine, où il établit la justification par la « seule obéissance de Christ en sa mort et passion, « imputés à justice aux croyants , et non par Tobéis- « sance de sa vie : la compagnie, n'approuvant <• la division de causes si conjointes , a déclaré que « toute l'obéissance de Christ en sa vie et en sa mort « nous est imputée pour l'entière rémission de nos « péchés , COMME n'étant qu'une seule et même « obéissance. »

Sur ces dernières paroles , je demanderais volontiers à nos réformés pourquoi ils requièrent, pour nous mériter la rémission des péchés, non-seulement l'obéissance de la mort, mais encore celle de toute la vie de notre Seigneur. Est-ce que le mérite de Jésus-Christ mourant n'est pas infini , et dès là plus que suffisant à notre salut? Ils ne le diront pas; et il faudra donc qu'ils disent que ce qu'on requiert comme nécessaire après un mérite infini'n'en ôte ni l'infinité , ni la suffisance : mais en même temps il s'ensuit que considérer Jésus-Christ comme continuant son intercession par sa présence nonseulement dans le ciel , mais encore sur nos autels dans le sacrifice de l'eucharistie, ce nest rien ôter à l'infinité de la propitiation faite à la croix ; c'est seulement , comme parle le synode de la Rochelle , ne vouloir pas diviser des choses conjointes, et j regarder tout ce qu'a fait Jésus-Christ dans sa vie , I tout ce qu'il a fait dans sa mort, et tout ce qu'il ; fait encore , soit dans le ciel où il se présente pour ' nous à son Père , soit sur nos autels où il est pré- ; sent d'une autre sorte, comme la continuation 1 d'une même intercession et d'une même obéissanj ce, qu'il a commencée dans sa vie , qu'il a consom- I mée dans sa mort, et qu'il ne cesse de renouveler et dans le ciel et dans les mystères, pour nous en faire une vive et perpétuelle application.

La doctrine de Piscator eut ses partisans. On ne trouvait rien contre lui dans les articles xviii, xx, et XXII de la Confession de foi. En effet, on aban ' donna les deux derniers, pour s'arrêter auxviii% qui ne disait pas davantage, comme on a vu; et afirv de pousser à bout Piscator et sa doctrine, on ea vint, dans le synode national de Privas, jusqu'à obliger tous les pasteurs à souscrire expressément

contre Piscator, en ces termes : « Je soussigné N ,

j « sur le contenu en l'article xviii de la Confession j « de foi des Églises réformées, touchant notre jus-. j K tification , déclare et proteste que je l'entends.

{ « SELON LE SENS REÇU EN NOS ÉGLISES, APPROUVE « PAR LES SYNODES NATIONAUX, ET CONFORME A

« LA PAROLE DE DiEU : qui est que notre Seigneur « Jésus-Christ a été sujet à la loi morale et céré-. « moniale, non-seulement pour notre bien, maia « en notre place; et que toute l'obéissance qu'il a I « rendue à la loi nous est imputée ; et que notre ^u&-

HISTOIRE

«< tification consiste non -seulement en la rémission « des péchés , mais en l'imputation de la justice acti-

• va : et, n'assujettissant a la parole de Dieu, « je crois que le Fils de Chommt est l'en u pour ser- « vir , et non pour être servi, ^t qu'il a servi pour

• ce qu'il est venu; pbomettaint de ne me dé- « pabtir jamais de la doctrine reçue en « NOS Églises , et de m' assujettir aux rè-

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