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eiKjendré , mais fait : ce que je ne prouve pas , parce que le ministre en convient, et qu'il a encore réformé cette fausseté dans son Tableau '. Mais le reste» à quoi il n'a pas touché, est inexcusable, comme on le va découvrir dans notre version que voici : « Si vous croyez pouvoir comprendre ce que « c'est que le Fils , je vous dirai qu'il est la première « production de son Père; non pas qu'il ait été « fait , puisque dès le commencement. Dieu étant «une intelligence éternelle, et étant toujours rai- « sonnable, il avait toujours en lui-même sa raison « (ou son Verbe) ; mais à cause que ce Verbe ayant « sous lui , à la manière d'un chariot ( qu'il devait « conduire) , toutes les choses matérielles , la na- «ture informe et la terre, les choses légères étant « mêlées avec les épaisses ( et la nature étant encore «en confusion) , il s'était avancé pour en être l'acte « et la forme.» Il n'y a rien là que de suivi : car après avoir observé que le Fils était la production de son Père , il était naturel d'ajouter qu'il en était la production non»pas comme une chose faite, -ysvoaavov, ceque le ministre avait supprimé ;mais commeétant toujours naturellement en qualitéderaison, en Dieu qui est tout intelligence. Le reste ne suit pas moins bien. La matière ou les premiers éléments , comme un chariot encore mal attelé et sans conducteur, étaient soumis au Verbe de Dieu qui en allait prendre les rênes : et toutes choses étant mêlées, le Verbe s'était avancé, non pour acquérir C existence actuelle, que le ministre à toute force voulait lui donner (car il l'avait'éternelle et parfaite dans le scinde Dieu comme la raison et le Verbe de cette éternelle intelligence); mais pour être l'acte et la forme, le moteur, le conducteur et l'âme, pour ainsi parler , de la nature confuse. Rien ne se dément làdedans : c'est une allusion manifeste au commencement de la Genèse, oià nous voyons pêle-mêle le ciel et la terre avec le souffle porté dessus; cequ'Athénagore exprimait par le mélange confus des choses légères et épaisses. Quand le Verbe s'avance ensuite pour débrouiller ce mélange , c'est encore une allusion à la parole que Dieu prononça pour faire naître lalumière , le firmament etle reste; car tous les anciens sont d'accord que cette parole est le Verbe même comme exprimé au dehors par son opération extérieure, ainsi qu'on a vu. De cette sorte tout était confus avant que le Verbe parût , et tout se range en son lieu à sa présence. C'est donc lui qui, étant déjà le Verbe de Dieu comme son idée et son efficace, ainsi qu'Athénagore le venait de dire , devient l'idée on la forme et l'acte de cette matière confuse vers laquelle il s'avance pour l'arranger ; ce qui est infiniment éloigné de cette existence actuelle qu'on veut lui donner à lui-même. On voit dans ces expressions ce qu'on a vu dans celles desaint Hippolyte, c'est-à-dire, cette opération au dehors qui est spécialement attribuée au Verbe , pour montrer que Dieu n'agit point par une aveugle puissance, mais toujours par intelligence et par sagesse; et c'est ce qui est encore exprimé dans les paroles suivantee, qui font la troisième partie du
passage d'Athénagore. Après avoir exposé comme le Verbe s'avance par son opération vers la matière confuse, pour la former, il prouve son exposition par l'Écriture, en cette sorte : Et , dit-il, l'esprit prophétique s'accorde avec mon discours, lors' qu'il dit (ou lorsqu'il fait dire au Verbe dans les Proverbes de Salomon ) , Le Seigneur m'a créé le commencement de ses voies '. Le ministre traduit cet endroit, dont il croit pouvoir se servir pour son dessein, à cause du terme de création qui semblait induire dans le Verbe une nouvelle existence au commencement de l'univers ainsi que le ministre le pensait alors ; mais il supprime le reste du passage d'Athénagore qui aurait fait voir le contraire. Cet auteur poursuit donc ainsi: « L'espri t prophétique « s'accorde avec mon discours , lorsqu'il dit : Dieu
« m'a créé Et quant à ce qui regarde ce même
« esprit prophétique qui agit dans les hommes « inspirés , nous disons qu'il est une émanation de « Dieu, et, qu'en découlant de lui (sur les prophètes « qu'il inspire) il retourne à lui par réflexion com- « me le rayon du soleil. » C'est en effet , le propre de l'inspiration de nous ramener à Dieu, qui en est la source comme de l'Esprit qui la donne : par où l'on voit clairement que, sans parler de l'émanation, éternelle du Saint-Esprit , où les païens à qui il écrit n'auraient rien compris, Athénagore fait connaître cette Personne divine par son éman.itioa et son effusion temporelle sur les prophètes , c'està-dire , par l'opération qu'elle y exerce ; comme il venait de faire connaître le Verbe par celle qu'il exerçait dans la création de l'univers : ce qu'il finit en disant : « Qui ne sera donc étonné , qu'on nous « fasse passer pour athées, nous qui reconnaissons « Dieu lePère, Dieu le Fils et le Saint-Esprit.? »
Le ministre n'a qu'à dire maintenant que le Saint- Esprit n'était pas, ou qu'il n'était pas parfait avant qu'il inspirât les prophètes; ou que, par cette inspiration, qui n'est qu'une effusion du Saint-Esprit au dehors, il acquiert quelque nouvel être ou quelque nouvelle manière d'être: et s'il a honte de le penser, et de faire changer le Saint-Esprit à cause qu'il change en mieux les prophètes qu'il inspire , il doit entendre de la même sorte cette création , c'est-à-dire cette production au dehors du Verba qui était toujours, et qui, sans changer lui-même, a changé toute la nature en mieux.
On voit maintenant assez clairen>ent tout le dessein d'Athénagore , qui , pour empêcher les païens de nous mettre au rang des athées , entreprend de leur donner quelque idée du Dieu que nous servons en trois Personnes, dont il ajoute qu'il fallait connaître l'unité et les différences'^ : et comme ils ne pouvaient pas entrer dans le fond d'un si haut mystère, ni dans l'éternelle émanation du Fils et du Saint-Esprit , il se contente de faire connaître ces deux divines Personnes par les opérations que l'Écriture leur attribue au dehors, c'est-à-dire, le Fils par la création, et le Saint-Esprit par l'inspiratiou prophétique.
Ptqv. viii, 21-
IhH.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
Cëtnienl là»le»ix grands caractères du Fils et du Saiul-Flsprit : l'un, comme sagesse du Père, est reconnu pour l'auteur de la création , qui est un ouvrage de sagesse ; et l'autre , comme son esprit , est reconnu pour l'auteur de l'inspiration prophétique , qui est aussi le caractère qu'on lui donne partout, et même dans le symbole de Constantinople , où sa divinité est définie : Je crois, dit-on, au Saint- Esprit , qui a parlé par les prophètes : et c'est pourquoi Athénagore le caractérise , comme font aussi les autres Pères, parle titre d'Esprit prophétique. Il ne pouvait donc rien faire de plus convenable que de désigner ces deux Personnes par leurs opérations extérieures, ni parmi ces opérations en choisir deux plus marquées, que la création de l'univers et l'inspiration des prophètes : ce qui fait voir, plus clair que le jour, que cette production du Verbe divin n'est en ce lieu , que l'opération par laquelle il se déclare au dehors ; et c'est encore ici un dénoilment de la doctrine des Pères.
Je ne m'arrêterai point au défaut de la version des Septante, qui font dire à la Sagesse divine dans cet endroit des Proverbes de Salomon : Dieu m'a créée. On sait qu'il ne s'agissait, comme Eusèbe de Césarée l'a bien remarqué, que d'une lettre pour une autre , d'un iota pour un éta,i pourri ; et d'un vAT'.at, qui signifie , m'a créée , pour un £/.Tr,<Te, qui signifie , m'a possédée. L'hébreu porte, comme saint Jérôme l'a rétabli dans notre Vulgate, le Seigneur m'a possédée , c'est-à-dire, selon la phrase de la langue sainte , m'a engendrée : ce qui convenait parfaitement à la sagesse engendrée, qui était le Fils de Dieu; qui dit aussi dans la suite : I^sabimes n'étaient pas encore quand j'ai été conçue dans le sein de Dieu ; et fai été enfantée derant les collines, devant que la terre eût été formée , et que Dieu F eût posée sur ses fondements '. La génération du Fils de Dieu se présentait clairement dans ces paroles , et redressait les idées que le terme de création aurait pu donner : et c'est pourquoi les anciens n'hésitaient pas à appeler constamment le Fils de Dieu , non pas un ouvrage , mais un Fils, non pas une créature, mais une personne engendrée avant tous les siècles. Mais I'sxtwc, le créé, de l'ancienne version, en engagea quelquesuns, non à mettre le FUs de Dieu au rang des créatures, mais à dire que la sagesse, éternellement conçuedans le sein de Dieu , avait été créée enquel- <|ue façon, lorsqu'elle s'était imprimée, et, pour ainsi dire, figurée elle-même dans son ouvrage, à la manière qu'un architecte forme dans son édifice une image de la sagesse et de l'art qui le fait agir : car c'est en cette manière qu'en contemplant attentivement une architecture bien entendue , nous disons que cet ouvrage est sage, qu'il y a là de la sagesse, c'est-à-dire,delajustesse, de la proportion, et , dans la parfaite convenance des parties , une belle et sage simplicité. En cette sorte , outre la sagesse créatrice , on reconnaît dans l'univers une sagesse créée et une expression si vive du Verbe de
» Prov. vu, 24, 2».
Dieu , qu'on dirait (|u'}l s'est transmis Iui-mt'«me tout entier dans son ouvrage, ou que cet ouvrage n'est autre chose que le Verbe produit au dehors.
On voit donc en toutes manières que la doctrine des anciens docteurs n'est au fond , que la même chose que la notre; puisque ce qu'on appelle parmi nous l'opération extérieure de Dieu agissant par son Verbe, c'est ce qu'ils appelaient dans leur langagelasortiedu Verbe, son progrès, son avancement vers la créature; sa création au dehors à la manière qu'on vient de voir ; et en ce sens une espèce de génération et de production, qui n'est, en effet, que sa manifestation, et précisément la même chose que saint Athanase a depuis si divinement expliquée dans sa cinquième oraison contre les ariens'.
Si je n'avais autre chose à faire , je montrerais au ministre sa témérité; lorsqu'il accuse Athenanagore et les autres Pères à' être sortis de la simplicité de l'Écriture, en tentant d'expliquer le mystère '. Car on peut voir aisément qu'ils nout fait que suivre les Proverbes de Salomon, et les livres Sapientiaux, comme on les appelle, dont saint Jean avait ramassé toute la théologie en uu seul mot, lorsqu'il avait dit : ^u commencement la Parole était. Je pourrais aussi remarquer, contre ceux qui les font tant platoniser, qu'en ce qui regarde le Verbe, ils en trouvent plus dans un chapitre de ces livres divins , qu'on en pourrait recueillir de tous les endroits dispersés dans les Dialogues de Platon : ce que je dis , non pas pour nier qu il ne convînt à ces saints docteurs de présenter aux païens des idées qui paraissaient assez convenables à une philosophie qui tenait le premier rang parmi eux ; mais pour montrer au ministre qu'ils avaient de meilleurs originaux devant les yeux.
Au reste, pour en revenir aiLX passages qu'il a cités des saints docteurs, on peut juger par les deux qu'on a vus, avec quelle témérité il a produit tous les autres. Une autre marque de son imprudence, pour ne rien dire de pis, est qu'en nommant les défenseurs de sa double nativité , il déclare qu il n'en excepte aucun des Pères ^ , jusqu'à citer, pour cette doctrine, saint Irénée, où il ne s'en trouve pas le moindre vestige , et saint Justin, qui n'en dit non plus un seul mot-». Ce n'est pas que je veuille dire qu'il soit sans difficulté, li y a des difficultés aisées à résoudre par les principes qu'on a posés, ou par d'autres qui ne sont pas de ce lieu; des difficultés, en tout cas, qui regardent M. Jurieu et les prétendus réformés aussi bien que nous : en sorte qu'ils n'ont pas droit d'exiger de nous que nous ayons a les leur résoudre. Mais pour cette difficulté de >L Jurieu , qui regarde les deux naissances , lui-même il ne produit aucun passage de ce saint. Il est vrai qu'il cite pour cette doctrine , quoique à tort, Tatien, disciple de ce martyr, et il dit qu'il l'avait apprise de son
» Athan. Orat. 5. in Arian. nunc Orat. 4, n. 12. t. U p- «25. — » Lett. VI âe 16S9, p. 43. — ^ P. 2ôl. — • Tah. UU. VI, p. 283.
SIXIÈME AVERTISSEMENT
naître''. Mais s'il avait tout appris d'im si excellent docteur, il en aurait donc appris la détestable hérésie des encratiles, dont ce malheureux disciple a été le chef depuis le martyre de son maître ».
Il m'insulte néanmoins par ces grands noms ; et lorsque je lui reproche qu'il a corrompu la foi de la Trinité , « M. de Meau.v doit savoir, dit-il 3, « que ces éloges ne tombent pas sur moi , mais « sur ses saints et sur ses martyrs. » Il les appelle mes martyrs, comme il a coutume de me dire, avec le même dédain , son Père Pétau ^ ; mais en quelque sorte qu'il me les donne , en colère ou autrement , je les reçois. Il nomme ensuite , parmi mes saints et mes martyrs, saint Justin, saint Irénée, saint Hippolyte, dont on a vu que les deux premiers ne disent rien de ce qu'il prétend ; et le troisième en dit ce qu'on vient d'entendre, c'està-dire ce qui doit confondre le ministre.
Venons à saint Cyprien. Le ministre le comprendra-t-il parmi les auteurs de cette double nativité? Oui, et non. Il l'y coniprendra; car il dit : et moi,^'e n^ en excepte aucun. Il ne l'y comprendra pas : car il est forcé d'avouer qu'iVy a d'autres auteurs, comme, par exemple, saint Cyprien où celte théologie ne se trouve pas; mais il ne les exempte pas , pour cela, de cette double génération : puisque cela vient, dit-il , de ce qu'ils n'ont pas eu l'occasion d'en parler. Mais saint Cyprien a eu la même occasion d'en parler que les autres ; puisque, comme les autres, il a expliqué, de .lésus-Christ, cette parole des Proverbes : Dieu m'a créé, qu'il traduisait de même manière qu'on le faisait en son temps s. H n'en a pourtant pas conclu cette double génération de Jésus-Christ co.ume Dieu ; et s'il le fait naître deux fois, c'est à cause i\\x' ayant été dès le commencement le Fils de Dieu , il devait naître encore une fois selon la chair ^ , par où il s'arrête manifestement à le faire naître deux fois : une fois comme Fils de Dieu, et une autre fois comme Fils de l'homme : et s'il n'a jamais parlé de cette troisième naissance, que le ministre tout seul veut imaginer comme véritable dans le sens littéral , ce n'est pas manque d'occasion ; mais c'est que ni lui, ni les autres, ne songeaient seulement pas à cette chimère.
Il nous allègue une autre raison du silence de quelques Pères sur cette double génération ; ou c'est peut-être, dit-il, qu'ils étaient plus modérés que les autres. Mais si , à titre de modération , ou autrement, il n'ose pas se promettre de trouver dans tous les anciens sa seconde nativité, il ne fallait donc pas trancher si net; et moi, je n'en excepte aucun : car c'est là trop visiblement assurer qu'on avoue ce qu'on ne sait pas, et, contre sa propre conscience, vouloir trouver des erreurs qu'on puisse imputera l'Égh'se,
C'est ce qui lui fait ajouter, qu'il ne faut pas faire deux classes des anciens auteurs : parce qu'o»
' Jur. Lett. VI de 1689. — ' Epiph. hmr. 46. — ^ p. 285. — « P. 284. 296. T- ' Lib. 2, test, ad Quir. c. t,p. 284. — • l'jid. cap. 8, p. 288.
ne lit rien che::, ceux qui se taisent, de cette doub!« génération, qui condamne directement ou indirectement ce que les autres ontécrit là-dessus^ Quelle erreur! Tous ceux qui font Dieu spirituel et immuable , et qui, en particulier, font le Fils de Dieu incapable de changement , s'opposent directement à cette double génération , qui le fait une portion inégale de la substance du Père; un lils engendré à deux fois, formellement imparfait, et venant avec le temps à sa perfection, à la manière d'un fruit qui a besoin de mûrir. IMais où ne trouve-ton pas cette immutabilité et indivisibilité, puisque nous l'avons montrée partout; et même dans les auteurs, à qui on veut attribuer cette naissance imparfaite? C'est donc qu'eux-mêmes ne la croyaient pas; personne ne la croyait parmi les Pères : cette seconde nativité n'est qu'une similitude qu'on prend trop grossièrement au pied de la lettre. Il ne faut donc pas demander qu'on montre dans les trois premiers siècles une réfutation expresse d'une chimère qui n'y fut jamais : on ne l'a non plus réfutée dans les siècles suivants , car on n'y songeait seulement pas; parce qu'on ne trouvait tout au plus une erreur si insensée que dans quelques extravagants qu'on ne connaît point, et que jamais on n'a crus dignes d'être réfutés. Si le raisonnement du ministre avait lieu , il n'y aurait donc qu'à imaginer dans la suite toutes sorteâ d'extravagances, et à leur donner du crédit , sous-prétexte qu'on ne pourrait démontrer qu'elle eût été réfutée. C'est donc une erreur grossière de parler ici de réfutation ; et c'est assez que nous montrions à notre ministre, que ses idées ridicules répugnent directement à celles des Pères, dès l'origine du christianisme.
Il revient à saint Cyprien : « Et il n'est pas ap- « parent, dit-il », que saint Cyprien, par exemple, « qui vénérait si fort Tertullien , et qui l'appelait « son maître , le regardât comme un ennemi de « la divinité de Jésus - Christ. » Mais trouve-t-il bien plus apparent que saint Cyprien regardât son maître comme un ennemi déclaré de la perfection et de l'immutabilité du Fils de Dieu , ou qu'il trouvât bon qu'on l'appelât Dieu , en le faisant imparfait, et en lui faisant attendre du temps sa dernière perfection ? Il faut donc dire que saint Cyprien n'y aura pas vu ces erreurs, non plus que les autres, et qu'il n'aura pas fait à Tertullien un crime d'une métaphore ou d'une similitude. Ainsi , nous pouvons conclure sans crainte : que le ministre n'entend pas les Pères qu'il a cités ; et que c'est par un aveugle entêtement de trouver des variations , qu'il les implique dans l'erreur.
Il met au rang de ses partisans , sur la double génération , saint Clément d'Alexandrie ^ , où il n'y en a pas un seul trait. Il cite le Père Pétau < , qui trouve bien dans ce Père des locutions incommodes, mais non pas sur le sujet que nous traitons. Mais , je demande à M. Jurieu : osera-t-il mettre cet auteur parmi ceux qui ne combattent ni direc-
' P 252. - » Ibid. - 3 p. 251.
». I. Ibid. c. 6, M. 7.
• Lib. I. de Tri», c, i,
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
tement, ni indirectement, la prétendue erreur des anciens? Quoi donc! ne combat-il pas rinégalitéet l'imperfection du Fils , lui qui l'appelle en un endroit vraiment Dieu et égal au Seigneur de toutes choses'; et en d'autres, toujours parfait, et parfaitement un avec son Père? Mais poussons à bout cet article de Clément Alexandrin. Après tout, que b!àmera-t-on dans cet auteur ? Ce qu'on y blâme le plus en cette matière , c'est d'avoir appelé le Fils une nature très-proche du seul Tout- Puissant. Mais pesons toutes ces paroles ; une nature; une chose née : d'où vient le mot de nature en grec comme en latin, <pj<Ti;, une chose naturelle à Dieu. "Qu'y a-t-il là de mauvais? Le Fils de Dieu n'esl-il pas de ce caractère; c'est-à-dire Fils par nature, et non par adoption? Ce qui fait dire à saint Athanase que le Père n'engendre pas son Verbe par volonté et par libre arbitre , mais par nature *; et que la fécondité est naturelle dans Dieu ^ , quoiqu'elle soit, dans une autre vue. propre et personnelle dans le Père. On a donc pu , et on a dû regarder dans le Fils de Dieu sa naissance, comme lui étant naturelle. Le mal serait , si l'on voulait dire qu'il est d'une autre nature, c'est-àdire, d'une autre essence, ou d'une autre substance (jue son Père; mais ce saint prêtre d'Alexandrie a exclu formellement cette idée, et surtout dans les endroits où il a dit, comme on a vu, que le Père et le Fils sont un , et un de l'unité la plus parfaite. Pendant qu'il pense comme nous , est-ce un crime <le ne pas toujours parler de même? Mais il a dit ([ue le Verbe est une nature, ou , comme nous l'entendons, une chose naturelle en Dieu, et très-proche du seul Tout-Puissant , irpcac/eç-â-rr,. OÙ est le mal de cett» expression ? C'est qu'au lieu de dire très-proche, il fallait dire un avec lui. Il l'a dit aussi , comme on a vu : regardez-le selon la substance, il est un : regardez-le comme distingué, il est très-proche ; et remarquez que ce très-proche doit être traduit , très-uni à Dieu , et une chose <|ui lui convient très - parfaitement : car tout cela est renfermé dans le terme, irsoacxsçaTT.. Ce n'est rien d'étranger au Père, puisqu'il est son Fils , et son Fils (|ui ne sort jamais du sein paternel, qui est toujours dans le Père, comme le Père est toujours dans le Fils. Qu'y a-t-il là que de vrai? Et pouvait-on mieux exprimer cet apud Deum de saint Jean, qui signifie tout ensemble, et en grec comme en latin, éîre en Dieu, être avec Dieu, être auprès de Dieu ou chez Dieu ; c'est-à-dire, être quelque chose qui lui soit très-proche et très-inséparablement uni. Et pour ce qui est d'avoir appelé le Père le seul Tout-Puissant , les moindres théologiens savent que ce n'est rien; puisque Jésus-Christ a dit lui-même : Or c'est la vie éternelle de vous connaître , ô mon Père ! vous qui êtes le seul vrai Dieu , et Jésus-Christ que vous avez envoyé i; où il ne craint point d'appeler son Père le seul vrai Dieu , avec autant d'énergie que ce savant prêtre l'appelle le seul Tout-Puissant. Je
• Clfm. in Protrtpt. Vide supra. — » Orat. Ain Ar. nanc On/. 3, n. CI, et seq. t. i, p. 909 eC seq. - 3 Oral. 3, iàU. — ^ Joaii. \\u 3.
n'ai pas besoin ici de rappeler cette doctrine commune, qu'en parlant du Père ou du Fils ou du Saint-Esprit le seul n'esl pas exclusif des personnes inséparables de Dieu, mais de celles qui lui sont étrangères : c'est pourquoi saint Clément d'Alexandrie, qui appelle ici le Père le seul Tout- Puissant, reconnaît ailleurs , comme on a vu « , la toutepuissance du Fils, et l'appelle njème formellement le seul Dieu, comme le ministre l'avoue», a Hom- « mes, dit -il , croyez en celui qui est Dieu et " homme; mortels, croyez en celui qui est mort. « qui est le seul Dieu de tous les hommes. » Le Père n'en est pas moins Dieu , comme le Fils n'en est pas moins tout-puissant.
Après que ces difficultés sont dissipées, la divinité de Jésus-Christ va luire comme le soleil dans saint Clément d'Alexandrie •* : « La très-parfaite , « très-souveraiue , très-dominante et très-bienfai- « santé nature du Verbe est très-proche , très-con- « venante, très- intimement unie au seul Tout- « Puissant. C'est la souveraine Excellence qui dis- « pose tout selon la volonté de son Père; en sorte que «l'univers est parfaitementgouverné, parce que celui « qui legouverne agissant par une indomptable et iné- « puisabie puissance, regarde toujours les raisons « cachées, » et les secrets desseins de Dieu . « Car le Fils « de Dieu nequittejamais la hauteur d'où il contemple « toutes choses; il ne se divise, ni ne se partage, ni ne « passe d'un lieu à un autre; il est partout tout entier « sans que rien puisse le contenir, tout pensée, tout « oeil, tout plein de la lumière paternelle, et tout lu- « mière lui-même; voyanttout, écoutant tout, sachant « tout, «c'est-à-dire, sans difficulté, le sachant toujours, « etpénétrantpar puissance toutes les puis- « sances ; à qui tous les anges et tous les dieux « sont soumis. » Si le ministre avait vu cinq cents endroits qu'on trouve dans cet excellent auteur, de cette élévation et de cette force , il n'en mépriserait pas comme il fait la théologie 5. Elle renverse son système par les fondements. Si le Fils de Dieu est une chose naturellement très-parfaite et toujours immuable, il n'a donc pas eu besoin de naître deux fois pour arriver à sa perfection. Si son immutabilité exclut jusqu'au moindre changement quant aux lieux et quant aux pensées, c'est en vain qu'on veut lui faire acquérirde nouvelles raanièresd'étre. L'inégalité n'est pas moins excluse; puisque saint Clément Alexandrin vient de le faire si pénétrant, si puissant, et, s'il estperrais de parler en cette sorte, si immense, que le Père ne peut l'être davantage. Le ministre a donc cité témérairement cet auteur comme tant d'autres; et il ne veut qu'éblouir le monde par de grands noms.
Sans entrer dans tout ce détail, qui ne m'était pas nécessaire, dès mon premier Avertissement je lui ôtais en un mot tous les anciens en le renvoyant à Bullus , de qui il pouvait apprendre le véritable de>noûment de tous leurs passages. Mais sa mauvaise foi paraît ici comme partout ailleurs. D'abord H n'a pas osé avouer que Bullus me favorisât, ni qu'un
' Ci-dessus. - » Jur. p. 2.33. — 3 ciem. in Prolrept. -.. * Slrom. vil, init. — 5 P. 23=3.
} 1 savant protestant lui enlevât tout d'un coup tous ses auteurs sans lui en laisser un seul : et c'est pourquoi il dit d'abord dans son Avis à INI. de Eeauval ' : « Un œuf n'est pas plus semblable à un œuf, que « If:S observations de Bullus le sont aux miennes. » Oi ne peut pas porter plus loin le mensonge; et pour le voir en un mot, il ne faut que considérer que cette seconde nativité de quelques anciens se doit entendre selon Bullus*, non d'une nafinifé véritable et proprement dite, mais d'une nativi/é figurée et métaphorique, qui ne signifiait autre chose que .va manifestation et sa sortie au dehors par son opération : ce que Bullus met en thèse positivement, et ce qu'il répète à toutes les pages 3, comme le parfait dénoûment de la théologie de ces siècles. Or comme cette solution renverse tout le système du ministre, il s'y oppose de toute sa force; en sorte que Bullus disantque tout cela s'entend en figure, le ministre Jurieu dit au contraire et entreprend de prouver que cela s'entend à la lettre 4 : et voilà comme ces deux auteurs se ressemblent.
Parla même raison on pourrait dire que le catholique et le calviniste ont le même sentiment sur la présence de .fésus-Christ dans l'eucharistie; parce que si l'un la met en vérité, l'autre la met en figure. Les sociniens seront aussi de même doctrine que nous ; parce que Jésus-Christ est figurément selon eux ce qu'il est proprement selon nous. Dieu béni aux siècles des siècles^ : l'affirmation et la négation, les lumières et les ténèbres ne seront plus qu'un ; et le ministre trouvera tout en toutes choses.
II a bien fallu se dédire d'une si visible absurdité; mais c'est toujours de mauvaise foi : car au lieu que dans l'Avis à M. de Be-uival , Bullus et Jurieu étaient deux œufs si semblables qu'il n'y avait nulle différence; dans la sixième lettre du Tableau M. Jurieu se contente qu'Un ij ait pas dans le fond grande différence^. Mais quelle plus grandedifférenceveutil trouver , que celle du sens figuré au sens propre ? que celle qui met en Dieu de l'imperfection et du changement, et celle qui n'y en met pas? que celle qui introduit des variations dans les sentiments , et celle qui n'en reconnaît que dans les expressions? que celle qui donne au christianisme une suite toujours uniforme, et celle qui commet les pères avec les enfants, les premiers siècles avec la postérité; qui donne enfin une face hideuse au commencement de la religion et à toute l'Église chrétienne?
ABTICLE XI.
Que selon ses propres principes le ministre devait recevoir le dénoûment de Bullus, et qu'il tombe manifestement dans l'extravagance.
Mais pourquoi vouloir obliger le ministre Jurieu, unsi grand original en matière de théologie, à suivre les sentimentsde Bullus? Je le dirai en un mot : c'est qu'il devait s'y obliger lui-même, pour n'avoir point à dire cent absurdités qu'on vient d'entendre, avec
' p. 2. — ' DeJ. fld. Nie. sect. 3, c. 5. § 3, p. 337. — 3 Sert. 2. c. B. § 1. 7. C. 5. § 5, etc. — * Tab. Lctt. VI. p. 5i-i,' i.-.â, 2C5. - * Rvm. IX, 3. — « /*. 241, 265.
SIXIÈME AVEKTÏSSEMENT
cent autres qu'on découvrira dans la suite; et si l'on veut parler plus à fond , c'est que le sentiment de Bullus portait, surtout dans un homme qui comme M. Jurieu fait profession de reconnaître la divinité de Jésus-Christ, un caractère manifeste de vérité qu'on ne pouvait rejeter sans extravagance. Car d'abord tous les endroits dont le ministre abuse, étaient constamment des comparaisons, des similitudes ou, si vous voulez, des métaphores; puisque les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées, et encore des similitudes tirées des choses sensibles pour les transporter aux divines. De là venaient ces extensions, ces portions de lumière, et les autres choses semblables que nous avons observées : c'était si peu des expressions précises et littérales, qu'on en cherchait d'autres pour redresser ce qu'elles pouvaient avoir de défectueux; et le caractère de similitude y était si marqué, qu'il n'y a rien , comme on a vu , de si ridicule à notre ministre , que d'avoir voulu pousser à bout ces comparaisons.
Celles qu'on tire de l'âme, qui est un esprit que Dieu a fait à son image, sont pius pures, mais toujours infiniment disproportionnées à la nature divine. L'architecte, avons-nous dit, répand son idée et tout son art sur son ouvrage : ce qu'il a mis au dehors est en quelque façon ce qu'il avait conçu au dedans : tout cela peut s'appliquer à Dieu lorsqu'il produit le monde par son Verbe; mais il faut y apporter les distinctions nécessaires : car tout cela dans le fond n'est que similitude et métaphore même à l'égard de l'architecte mortel , qui à la rigueur garde toujours sa pensée, et ne la met pas hors de lui quand il bâtit : à pli- forte raison tout cela n'est que bégaiement et imperfection à l'égard de Dieu.
Mais la comparaison que les Pères pressent le plus est celle de notre pensée et de notre parole ; ou, commeparle la théologie, de nosdeux paroles: l'intérieure par laquelle nous nous entretenons en nousmêmes, et l'extérieure par laquelle nous nous exprimons au dehors. Tous les Pères ont entendu , après l'Écriture, que le Fils de Dieu était son Verbe , sa parole intérieure, son éternelle pensée, et sa raison subsistante, parce que verbe, parole et raison, c'est la même chose :et pour la parole extérieure, ils la trouvaient attribuée à Dieu au commencement de la Genèse; lorsqu'il dit : Que la lumière soit, et la lumière fut : qu'il se fasse uiie étendue , ou un firmament, et il se fit une étendue, ou uji firmament • ; et ainsi du reste. Il est bien clair que cette expression de la Genèse, qui fait prononcer à Dieu une parole extérieure, est une similitude qui nous représente en Dieu la plus parfaite, la plus efficace, et pour ainsi dire la plus royale, et en même temps la plus vive et la plus intellectuelle manière de faire les choses, lorsqu'il n'en coûte que de commander, et qu'à la voix du souverain, qui demeure tranquille dans son trône , tout un grand empire se remue. Ainsi Dieu commande par son Verbe; et non-seu lement toute la nature, et autant l'insensible que la raisonnable, mais encore le néant même obéit. Uiît.'
■ Gen. I, 3 et seq.
gi belle similitude méritait bien d'être continuée; mais en la continuant il fallait toujours se souvenir de son origine. On a suivi la comparaison en disant que cette parole, (>we la lumière soit, et les autres de même nature, étaient en Dieu comme en nous l'image de la pensée ; qu'en disant Que la lit' jnière soit. Dieu avait produit au dehors ce qu'il avait au dedans, son idée, son int<^lligence , son Verb? , en un mot , qui est son Fils : qu'il l'avait proféré , prononcé, manifesté au dehors, à la nriaiiière que nous l'avons vu'; qu'alors il l'avait créé, engendré, enfante en quelque façon : comme un discours que nous prononçons après l'avoir médité, est en quelque sorte la production et l'enfantement de notre esprit. On sent b=?n naturellement que tout cela est la suite d'une comparaison; mais le ministre veut tout prendre rigoureusement. En poussant la comparaison, Tertullien dit que cette prononciation extérieure où Dieu profère ce qu'il|pensait, en disant, Que la lumière soit faite, et le reste, est la parfaite nativité du Verbe» : le ministre conclut de là que le Verbe en toute rigueur est vraiment enfanté. Mais comme Tertullien attribue la perfection à cette seconde nativité, à cause qu'en un certain sens, et à notre manière d'entendre, une chose est regardée comme plus parfaite, lorsqu'elle se manifeste par son action ; le ministre s'obstine encore à dire au pied delà lettre que le Verbe change , et acquiert sa perfection par cette seconde naissance. Et parce que le même auteur ajoute après, que le Verbe par ce moyen est sorti du sein de son Père; ou pour mettre ses propres paroles 'car il ne faut point obscurcir les choses par trop de délicatesse )qu'i/w^ sorti de la matrice de son cœur^ : le ministre conclut encore, qu'avant que Dieueûtparlé, le Verbe était dansson sein, mais seulement comme conçu ; au lieu que par sa parole il a été vraiment engendré et mis au jour. Voilà dans Tertullien tout le fondement de ces enveloppements et développements tant vantés, et de cette double naissance qu'on veut prendre au pied de la lettre. Et parce que cet auteur a entassé comparaison sur comparaison, et métaphore sur métaphore pour trouver parmi les anciens des variations plus que dans les termes, il faudra leur faire tout dire à la lettre, et embrouiller toute leur théologie. IN'e voiià-t-il pas une rare imagination et une chose bien difûcile à entendre , que le dénoûment de Bullus qui rejette ces idées ?
Mais enfin je vais vous forcer à le recevoir ; car cette parfaite nativité de Tertullien n'arrive qu'à ces paroles , Que la lumière soit faite ; ce fut alors et à cette voix , que , dit Tertullien ^ le Verbe reçut son ornement et sa parfaite nativité ; ce sont les mots de cet auteur. Mais cette parole, Que la lumière soit, ne se fait entendre qu'après qu'il a été dit : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre^. Le ciel et la terre étaient donc, que le Verbe n'était pas encore ; ou en tout cas il n'avait pas son être distinct, comme vous le vouliez en 1689, ou son être développé , comme vous l'avez mieux aimé
Prax. H. 5, 6, 7. - ï Ibid. * lUd.
SUR LES LETTRES DK M. JURIKU. 481
en 1690 ? I-e Verbe était donc alors aussi informe que le monde? Mais par qui donc avaient été faits le ciel et la terre ? N'est-ce pas encore par le Verbe ? et saint Jean en a-t-il trop dit lorsqu'il a prononcé , Toutes ch oses ont été faites par lui; et pour appuyer davantage , sans lui rien n'a été fait de ce qui a été fait ' ? Mais si vous êtes forcé, par cette parole de saint Jean , à dire que dès ce premier commencement le ciel et la terre ont eu par le Verbe tout ce qu'ils avaient d'existence; le Verbe les a-t-il faits avant que d'être lui-même , ou avant que d'être parfait ou formé et développé, comme vous parlez.' Est-ce qu'il s'élevait à sa pertection, à mesure qu'il perfectionnait son ouvrage .'' Ou bien est-ce qu'il est venu à trois fois et non plus à deux : une fois dans l'éternité ; faible embryon qui avait besoin du sein de son Père, d'où par un premier effort ii cofumença à le produire lorsqu'il créa en confusion le ciel et la terre, pour l'enfanter tout à fait lorsqu'il produisit la lumière ? Quoi ! vous n'ouvrez pas encore les yeux, et vous n'apercevez pas qu'en toutes ces choses il n'y a point d'autre dénoûmentque dessignifications mystiques , c'est-à-dire , des similitudes .' en vérité vous être outré , et on ne peut plus raisonner avec vous.
Mais pourquoi , me dira-t-on, ne voulez-vous pas que Tertullien ait pu penser des extravagances? Si c'était Tertullien tout seul , quoiqu'il n'y ait aucune apparence qu'il en ait pensé de si énormes , ce ne serait pas la peine de disputer pour ce seul auteur. Mais , puisque vous ne voulez excepter de ces folles imaginations aucun auteur des trois premiers siècles , vous mettez en vérité trop d'insensés à la tête de l'Église chrétienne, et vous donnez à la religion un trop faible commencement.
Au surplus, il ne faut pas s'imaginer que le dénoûment qu'on vient de voir ne serve que pour Tertullien; au contraire, je n'ai choisi cet auteur qu'à cause que c'est lui qui , par son style ou ferme ou dur, comme on voudra l'appeler , enfonce le plus ses traits , et appuie le plus fortement sur ces deux naissances , étant même le seul qui nous a nommé cette parfaite nativité qu'on vient d'entendre : de sorte qu'on ne peut douter que le dénoûment qu'on emploie pour Tertullien , a plus forte raison ne serve aux autres , au nombre de cinq ou six qui ont eu à peu près la même pensée ; et en voici uue raison qui ne laissera aucune réplique au ministre.
Le même Tertullien , lorsque Dieu proféra ces mots, Que la lumière soit faite, dit qu'il proféra une parole sonore » , comme le traduit M. Jurieu', vox et sonus oris; aer offensus intelligibilis auditu. Le ministre croit trouver la même chose dans La<> tance, dans saint Hippoljte et dans Théophile d'Antioche, qui, selon lui, ont admis cette parole sonore, c'est-à-dire, sans difficulté, comme il eu convient, une parole externe et proférée a textérieur. Mais a-t-il pris au pied de la lettre les expressions de ces Pères? Point Hn tnnt • il n Kîûn en ,i;>^ ^..»^„ ..:»
' Ci-dessus. — ' Adv.
. ;. -^ 5 Gen. II.
BOSSIET. — TOIIE IT.
Point du tout : il a bien su dire qu'on voit bien que cela ne se doit pas prendre à la rigueur ,
' Joan. I, 3. — » Jdv. Prax. «. 7. - » Tab. vi. LtU p. 260.
comme a fait le Père Pétau ; on le voit bien par l'absurdité excessive de ce sentiment, qui ne peut jamais être tombé dans une tête sensée. Pourquoi donc n'ouvrir pas les yeux à de semblables absurdités qu'il attribue lui-même à ces Pères? Pourquoi ne pas recourir à une figure qu'il a déjà reconnue en cette même occasion dans ces auteurs ? Et pourquoi s'obstiner toujours à leur faire dire , au sens littéral , que le Verbe naisse imparfait dans le sein de Dieu ; que son Père ou n'ait pas pu ou n'ait pas voulu lui donner sa perfection d'abord ?
I.a suite même des choses excluait ce dernier sens. Les mêmes qui ont employé dans leurs interprétations cette parole résonnante, l'ont considérée comme un corps et un revêtissement que Dieu donnait à son Verbe ; de même que nos paroles sont une espèce de corps et de revêtissement que nous donnons à nos pensées. En suivant la comparaison, et pour donner plus de substance ou , si l'on veut , plus de corps à cette parole résonnante par laquelle on veut que Dieu ait créé la lumière , quelques-uns de ces auteurs lui ont attribué une subsistance durable , semblable à celle que nous donnons à nos pensées et à nos paroles , lorsque nous les mettons par écrit. Tout cela est-il vrai à la rigueur .^ Dieu at-il écrit ce qu'il disait? Mais a-t-il effectivement parlé? à qui , et en quelle langue? à la matière qui «tait muette et sourde? ou aux hommes qui n'étaient pas? ou aux anges à qui il ait donné pour cela des oreilles comme à nous ? Forcé par l'absurdité d'une telle imagination, le ministre reconnaît ici une figure dont l'esprit est en deux mots : que Dieu agit au dehors par son Verbéqui est son Fils, qu'i4agit en commandant, c'est-à-dire, avec un pouvoir absolu ; que le Verbe par qui il commande , et qui est lui-même son commandement ainsi qu'il est sa parole, est une personne", et que la même vertu par laquelle il a une fois créé le monde, subsiste éternellement pour le conserver.
Pour pousser à bout le ministre par ses propres principes, voici en 1690 comme il prouve que les anciens ont reconnu le Fils de Dieu éternel ; non plus en germe et en semence , comme il disait en 1689 , car il ne l'a plus osé dire depuis ; mais en existence et en personne : « Ce serait , dit-il » , une er- « reur folle de croire, comme ils ont cru , qu'il est « engendré de la substance du Père sans croire qu'il « soit éternel. » Il a raison; car , pour en venir à cette folie, il faudrait croire que la substance de Dieu ne serait pas éternelle, ou qu'on en pourrait séparer son éternité. Passons outre : cela est trop clair pour nous arrêter davantage. Le ministre ajoute ailleurs , en parlant des mêmes Pères ^ : « qu'il « faut croire que ceux qui errent ne sont pas fous ; « et que ce serait l'être , et se contredire d'une ma- « nière folle, que de dire absolument d'une part, « que le Fils est une même substance , et qu'il est « coéternel au Père , et dire cependant qu'il aura • commencé. » A la bonne heure : il ne veut donc pas que les anciens soient fous , ni qu'ils se contre-
' Ci-(Jessus. — ' — Ibid.— 3 Ibid.
SLKIÈME AVERTISSEMENT
disent d'une manière folle : mais si c'est une absurdité de croire qu'on soit de même substance sans être coéternel ; ou qu'on soit coéternel , et que cependant on ait commencé , ce n'en est pas une moin, dre ni moins sensible, que de croire qu'on soit de même substance , sans croire qu'on soit aussi en tout et partout de même perfection ; que de croire qu'on soit éternel , sans croire qu'on le soit aussi en tout ce qu'on est ; que de croire avec tous les Pères qu'on soit immuable , et qu'on change ccpendant ; que la substance soit indivisible, et qu'on n'en tire au pied de la lettre qu'une portion ; ou qu'on s'enveloppe et se développe l'un de l'autre, sans être des corps et sans changer; que de croire , enfin qu'on soit Dieu sans être parfait et qu'on soit parfait ou heureux lorsqu'on manque de quelque chose ; ou qu'il n'arrive point de changement dans la substance du Père, lorsqu'il survient quelque chose à son Fils qui est dans son sein; ou que le Père ne soit pas d'abord parfaitement Père , et qu'il laisse mûrir son fruit dans ses entrailles, comme une mère impuissante ; et toutes les extravagances aussi brutales qu'impies que nous avons vues.
Je maintiens que les ariens et les sociniens n'ont rien de si insensé que cette doctrine ; car on peut bien avoir cru , ou , avec les orthodoxes , que le Fils de Dieu fût né de toute éternité par une seule et même naissance , ou qu'il fût né tout à fait et tout entier dans le temps, et vraiment tiré du néant : voilà deux extrémités infiniment opposées, mais qu'on peut tenir séparément l'une et l'autre , sinon avec vérité, du moins avec des principes en quelque sorte suivis : mais qu'en supposant le Fils de Dieu éternel et de même substance que Dieu, on le supposât en même temps si imparfait qu'il ne pût venir d'abord tout entier, et qu'il lui fallût du temps pour le mettre à terme, ou que son Père le changeât lui-même volontairement dans son sein et l'avançât à sa perfection avec le temps, c'est attribuer au Père et au Fils tant d'impuissance, tant d'imperfection, et un si pitoyable changement, qu'on ne peut l'avoir pensé de cette sorte, comme le ministre le fait penser non à trois ou à quatre inconnus , mais à tous les Pères des trois premiers siècles , sans une folie consommée.
Et sans tant de raisonnement, qui obligeait à prendre toujours à la lettre Tertullien ■ , le plus figuré , pour ne pas dire le plus outré de tous les auteurs? Car peut-on expliquer seulement ^ix lignes dans les endroits dont il s'agit, sans avoir cent fois recours à la figure? Cette parole sonore que nous avons vue, n'est-ce pas une inévitable figure, de l'aveu du ministre 3 arien? Dieu s'agitait en lui-même^ comme Tertullien le répète par deux fois * , et il travaillait en pensant à faire le monde : le peut-il dire à la lettre , lui qui dit dans les mêmes lieux ^ , que rien n'est difficile à Dieu, et qu'à lui vouloir et pouvoir, c'est la même chose? jvant que Dieu eût parlé, dit encore Tertullien , il médita ce qu'il
' y^dv. Prax. n. 7. — » Cont. Hermog, », 18. Ibid. 46. — î Adv. Prax. », 10.
aUaitfaire.Ky pensait-il pas auparavant et de toute éternité» 4us'smtque Dieu voulut mettre au jour cequ'UamUdisposé, ilpro/éra son rerbe. Nepensal ^ldonc, encore un coup, à son ouvrage, que lorsqu il donna ses ordres pouf l'exécuter? Qui ne voit manifestement les mêmes façons de parler, qui font dire, que Dieu se repent ou qu'il se fâche? Mais si pour conserver dans ces expressions la majesté infinie du Père céleste, il faut nécessairement sortir du sens littéral et rigoureux, quelle peine peuton avoir à les adoucir pour l'amour du Fils de Dieu? Mais en les adoucissant, tout vous échappe : vos deux nativités s'en vont; puisque Tertullien est le seul où vous trouvez la parfaite nativité et la conception du Verbe, et qu'enfin vous n'avez point de plus ferme appui de votre cause.
Mais il objecte que Tertullien à dit des choses encore plus dures, puisqu'il va des passages ou il dit que le Père seul était étemel, et que le Fils a eu un commencement'.
Sans entrer dans la discussion de ces passages, on voit bien que le ministre les allègue a tort, puisque c'est évidemment contre lui-même-, car constamment ce qu'ils contiennent est si excessif, qu'on ne peut le soutenir au pied de la lettre, que dans le sens des ariens, qui nient l'éternité du Fils de Dieu. Il faut donc ou les abandonner à ces hérétiques, ce que le ministre ne veut pas , ou bien les tempérer par quelque figure , qui est pourtant précisément ce qu'il nous conteste.
Kt pour montrer qu'il ne veut qu'amuser le monde, il ne faut qu'entendre ce qu'il dit lui-même sur ces passages de Tertullien : « C'était, dit-il», « un esprit de feu qui ne savait garder de mesure en « rien, et qui outrait tout. En disputant avec sa « chaleur ordinaire contre Hermogène , qui fai- « sait la matière étemelle, il a poussé sans bornes « la théologie de son siècle sur la seconde génération « du Fils, pour montrer que rien n'était, à parler « proprement, éternel que le Père. Mais il ne faut n pas s'imaginer qu'il ait eu dessein de nier cette « e«stence éternelle qu'il donnait au Verbe dans le « sein et dans le cœur de Dieu. » Tout ce discours aboutit à vouloir trouver de la justesse dans les mouvements d'une imagination, qu'on suppose si échauffée. Mais après tout, pour faire sentir au ministre la bizarrerie de ses pensées, demandonslui ce qu'il prétend faire de Tertullien? Un arien, qui ne veuille pas que le Fils soit de même substance que son Père? Cet auteur a dit cent fois le contraire : et le ministre en convient. Quoi donc? un fou qui ne crût pas que l'éternité fût de la substance de Dieu , ou qui crût qu'on pût être Dieu sans être éternel? Il a dit tout le contraire dans le propre li>Te d'où est tiré le passage dont nous disputons. • Par où , dit-il ^ , connaît-on Dieu et le « met-on dans son rang que par son éternité ?» Et ailleurs : ■ La substance de la divinité c'est l'éternité.
P. 240. - ' Tab. Lelt. Ti, p. 262. — » Cont. Hem
SUR LES LETTRES DE M. JURIEC
. qui est sans commencement et sans fin '. » Donc le Fils de Dieu étant Dieu, de raêmesubstance que Dieu, il faut qu'il soit éternel. Enfin, que voulez-vous donc que Tertullien ait pense, lorsqu'il a dit que le Fils de Dieu n'était pas sans commencement? C'est, dites-vous, qu'il n'était pas sans commencement selon une manière d'être et en qualité de Verbe, quoiqu'il fût sans commencement dans le fond de sa personne et en qualité de Sagesse. D'abord cela est absurde, et, à le prendre au pied de la lettre, contre toutes les idées des chrétiens. Mais passons tout au ministre. Supposé que Tertullien , contre ses propres principes, et contre tout ce qu'il a dit dans les endroits qu'on a \'us,ait voulu faire le Fils de Dieu muable et né deux fois à la rigueur, aura-t-il du moins raisonné juste? Point du tout , dit M. Jurieu» -, il aura toujours poussé sans bornes la théologie de son siècle; et il deni>«irera pour certain qu'il n'a pas dû dire que le Fils de Dieu eût comnaencé d'être : puisqu'il a , selon lui-même, une subsistance éternelle. Mais poussons encore plus avant. Cet auteur n'a-t-il pas dit clairement en plusieurs endroits, et même contre Hermogène, qui est le livre dont il s'agit, que ce qui est éternel ne change en rien, ni en substance, ni en qualité, ni en accident, ni enfin en quoi que ce soit? >'ous en avons vu les passages qui ne souffrent point de réplique 3. Mettez qu'avec ces principes un homme entreprenne de dire, que celui qui est éternel naisse deux fois au pied de la lettre , et qu'une seconde naissance lui ôte ce qu'il avait, ou lui ajoute ce qu'il n'avait pas; cela ne se peut, et l'humanité y résiste. On ne peut pas si ouvertement se contredire soi-même, ni oubliera l'instant ce qu'on vient d'écrire. En tous cas Tertullien se sera donc contredit , il se sera donc oublié : il faudrait donc pour cette fois laisser là ce dur Africain, sans faire un crime à toute l'Église des obscurités de son style et des irrégularités de ses pensées.
Je ne parle pas en cette sorte de Tertullien dans l'opinion de ceux qui s'imaginent avoir droit de le mépriser, à cause que son style est forcé, et qu'il s'abandonne souvent à sa vive et trop ardente imagination : car il faut avoir perdu tout le goût de la vérité, pour ne pas sentir dans la plus grande partie de ses ouvrages, au milieu de tous ses défauts, une force de raisonnement qui nous enlève : et sans sa triste sévérité, qui à la fin lui fit préférer les rêveries du faux prophète Montan à l'Église catholique, le christianisme n'aurait guère eu de lumière plus éclatante. Je ne l'abandonne donc pas en cet endroit; et je croirais au contraire pouvoir faire voir, s'il en était question , que tout ce qu'il a de dur dans son livre contre Hermogène, il ne le dit pas selon sa croyance , mais en poussant son adversaire selon ses propres principes. Maintenant il me suffit de démontrer l'injustice de notre ministre, qui ne cite de bonne foi aucun des Pères qu'il produit , et qui renverse lui-même le témoi-
• Ad NaL lib u, e. 3. > Tab. Lett.yi,p. 3<3. - » Sopn.
SIXIÈME AVERTISSEMENT
gnage qu'il tire de Tertullien, en voulant le prendre à la lettre, dans un endroit où il avoue qu'il est outré au delà de toute mesure.
On a honte des pitoyables raisons qu'il oppose à BuUus , qui lui montrait le grand chemin : les voici. La première , on ne prouve jxis les métaphores, comme les anciens ont prouvé cette seconde naissance et ce développement du Verbe ; car tes métaphores sont, des faussetés, prises et prouvées dans le sens littéral'. Voilà de ces faux principes qu'on jette en l'air, quand on ne sait cequ'ondit, et qu'onne veut qu'étourdir un lecteur; carie contraire de ce qu'il avance est incontestable. On prouve les similitudes et les comparaisons , soit qu'elles saient étendues, soit qu'elles soient abré- 4^ées et réduites en métaphores, quand on les explique et qu'on en montre les convenances. On prouve tous les jours aux Juifs que Jésus-Christ est cette étoile de Jacob que vit Balaam* , cette fleur de la tige de Jessé que vit Isaïe^ cette pierre rejetée d'abord , et puis mise à l'angle, que chanta David 4. Nous prouvons très-bien aux protestants que l'Église est la maison bâtie sur la pierre *, c'est-à-dire, qu'elle est inébranlable, et la cité élevée sur une viontagne^, c'est-à-dire, qu'elle est toujours visible. Les protestants eux-mêmes prouvent tous les jours que les sacrements sont des sceaux de la grâce et tie l'alliance, contre ceux qui n'y reconnaissent que de simples signes de confédération entre les fidèles. On prouve donc une métaphore et une figure, lorsqu'on prouve qu'une figure explique parfaitement bien une vérité, et qu'elle épuise tout le sens d'un discours. Ainsi les Pères ont très-bien prouvé, non pas que le Verbe, qui est né de toute éternité, naisse de nouveau au commencement des temps, car cela porte son absurdité dans ses propres termes ; mais que le Verbe qui était caché dans le sein de son Père a opéré au dehors, et qu'il a été manifesté, lorsque Dieu a commandé à l'univers de paraître; ce qui était en un certain sens produire son Verbe et mettre au jour se pensée, comme il a été expliqué souvent.
La seconde raison n'est pas meilleure : « En «disputant contre les hérétiques, ou contre les «païens ennemis du mystère de la Trinité, parler « métaphoriquement ce serait la dernière impru- « dence , et une inexactitude qui ne pourrait se sup- « porter 7. Au contraire, c'est précisément les esprits grossiers des païens qu'il fallait tâcher d'élever aux vérités intellectuelles par des expressions tirées des sens. Aussi tout est-il rempli de ces expressions dans les livres qu'on a faits pour les instruire ; et il faut n'avoir rien lu , ou n'avoir rien digéré , pour le nier. J'en dis autant des hérétiques. On a si peu évité les similitudes, ou, si l'on veut, les métaphores , dans les écrits qu'on a faits pour les confondre , qu'on en a même inséré dans les symboles
Tab. Lett. VI, p. 248. — > Num. xxiv, 17. — ' /s. xi, I. — * Ps. cxvii, 22. - » Matth. VII, 24 25. — • Maith. V, 14. ' Jlid.
OÙ on les condamne; puisqu'on a dit dans celui de Nicée : Dieu de Dieu, lumière de lumière. Les hérétiques sont grossiers à leur manière, quoiqu'ils soient encore plus opiniâtres. Comme opiniâtres, on les abat par la parole de Dieu ; comme grossiers, on se sert de tous les moyens, par où on tâche d'élever les esprits infirmes à la sublimité des mystères. Il n'y a donc rien de plus pitoyable que de raisonner en cette sorte :« Tertullien disputait « contre Praxéas et contre des hérétiques qui « niaient la Trinité; Théophile disputait contre des « païens ' :» donc ils ne devaient point user de métaphores. Mais , au contraire , tout en est plein dans ces ouvrages ; et entre autres on y voit en termes précis celle dont nous disputons. C'est dans le livre contre Praxéas , que Tertullien attribue la seconde naissance du Fils à cette parole sonore et extérieure dont nous venons de parler. Le ministre en produit lui-même le passage, et le traduit en ces termes. « Alors, dit Tertullien », la parolereçut « sa beauté et son ornement , savoir la voix et le «son, quand Dieu dit. Que la lumière soit; et «c'est là la parfaite naissance de la parole.» Or c'est précisément de cette expression de Tertullien que le ministre a prononcé, comme on a vu, qu'il ne la faut pas entendre à la rigueur'. Il trouve la même expression dans le livre de Théophile contre les païens 4. Ainsi, dans ces deux auteurs, cette seconde naissance est visiblement exprimée par une similitude : et le ministre songe si peu à ce qu'il dit, qu'il exclut cette figure non-seulement des mêmes ouvrages , mais encore des mêmes passages où il l'admet.
La troisième et la dernière raison a déjà été touchée : c'est , dit le ministre*, que « sur une simple « métaphore, les anciens ne se seraient pas emportés • à dire des choses si dures , en disputant contre « l'éternité de la matière. » Ces anciens , qui ont dit ces duretés au sujet de l'éternité de la matière, se réduisent à Tertullien, qui semble dire que le Fils de Dieu a eu un commencement , et qu'il n'y a que le Père qui soit éternel : et le ministre prétend que pour sauver cet esprit outré , comme il l'appelle, et couvrir les absurdités vraies ou apparentes de son discours , il faut lui en faire dire de plus excessives; n'y en ayant point de pareilles à celles de ces deux naissances, ni qui soient pleines d'ignorances, de contradictions et d'erreurs plus insensées.
On voit donc qu'il n'y avait rien de plus naturel que le sentiment de Bullus, et que le ministre y était entré eu quelque façon. J'ai même remarqué qu'en attribuant à l'ancienne Église les absurdités de ces deux naissances, il n'a pu s'empêcher d'en faire paraître une secrète peine ^ : c'est pourquoi bien qu'il eût dit et redit qu'il voulait prendre à la lettre et sans figures ces portions et ces extensions de la nature divine, il a fallu y ajouter des pour ainsi dii^e, qui adoucissaient la rigueur d'un dogme af-
' Jur. 245. — ' Jdv. Prax. cap. 6 , 7. — ' f. MO. — < Ibid. — » P. 248. — « Ci-dessus.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
freux. Cette seconde naissance s'est faite par voie d'expulsion, pour ainsi dire' ; Dieu, pour ainsi dire , développant ce qui était renfermé dans ses entrailles*. Et encore qu'il se propose dans tout son ouvrage de faire voir des changements véritables , etde nouvelles manièresd'êtreréellementattribuées à Dieu par les saints Pères (autrement ses variations prétendues de l'ancienne Église s'en iraient à rien) , il a fallu dire que ces manières d'être sont en quelque sorte nouvelles^ : c'est-à-dire qu'il a senti que son lecteur serait offensé des imperfections et des nouveautés qu'il fallait attribuer à Dieu par les anciens Pères. A la bonne heure ; qu'il achève donc de se corriger , et qu'il laisse en repos les premiers siècles qui font l'honneur du christianisme. On voit bien qu'il le faudrait faire, et donner gloire à Dieu en se rétractant : mais il faudrait donc se résoudre à ne plus parler des variations de l'ancienne Église ; et ce dangereux principe de M. de Meaux , que la religion ne varie jamais , demeurerait inébranlable.
11 s'élève ici contre moi une accusation , dont voici le titre à la tête de l'article iv : Fourberies de l'évéque de Meauxi. Mais quelque rude que soit ce reproche , le ministre n'est pas encore content de lui-même; et, examinant la conduite que j'ai tenue avec lui dans mon premier Avertissement : « On a peine, dit-il *, à nommer une telle conduite; « mais il faut s'y résoudre : on ne saurait donc « l'appeler autrement qu'une friponnerie insigne. » Vous le voyez; il a peine à lâcher ce mot, tant les injures lui coûtent à prononcer : mais , après qu'il a surmonté cette répugnance, il répète plus aisément la seconde fois, la friponnerie de l'évêque de Meaux; et on voit qu'il a de la complaisance pour cette noble expression. Le fondement de son discours est d'abord que je le renvoie aupèrePétau età Bullustout ensemble, pour apprendre les vrais sentiments des Pères des trois premiers siècles : « Pour achever son portrait , dit-il s , M. de ÎNIeaux ■ ne pouvait mieux faire que de joindre , comme il « a fait , Bullus à Pétau , comme travaillant à la • même chose; puisque Bullus s'est occupé pres- « que uniquement à réfuterPétaupiedàpied. Ceux « qui ont lu ces deux auteurs sont épouvantés d'une « telle hardiesse? , » de faire aller ensemble deux auteurs si directement opposés.
Il dissimule que ce que jallègue du père Pétau n'est pas son second tome, que Bullus réfute, mais une préface postérieure dont Bullus ne parle qu'une seule fois et en passant : et si j'avais à me plaindre de la candeur de Bullus, ce serait pour avoir poussé le père Pétau sans presque faire mention de cette préface 011 il s'explique, où il s'adoucit, où il se rétracte , si l'on veut ; en un mot , où il enseigne la vérité à pleine bouche.
Quelle réplique à un fait si important? C'est une friponnerie , et, dit M. Jurieu*, on ne peut rien imaginer de plus infâme que d'épargner le père
' P. 257."— » P. 258. — s p. 266. -« Tab. LeU- VI. - ^ Ibid. p. 292. — 6 p. 293. — '' f . 290. — • P. 292.
Pétau , et d'accuser ce ministre qui dit beaucoup moins. Mais pourquoi alléguer toujours le père Pétau , qui a dit la vérité tout entière dans un écrit postérieur ? Que M. Jurieu l'imite ; qu'il s'explique d'une manière dont la foi de la Trinité ne soit point blessée , nous oublierons ses erreurs : mais puisqu'au lieude se corriger, plus il s'excuse , plus il s'embarrasse, et qu'il s'obstine à soutenir dans la Trinité de la mutabilité , de la corporalité et de l'imperfection , et , ce qui est en cette matière le plus manifeste de tous les blasphèmes, une réelle et véritable inégalité; ou qu'il craigne la main de Dieu avec ses faux dogmes , ou qu'il cesse de les soutenir, et de favoriser les impies.
Le ministre répond ici : « Que nous importe , « après tout , ce qu'a dit le père Pétau dans sa «préface'.'» Mais c'est le comble de l'injustice ;car c'est de même que s'il disait : Que nous importe, quand il s'agit de condamner un auteur, delire ses derniers écrits, et de voir à quoi à la fin il s'en est tenu? Mais enfin , pour en venir à cette préface, « le père Pétau , dit le ministre » ,y prouve « la tradition constante de la foi de la Trinité dans « les trois premiers siècles, comme un socinien ou « du moins un arien la pourrait prouver. » Il faut avoir oublié jusqu'au nom de la bonne foi et de la pudeur pour écrire ces paroles. Bullus , le grand ennemi du père Pétau, lui fait voir dans le seul endroit qu'il cite de cette préface ^ , que le père Pétauy a reconnu dans saint Justin « une profession de «la foi de la Trinité, à laquelle il ne se peut rien « ajouter , aussi pleine, aussi entière , aussi efficace « qu'on l'aurait pu faire dans le concile de Nicée : « d'où s'ensuit dans le Fils de Dieu la communion et- « l'identité de substance avec son Père , sans au- « cun partage, et , en un mot, la consubstantia- « litédu Père et du Fils. « Le ministre ne rougit-il pas après cela d'avoir osé dire que le père Pétau défend le mystère de la Trinité , comme aurait pu faire un arien et un socinien? Mais sans nous arrêter à ce passage , il ne faut qu'ouvrir la préfacedu père Pétau , pour voir qu'il entreprend d'y prouver que les anciens « conviennent avec nous dans le « fond dans la substance, dans la chose même du mys- « tère de la Trinité, quoique non toujours dans la « manière de parier ; » qu'ils sont, sur ce sujet, sans aucune tache 4 : qu'ils ont enseigné de Jésus^ Christ, « qu'il était tout ensemble un Dieu infini , « et un Iwmme qui a ses bornes ; et que sa divinité « demeurait toujours ce qu'elle était avant tous. « les siècles, infinie, incompréhensible, impassible, « inaltérable, immuable, puissante par elle-même, « subsistante , substantielle , et un bien d'une vertu- « infinie^ : ce qui était, ajoute le père Pétau , une « SI pleine confession de fo^ de la Trinité, qu'au- « jourd'hui même , et après le concile de Nicée , on « ne pouvait la faire plus claire s. » Voilà , selon M. Jurieu, établir la foi delà Tnmié comme pou-
' P. 293. - ' Ibid. - » Def.fid- ^ic. sect. 2 , e. 4, b.1, p» 109. Prœf. in t. ii Theol. Dogtn. c. 3, n. l. — * Pra-f. c.u *. ». 10, 12; c. 2, c. 3, eic. - » lbi<L c. 4, n, 2. — • lbi<L
SIXIÈME AVERTISSEMENT
vaU faire un arien. Enfin le père Pétau remarque même dans Origène, la divinitéde la Trinité adorable^ ; dans saint Denis d'Alexandrie, la coéternité et ta consubstantialité du Fils ; dans saint Grégoire Thaumaturge , un Père parfait d'un Fils parfait, un Saint-Esprit parfait image d'un Fils parfait; pour conclusion , la parfaite Trinité ; eX , en un mot , dans ces auteurs la droite et pure confession de la Trinité * : en sorte que lorsqu'ils semblent s'éloigner de nous, c'est, selon ce Père ^, ou bien avant la dispute , comme disait saint Jérôme < , pioins de précaution dans leurs discours, le substantieldelafoi demeurant le même jusquedans Tertul~ lien, dans Novatien , dans Ârrwbe, dans Lactance même et dans le auteurs les plus durs^ ; ou , en tout cas, des ménagen^ents, des condescendances, et, comme parlent les Grecs, des économies qui empêchaient de découvrir toujours aux païens , encore trop infirmes, Fintime et le secret du mystère avec /qt dern,ièr-e précision et subtilité ^. Par conséquent W est constant, selon le père Pétau, que toutes les différences entre les anciens et nous dépendent du style et ûià la ii>éthode , jamais de la substance de la foi,
Voilà d'abord une réponse qui ferme la bouche : mais d'ailleurs, quand ce savant jésuite ne se serait pas expliqué luirméme d'une manière aussi pure et aussi orthodoxe qu'on vient de l'entendre, à Dieu ne plaise qu'il soit rien sorti de sa bouche qui approche des égarements de M. Jurieu. Ce ministre croit me mettre aux mains avec les savants auteurs de ma communion, en proposant à chaque page le grand savoir du père Pétau et de M. Huet 7 , et me reprochant enmêmetemps « que sij'avais traversé comme « eux le pays de l'antiquité , je n'aurais pas fait des « avances si téméraires; mais qu'aussi je ne savais « rien d'original dans l'histoire de l'Église , et que « ni je n'avais vu par moi-même les variations des « anciens, ni bien examiné les modernes qui ont « traité de cette matière. » C'est ainsi qu'il m'oppose ces deux savants hommes. Mais quelle preuve nous donne-t-il de leur grand savoir dans les ouvrages des Pères? J'en rougis pour lui : c'est qu'ils les ont faits ce qu'ils ne sont pas , de son aveu propre; c'està-dire le père Pétau formellement arien , et M. ffuet guère moins *. C'est ainsi qu'il met le savoir de ces deux fameux auteurs , en ce qu'ils ont imputé aux Pères des erreurs dont lui-même il les excuse. Pour moi, je ne veux disputer du savoir ni avec les vivants ni avec les morts ; mais aussi c'est trop se moquer de ne les faire savants , que par les fautes dont on les accuse, et de ne prouver leurs voyages dans ces vastes pays de l'antiquité, que parce qu'ils s'y sont souvent déroutés. Je lui ai montré le contraire du père Pétau par sa savante préface. Pour ce qui regarde M. Huet , avec lequel il veut me commettre , il se trompe : je l'ai vu dès sa première jeunesse
» Jbid. n. 3 — ' Ibid. n. 4,5. — ' Ihid. c. 3. «. 6. — < Hier. Apol. I , nunc Apol. ll ad Rvjin. tom. iv, part. II , col. 409 0t seq. — » Pr^. c. 5, n. 1 , 3 , 4. — « Ibid. c. 3, n. 3. /. Avertp. 191 — ' P. 278. — ' Tab. Lett. vi,p. 291.
prendre rang parmi les savants honMnes de son tiè* de ; et depuis j'ai eu les moyens de me confirmer dans l'opinion que j'avais de son savoir, durant douze ans que nous avons vécu ensemble. Je suis instruit de ses sentiments; et je sais qu'il ne prétend pas avoir fait arianiser ces saints docteurs , comme le ministre l'en accuse. A peine a-t-il prot noncéquelque censure, qu'il l'adoucit un peu après. Il entreprend de faire voir dans les locutions les plus dures de son Origène même • , comme sont celles de créature , et dans les autres , « qu'on le peut « aisément justifier ; que la dispute est plus dans les « mots que dans les choses : que si on les condamne « en expliquant ses paroles précisément et à la ri- « gueur , on prendra des sentiments plus équitables « en pénétrant sa pensée. » Il est même très-assuré qu'il ne traitait pas exprès cette question ; et qu'il n'a parlé des autres Pères que par rapport à Origène , ou pour l'éclaircir ou pour l'excuser. Enfin il est si peu clair que ce prélat fasse Origène ennemi de la consubstantialité du Fils de Dieu, que, pour justifier ce Père sur cette matière , le protestant anglais qui nous a donné son Traité de l'Oraison , nous renvoie également à M. Huet et à Bullus'. Je n'en dirai pas davan< tage : un si savant homme n'a pas besoin d'une main étrangère pour le défendre ; et si quelque jour il lui prend envie de réfuter les louanges que le ministre jj lui donne , il lui fera bien sentir que ce n'est pas à fli lui qu'il faut s'attaquer. Mais , après tout , quand il serait véritable que le père Pétau autrefois, et M, Huet aujourd'hui , auraient aussi maltraité les anciens que le prétend M. Jurieu , leur ont-ils fait dire , comme lui , que la nature divine est changeante , divisible et corporelle ? Ont-ils dit que la perfection de l'Être divin , sa spiritualité et son immutabilité n'étaient pas connues alors ? que Vopinion constante et régnante était opposée à la foi de la Providence? et les autres impiétés par où le ministre fait voir , qu'on ôtait à Dieu dans les premiers siècles , non-seulement ses personnes , n^ais , ce qui est pis , son essence propre, et les attributs les plus essentiels à la nature divine , que les païens même connaissaient? Quand donc le ministre assure que j'épargne les savants de mon parti, et que je le poursuis en toute rigueur, lui qui en a dit infiniment moins 5; il jette en l'air ses paroles sans en connaître la force ; puisqu'il n'y a rien eu jusqu'ici qui ait égalé ses égarements sur ce sujet. Il se vante « d'avoir dit en pro- « près termes dans ses Lettres de 1689 , que les an- « ciens faisaient la Trinité éternelle , tant à l'égard « de la substance que des Personnes 4. » Mais il y a dit précisément le contraire ; puisqu'il y a dit , comme on a vu* , que le Fils de Dieu n'était dans le sein j du Père que « comme un germe , et une semence qui « s'était changée en personne un peu devant la créa- « tion. » Lorsqu'il blâme le père Pétau d'avoir dit que « le Fils de Dieu n'était pas une personne dis-
» Origen. c. 2. 7. 2, n. 10", 17, 24 , 28. — » Quod Origems de Filii ô|i.oyffîtp recte sensit, consulatur CL Huetius in Origen. et Bullus noster. Nota ad p. 58 lat. interpret — ' /un Lelt. VI, p. 291. — < P. 2W. — * Ci-dessus.
SUR LES LETTRES T)E M. JURIEU
• tincte du Père dès l'éternité • , » il le blâme de sa propre erreur ; et lui-même l'assurait ainsi il n'y a pas encore deux ans, comme on a vu». Si le père Pétau est blâmable, selon lui, d'avoir fait arianiser quelques Pères, nonnulli, ou de les avoir tous comptés , très-peu exceptés , entre ces préfendus ariens^ ; que dirat-on du ministre , qui , méprisant tout tempérament et tout correctif, ose dire à pleine bouche : et moi, je n'en excepte aucun? Il n'en excepte ni n'en exempte aucun d'avoir dit que le Fils de Dieu, comme Verbe, avait deux nativités actuelles et véritables, l'une imparfaite dans l'éternité , et l'autre parfaite dans le temps * ; ainsi qu'il avait acquis dans le temps un être développé et parfait , et que de Sagesse de Dieu il était devenu son Verbe * ; qu'il était donc imparfait aussi bien que le Saint-Esprit , de toute éternité ; et que sur ce fondement les anciens non-seulement avaient dit, mais avaient dû dire^ qu'il y avait entre les Personnes divines une véritable et réelle inégalité; en sorte que l'une fût inférieure à l'autre , non-seulement à raison de son origine , mais encore à raison de sa perfection. Où était donc la vérité de la foi , quand tous les Pères enseignaient unanimement cette doctrine , sans en excepter un seul? Ceux qui en ont dit , à ce qu'il prétend infiniment moins que lui , se sont-ils emportés à cet excès ?
Mais voici enfin le comble de l'aveuglement et l'endroit fatal au ministre. Ceux qui ont fait selon lui arianiser les Pères , en ont-ils conclu comme lui , que la doctrine arienne fût tolérable, ou qu'elle n'eût jamais été condamnée dans Jes conciles ; ou enfin qu'elle ne pût être réfutée par l'Écriture? tout au contraire , ils ont regardé ces sentiments comme condamnables et condamnés effectivemenfdans le concile de Nicée. M, Jurieu est l'unique et l'incomparable, qui, non content de faire enseigner en termes formels à tous les Pères des trois premiers siècles , sans en excepter aucun , la divisibilité et la mutabilité de la nature divine avec l'imperfection et l'inégalité de Personnes , ose dire encore dans la sixième lettre de 1689, que ce n'est pas là une variation essentielle : et en 1690 , « que l'erreur des « anciens est une méchante philosophie, qni ne « ruine pas les fondements 7 ; que cette théologie , « pour être un peu trop platonicienne , ne passera « jamais pour être hérétique , ni même pour dan- « gereuse dans un esprit sage* ; » qu'elle n'a jamais ^é condamnée dans aucun concile ; que le concile de Nicée avait expressément marqué dans son symbole, qu'i/ ne voulait pas condamner l'inégalité que les anciens docteurs avaient mise entre le Père et le Fils 9, et que, loin de condamnerla seconde nativité qu'ils attribuaient au Verbe , ils la confirment par leur anathème »° : enfin non-seulement que cette doctrine n'avait point été condamnée , mais encore qu'elle n'était pas condamnable , puisqu'elle ne pouvait même être réfutée par les Écritures. Voilà ce qu'a dit celui qui prétend en avoir dit infiniment
« P. 249. — * Ci-dessus. — ' P. 261. — ♦ P. 255, 257, aSI , 262. — * i». 283. — • P. 264, 284. — ' Tah. Lett. TI, art. 4, p. 270. — » p. 297. - » P. 371. — " P. 273.
moins que les autres, pendant qu'il s'élève au-dessus d'eux tous par des singularités qui lui sont si propres , qu'on n'en a jamais approché parmi ceux qui font profession de la foi de la Trinité. Je ne lui fais donc point d'injustice de le distinguer , je ne dirai pas du père Pétau, qui s'est réduit en termes formels à des sentiments si orthodoxes , mais encore de son Scultet et des autres protestants qui ont le plus maltraité ces Pères; puisqu'aucun d'eux n'a jamais pensé à exempter de la censure des conciles , et de toute condamnation , la doctrine qu'ils leur attribuent. On voit maintenant ce que c'est que ces insignes Jriponneries que le ministre ne rougit pas de m'imputer; et on voit sur qui je pourrais faire retomber ce reproche , si je n'avais honte de répéter des expressions si brutales , qu'au défaut de l'équité et de la raison une bonne éducation aurait supprimées.