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SIXIÈME AVERTISSEMENT

Je ne m'étonne pas non plus qu'on laisse avancer à M. Jurieu tant d'étranges propositions sur le mariage : c'est qu'en effet la réforme les soutient. Ce n'a pas été assez aux prétendus réformateurs d'abandonner la sainte doctrine de toute l'Église d'Occident sur l'entière indissolubilité du mariage, même dans le cas d'adultère. Pour adoucir les difficultés du mariage, si grandes qu'elles faisaient dire aux apôtres : Maître , s'il est ainsi, il vaut mieux ne point se marier ' ; on y permet tous les jours , pour beaucoup d'autres sujets, « de rompre des « mariages faits et consommés dans toutes les for- « mes . et de permettre à un mari et à une femme o de prendre un autre époux et une autre épouse « l'autre étant vivante*, » et très-constamment vivante. Le ministre rapporte un fameux arrêt de la cour de Hollande, en 1630^, où, du consentement des parties présentes, on résolut un mariage contracté dans toutes les formes : un mari eut la liberté d'épouser une autre femme que la sienne, et sa femme de demeurer avec celui qu'elle avait épousé, sur la fausse présomption de la mort de son véritable mari. La désertion est une autre cause de rompre le mariage. C'est la « pratique constante de « l'Église de Genève, qui, dit-il 4, est la source de « notre droit canon. On en a, poursuit-il, un exem- « pie tout récent dont je crois que tout le monde a « ouï parler : on ne nommera pas les personnes , à « cause du scandale; » mais cependant, quelque grand qu'il soit , on passe par- dessus dans les jugements. « On nommera, continue-t-il*, la demoi- « selle Sève, qui , en 1677 , épousa un nommé M. « IMisson, fils d'un ministre de Normandie, lequel, « après avoir demeuré quelque temps avec elle, l'a- « bandonna. Elle a obtenu permission de se rema- « rier ; ce qu'elle fit. » Je ne vois pas après cela qu'on puisse s'empêcher de rompre les mariages pour des maladies incurables ou des incompatibilités aussi sans remèdes. Pour justifier ce libertinage, il suffit à M. Jurieu de dire que les maximes contraires « sont « prises de la théologie romaine, selon laquelle le « mariage est un sacrement*'. » On voit donc bien la raison qui a inspiré à la réforme de crier avec tant de force contre le sacrement de mariage : elle voulait anéantir cette salutaire contrainte que Jésus-Christ avait établie dans les mariages chrétiens, et s'ouvrir une large porte à les casser. C'est donc inutilement que Jésus-Christ a prononcé, que Vhomme ne sépare pas ce que Dieu a unii. On prétend, à la vérité, qu'il y a lui-même apporté une seule exception ; et c'est celle du cas d'adultère : mais la réforme licencieuse ne s'en est pas contentée, et n'a pas craint d'ajouter à cette unique exception , qui peut avoir quelque couleur dans l'Évangile, une si grande multitude d'autres exceptions dont on n'y en trouve pas le moindre vestige; c'est-à-dire qu'on a excepté non-seulement, à ce qu'on prétend, selon l'Évangile, mais encore très-expressément contre l'Évangile : et M. Jurieu

« Malh. XIX , le. — ' Tah. LpU. vi , p. 303. — ^ Ihid. 305.

♦ Ibid. — ^ Ihtd. 3<t;5, 30|. — « Pag. 304. — '' Matlh. xix, 6. ' Lond. Icio. — ' Jur. .-/vis coût. M. de Beuuv

ne cramt point de dire ', « que la bonne foi et les « lois du prince sont les interprètes des Excep- « TiONS qu'on peut apporter b. la loi évangélique « qui défend le divorce , et qu'elles suffisent pour « mettre la conscience en repos. » Les consciences sont si endormies et les cœurs si appesantis dans la réforme, qu'on y demeure en repos, malgré les décisions de l'Évangile sur les exceptions qu'y apportent des lois et une autorité humaine. Ce n'est pas ici le sentiment d'un ministre particulier ; c'est celui de Genève , d'où est né le droit canon de la réforme; c'est celui de l'Église anglicane, qui en est la principale partie, comme l'appelle notre ministre : et M. Le Grand vient de faire voir à M. Burnet, que, selon les lois de cette Église, « on fait « divorce pour avoir abandonné le mariage, pour « une trop longue absence, pour des inimitiés capi- « taies, pour les mauvais traitements ; et qu'on peut « se remarier dans tous ces cas ^ » Voilà quatre exceptions à l'Évangile , tirées du code des lois ecclésiastiques d'i^ngleterre 3 , résolues et passées en loi dans une assemblée où prêchait Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbêrij, le grand réformateur de ce royaume. Quel mariage demeure en sdreté contre ces exceptions, puisqu'on reçoit jusqu'à celle qui se tire des aversions invincibles; ce qui enferme manifestement l'incompatibilité des humeurs.? Je ne m'étonne donc plus si ce grand réformateur a rompu tant de mariages, et je m'étonne seulement qu'il ne l'a pas fait avec encore moins de façon. Sans recourir au Lévitique , qui , de l'aveu des plus grands auteurs de la réforme, ne faisait loi que pour les Juifs ; et sans acheter à prix d'argent tant de consultations contre le mariage de Henri et de Catherine, il n'y avait qu'à alléguer l'aversion implacable de ce roi. Mais peut-être qu'on n'osait encore, et que la réforme n'avait pas acquis toute la force dont elle avait besoin contre l'Évangile. On trouverait néanmoins si l'on voulait ces exceptions dans les autres réformateurs , dans un Luther, dans un Calvin, dans un Bucer, dans un Bèze, Voilà à quoi aboutit cette prétendue délicatesse de la réforme. Elle se vante d'une observation étroite de l'Évangile ; elle s'élève avec fureur contre les papes, sous prétexte qu'ils ont dispensé de la loi de Dieu, à quoi néanmoins il est certain qu'ils n'ont seulement jamais songé: et cette fausse régularité se termine enfin à trouver eux-mêmes des exceptions de la loi évangélique. Un ministre le dit hautement*; et aucun synode, aucun consistoire, aucun ministre ne l'en reprend. Il ne se trouve à relever cette erreur qu'un jeune avocat, qu'il traite impunément avec le dernier mépris : pourquoi? parce que les ministres, et les synodes, et les consistoires savent bien que ce ministre ne fait qu'établir la théologie commune de toutes les Églises protestantes, et , en particulier, de celle de Genève, qui est la source du droit canon, c'està-dire , de la licence effrénée du calvinisme.

' Tah. Lett. ti, p. 308. — ^ Lett. de M. Le Grand à M. Burnet, p 37.-3 £,.ff /;>c. Ang.c. 8, 9, lu, II, p. 50, edit

SUR LES LETTRES DE M. JURIEII

C'est donc en vain qu'on s'élève contre lui dans le parti, et qu'on le dffère aux synodes. Après tout , il ne soutient rien qui ne soit , ou de l'esprit de la réforme, ou nécessaire à sa défense. Mais, quoi! ces dogmes affreux contre l'immutabilité de Dieu et l'égalité des Personnes divines ne répugnent-ils pas clairement aux Confessions de foi des protestants? Ils y répugnent, je l'avoue , et j'en ai moi-même rapporté les témoignages; mais après tout , s'il eilt supprimé ces endroits de sa doctrine , où voulicz-vous qu'il trouvât des variations? Et pour en montrer dans l'ancienne Église , ne fallait-il pas tout ensemble en accuser et en excuser les docteurs ? Les accuser, pour montrer qu'on variait; et à la fois les excuser, pour n'étendre pas l'intolérance jusqu'à eux. Soutenir une telle cause sans se contredire soi-même , est-ce une chose possible? Mais les synodes auront encore de bien plus fortes raisons pour épargner M. Jurieu, le seul défenseur de la religion protestante. Pouvait-on se passer de lui dans un parti où l'on voulait soulever les peuples contre leur roi, et les enfants, si l'on eût pu, contre les pères? Il fallait bien assurer que Dieu s'en mêlait : qui était plus affirmatif que notre ministre? « C'est être pélagien , dit-il ' , de ne pas vouloir « apercevoir des miracles de la Providence dans les « révolutions d'Angleterre, dans celle de Savoie et a dans les délivrances de nos frères des Vallées. « Dieu se déclarait visiblement pour la réforme ; la France allait succomber sous ces coups du ciel ; et le nier, c'était alors une hérésie. Mais maintenant que sera-ce donc , et faudra-t-il croire encore tous ees miracles après ce que nous voyons? Il fallait un Jurieupourpousserl'assurance jusque-là. Mais quel autre était plus capable d'émouvoir les peuples, que «elui qui leur faisait voir jusque dans leur rage le soutien de leur foi»? Était-il aisé de trouver un homme qui attaquât aussi hardiment et avec moins de mesure la majesté des souverains? qui sût mieux allumerle feu d'une guerre civile ?qui sût, pour tromper les peuples , si bien soutenir de faux miracles , ou débiter avec un plus grand air de confiance des prophéties qu'il avait prises dans son cœur ? Pour cela , ne fallait-il pas avoir le courage de hasarder des prédictions , et de s'immoler pour le parti à la risée inévitable de tout l'univers ? Mais quel autre l'eût voulu faire ? quel autre eût voulu donner à ses prédictions cet air mystérieux dont notre prophète a paré les siennes , en feignant que par ses désirs, par l'ardeur et la persévérance de ses vœux , il s'était enfin ouvert l'entrée dans le secret des prophéties ; et que s'il ne disait pas tout, c'est qu'il ne voulait pas tout dire? Il s'est vanté d'avoir prédit à un prince qu'avant que l'année fût révolue il se verrait la couronne sur la tête. Sans doute il avait trouvé l'Angleterre bien désignée dans l' A pocalypse, et l'a'mée 1689 y était clairement marquée, ^'a-tii pas été un grand prophète , d'avoir promis un heureux succès à un prince qui remuait de si grands ressorts ? Car, après tout, qu'avait-il à craindre en

• h-ti. ui, p. 12a. — ' Accomp. des Proph. A vu à tout

Us CkrelicHs.

hasardant cette prédiction? OU quel mal lui arrivet-il pour avoir si mal deviné dans toutes les autres? Le prince qu'il voulait flatter avait bien parmi ses papiers de meilleures prophéties que celles d'un ministre. Mais qui ne connaît l'usage que les Iwmmes de ce caractère savent faire des prédictions; et combien cependant ils méprisent dans leur cœur, et les dupes qui les croient, et les fanatiques qui les rêvent, ou les séducteurs qui les inventent? M. Jurieu s'est rais au-dessus de tout cela ; il a sacrifié sa réputation à la politique du parti : ébloui du grand nom de prophète , qu'on lui a donné jusque dans des médailles, il ne peut encore s'en défaire; et après tant d'illusions, dont tout le monde se moque dans son parti même , il ose encore prophétiser que « les rois de France, d'Espagne , l'empereur et « tous les princes papistes doivent sans doute en- « trer quelque jour dans l'esprit où entrèrent les « rois d'Angleterre, d'Ecosse, de Suède, de Dane- « marck, dans le siècle passé'. » Il ne faut plus que vingt ou trente ans pour accomplir cette merveille, et tout s'y dispose, comme on voit. Si toutefois les succès ne répondent pas à son attente , et que les conquêtes de son héros n'avancent pas, autant qu'il pense, le règne de mille ans après lequel il soupire, il s'est préparé une réponse contre les événements qui ne voudront pas cadrer assez juste. On sera toujours reçu à dire que Dieu n'y prend pas garde de si près^ ; et lors même que tout sera manifestement contraire aux prédictions, M. Jurieu en tout cas sera toujours aussi grand prophète qu'un Cotterus et tant d'autres semblables trompeurs convaincus de faux , selon lui-même, dont néanmoins il ne laisse pas d'égaler les visions à celles d'Ezéchiel et d'Isaïe. Que diront donc les synodes à un homme dont la réforme a tant de besoin? Luther n'y fut jamais plus nécessaire. Elle commençait à languir; et la grâce de la nouveauté lui étant ôtée, il ne faut pas s'étonner si, loin de faire de nouveaux progrès, elle reculait en arrière : le fait du moins est constant par M. Jurieu, qui vient de faire publiquement ce triste aveu : « La réformation dans ce siècle n'est « point avancée, elle était plutôt diminuée qu'aug- « mentée ^ : « de peur qu'elle ne tombât tout à fait, il en fallait revenir aux impétuosités, aux emportements, aux inspirations, aux prophéties de Luther. La complexion d'un Calvin pouvait bien, avec son aigreur, avec son chagrin amer et dédaigneux, produire des emportements, des déchaînements, d'autres excès de cette nature : mais elle ne pouvait fournir ces ardeurs d'imagination qui font les prv> phètes des fausses religions. Il fallait quelqu'un qî»sût émouvoir l'esprit des peuples, tromper leur cre dulité, les pousserjusqu'au transport et à la fureur. Si le succès n'a pas répondu à la volonté ; si par la puissante protection de Dieu il s'est trouvé dans le monde une main plus forte que toutes celles qu'on a tâché vainement d'armer contre elle, ce n'est pas la faute de M. Jurieu; et les synodes, qui n'ont

' Tah. Lett. Viii, p. 505, 506.— ' Accomp. des Proph, JxUà tout Us ChréL — ^ Tab. Lett. vm» p. 50C

SIXIÈME AVERTISSEMENT

rioo à lui imputer, ne peuvent aussi rien faire de moins que de se taire comme ils font en sa faveur.

Si cependant on méprise ces faibles synodes , et qu'une si timide politique achève de leur faire perdre le peu de crédit qu'ils avaient dans la réforme, ce n'est pas là aussi que M. Jurieu met sa confiance : c'est aux princes et aux magistrats qu'il a recours; et il leur rend le droit de persécuter, qu'il leur avait ravi. J'avais autrefois demandé, dans uue lettre particulière, qu'il a imprimée, quelle raison on avait d'excepter les hérétiques du nombre de ces malfaiteurs contre lesquels saint Paul a mis aux princes l'épée en main. Le ministre m'avait répondu : « Ce n'est pas à nous à vous montrer que les « hérétiques ne sont pas de ce nombre : c'est à vous , « messieurs les persécuteurs, à nous prouver qu'ils « y sont compris'; car, poursuivait-il*, les mal • sentants et les malfaiteurs ne sont pas la même « chose. » Alors donc le magistrat était sans pouvoir contre \es mal sentants, et ce n'était pas pour cela qu'il était lieutenant de Dieu. Mais maintenant cela est changé : les princes et les magistrats sont, dit-il^ , « les images et les oints de Dieu, et ses lieu- « tenants en terre. » Sans doute , ils ont ces beaux titres dans les Écritures ; et pour nous arrêter au dernier , saint Paul nous les représente comme ordoiinés de Dieu pour lui faire rendre obéissance comme ses ministres et ses lieutenants, qui ne portent pas sans cause l'épée qu'il leur a miseen main, n Mais ce sont d'étranges lieutenants de Dieu , pouret suit le ministre, s'ils ne sont obligés à aucun devoir « par rapport à Dieu en tant que magistrats : com- « ment donc peut-on s'imaginer qu'un magistrat « chrétien , qui est le lieutenant de Dieu , remplisse « tous ses devoirs en conservant pour le temporel « la société à la tête de laquelle il se trouve , et « qu'il ne soit pas obligé d'empêcher la révolte con- « tre ce Dieu dont il est le lieutenant, afin que le « peuple ne choisisse unautre Dieu, ou ne serve le « vrai Dieu autrement qu'il ne veut être servi ?» Le voilà donc redevenu lieutenant de Dieu contre ceux qui ne veulent pas le reconnaître, ou reconnaître son vrai culte , et , en un mot , contre les mal sentants aussi bien que contre les ma//ai7eMr5. Que si, par l'Épître aux Romains, il est le ministre et le lieutenant de Dieu contre les hérétiques aussi bien que contre les autres coupables , c'est donc contre eux aussi qu'il a Vépée en main; et l'évêquede Meaux n'avait pas tort lorsqu'il l'interprétait de celte sorte.

Le ministre a trouvé ici une belle, distinction : c'est que le prince a l'épée en main contre les hérétiques ; mais pour les gêner seulement , pour les ba7inir, et non pas pour leur donner la mort. INIais les tolérants lui demandent oii il a trouvé ces bornes qu'il donne à sa fantaisie au pouvoir des princes. Il n'était pas ici question de faire le doux , et de vouloir, en apparence , épargner le sang. Il ne fal lait point , disent-ils , poser des principes d'oià l'on tombe pas à pas dans les dernières rigueurs.

' Jur. Lelt. pa.if. df la l"ann. Lett p. 7, 8. 11. Ibid. - ^ Tab. Lelt. vin, p. 445, 446.

' 11* Lett. p.

Qu'ainsi ne soit , n'avez vous pas dit « quccesaver « sions, que produit la diversité des religions, pro « duisent aussi la guerre et la division, et qu'elles en « sont une semence' ? » Quand vous le nieriez, le fait est trop criant pour être révoqué en doute. Si le parti hérétique devient inquiet, mutin et séditieux ; s'il est à chargea l'État, et toujours prêt à enfanter les guerres civiles, dont il porte la semence dans son sein, le prince ne pourra-t-il jamais en venir aux derniers remèdes , et porlerort-il l'épée sans cause'? Vous vous aveuglez vous-même, si vous croyez pouvoir donner aux puissances légitimes des bornes que vous ne trouvez point dans les passages que vous produisez. Vous nous alléguez ce passage : Otez d'entre vous le méchant^. Vous vous trompez, d'adresser aux princes ce précepte de l'apôtre, qui, visiblement, ne s'entend que des censures ecclésiastiques : mais si vous voulez l'étendre aux magistrats, et que ce soit à eux à ôter le méchant , laissez donc à leur prudence les voies de l'ôter. Qui vous a donné le pouvoir de les réduire à des peines légères, à des gênes à des prisons ; peut-être au bannissemait , tout au plus ? Il faut , disent toujours les tolérants *, ou, comme nous, leur ôter tout pouvoir de contraindre les hérétiques; ou, comme les catholiqres, leur permettre d'en user selon l'exigence des cas. Car s'ils jugent par leur prudence que ce ne soit pas assez ôter le méchant que de le bannir, pour faire pulluler ailleurs ses impiétés, comme celles de IVestorius se sont répandues en Orient par son exil et celui de ses adhérents , qui êtes-vous , pour donner des bornes à leur puissance.' Et espérez-vous de réduire à des règles invariables ce qui dépend des cas et des circonstances? Aussi ne savez- vous où vous renfermer; et vous le faites clairement paraître par ces paroles ; « Dieu veut user de clémence avec les « idolâtres et les hérétiques, et qu'on épargne leur « vie autant qu'il se peut^. » C'est éluder manifestement la difficulté. Car quelqu'un a-t-il jamais dit que la clémence fût interdite aux souverains, ou qu'ils ne soient pas obligés à épargner autant qu'il se peut la vie humaine? Si la seule règle qu'on peut leur donner, selon vous , est de l'épargner autant qu'Use peut; il ne faut donc pas , comme vous faites, diminuer leur pouvoir, mais leur laisser examiner ce qu'ils peuvent faire avec raison.

Mais, direarvous, la douceur chrétienne doit prévaloir. Sansdoute, vous répliqueront les tolérants, dans tous les cas où vous-même vous ne la jugez pas préjudiciable. Mais vous permettez qu'on procède «jusqu'à la peine de mort, lorsqu'il y a des « preuves suffisantes de malignité, de mauvaise foi. « de dessein de troubler l'Église et l'État, et enfin « d'impiété et de blasphème conjoint avec audace , « impudence et mépris des lois^.» Vous ajoutez que « la plupart des hérésiarques sont impies, et ne se « révoltent contre la foi que par un motif d'am- « bition , d'orgueil , de domination : quand dans « ces dispositions ils passent jusqu'à l'outrage et

' Lettre vui, p. 519. — ' Rom. vur, 4. — ' Lettre viii, p. 4riT. — ♦ Lettre venue de Suisse. — * Lelt. vin, p. 46». -^ • i>. 422.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

«au blasplièmc, TÉgUse doit les abandonner au

• magistrat pour en user selon sa prudence. » C'est ce que dit le ministre : ceux qui abandonnent les hérésiarques à la prudence du magistrat, jusqu'aux dernières rigueurs , n'ont pas d'autres motifs que ceux-là : il ne reste qu'à tirer de là le traitement qu'on peut faire aux partisans de ces hérésiarques, et, enlin , aux imitateurs de leur séditieuse et indocile fierté. Pourquoi donc disputer plus longtemps contre un homme qui détruit lui-même ses principes? Il avoue qu'il y a des provinces des « Pays-lîas qui n'ont pas même de connivence pour « les papistes. Quand on les découvre, dit-il» , on « ne les protège pas contre la violence des peuples. » On entend bien ce langage mais vaut-il mieux abandonner à la violence ceux qu'on prétend hérétiques, et les laisser déchirer à une aveugle fureur , que de les soumettre aux jugements réguliers du magistrat ? On voit donc que ce ministre ne sait ce qu'il dit. Il n'y a qu'à l'écouter sur le sujet de Servet. Tantôt il n'approuve pas que Genève l'ait condamné au feu, à la poursuite de Calvin : il eu dédit ses docteurs ,et il décide que c'était là un reste de papisme». Mais quelquefois il revient de cette extrême mollesse : et, dit-il^, « ceux qui condamnent « si hautement le supplice de Servet ne savent pas « toutes les circonstances de son crime. » Laissons donc peser ces circonstances au magistrats. L'État estmaltre de ses peines, dit-il en un autre endroit-», et c'est aux princes à les régler selon leur prudence.

Mais tous les grands arguments de la réforme doivent toujours être tirés de l'Apocalypse. Pour bannir éternellement la peine de mort dans le cas de religion, voici comme parle le ministre^ : « N'aura- « t-on jamais honte de cette barbarie antichrétienne, « et ne reconnaitra-t-on jamais que c'est le carac- « tère de la bête de l'Apocalypse, qui s'enivre du « sangdes saints, qui dévore leur chair, qui leur fait « la guerre, qui les surmonte, et qui, à cause de « cela, est appelée bête, lion, ours, léopard .^ Car « il faut avoir renoncé à la raison, à l'humanité, et « être devenu une bête, pour en user envers les « chrétiens comme l'Église romaine en use envers « nous. » Voilà donc , en apparence, tous les chrétiens à couvert du dernier supplice. Cela irait bien pour les tolérants , si la suite de son passage et de son interprétation n'en ruinait pas le commenceloent. Car, selon lui ^ , les dix rois qui détruiront la prostituée 7 seront des rois réformés : et que feront-ils pour « réformer la religion dans leurs « États? Ils haïront la prostituée, ils la désoleront, « ils la dépouilleront, ils en mangeront les chairs, ■ et ils la consumeront par le feu. Et les oiseaux « du ciel seront appelés pour manger les chairs des « rois et les chairs des capitaines, et les chairs des « braves soldats, et celles des chevaux et des cava- « liers , et des petits et des grands, et des esclaves et

• des hommes libres ' ! » Voilà, ce me semble, assez de

'Letl.vm, p. 432, 43:}. — » I" Ann. Lett.u, p. ii. — » Leii. vin, p. 4->2. — i P. 428. — » I" Ann. Lell. i, p. 12. —

• Tat. Lett. vui, p. 6o5, 500. — ' Apoc. XVII, C. — » Ap'ic. \ XIX, 17, IS.

1 carnage, assez de sang répandu, assez de chairs dévorées, assez de feux allumés : mais, selon M. Jurieu , tout cela sera l'ouvrage des rois réformés : c'est par là que s'accomplira la réformation, jusqu'ici trop faiblement commencée; la réforme fera souffrir tous ces maux à des chrétiens, sans doute, puisque ce sera à des papistes : ce ne sera pas seulement sur des particuliers, mais sur toute l'Église romaine, qu'on exercera ces cruautés. Il ne reste plus qu'à dire qu'il n'appartient qu'aux rois de la réforme d'user de l'épée contre les sectes qu'ils croient mauvaises, et que tout leur est permis contre la prostituée. Mais s'il ne tient qu'a trouver des noms odieux pour les sociétés hérétiques et rebelles , YY.criture en fournirait d'assez forts pour animer contre elles le zèle des princes catholiques.

Au reste, afin que M. Jurieu n'aille pas ici se jeter à l'écart, et renouveler toutes les plaintes des protestants contre la France; ce n'est pas là de quoi il s'agit, mais eu général de la question de la tolérance civile, c'est-à-dire quel droit peut avoir le magistrat d'établir des peines contieles hérétiques. C'est sur cette grande question que les protestants sont partagés : et je ne craindrai point d'assurer qu'ils se poussent à bout les uns les autres. Les tolérants poussent à bout M. Jurieu, er> lui démontrant qu'il se contredit lui-même, et qu'il faut ou abandonner la doctrine de l'intolérance, ou permettre au magistrat autant les derniers supplices qu'il lui défend, que les moindres peines qu'il lui permet '. Car aussi, lui dit-on, oij a-t-il pris et où ont pris les intolérants mitigés ces bornes arbitraires qu'ils veulent donner à un pouvoir qu'ils reconnaissent établi de Dieu en termes indéfinis ? Ou il faut prendre les preuves dans toute leurforce, ou il faut les abandonner tout à fait. Vous croyez fermer la bouche à M. de Meaux, en lui disant» : » Si l'Église a droit d'implorer le bras séculier pour « la punition des hérétiques, pourquoi saint Paul « dit-il simplement : Évite [homme hérétique^ ? que « ne dit-il: Livre-le au bras séculier, afin qu'il soit « brûlé ? Saint Paul ne savait-il pas que dans peu « les princes seraient chrétiens, et qu'ils auraient « le glaive en main? n'a-t-il donc donné des précep- «' tes que pour le temps et pour l'état présent? » On vous rend vos propres paroles. Saint Paul ne savaitil pas que le magistrat allait devenir chrétien? pourquoi donc n'ajoute-t-il pas à l'obligation à'évUer l'homme hérétique celle de le gêner, de le contraindre dans l'exercice de sa religion, et cnim de le bannir s'il refuse de se taire i?II vous plaît maintenant de nous objecter les exemples des rois d'Israël qui brisaient les idoles, chassaient et punissaient le* idolâtres s. Mais ne les punissaient-ils pas jusqu'à employer contre eux le dernier supplice? Qui a borné sur cela le pouvoir des souverains? C'est, diton, qu'en ce temps-là, et sous l'ancien Testament, l'idolâtrie était la vraie félonie contre Dieu, qui était alors le vrai Roi de son peuple : et le ministre

• Comm. philos. Lett. ven. de Suisse. Jpol. des vrais Tolér.

I - » l" Jllll. /:<•«. I.—' Tit. III, 10. — » A/xtl. il.-x Tnirr. I.etf.

ven. lie Suisse. — » Tab. Lell. \m,p. 434, ij2, SO'J et suit;

répond : « Est-ce qu'aujourd'hui Dieu n'est pas le « Roi des nations chrétiennes, tout autrement qu'il « ne l'est des peuples païens et infidèles? Retourner « à l'infidélité et au paganisme ou à l'idolâtrie, « n'est-ce pas aujourd'hui félonie et rébellion contre « Dieu? » Pourquoi donc n'emploiera-t-on pas le m^'me supplice contre le même crime ? et en est-on quitte pour dire, sans preuve, comme fait M. Jurieu squ^ Dieu, maintenant, a relâché de sa sévérité et de ses droits? Où est donc écrit ce relâchement ? et en quel endroit voyons-nous que la puissance publique ait été affaiblie par l'Évangile?

Lorsqu'il s'agissait de blâmer les persécutions du papisme, le ministre nous alléguait la tolérance qu'on avait eue autrefois pour les sadducéens dans le judaïsme, et il disait que le Fils de Dieu ne s'y était jamais opposé ». Si cet argument prouve quelque chose, il prouve non-seulement qu'on doit épargner les derniers supplices, mais encore jusqu'aux moindres peines, puisqu'on n'en imposait aucune aux sadducéens. Il prouve même beaucoup davantage -, puisque , de l'aveu du ministre , on vivait avec les sadducéens dans le même temple et dans la même commimion^. Ainsi il est manifeste que cet argument prouve trop, et par conséquent ne prouve îien. Cela est certain, cela est clair; mais le ministre ne veut jamais avoir failli. Pour soutenir son argument des sadducéens, il attaque jusqu'à la maxime : Qui prouve trop ne prouve rien; c'est-àdire que vous arrêtez oîi il vous plaît la force de \os raisonnements, et que vous ne donnez à cette monnaie que le prix que vous voulez.

En passant, nous remarquerons, sur cet argument des sadducéens , cette étrange expression de notre ministre , que pour certaines raisons notre Seigneur Jésus-Christ s'est beaucoup moins déchainé contre les sadducéens que contre les pharisiens 'i . .Te vous demande si un homme sage a jamais parlé de la sorte? N'est-ce pas faire de notre Sauveur comme un lion furieux qui rompt ses liens , et se déchaîne lui-même contre ceux dont il reprend les excès? On voit donc que cet auteur emporté ne songe pas même à ce qu'il doit à Jésus-Christ, et s'abandonne à l'ardeur de son imagination. Mais revenons à la tolérance.

Les tolérants démontrent à M. Jurieu, non-seulement qu'il se contredit lui-même, mais encore qu'il contredit les principaux docteurs de la réforme, puisque M. Claude ne craint pas d'assurer que « saint Augustin flétrit sa mémoire lorsqu'il sou- « tint qu'il fallait persécuter les hérétiques, et les « contraindre à la foi orthodoxe, ou bien lesexter- « miner; qui est, poursuit ce ministre, un senti- « ment fort terrible et fort inhumain ^. » Saint Augustin ne proposait pas les derniers supplices; et s'il voulait qu'on exterminât les donatistes, ce n'était que par les moyens que M. Jurieu approuve à présent. Si donc c'est le sentiment des principaux docteurs de la réforme, que saint Augustin a flé-

* P. 45fi. — ' Hist. du Papisme, II. part. c. 8. Le.tt. viu, J>. 41(5, 42(1 et suiv. — 3 Lctt. viil, ibid. v- * Pag. 419. — * .V. Cl. de la Lcct. des l'P, Lctt. deSuissC; n. 20.

SIXIÈME AVERTISSEMENT

tri sa mémoire par cette doctrine, les tolérants concluent de même que M. Jurieu se déshonore en conseillant des rigueurs qu'il avait autrefois tant condamnées.

C'est en vain qu'il semble quelquefois vouloir épargner les sociétés déjà établies: car les tolérants prouvent au contraire, « que, s'il est vrai qu'on « soit en droitde poursuivre un hérétique qui vient « semer ses sentiments dans un lieu où il n'a aucun « exercice, à plus forte raison doit-on travailler à « l'extirpation des sociétés entières; parce que plus « unesociété est nombreuse, plus elle ade docteurs , « et plus aussi elle est en état de tout gâter et de « tout perdre par le venin de ses hérésies '. »

Par tels et semblables raisonnements les tolérants démontrent à M. Jurieu que la persécution qu'il veut établir n'a point de bornes , et qu'avec tout le beau semblant de son intolérance mitigée il en viendrait bientôt au sang, pour peu qu'on lui résistât ou qu'il fût le maître. Avec une telle doctrine, si les protestants l'embrassent, il leur faudra bientôt changer leur ton plaintif, et les aigres lamentations par lesquelles dès leur naissance ils ont tâché d'émouvoir toute la terre. Ils ne se vanteront plus d'être cette Église posée sous la croix, que Jésus-Christ préfère à toutes les autres : les sociétés des hérétiquesjouiront du même privilège: la réforme persécutée deviendra persécutrice, et la souffrance ne sera plus qu'un signe équivoque du véritable christianisme.

M. Jurieu, d'autre côté, ne poussera pas moins loin les tolérants; car, quelque mine qu'ils fassent, il les forcera à approuver tout le Commentaire philosophique, c'est-à-dire, à confesser, premièrement, que le magistrat doit la liberté de conscience à toutes les sectes, et non-seulement à la socinienne , comme ils en conviennent aisément , mais encore à la raahométane : car ou la règle est générale , que le magistrat ne peut contraindre les consciences; ou s'il y a des exceptions , on ne sait plus à quoi s'en tenir ni où s'arrêter.

Les tolérants se moquent de M. Jurieu , quand il dit que la tolérance n'est due qu'à ceux qui reçoivent les trois symboles » : car ils le poussent à bout en lui demandant où sont écrites ces bornes. Mais s'ils réduisent la tolérance à ceux qui font profession de reconnaître Jésus-Christ pour le Messie , il leur demandera à son tour où est écrite cette exception. Si le magistrat est persuadé qu'il n'a point d'autorité sur la religion, ou, comme parlent les tolérants, que la conscience n'est pas de son ressort, et qu'il s'élève sous son empire quelques dévots de l'Alcoran , pourra-t-il leur refuser une mosquée ^ ? Voila déjà une conséquence du Commentaire philosophique qu'il faut recevoir : mais on n'en demeurera pas là ; car le subtil commentateur revient à la charge : et si , dit-il , ce socinien , ce mahométan se croit obligé en conscience de prêcher sa doctrine et de se faire convertisseur, il faudra bien le laisser faire, pourvu qu'il se comporte modestement et

» Leti. de Suisse, p. 113. — » l" Ann. Leti. il, p. II. D* rUii. Tr. G, c. 6. — 3 Com. philos, ch. 7 et suiv.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

qo'îl np soit point séditieux ; autrement on le g(5ne- . rait dans sa conscience, ce qui parla supposition n'est pas permis. Voilà donc tous les États obligés à tolérer les prédicants de toutes les sectes , c'està-dire, à supporter la séduction, sous prétexte qu'elle fera la modeste jusqu'à ce qu'elle ait pris racine , et qu'elle ait acquis assez de force pour attaquer ou pour opprimer tout ce qui pourra s'opposer à ses desseins. Ou s'il est permis de prévoir et de prévenir ce mal, il est donc permis de l'étouffer dès sa naissance , aussi bien que de le réprimer dans son progrès; et la tolérance n'est plus qu'un nom en l'air.

Mais quand on sera venu à cet aveu, et qu'on aura accordé au commentateur qu'il faut laisser croire et prêcher tout ce qu'on voudra , alors il demandera sans plus de façon l'indifférence des.religions, c'està-dire, qu'on n'exclue personne du salut, et que chacun règle sa foi par sa conscience. Les tolérants mitigés ou dissimulés se récrieront contre cette dernière conséquence, qu'ils protestent de ne jamais vouloir admettre. Mais en ce point M. Jurieu les pousse à bout, en leur disant ' : « Quand un « homme est bien persuadé qu'un malade a la peste, « qu'il peut perdre tout un pays et causer la mort « aune infinité de gens, il ne conseillera jamais « qu'on mette un tel homme au milieu de la foule, « et qu'on permette à tout le moude de l'approcher: « et s'il permet à tous de le voir, ce sera une mar- « que qu'il croira la maladie légère et nullement « contagieuse. •> La suite n'est pas moins pressante. « Ils veulent que nous les croyions, quand ils di- « sent qu'ils n'estiment pas qu'on peut être sauvé « en toutes religions, et qu'il yadeshérésiesquidon- « nent la mort. S'ils pensent cela, oîi est la charité n de vouloir permettre à toutes sortes d'hérétiques « de prêcher, pour infecter les âmes et pour les « damner? »

Le ministre passe plus loin , et il démontre aux tolérants , par une autre voie, que, selon les principes qu'ils supposent avec le commentateur, il n'est pas possible qu'ils s'en tiennent à la tolérance civile , 011 ils semblent vouloir se réduire. Car, ditil », ce qu'ils promettent de plus spécieux dans leur tolérance civile, c'est la concorde entre les citoyens <iui se supportent les uns les autres, et la paix dans les États. îSIais pour en venir à cette paix , il faut encore établir « qu'on est sauvé en toutes religions. Cl J'avoue, poursuit-il, qu'avec une telle théologie « on pourrait fort bien nourrir la paix entre les di- « verses religions. Mais tandis que le papiste me » regardera comme un damné, et que je regarde- •< rai le mahométan comme un réprouvé, et le so- « cinien comme hors du christianisme, il sera ira- « possible de nourrir la paix entre nous. Car nous « ne saurions aimer, souffrir, ni tolérer ceux qui « nous damnent. Nos messieurs sentent bien cela; « c'est pourquoi très-assurément leur but est de « nous porter à l'indifférence des religions, sans * laquelle leur tolérance civile ne servirait de rien « du tout à la paix de la société. »

» Tah. Lett. Ym,p. 402. — * Letl. TUI, p. II».

Ainsi, l'état 011 se trouve le parti protestant c&t que les intolérants et les tolérants se poussent également aux dernières absurdités , chacun selon ses principes. Les tolérants veulent conserver la liberté de leurs sentiments, et demeurer affranchis de toute sorte d'autorité capable de les contraindre; ce qui en effet est le vrai esprit de la réforme et le charme qui y a jeté tant de monde : M. Jurieu les pousse jusqu'à l'indifférence des religions. D'autre côté, malgré les maximes de la réforme, ce ministre sent qu'il a besoin sur la terre d'une autorité contraignante ; et ne pouvant la trouver dans l'intérieur de son Église ni de ses synodes, il est contraint de recourir à celle des princes : et voilà en même temps que les tolérants le poussent malgré qu'il en ait, et de principe en principe, jusqu'aux excès les plus odieux et les plus décriés dans la réforme.

Eu effet , que répondra-t-il à ce dernier raisonnement, tout tiré de ses principes et de faits constants ? Si le magistrat réformé emploie l'épée qu'il a en main pour gêner les consciences , ou il le fera à l'aveugle, et sans connaissance du fond, sur la foi des décisions de son Église; ou il examinera par lui-même le fond des doctrines qu'il entreprendra d'abolir. Le premier est absolument contraire aux principes de la réforme, qui ne connaît point cette soumission aux décisions de l'Église : le magistrat de la prétendue réforme serait plus soumis à l'autorité humaine, telle qu'estselon ses principes celle de l'Église, que le reste du peuple ; et on tomberait dans l'inconvénient tant détesté par M. Jurieu , que les synodes seraient les juges, et les princes les exécuteurs et les bourreaux '. L'autre parti n'est pas moins absurde, parce que si le magistrat n'est point de ceux dont parle M. Jurieu , qui n'ont pas la capacité d'examiner les dogmes , il est du moins de ceux qui n'en ont pas le loisir, et à qui pour cette raison la discussion ne convient pas.

L'exemple des empereurs chrétiens que le ministre propose aux magistrats de la réforme est inutile. Il est vrai que ces empereurs, comme dit M. Jurieu, « ont proscrit et rt-légué aux extrémités de « l'empire les hérétiques dont la doctrine avait été « condamnée par les conciles : » mais c'est qu'après que les conciles avaient prononcé , ces princes religieux en recevaient la sentence comme sortie de la bouche de Dieu même, ainsi que l'empereur Constantin reçut le décret de Nicée» : mais c'est qu'ils ne croyaient pas qu'il ftU permis de douter ou de disputer lorsque l'Église s'était expliquée dans ses conciles; et ilsdisaient quecAerc/«pr encore ojorés leurs décisions, c'était vouloir trouver le mensonge ;comme Marcien le déclarait du concile de Chalcédoine ^. En un mot, ils vivaient dans une Église où, comme nous l'avons dit souvent dans ce discours, comme nous l'avons démontré ailleurs et sans que personne nous ait contredit ■>, on prenait pour règle de la foi : qu'il fallait tenir aujourd'hui celle qu'on tenait hier; oii la souveraine raison

» \*' Ann. Lett. w, p. M. — ' Ruf. Hist. liccl. lib, x, c. h. ^* Edict. Fal. etMarc. Cunc. Chttlced. p. 3, n. 2:Ed. Laà, ^ t.n, co/. 8i0.— ' I" Aicrt.

SIXIÈME AVERTISSEMENT

r;tait de dite : i\ous baptisons dans la même foi dans laquelle nous avons été baptisés , et nous croyons dignes d'anathème tous ceux qui en condamnant leurs prédécesseurs croient avoir trouvé Terreur en règne dans l'Église de Jésus-Christ. En ces temps et selon ces principes , il est aisé de régler la foi ; puisque tout dépend du fait de l'innovation dont tout le monde est témoin. Mais comme la réforme a quitté ce principe salutaire et cet inviolable fondement de la foi des peuples , il faut que son magistrat, comme les autres, et plus que les autres , examine toutes les questions naissantes ; autrement il se mettrait au hasard de tourmenter des innocents, et de prêter son ministère à l'injustice. Ne lui parlons pas de luthéranisme, d'arminianisme, ni du socinianisme vulgaire : encore qu'il y ail pour lui dans toutes ces sectes des labyrinthes inexplicables, puisqu'une lui est jamais permis de supposer que la réforme n'ait pu se tromper dans tous ses synodes et dans toutes ses Confessions de foi. Tantôt on lui prouvera, par une fine critique, qu'un passage et puis un autre ont été fourrés dans l'Évangile. Il ne saura où cela va, et il est clair que cela va à tout. Tantôt on lui fera voir que ni les prophètes, ni les évangélistes , ni les apôtres n'ont été véritablement inspirés ; qu'il ne faut point d'inspiration pour raisonner comme fait un saint Paul ; et qu'il en faut encore moins pour raconter ce qu'on a vu , comme a fait un saint Matthieu; en un mot, qu'il n'y a rien de certainement inspiré que ce qui est sorti de la propre bouche du Sauveur : encore s'est-il accommodé aux opinions du vulgaire en citant les prophètes et les autres écrivains sacrés comme vraiment inspirés de Dieu , quoiqu'ils ne le fussent pas. Tout cela c'est impiété, dira-t-on ; c'est néanmoins de quoi il s'agit aujourd'hui avec les sociuiens : mais laissons-les là. Le magistrat n'aura pas meilleur marché des autres docteurs. Les ennemis déclarés de la grâce intérieure , c'est-à-dire les pélagiens, très-bons protestants d'ailleurs, lui demanderont la même tolérance qu'on accorde aux demi-pélagiens en la personne de ceux de la Confession d'Augsbourg : M. Jurieu l'assure déjà qu'il faut prêcher à la pélagienne ; le même lui dira qa'on ne peut prouver par l'Écriture l'immutabilité de Dieu, ni par conséquent condamner ceux qui la nient, et qui assurentsurcefondementl'inégalitédes trois Personnes divines. Si on vient à s'opiniâtrer, et que cette doctrine fasse secte , voilà le magistrat à chercher. Nous avons vu ce ministre trouver des exceptions à l'Évangile : s'il y en a pour les mariages, pourquoi non en d'autres points aussi importants? Voilà des questions que nous voyons nées; mais il y eu a d'infinies que nous ne pouvons pas prévoir : car qui pourrait deviner toutes les rêveries des anabaptistes, des trembleurs et des fanatiques, ou tout ce que peuvent inventer les sectes présentes ou futures .3 II n'y a qu'à voir dans Hornebeck et dans Hornius les nouvelles religions dont l'Angleterre, laUollandeetl'Allemagnesontinondées : lameragitéen'apasplusdevagues,laterre ne produitpaspius uVjiiKSft i:h;i: de ciiarùoiîs. L"Éi,!i^e clira-t-ou,

décidera; mais le magistrat n'en sera pas moins obligé à recevoir les points résolus. Il lui faudra perpétuellement rouler dans son esprit des dogmes de religion dans une Église qui ne cesse d'en produire continuellement de nouveaux, et il passera sa vie dans lesdisputes;ou, pour avoir plus tôt fait, il laissera tout le monde à sa bonne foi, au gré et selon les vœux des tolérants.

A cela , il faut l'avouer , il n'y aura jamais de repartie , selon les maximes de la réforme ; mais il n'y en a non plus à ce qu'objecte M. .lurieu. Vous voulez dire que les princes en matière de religion ne peuvent user decontrainte: et surquoi subsiste donc notre réforme? En même temps il leur fait voir plus clair que le jour, et par les actes les plus authentiques de leur religion, «qu'en effet Genève, les Suisses , « les républiques et villes libres , les électeurs et les «princes de l'Empire, l'Angleterre et l'Ecosse, « la Suède et le Danemarck, » (voilà , ce me semble , un dénombrement assez exact de tous les pays qui se vantent d'être réformés ) « ont employé « l'autorité du souverain magistrat pour abolir le « papisme , et pour établir la réformation '. »

Il n'y a point à s'étonner après cela si les princes ont fait la loi dans la réforme. Nous avons vu que Calvin s'est élevé inutilement contre cet abus» , le plus grand à son avis qu'on prit introduire dans la religion, sans y voip aucun remède. On s'en plaignait de tous côtés, et les plus zélés ministres s'écriaient : « Les laïques s'attribuent « tout, et le magistrat s'est fait pape, »

Mais pourquoi tant se récrier? Le magistrat avait raison de vouloir être le maître dans une religion que son autorité avait établie. Voilà cet ancien christianisme ; voilà cette Église réformée sur le modèle de l'Église primitive : cette Église qui se vantait d'être sous la croix et dans l'humiliation , pendant qu'elle ne songeait qu'a mettre l'autorité et la force de son côté. Pour achever letablenu, il ne faudrait plusqu'ajouter les motifs particuliers de ces changements que nous avons démontrés ailleurs par le témoignage des chefs de la réforme, c'est-à-dire , la licence, le libertinage , la mutinerie des villes, qui de sujettes avaient entrepris de se rendre libres; les bénéfices devenus la proie des princes, et le reste qu'on peut revoir, pour peu qu'on en doute, dans l'Histoire des Variations^: maisnousn'en avons pas besoin pour l'affaire que nous traitons. Sans s'arrêter à tous ces motifs, les tolérants trouvent très-mauvais et très-honteux à la réforme , qu'elledoive son établissement à l'autorité ou plutôt à la violence, et qu'on ait engagé les princes à la nouvelle religion en les rendant maîtres de tout, et même de la doctrine : « Nous croyons, « dit M. Jurieu ■*, mettre la réforme à couvert quand « nous prouvons que partout elle s'est faite par « l'autorité des souverains. Mais voici des gens (les «tolérants) qui nous enlèvent cette retraite, et « qui disent que c'est là l'opprobre de la réi'oriDa- « tiou, de ce qu'elle s'est faite par l'autorité des

' Tab. J^lt. MU, p. 490. — ' far. liv. v.— ^ Ibid. ~-< Leit.

SUR LES LETTRES DE M. JUKI EU

.OîS

• migistrats , » parce qu'en effet c'est ce qui fait voir que c'est un ouvrage iiumain , qui doit sa naissance à l'autorité et aux intérêts temporels.

Mais le ministre oppose à des raisons si évidentes des faits qui ne le sont pas moins : « car « il est vrai, poursuit-il' ,que la réforme s>st faite « par l'autorité des souverains : ainsi s!est-elle faite « à Genève par le sénat ; en Suisse , par le con- « seil souverain de cha(|ue canton ; en Allemagne, o par les princes de l'Empire ; dans les Provin- « ces-Unies , par les états ; en Danemarck , en « Suède, en Angleterre, en Ecosse, par l'auto- j « rite des rois et des parlements : et cette auto- i « rite ne s'est pas resserrée à donner pleine liberté ! « aux réformés : elle a passé jusqu'à ôter les j « ÉGLISES AUX PAPISTES ct à briscr leurs ima- I « ges , à défendre l'exercice public de leur culte, j

« ET CELA GÉNÉRALEMENT PARTOUT ; et même,

« en plusieurs lieux, cela est allé jusqu'à défendre « par autorité l'exercice particulier du papisme. « Que peuvent dire \<s tolérants ? Le fait est cer- « tain. Voilà ,leur dit le ministre, selon leurs prin- « cipes, non une partie, mais toute la réformation n établie dans le monde parla violence, parlacon- « trainte, par des voies injustes et criminelles. Mais « la conséquence en est terrible : ces messieurs , « poursuit ce ministre, sont de bonnes gens, de « vouloir bien demeurer dans une religion ainsi

« faite Voilà notre réformation qu'on livre pieds

« et poings liés à toute la malignité de nos ennemis , « et à toute l'ignominie dont en la veut couvrir. » H va bien apparence, conclut-il, que Dieu ait « permis qu'un ouvrage dans lequel eux-mêmes re- « connaissent le doigt de Dieu fût fait universel- « lement par des voies antichrétiennes.»

Il paraissait ici une échappatoire « pour la ré- « formation de la France, qui s'est faite sans l'au- « torité des souverains : » mais le ministre y sait Lieu répondre : car , dit-il», « premièrement , c'est « si peu de chose , qu'elle ne doit pas être com- « parée à tout le reste. Secondement, quoique la « réformation ait commencé en France sans l'au- « torité des souverains , cependant elle ne s'est « point établie-sans l'autorité des grands ; et, pour- « suit-il, si les rois de IXavarre , les princes du sang « et les grands du royaume ne s'en fussent mêlés » ( en se révoltant contre leurs rois , et en faisant nager leur patrie dnas le sang des guerres civiles ) , « la véritable religion aurait entièrement succombé, « comme elle a fait aujourd'hui. » Ne voiià-t-il pas une religion bien justiOée ? La force et l'autorité sont si nécessaires à la réforme , qu'au défaut de la puissance légitime il a fallu emprunter celle que les armes et la sédition donnent aux rebelles : mais enfin les faits sont constants, et les tolérants n'ont rien à y répliquer.

Vantez-vous , après cela , que , pour attirer ce grand nombre qui a suivi la réforme, il n'a fallu que montrer la lumière de l'Évangile, claire par elleniêœe, et écouter les réformateurs comme de nou-

i ^tt. ym, 7>. 502 , 503 , 604. — » Tab. Lett. VIU , p. 605. ]

veaux apôtres, du moins comme des hommes ex* traordinairement envoyés pour ce grand ouvrage ; les tolérants se riront de ces vains discours; et quel(|ue violence que vous leur fassiez, ils sentiront bien dans leur cœur que vos vrais réformateurs sont les magistrats ignorants au gré de qui la réforme a été construite.

Cependant les voilà pressés d'une étrange sorte, ou plutôt tous les protestants se portent niutuellenient des coups mortels. L'un dit que la religion universellement introduite par l'autorité et la contrainte n'est pas une religion, mais une hypocrisie; et que forcer en cette sorte les consciences , c'est le pur et véritable antichristianisme. L'autre dit: Sortez donc de la réforme, qui constamment n'a point eu un autre établissement : Vous êtes de bonnes gens, de vouloir bien demeuj-er dans une religion ainsi faite*.

M. .lurieu ne demeure pas en si beau chemin : dans le besoin qu'il a d'une autorité pour fixer la religion , il prétend qu'il appartient au magistat de décider de la foi ; et , en cela , il faut avouer qu'il ne fait rien de nouveau. ÎMalgré les anciennes maximes de la réforme , il avait déjà enseigné ailleurs, comme nous l'avons démontré», que les synodes ne peuvent point prononcer de jugement en ces matières; que les pasteurs nesontpointdes juges, et qu'on les écoute seulement comme des experts. Il avait encore enseigné que les confédérations, qui forment les Églises particulières, sont des établissements arbitraires que les princes font et défont, augmentent et diminuent à leur gré ; en sorte que tout dépend de leur autorité dans les Églises. C'est ce qu'il avait appris de Grotius : mais cequ'ildisait alors confusément ct en général , il le confirme maintenant pardes exemples^; et non content d'étaler avec soin les maximes outrées de son auteur , sans presque y rien changer, il accable les tolérants par un décret des états , oix ils prononcent tout court sur la foi, sur la vocation , sur la prédestination : le fait est incontestable , les paroles du décret sont précises , et le ministre l'avoue ■*.

Il est vrai qu'avant que de prononcer , les états ont écouté les ministres : mais il ne faut pas s'v tromper, ils les ont écoutés seulement connue conseillers: lesquels , AhçnX-\\s , leur ont donné LEURS CONSEILS par écrit. Voilà donc le partage des pasteurs, qui est de donner leurs conseils: mais à l'égard de l'autorité , l'État se l'attribue toui entière : « Sur quoi , disent-ils , usant de l'autorité « qui nous appartient en qualité de souverains « magistrats, SELON la sainte parole de Dieu, « et en suivant les exemples des rois, princes et villes

« qui ont embrassé la réformation delà religion »

Ils n'hésitent donc point à se rendre les arbitres de la religion , ils posent pour indubitable que tous les princes réformés ont cette puissance par la parole, de Dieu et de droit divin.

Les tolérants s'y opposent, et ils ne peuveni;

' Tu>i. Lett. vni, p. 560, 501 et stiiv. — * far. liv. XT , - »Z.i//. \l!l. — * 11)1(1. p. 465, 481, 4S2,41>a. llcc. Ord 4^.

/irui. t. ai, p. m.

SIXIÈME AVERTISSEMENT

souffrir que les princes soient reconnus pour chefs de la religion. Cette prétention des princes de la réforme est détruite par des raisons invincibles'. Ce n'est point aux potentats, mais aux apôtres et à leurs disciples , que le Saint-Esprit a confié le dépôtde lafoi» : siquelqu'un en doitjuger, ce sont ceux à qui la prédication en est commise; en rendre les princes maîtres, c'est faire de nouveaux papes plus absolus que celui dont on voulait secouer le joug, et sacrifier la foi à la politique. Si ces raisons ne suffisent pas , les tolérants ont en main les écrits de Calvin et des autres réformateurs, qui ont attaqué cette autorité que les princes s'attribuaient : ils ont la décir>ion expresse du synode national de la Rochelle, de 1671, qui condamne en termes formels ceux qui soutiennent que ie magistrat est chef de l'Église, avec toutes les suites de cette doctrine que le ministre Jurieu entreprend de faire revivre dans le calvinisme. Il y a même encore aujourd'hui parmi les protestants un parti assez courageux pour soutenir en ce point les anciennes maximes du calvinisme et la liberté de l'Église : « Il y a, dit notre ministre^, les puri- « tains et les rigides presbytériens, qui en arrachant « la juridiction au pape et aux évêques,ont voulu « la transférer au presbytère et aux synodes; mais « avec tant de rigueur, qu'ils ont prétendu que les « magistrats n'avaient aucun droit de se mêler des « affaires de l'Église qu'ils n'y fussent appelés , et « que comme la juridiction civile appartient au seul « magistrat , la juridiction ecclésiastique appartient « uniquement aux pasteurs, aux consistoires et « aux synodes. » Le même ministre nous apprend que le clergé réformé des Provinces-Unies dans le fond est de cet avis : il remarque « les démêlés qui ont « étéde tout temps dans ce pays-ci entre lemagis- « trat et le clergé là-dessus ^ ; et il ne veut pas qu'on «oublie combien la politique de Grotius a causé de « bruit et de murmures de la part du clergé* : «jusqu'à faire regarder cet auteur, en effet plus jurisconsulte que théologien , comme Voppresseur de l'Église. Ainsi , à parler de bonne foi , c'est une question encore indécise, même dans la réforme, si les princes ont ce droit ou s'ils l'usurpent : tout le clergé protestant des Pays-Bas le leur dénie; et ce parti est si fort, que le ministre déclare, par deux fois, qu'il ne veut pas entrer dans ce démêlé''. Mais visiblement il se moque, et, tout en disant qu il n'y entre pas, il déclare, « qu'il est certain , selon « son sens, que pour le fond, la théologie de Gro- « tins est fondée en raison et en pratique?. » Il donne aussi pour tout avéré , « que les princes sont « chefs-nés de l'Église chrétienne aussi bien que de « la société civile , également maîtres de la religion « comme de l'État s. » Il semble oublier ce qu'il avait dit , que les empereurs à la vérité proscrivaient les AeVeY/f/Mes ; mais ceux-là seulement que les conciles avaient cpndamnés^. Grotius l'a converti ; et il approuve, à son exemple, « que les empe-

< Triict. de Toler. — » II. Tim. U, 2, etc. - * Tab. Lett. VU!, B. 4GI — ' P. 484. — » P. 478. - « P. 478, 484. — ' P. I7S. — " P iC2. - 9 /'. 42i.

« reurs.pour ne pas subir le joug tyraniii!|iie du « Clergé, aientfaitqnelquefoiseux-mêmes des formu- « laires de foi pour la décision des controverses ', » indépendamment de l'Église : autrement on ne prouverait rien ; et l'Église serait la maîtresse de la religion , contre la prétention de ces auteurs.

Il faut ici remarquer que ces exemples de formulaires de foi des empereurs , produits par Grotius , et approuvés , comme on voit, par son disciple Jurieu , sont les hénotiques , les types , les ecthèses, et les autres semblables décrets faits par les princes hérétiques , et détestés unanimement par les orthodoxes. Voilà les exemples que nous produit le ministre , après son maître Grotius : voilà l'excès où s'emporte ce flatteur des princes, quand il a besoin de leur autorité contre ses adversaires.

Il ne tient rien toutefois: la cause est en son entier ; et si on laisse la liberté des sentiments , par les principes de la réforme celui des tolérants l'emportera. Il leur sera du moins permis de suivre en cette matière les sentiments du clergé protestant des Provinces-Unies : il leur sera , dis-je , pernns de le suivre, puisque M. Jurieu, de peur de le condamner, fait semblant, comme on vient devoir, de ne pas cjttrerdans cette question. Il passe encore plus avant en un autre endroit , où il déclare « qu'EN bonne a JUSTICE l'Église devrait être maîtresse de ses « censures etdela tolérance ecclésiastique, et l'État « aussi maître de sespeinesetde la tolérance civile'. Voilà donc par son sentiment les deux puissances établies maîtresses chacune dans son détroit , selon que nous avons vu qu'il avait été décidé par les synodes ; et les décisions des magistrats , en matière de foi, n'ont point de lieu.

iMais enfin le ministre en a besoin : tout ce qu'il dit au contraire n'est que feinte ; et il sent bien dans le fond qu'il ne peut se passer d'autorité. Au reste , il n'y a point de raisonnement à lui opposer. Les états ont décidé que c'est à eux à juger les points de foi. Nous en avons vu le décret exprès rapporté par ce ministre. Nous avons vu que ce décret reconnaît le même droit dans tous les États protestants ; et si un seul décret ne suffit pas , le ministre en a une infinité à nous produire. En un mot , « tous « les décrets d'union entre les provinces, comme « est celui d'Utrecht , portent expressément que « chaque province demeurera maîtresse de la « religion, pour la régler et l'établir selon qu'el- « le jugera a propos ^. » Pouvait-on assujettir en termes plus forts la religion à l'État : et quelle réplique reste-t-il aux tolérants ?

C'est ainsi que les deux partis ne se laissent mutuellement aucune défense. Les tolérants se soutiennent parles maximes constantes de la réforme • les intolérants s'autorisent par des faits qui ne sont pas moins incontestables : chaque parti l'emporte tour à tour. La réforme a fait tout le contraire de ce qu'elle s'était proposé: elle se vantait de persuader les hommes par l'évidence de la vérité et de la parole de Dieu, sans aucun mélange d'autorité hif-

• Pag. 488. Grot. piet. Ord. dcjur. potest. in sacr. t. m. -- ' P. 428. — 3 P. 481.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

maine .- c'était là sa maxime : mais dans le fait, oile n'a pu ni s'établir ni se soutenir sans cette autorité qu'elle venait de détruire ; et l'autorité ecclésiastique ayant chez elle de trop débiles fondements, elle a senti qu'elle ne pouvait se Gxer que par l'autorité des princes : en sorte que la religion, comme un ouvrage purement humain, n'ait plus de force que par eux , et qu'à dire vrai elle ne soit plus qu'une politique. Ainsi la réforme n'a point de principe, et , par sa propre constitution, elle est livrée à une étemelle instabilité.

C'est ce qui paraît clairement dans tout le parti , de quelque côté qu'on le regarde : l'indifférence gagne partout ; et les Français réfugiés en Allemagne , dans les États de M. l'électeur de Brandebourg, y trouvent autant cet esprit quenous l'avons vu en Angleterre et en Hollande. Je ne l'aurais pas voulu assurer, quelque rapport qu'on m'en eût fait de divers endroits, si je n'avais vu moi-même ce qu'on enseigne hautement dans l'académie deFrancfort-sur-l'Oder. Mais on y débite publiquement un petitécritque le docteur Samuel Strimésius, un des professeurs en théologie de cette académie, met à la tête des Thèses de Théologie de Conrad Bergi us, autrefois professeur en théologie de la même université, pour y servir de préface '. Ce docteur y propose sans façon la réunion, non-seulement « eu particulier de tous les protestants les uns avec « les autres , mais encore plus universellement de « TOUS CEUX QUI SONT BAPTISÉS, en Soumettant <; à l'examen de l'Écriture tous les symboles » , » c'est-à-dire toutes les professions de foi , « tous les « décrets des conciles œcuméniques , quelque vé- « nérables qu'ils soient par leur antiquité , par le « consentement de la multitude, par une plus docte « et plus exacte explication des dogmes , et par « leur zèlesingulier contre la fureurdes hérétiques,» et en se tenant simplement aux paroles de l'Écriture^, dont on sait bien que les chrétiens conviendront toujours , sans rien exiger de plus.

C'est ce qu'il déduit clairement des principes de la réforme en cette sorte. Il pose d'abord pour fondement avec tous les protestants , « la clarté et « l'intelligibilité de l'Écriture, si par/aite, qu'a- « vec la grâce de Dieu commune à tous , et sans « aucune explication ajoutée au texte, soit publique, « soit particulière , tout homme y peut trouver * tout ce qu'il faut croire et faire pour être sauvé^: « d'où il conclut que l'Écriture est très-suffisante « et très-claire non-seulement en ce qui regarde «■- le fond des dogmes , mais encore dans les fa- « çons de parler dont il les fautexpliquer^; ce qu'on « ne peut nier, continue-t-il , sans nier en même « temps la clarté, la perfection et la suffisance de « l'Écriture , et sans introduire avec le papisme la « source de tous les maux et la torture des con- « sciences.»

Sur ce fondement , il conclut , selon le raisonnement de Jean Bergius , qu'il appelle un grand

' ConradiRergii Themala Theologica, §2,7>. 13. — '§1, f p. 8. — ^ Ibkt. p. 9. — • Conradi, etc. § 3, p. 15. —^Pag. IB. 19.

théologien , et très-zélé pour la paix de l'Église ' : « Que si les socinienset les ariens persistent sans « contention dans les expressions de l'Écriture, sans « les détourner ni les tronquer, et aussi sans y « ajouter leurs explications et leurs conséquences; « on ne devrait pas les condamner, encore qu'ils ne « voulussent pas recevoir nos explications ou nos « façons de parler humaines : » c'eit-à-dire, selon le style de ces docteurs," celles qui ne sont pas tirées de l'Écriture. Car ils posent pour fondement , qu'on ne peut contraindre personne « à d'autres phrases « ou expressions qu'à celles de l'Écriture». Ce qu'il «faut, dit Sj^rimésius^, principalement appliquer « aux soc iNiENS modérés, et aux autres qui dou- « tent des dogmes fondamentaux , ou plutôt des ex- « plications orthodoxes de ces dogmes; lesquels, « poursuit cet auteur, on doit hecrvoib comme « des infirmes dans la foi , quoiqu'ils révoquent en « doute les propositions des orthodoxes qui ne se « trouvent pas expressément dans l'Écriture, et « qu'ils se croient obligés à s'en abstenir par respect : « pourvu qu'ils se renfermentdans celles qui s'y trou- « vent, et qu'ils ne s'emportent pas, comme font « les plus rigides d'entre eux, jusqu'à nier les choses « que l'Écriture ne nie pas. »

Ainsi , selon ce docteur et selon les autres docteurs de sa religion, qu'il cite en grand nombre pour ce sentiment, les sociniens qu'ils appellent modérés , qui n'avouent non plus que les autres la divinité de Jésus-Christ ni celle du Saint-Esprit, ni l'incarnation, ni le péché originel, ni la nécessité de la grâce, ni l'éternité des peines, ni tant d'autres articles de foi qui sonttonnus , ne diffèrent pas tant d'avec nous dans les dogmes fondamentaux , que dans l'explication de ces dogmes ; ce qui oblige nécessairement à les recevoir au nombre des vrais fidèles : et quand il faudrait reconnaître (ce qui en effet ne devrait pas être mis en contestation ) qu'ils rejettent les articles fondamentaux, on n'a pas droit d'exiger d'eux , non plus que des ariens et des autres hérétiques, qu'ils confessent, avec les Pères de ^'icée et de Constantinople, « que le Fils de Dieu soit de même « substance que son Père, ou qu'il soit engendré « de sa substance, ou qu'il ne soit pas tiré du « néant; ou que le Saint-Esprit soit ce Seigneur « égal au Père et au Fils, qu'il faille pour "cette « raison adorer et glorifier avec eux : » car tout cela constamment ne se lisant point expressément dans l'Écriture , on tombe par tous ces discours , disent ces auteurs, dans le cas de vouloir parler mieux que Dieu înémei. En un mot, il faut effacer par un seul trait tout ce que les premiers conciles même œcuméniques ont inséré dans leurs symboles ou dans leurs anathématismes, s'il ne se trouve dans l'Écriture en termes formels. Car c'est là ce que ces docteurs appellent « parler le lan- « gage de Babylone , établir une autorité humaine, « et un autre nom que celui de Dieu ^ , » n'y ayant rien de plus absurde, disent-ils «, que défaire accroire

'S 6, p. 37. - » Ibid. g 4. p. 24. - » Pag. Z}. - * ndi . etc., S ♦, p. 28. — 5 loid. p. ai , 32. — • Ibid. p.

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SIXIEME AVERTISSEMENT

« à celui qui sait tout , qu'il n'a pas eu la science dos « mots lorsqu'il a inspiré les auteurs sacrés , ou que « la force n'en était pas présenteàson esprit, ou qu'il « n'y a pas pris garJe, ou qu'il n'a pu faire entrer « son lecteur dans sa pensée : en sorte qu'il lui o faille pardonner d'avoir parlé ignoramment et « inconsidérément; et que les hommes aient droit « de soutenir qu'il fallait choisir d'autres termes « que les siens pour bien faire entendre sa pensée , « ou du moins pour éviter et convaincre les héré- « sies; et que les leurs enfin sont plus propres à « conserver et à défendre ses vérités , que ceux dont « il s'est servi lui-même : » ce qui, disent-ils", H- n'est autre chose que de vouloir enseigner Dieu, « et lui apprendre à parler de ses vérités, au lieu « que nous le devrions apprendre de lui. »

Telle est la doctrine qu'on enseignait en Allemagne dans les académies de l'État de Brandebourg; celle de Strimésius, professeur en théologie de l'université deFrancfort-sur-l'Ocier; celle de Conrad Bergius, ci-devant professeur en théologie de la même université, dont il publiait les écrits et recommandait la doctrine ; celle de Jean Bergius, de Grégoire Franc, une des lumières de la même académie, comme il l'appelle; celle de Martin Hundius; celle de Thomas Cartvright, Anglais : celle de toute l'académie de Duisbourg dans le duché de élèves, et de plusieurs autres docteurs célèbres dans la réforme , et qu'il cite aussi avec honneur. L'abrégé et le résultat de leur sentiment est « qu'il « ne faut ni tenir ni appeler personne hérétique, « lorsque dans les matières de la foi il souscrit à « toutes les expressions et manières de parler de « l'Écriture, et qu'il n'ose rien affirmer ou nier « au delà; mais qu'il se croit obligé à s'abstenir de « tout autre terme par une crainte religieuse, et de « peur de parler mal à propos des choses saintes : « et au contraire, on doit tenir pour schismatiques « tous ceux qui séparent un tel homme, comme « hérétique, de leurs assemblées et de leur culte *. »

On voit par là où tous ces docteurs, la ileur du parti protestant, réduisent le christianisme contre les sociniens. Il n'est pas permis d'exiger d'eux la souscription des conciles deNicée et de Constantinople, pour ne point ici parler des autres, ni de leur faire avouer, en termes formels, que le Saint-Esprit soit une personne et quelque chose de subsistant, ni qu'il soit égal au Père et au Fils, ni que le Fils lui-même soit proprement Dieu sans figure et dans le sens littéral , ni, en un mot, d'opposer aux fausses interprétations qu'ils donnent à l'Écriture, d'autres paroles que celles dont ils abusent pour tromper les simples. Ils n'ont qu'à répondre que s'ils refusent ces expressions , nécessaires pour découvrir leurs équivoques, et qu'ils ne veuillent pas dire , par exemple , que le Père , le Fils et le Saint- Esprit soient vraiment et proprement un seul Dieu éternel , c'est par respect pour l'Écriture et pour ses dogmes; c'est pour ne point enseigner Dieu, et entreprendre de parler mieux que lui de ses mys-

' Cunradl, tic, p. 25, 28. — * Ibid. g 4, «. 6, p. 31.

tères : il faudra les recevoir dans les assemblées chrétiennes sans aucune note ; ce seront ceux qui les refuseront qu'il faudra noter comme schismatiques , et mettre par conséquent dans ce rang les conciles de Nicée et de Constantinople , et tous les autres qui ont obligé de souscrire à leurs formules de foi sous peine d'anathème.

Il ne sert de rien de répondre qu'on les reçoit, à la vérité, mais comme des infirmes dans la foi; car ce serait être trop novice en cette matière, que d'ignorer que ces hérétiques n'en demandent pas davantage. Ces sociniens, qu'on appelle modérés, c'està-dire, dans la vérité, les plus déliés et les plus zélés de cette secte, ne vou& iront pas dire à découvert que le Fils ou le Saint-Esprit , à proprement parler, ne sont pas Dieu. Ils vous diront simplement qu'ils n'osent assurer qu'ils le soient, ni mieux parler que le Saint-Esprit, ou se servir de termes qui ne soient pas dans l'Écriture. Ils tiennent le même langage sur tous les autres mystères. Au reste, vous diront-ils avec un air de modestie qui vous surprendra , ils ne veulent pas faire la loi , ni imposer à personne la nécessité de les en croire : trop heureux qu'on veuille bien les supporter, du moins à titre d'infirmes. Car, après tout, que leur importe sous quel nom ils s'insinuent dans les Églises .' Dès qu'on leur permet de douter, on lève toute l'horreur qu'on doit avoir de leurs dogmes : l'autorité de la foi est anéantie, et il n'y a plus qu'à tendre le bras à toutes les sectes.

On voit donc en toutes manières que la pente de la réforme c'est l'indifférence. Car, à ne point se llatter, elle doit sentir que la doctrine qu'on vient de voir est tirée de ses principes les plus essentiels et les plus intimes. En effet , que pourraitelle répondre à ces docteurs, lorsqu'ils objectent que d'imposer aux consciences la nécessité de souscrire à des expressions qui ne sont pas de l'Écriture , c'est leur imposer un joug humain ; c'est déroger à la plénitude et à la perfection des saints livres, et les déclarer insuffisants à expliquer la doctrine de la foi ; c'est attribuer à d'autres paroles qu'à celles de Dieu la force de soutenir les consciences chancelantes^} Mais si .l'on admet ces raisonnements tirés du fond et, pour ainsi dire . des entrailles du protestantisme, les fraudes des hérétiques n'ont point de remède, et l'Église leur est livrée en proie. Il faut donc avoir recours à d'autres maximes; il faut croire et confesser avec nous l'assistance perpétuelle de l'esprit donné à l'Église, non-seulement pour conserver dans son trésor , mais encore pour interpréter les Écritures. Car si l'on n'est assuré de cette assistance, l'Église pourra se tromper dans ses interprétations : on ne saura si le consubstantiel est bien ou mal ajouté au Symbole : on ne pourra y souscrire avec une entière persuasion, ou, comme parle saint Paul , avec la plénitude de la foi * : on sera contraint d'en demeurer aux termes dont les hérétiques abusent , et on n'aura rien à dire à ceux qui offriront de souscrire à l'Écriture; ce que nulle secte chrétienne ne refusera.

• Conradiy etc. , g 4, p. 30. — ' Rom. iv, 20, Hebr. xi, 22.

SUR LES LETTRES DE M. JURÏEU

Il ne sert de rien de répliquer que ces auteurs ou quelques-uns d'eux semblent reconnaître « qu'on « a pu très-rarement et avec le consentement una- « nime de toute l'Église ajoutera l'Ecriture quel- « ques locutions ou quelque phrase, à condition « que l'cquipollence de ces locutions avec celles de « l'Écriture serait manifeste, et presque sans contro- « verse'. » Car cela visiblement ce n'est rien dire ; puisquesi ces expressions n'ajoutaient rien du tout à l'Écriture, et ne servaient pas à serrer de plus près les hérétiques , on les introduirait en vain : et toujours , quoi qu'il en soit , pour obliger les chrétiens à les recevoir, il faudrait présupposer une entière et indubitable infaillibilité « dans le consen- « tement unanime de l'Église, et même dans un « consentement qui serait presque sans contro- « verse, » et de la plus grande partie; ce qui ne peut convenir avec l'esprit de la réforme. C'est pourquoi dès son origine elle a répugné à toutes ces additions et interprétations de l'Église. Il n'y en eut jamais de plus nécessaire à fermer la bouche aux ennemis de la divinité de Jésus-Christ, que celle du consubstantiel. Voici néanmoins ce qu'en dit Luther » : « Si mon âme a en aversion le terme de « consubstantiel, il ne s'ensuit pas que je sois héré- « tique.... Ne me dites pas que ce terme a été reçu « contre les ariens : plusieurs et des plus célèbres « ne l'ont pas reçu, et saint Jérôme souhaitait « qu'on l'abolît. » C'est imposera saint Jérôme, c'est mentir à la face du soleil que de parler de cette sorte, à moins de vouloir compter parmi les plus excellents hommes de l'Église les ariens et les demiariens, qui seuls se sont opposés au consubstantiel de jN'icée. Luther continue : « Il faut conserver la « pureté de l'Ecriture : que l'homme ne présume « pas de prononcer de sa bouche quelque chose de « plus clair et de plus pur que Dieu n'a fait de la « sienne. Qui n'entend pas la parole de Dieu, lors- « qu'il s'explique par lui-même des choses de Dieu, « ne doit pas croire qu'il entende mieux l'homme, « lorsqu'il parlera des choses qui lui sont étran- « gères. « C'est précisément ce que nous disaient les auteurs qu'on vient de citer; et on voit, plus clair que le jour, qu'ils n'ont fait que prendre le sens et répéter les paroles du chef de la réforme. Il poursuit : « Personne ne parle mieux « que celui qui entend le mieux le sujet dont il « parle. Mais qui pourrait entendre les choses de « Dieu mieux que Dieu même.^ Qu'est-ce que les « hommes sont capables d'entendre dans les choses « divines? Que le mi.sérable mortel donne donc « plutôt gloire à Dieu , en confessant qu'il n'entend « passes paroles; et qu'il cesse de les pbofaneb

« PAB DES TEKMES nouveaux ET PARTICULIERS,

« afin que l'aimable sagesse de Dieu nous demeure « toute pure et dans sa forme naturelle. » On voit par là qu'en conséquence des fondements sur lesquels il avait bâti sa réforme, il regarde comme opposé à la sagesse de Dieu le terme de consubstantiel •jouté à l'Écriture dans le Symbole de la foi , et

« Conradt, etc. jj. 25. — » Lulh. cont. Latom.

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