DÉNOMBREMENT DE QUELQUES HERESIES
Jésus-Clirist , et par là très-éloigné des sociniens. Mais comme il ne s'en éloignait que par des raisonnements , qu'il faisait en son esprit, sur l'Écriture , et qu'il voyait que les autres en faisaient de tout contraires, sans qu'aucune autorité qui fût sur la terre pût déterminer les esprits d'un côté plutôt que de l'autre , il ne voyait point par quel endroit il pouvait les condamner ni les exclure du salut, non plus que les autres sectes du christianisme. Alors donc il composa le petit livre De la Foi réduite à sesjust-es bornes, où il est vrai qu'il donne à pleines voiles dans la tolérance universelle. Le reste de son histoire n'est pas de ce lieu , non plus que le fameux démêlé qu'il eut avec M. Jurieu sur la matière de la grâce. M. Papin suivait la doctrine de son oncle M. Pajon : et, bon protestant qu'il était , il n'avait pas cru que l'autorité du sj-node d'Anjou fût suffisante pour l'en détourner. En un mot , il donnait tout au raisonnement; et il n'avait rien alors qui pût l'empêcher d'ouvrir une vaste carrière à ses sentiments, ni dejouirducharme décevant quiaccompagne naturellement cette liberté. Ce qu'il y avait pour lui de plus dangereux, c'est qu'il trouvailles plus beaux esprits de la réforme , et entre autres M. Burnet , dans la même opinion , comme on le va voir par les extraits de ses lettres. Il allait donc devant lui dans le chemin de la tolérance , sans que rien le pût retenir, jusqu'à ce qu'ayant aperçu que le principe de la réforme , qui le forçait à tolérer les sociniens ennemis de la divinité de Jésus-Christ , le poussait encore plus loin , et qu'il fallait nécessairement étendre la tolérance au delà des bornes du christianisme ; c'est-à-dire , mettre le salut hors de Jésus-Christ et tolérer toute religion , ce qui était , à dire le vrai , n'en avoir aucune : à la vue de cet abîme , saisi de frayeur, il fit un pas en arrière. Il se mit à envisager la sainte et inévitable autorité de l'Église catholique, il crut, il se convertit : et maintenant il produit les lettres de M. Burnet , en témoignage aux protestants que s'il est touibé dans l'erreur de l'indifférence jusqu'à l'excès qu'ona vu, ily aété conduit par leur principe, et confirmé par l'approbation de leurs plus célèbres docteurs. Il produirait aisément beaucoup d'autres lettres de ses amis, que j'ai vues en original; mais il ne veut point leur faire de peine, ni les exposer à la redoutable colère de M. Jurieu : assuré, comme j'ai dit, que M. Burnet ne le craint pas; et, d'ailleurs , ce docteur s'étant déclaré pour la tolérance aussi hautement qu'on l'a pu voir, ce n'est pas trahir un secret , que d'exposer ses sentiments aux yeux du public. Voici donc ce qu'il a écrit sur le livre De la Foi réduite à ses justes bornes :
De la lettre écrite à la Haye le 3 septembre 1G87.
Enfia je vous souliailc toute sorte de bonheur, mon cher ami. Pour votre aiiUigoniste (M. Jurieu), je ne doute pas qu'il fera tout ce qu'il pourra pour vous nuire; mais j'espère qne ce sera sans effet. J'ai vu le livçet dont vous parlez {La Foi réduite à ses justes bornes), et je demeure (i'accurd pouk le ckos , quoiqu'il y a quelque ciiose que
I peut-être j'aurais rayé , si on m'avait consuitt': avant l'imprresion; car il faut éviter de donner des prises à ceut qui les cherchent Encore une fois , je vous souhaite un bon voyage et toutes sortes de prospérit^^ , et m'assure que lous vous souviendrez quelquefois de celui qui est, sans céréiuonie et avec beaucoup de sincérité ,
Tout à vous, G. BCRNET.
M. Papin lui ayant envoyé le discours de Strimésius, si déclaré pour l'indifférence, comme on l'a pu voir ci-dessus, M. Burnet lui fit cette réponse :
De la lettre écrire à la Haye le 27 avril 1688.
J'ai vu avec beaucoup de plaisir que M. Strimésius a porté les principes de la tolérance chrétienne fort loin, ce qui lui attirera peut-être la censure de tous les rigides : mais nous verrons comme il sera appuyé ; car c'est
us PAS TRÈS DIGNE D'cN BON CHRÉTIES ET D'L.N GRAND THÉO- LOGIEN , qu'il vient de faire , et vous avez raison de dire qu'il a porté la tolérance plus loin que n'a fait votre livre, etc.
Tout à vous, Blrset.
Je ne crois pas que personne en demande davantage sur ce sujet. Au reste , quand M. Jurieu me reproche, dans le libelle qu'il a écrit contre M. Papin, que je n'ai pas fait abjurer à ce noinistre son socinianisme ni son pélagianisme, il ne songe pas que le symbole de !Sicée est à la tête de la Profession de foi des catholiques ; et qu'on y reçoit expressément la doctrine de la session n du concile de Trente, où le socinianisme et le semi-péiagianisme sont de nouveau firappés d'anathème.
DENOiMBREMENÏ DE QUELQUES HÉRÉSIES.
Plusieurs qui se sont trouvés embarrassés des liérésies tant de fois nommées dans l'Histoire des Variations et dans les Avertissements, comme dans les autres livres de controverse, m'en ont demandé l'explication: et c'est pour les satisfaire que j'en fais cette description grossière , mais suffisante pour leur instruction.
Les marcionites et les manichéens croient deux premiers principes indépendants, l'un du bien et l'autre du mal ; l'un créateur du monde corporel , l'autre des esprits; l'un du corps, l'autre de l'âme ; l'un auteur de l'ancien Testament, l'autre du nouveau; le corps de Jésus-Christ fantastique, et le mariage mauvais; le vin et beaucoup de viandes mauvaises par ieur nature, etc.
Les paulianistes et photiniens croient Jésas-
Christ un homme pur, et nient sa préexistence
avant sa conception dans le sein de la Vierge : Paul
de Samosate, patriarche d'Antioche, et Photin,
• evêque de Sirmich sont en divers temps les chef»
CONFERENCE AVEC M
de cette hérésie. Cérinthus , Ébion , et d'autres , avaient enseigné la même doctrine.
Novatien refusait à l'Église le pouvoir de remettre les péchés.
Les donatistes rejetaient le baptême donné par les hérétiques, même dans la forme légitime, et croyaient que l'Église périssait par les vices de ses ministres.
Arius , prêtre d'Alexandrie , et les ariens niaient la divinité de Jésus-Christ.
Macédonius, patriarche de Constantinople , niait celle du Saint-Esprit.
Le premier est condamné au concile de Nicée , et le second dans le concile de Constantinople.
Nestorius , patriarche de Constantinople , divisait la personne de Jésus-Christ, et niait que Dieu et l'homme fussent en lui une seule et même personne, ce qui l'obligeait à nier que la sainte Vierge fût mère de Dieu. Il est condamné dans le concile d'Éphèse , troisième général ou œcuménique.
Eutycliès, abbé de Constantinople, confondait les deux natures de Jésus-Christ, et disait qu'il ne s'était fait qu'une seule et même nature de sa nature divine et de l'humaine : lui et Dioscore, patriarche d'Alexandrie, qui le soutenait, furent condamnés au concile de Chalcédoine, quatrième général.
Aërius, prêtre arien, rejetait l'épiscopat, la prière pour les morts, et les jeûnes réglés, et quelques autres observances de l'Église, et il ajoutait ces erreurs à l'arianisme.
Pelage et les pélagiens niaient le péché originel, et ne reconnaissaient pas la nécessité de la grâce intérieure. Les demi-pélagiens, sans auteur certain, confessaient le péché originel, et ne niaient pas la nécessité de la grâce pour accomplir l'œuvre de notre salut; mais ils disaient qu'elle se donnait selon les mérites précédents , et que l'homme commençait son salut de lui-même, sans la grâce. Les pélagiens et demi-pélagiens sont condansnés par divers conciles particuliers , tenus à Milévi , à Carthage, à Orange, etc., approuvés par les papes saint Innocent, saint Zozime, saint Célestin, et saint Léon.
Vigilance, réfuté par saint Jérôme, rejetait l'invocation des saints , et le culte de leurs reliques. Son hérésie s'est dissipée d'elle-même
Les iconoclastes, ou briseurs d'images, ôtaient aux images de Jésus-Christ , de sa sainte mère et des saints, le culte relatif, et les brisaient, selon leur nom. Ils furent condamnés au concile de Nicée II, septième général.
Bérenger niait la présence réelle et la transsubstantiation. Il est condamné par divers conciles, et par les papes Nicolas II et Grégoire VII.
Les albigeois renouvelaient les erreurs des manichéens , et les vaudois celles de Vigilance et d' Aërius, que les albigeois suivaient aussi. Tous niaient la primauté de l'Église romaine, qu'ils tenaient pour le siège de l'Antéchrist. Ils sont condamnés en divers conciles provinciaux et généraux, surtout par ceux de Latran II et IV. Jean Viclef enseignait la même erreur, et niait la