MINISTRE DE CHARENTON
SUR LA MATIÈRE DE L'ÉGLISE
AVERTISSEMENT
Je n'avais pas dessein de mettre au jour cette Conférence, non plus que les Instructions dont elle fut accompagnée. La Conférence et les Instructions avaient pour objet la conversion d'une personne particulière ; et ayant eu leur effet, rien n'obligeait à en faire davantage de bruit. Mais comme je n'affectais pas d'en publier le récit , je n'affectais pas non plus de le tenir caché. J'en donnai un exemplaire à mademoiselle de Duras , qui le souhaita : il était juste. Je consentis sans peine qu'on le communiquât à quelques-uns de messieurs de la religion prétendue réformée , qui désirèrent le voir, parce qu'on crut qu'il serait utile à leur instruction. Ce même motif m'a porté à le communiquer à quelques autres de ces messieurs, ou par moi-même ^
SUR LA MATIÈRE DE L'ÉGLISR
ou par des am!s interposés. Ainsi il a passé en plusieurs mains : il s'en est fait des copies sans que je le susse; elles se sont répandues, elles se sont altérées : quelques-uns ont abrégé le récit que j'avais fait , ou l'ont tourné à leur mode : enfin , ou l'a imprimé à Toulouse sur une mauvaise copie; et je ne puis plus m'empêcherde le donner tel que je l'ai rédigé moi-même , avec beaucoup de fidélité et de religion.
Au sortir de la Conférence , je la racontai tout entière a M. le duc de Richelieu et à madame la duchesse sa femme, en présence de M. l'abbé Testu. Le zèle particulier qu'ils avaient pour la conversion de mademoiselle de Duras le leur fit ainsi désirer. Je leur avais déjà récité les conversations précédentes. Le lendemain , je fis le même récit à quelques-uns de mes amis particuliers, du nombre desquels était M. l'évéque de Mirepoix. J'étais plein de la chose, et je la racontai naturellement. Tous ces messieurs m'exhortèrent à la mettre par écrit , pendant que j'en avais la mémoire fraîche , et me firent voir, par plusieurs raisons, que ce soin ne serait pas inutile. Je les crus. On me vit écrire avec la rapidité qui parait lorsqu'on écrit des faits qu'on a présents, sans se mettre en peine du style ; et ces messieurs remarquèrent, dans la narration écrite, la même simplicité qu'ils avaient tous ressentie dans le récit de vive voix. Mademoiselle de Duras reconnut, dans mon discours, la vérité toute pure; et j'espère que ceux qui le liront sans prévention en auront la même pensée.
Après que mon récit se fut répandu , comme je l'ai dit , il en tomba une copie entre les mains de M. Claude , ainsi qu'il le témoigne lui-même ; et il répandit de son côté , avec une Réponse aux instructions que j'avais données en particulière mademoiselle de Duras, une Relation de notre conférence fort différente de celle-ci. A dire franchement ce que je pense , cette relation ne fait honneur ni à lui ni à moi : nous y tenons tour à tour de longs discours assez languissants , assez traînants , assez peu suivis. Dans la relation de M. Claude , on revient souvent d'oii on est parti , sans qu'on voie par où on y rentre. Ce n'est pas ainsi que nous agîmes , et notre dispute fut suivie et assez serrée. Dans ces sortes de disputes, on s'échauffe naturellement comme dans une espèce de lutte: ainsi la suite est plus animée que ne sont les commencements. On se tâte , pour ainsi dire, l'un l'autre , dans les premiers coups qu'on se porte : quand on s'est un peu expliqué, quand on croit avoir découvert où chacun met la difficulté , et avoir, pour ainsi parier, senti le faible , tout ce qui suit est plus vifet plus pressant. Si tout cela se trouve aussi naturel dans le récit de M. Claude que dans le mien , le lecteur en jugera. De la manière que le sien est tourné, plusieurs auront peine à croire qu'il n'ait pas été du moins rajusté et raccommodé sur la lecture du mien. Mais je ne veux point m'arrêter à ces réflexions. Tout le monde ne sait pas sentir dans les discours, non plus que dans les tableaux,
ce qu'il y a d'original, et , pour ainsi dire, de b première main. Je ne veux non plus employer ici le reproche odieux de mauvaise foi. On ne se souvient pas toujours si exactement ni des choses qui ont ctc dites , ni de l'ordre dont elles l'ont été : souv<!nt on confond dans son esprit ce qu'on a pensé depuis, avec ce qu'on a dit en effet dans la dispute ; et sans dessein de mentir, il se trouve qu'on altère la vérité. Ce que je dirai de M. Claude , il le pourra dire de moi. Notre conversation s'est faiteen particulier; et aucun de nous ne peut produire des témoins indifférents : ainsi chacun jugera de la vérité de nos récits suivant ses préventions. Je ne prétends point tirer avantage du succès , de la conférence, qui fut suivie de la conversion de mademoiselle de Duras ; c'est l'œuvre de Dieu , dont il faut lui rendre grâces : c'est un exemple pourceuxqui se trouvent bien disposés, mais ce n'est pas un argument pour des opiniâtres. Les catholiques regarderont ce changement d'une façon , et les prétendus réformés d'une autre. Ainsi, quand nous nous mettrons, M. Claude et moi, à soutenir chacun son récit, il n'en résultera qu'une dispute, dont le public n'a que faire. Et qu'importe au fond , dira le lecteur, qui des deux ait eu l'avantage? La cause ne réside pas dans ces deux hommes , qui se montreraient trop vains, et par là même trop peu croyables , s'ils voulaient que tout le monde , et leurs amis aussi bien que leurs adversaires , les en crussent également sur leur parole. Dans ces altercations, ce que le sage lecteur peut faire de mieux , c'est de s'attacher au fond des choses , et , sans se soucier des faits personnels, considérer la doctrine que chacun avance.
La matière qui est traitée dans tout ce récit est aussi claire qu'elle est importante. C'est la matière de l'Église. Nos adversaires font peu de cas de cette dispute, et on leur entend toujours dire qu'il en faut venir au fond , en laissant à part , comme une formalité peu nécessaire , tous les préjugés qu'on tire de l'autorité de l'Église : comme si ce n'était pas une partie essentielle du fond , d'examiner par quelle autorité et par quel moyen Jésus-Christ a voulu que les chrétiens se résolussent sur les disputes qui devaient naître dans son Église. Les catholiques prétendent que ce moyen, c'est d'écouter l'Église même. Us prétendent qu'un particulier nesedoitrésoudrequ'avec tout le corps, et qu'il hasarde tout quand il se résout par une autre voie. Us prétendent que, pour savoir en quelle Église il faut demeurer, il ne faut que savoir quelle est celle qu'on ne peut jamais accuser de s'être formée en se séparant ; celle qu'on trouve avant toutes les séparations ; celle dont toutes les autres se sont séparées. Sans sortir de notre maison, nos parents mêmes nous montreront cette t.g\ise. Interrogez votre pèt'e, et il vous le dira ; demarutez à vos ancêtres, et ils vous l'annonceront^ . Selon cette règle , quiconque peut montrer à toute une Église , à toute une société de pasteurs et de
■ Deut. xxxu. 7.
peuple, le commencement de son être, et un temps, quel qu'il soit, durant lequel elle n'était pas , l'a convaincue dès là de n'être pas une Église vraiment chrétienne. Voilà notre prétention; et nous ne prétendons pas que , dans cette question , il s'agisse d'une simple formalité. Nous soutenons qu'il s'agit d'un article fondamental , contenu dans ces paroles du Symbole, Je crois F Église catholique; article d'ailleurs de telle importance, qu'il emporte la décision de tous les autres, Mais autant que ce point est décisif, autant est-il cLIr; et on n'en peut pas parler longtemps sans nue le faible paraisse bientôt de part ou d'autre. Disons mieux : lorsqu'un catholique , tant soit peu instruit , entreprend un protestant sur ce point , ce prolestant , quelque habile et quelque subtil qu'il soit, se trouvera infailliblement réduit, non pas toujours à se taire, mais , ce qui n'est pas moins fort que le silence, à ne dire, quand il voudra parler, que de visibles absurdités.
C'est ce qui est ici arrivé à M. Claude, par le seul défaut de sa cause; car on verra qu'il l'a défendue avec toute l'habileté possible, et si subtilement , que je craignais pour ceux qui écoutaient ; car je sais ce qu'écrit saint Paul , de tels discours. Mais enfin, il le faut dire à pleine bouche, la vérité a remporté une victoire manifeste. Ce que M. Claude avoue ruine sa cause : les endroits où M. Claude est demeuré sans réponse sont des endroits qui , en effet, n'en souffrent point.
Et afin qu'on ne dise pas que j'avance ce que je veux, ou que je veux maintenant, contre ce que je viens de déclarer, qu'on m'en croie sur ma parole : deux choses vont faire voir, quelque opinion qu'on veuille avoir de moi , qu'en ce point il faut nie croire nécessairement.
La première, c'est qu'appuyé sur la force de la vérité, et sur la promesse de celui qui dit qu'il nous donnera une bouche et une parole, à laquelle nos adversaires ne pourront pas résister '; partout où M. Claude dira qu'il n'a pas avoué ce que je lui fais avouer dans le récit de la conférence, je nj'engagc, dans une seconde conférence, à tirer de lui encore le même aveu; et partout où il dira qu'il n'est pas demeuré sans réponse, je le forcerai, sans autre argument que ceux qu'il a déjà ouïs, à des réponses si visiblement absurdes, que tout homme de bon sens avouera qu'il valait encore mieux se taire que de s'en être servi.
Et de peur qu'on ne dise (car dans une affaire où il s'agit du salut des âmes, il faut, autant qu'on peut, tout prévenir) : de peur donc, encore une fois, qu'on ne dise que M. Claude peut-être aura pris un mauvais tour, par lequel il se sera engagé dans des inconvénients; je soutiens, au contraire, que cet avantage est tellement dans notre cause, que tout ministre, tout docteur, tout homme vivant succombera de la même sorte à de pareils arguments.
Ceux qui voudront faire cette épreuve verront
• Luc, XXI, 15.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
que ma promesse n'est pas vaine. Que si on dit que je présume de mes forces; maintenant que je m'exa* mine moi-même devant Dieu, si cette présomption m'avait fait parler, je désavouerais tout ce que j'ai dit. Au lieu de me promettre aucun avantage, je me tiendrais pour vaincu , en ne me fiant qu'à mon liras et en mes armes; et, loin de défier les forts, à l'exemple de David', je me rangerais avec ceux dont le même David a chanté, que les flèches des enfants les ont percés, et que leur propre langue, trop faible pour les défendre, s'est enjin tournée contre eux-mêmes*.
L'Instruction que j'offre en général aux prétendus réformés, je l'offre en particulier à ceux du diocèse de Meaux, que je dois porter plus que tous les autres dans mes entrailles. Ceux qui refuseront cette Instruction chrétienne, pacifique, fraternelle et paternelle, autant que concluante et décisive, je leur dirai , comme saint Paul , avec douceur et gémissement, car on ne se console pas de la perte de ses enfants et de ses frères : Je suis net du sang (Teux ious^.
Voilà la première chose qui fera voir que je n'impute rien à M. Claude pour me donner de l'avantage. La seconde, c'est que M. Claude lui-même, au milieu de ce qu'il m'oppose, et parmi tous les tours qu'il donne à notre dispute, avoue encore au fond ce dont il s'agissait entre nous , ou le tourne d'une manière à faire voir qu'il ne peut pas entièrement le désavouer. Mais tout ceci s'entendra mieux quand, après les Instructions et la Conférence, on lira encore les réflexions que je ferai sur l'écrit de M. Claude.
Il faut de l'attention pour prendre toute la suite de ces Instructions : car, quelque facilité qu'il ait plu à Dieu nous faire trouver dans une matière où il montre aux plus ignorants comme aux plus habiles la voie du salut ouverte , il n'a voulu décharger personne de l'attention dont il est capable ; et comme les entretiens qu'on va voir sont nés à l'occasion des articles xix et xx de mon traité de Y Exposition, la lecture de ces deux articles , qui ne coûtera qu'un demi-quart d'heure, facilitera l'intelligence de tout cet ouvrage, quoique j'espère d'ailleurs qu'il se soutiendra par lui-même.
Au reste , cette lecture ne sera pas inutile aux catholiques ; ordinairement ils négligent trop les livres de controverse. Appuyés sur la foi de l'Église, ils ne sont pas assez soigneux de s'instruire dans les ouvrages où leur foi serait confirmée, et où ils trouveraient les moyens de ramener les errants. On n'en usait pas ainsi dans les premiers siècles de l'Église : les traités de controverse , que faisaient les Pères, étaient recherchés par tous les fidèles. Comme la conversation est un des moyens que le Saint-Esprit nous propose pour attirer les infidèles et ramener les errants , chacun travaillait à rendre la sienne fructueuse et édifiante par cette lecture. La vérité s'insinuait par un moyen si doux ; et la conversation attirait ceux qu'une dispute mé-
« /. /Jey.XTH, 45. — ' Psal. LXUI, 8, 9. —^Act. XX, 2».
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tlilée n'aurait peut-être fait qu'aiprrir. Mais afin qu'on lise les ouvrages que nous faisons sur la controverse , comme on lisait ceux des Pères , tâchons, comme les Pères, de les remplir, non-seulement d'une doctrine exacte et saine , mais encore de piété et de charité; et, autant que nous pourrons, corrifjeons les sécheresses , pour ne poi nt dire l'aigreur, qu'on trouve trop souvent dans de tels livres.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
HIMSTRF. DE CIIARE.NTON,
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Mademoiselle de Duras, ayant quelque doute sur j sa reUgion, m'avait fait demander par diverses j personnes de qualité si je voudrais bien conférer en sa présence avec M. Claude. Je répondis que je le ferais de bon cœur, si je voyais que cette conférence fût nécessaire à son salut. Ensuite elle se servit de l'entremise de M. le duc de Richelieu , pour m'inviter à me rendre à Paris le mardi dernier février 1678, et à entrer en conférence le lendemain avec ce ministre , sur la matière dont elle me parlerait. C'était pour me l'indiquer qu'elle souhaita de me voir avant la conférence. Comme je me fus rendu chez elle au jour marqué, elle me fit connaître que le point sur lequel elle désirait s'éclaircir avec son ministre était celui de l'autorité de l'Église, qui lui semblait renfermer toute la controverse. Il me parut qu'elle n'était pas en état de se résoudre sans cette conférence ; si bien que je la jugeai absolument nécessaire.
Je lui dis que ce n'était pas sans raison qu'elle s'attachait principalement, et même uniquement , à ce point , qui renfermait en effet la décision de tout le reste , comme elle l'avait remarqué ; et sur cela je tâchai de lui faire encore mieux entendre l'importance de cet article.
C'est une chose , lui dis-je, assez ordinaire à vos ministres de se glorifier que la créance des fondements de la foi ne leur peut être contestée. Ils disent que nous croyons tout ce qu'ils croient, mais qu'ils ne croient pas tout ce que nous croyons. Ils veulent dire par là qu'ils ont retenu tous les fondements de la foi , et qu'ils n'ont rejeté que ce que nous y avons ajouté. Ils tirent de là un grand avantage , et prétendent que leur doctrine est sûre et incontestable. Mademoiselle de Duras se souvient fort bien de leur avoir souvent ouï tenir de tels discours. Je ne veux sur cela , poursuivis-je , leur faire qu'une remarque: c'est que, loin de leur accorder qu'ils croient tous les fondements de la foi , au contraire , nous leur faisons voir qu'il y a un article du Symbole qu'ils ne croient pas , et c'est celui de l'Église universelle. Il est vrai qu'ils disent de bouche : Je crois l'Église catholique ou universeUe, comme les ariens, les macédoniens et les
sociniens disent de bouche : Je crois en Jésus- Christ et au Saint-Esprit. Mais comme on a raison d'accuser ceux-ci de ne croire pas ces artici s, parce qu'ils ne les croient pas comme il faut , ni selon leur véritable intelligence : sj on montre aux prétendus réff rmés qu'ils ne croient pas comme il faut l'article de l'Église catholique, il sera vrai qu'ils rejetteront en effet un article si important du Symbole.
Mademoiselle de Duras avait lu mon traité de V Exposition , et me fit connaître qu'elle se souvenait d'y avoir vu quelque chose qui revenait a peu près à ce que je lui disais; mais j'ajoutai qu'en ce traité j'avais voulu dire les choses fort brièvement , et qu'il était à propos qu'elle les vît un peu plus au long.
Il faut donc savoir, lui dis-je, ce qu'on entend par ce mot d'Église catholique ou universelle; et, sur cela , je posai pour fondement que dans le Symbole, où il s'agissait d'exposer la foi simplement, il fallait prendre ce terme de la manière la plus propre , la plus naturelle et la plus usitée parmi les chrétiens. Or, ce que tous les chrétiens entendent par le nom d'Église, c'est une société qui fait profession de croire la doctrine de Jésus-Christ, et de se gouverner par sa parole. Si cette société fait cette profession , par conséquent elle est visible.
Que cette signification du nom d'Eglise fût la propre et la naturelle signification de ce nom, celle en un mot qui était connue de tout le monde, et usitée dans le discours ordinaire, je n'en demandais pas d'autres témoins que les prétendus réformés eux-mêmes.
Quand ils parlent de leurs prières ecclésiastiques, de la discipline de l'Église, de la foi de l'Église, des pasteurs et des diacres de l'Église, ils n'entendent point que ce soient les prières des prédestinés, ni leur discipline, ni leur foi; mais les prières, la foi et la discipline de tous les fidèles assemblés dans la société extérieure du peuple de Dieu.
Quand ils disent qu'un homme édifie l'Église, ou qu'il scandalise l'Église, ou qu'ils reçoivent quelqu'un dans l'Église, ou qu'ils excluent quelqu'un de l'Église, tout cela s'entend sans doute de la société extérieure du peuple de Dieu,
Ils l'expliquent ainsi dans la forme du baptême, lorsqu'ils disent qu'ils vont recevoir l'enfant en la compagnie de l'Eglise chrétienne ; et potir cela qu'ils obligent « les parrains et marraines de l'ins- « truire en la doctrine, laquelle est reçue du peu- « pie de Dieu comme elle est, disent-ils, sommai* « rement comprise en la Confession de foi que nour « avons tous; » et encore lorsqu'ils demandent à Dieu , dans leurs prières ecclésiastiques , de délivrer toutes ses Églises de la gueule des loups ravissants : et encore plus expressément dans la Confession de foi, article xxv, quand ils disent « que l'ordre de l'Église, qui a été établie « de l'autorité de Jésus-Christ, doit être sacré, « et pourtant que l'Église ne peut consister, « sinon qu'il y ait des pasteurs qui aient la charge « d'enseigner^ » et dans l'article xxvi , « que nul
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
« ne se doit retirer à part, mais que tous ensem- " ble doivent garder et entretenir l'unité de l'É- « glise, se soumettant à l'instruction commune; » et enfin, dans l'article xxvii, « qu'il faut dis- « cerner soigneusement quelle est la vraie Église, « et que c'est la compagnie des fidèles qui s'accor- « dent à suivre la parole de Dieu et la pure reli- « gion qui en dépend. » D'où ils concluent, article XXVIII, « qu'oii la parole de Dieu n'est pas reçue, « et qu'on ne fait nulle profession de s'assujettir à « icellCi et où il n'y a nul usage des sacrements, « à parler proprement, on ne peut juger qu'il y « ait aucune Église. »
On voit, par tous ces passages, et par l'usage commun des prétendus réformés, que la signification du mot d'Église, propre, naturelle et usitée de tout le monde , est de la prendre pour la société extérieure du peuple de Dieu , parmi lequel, quoiqu'il se trouve des hypocrites et réprouvés^ leur malice, disent-ils , ne peut effacer le titre d'Église, article xxvii. C'est-à-dire que les hypocrites, mêlés à la société extérieure du peuple de Dieu , ne lui peuvent ôter le titre de vraie Église, pourvu qu'elle soit toujours revêtue de ces marques extérieures , de faire profession de la parole de Dieu , et de l'usage des sacrements , comme porte l'art.
Voilà comme on prend l'Église lorsqu'on en parle simplement, naturellement, proprement, sans contention ni dispute ; et si c'est la manière ordinaire de prendrt «fc mot, nous avons raison de dire que c'est celle que les apôtres ont employée dans leur Symbole, où il fallait parler de la manière la plus ordinaire et la plus simple, parce qu'il s'agissait de renfermer en peu de paroles la confession des fondements de la foi.
En effet , il a passé dans le discours commun de tous les chrétiens, de prendre le mot d'Église pour cette société extérieure du peuple de Dieu ; quand on veut entendre, par le mot d'Église, la société des prédestinés, on l'exprime, et on dit l'Église des prédestinés. Quand on veut entendre par ce mol l'assemblée et l'Église des premiers-nés qui sont écrits dans le ciel, on l'exprime nommément comme fait saint Paul '. Il prend ici le mot d'Église dans une signification moins usitée , pour la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, où sont plusieur» milliers d'anges et les esprits des justes sanctifiés, c'est-à-dire pour le ciel, où sont recueillies lésâmes saintes. C'est pourquoi il ajoute un mot pour désigner cette Église; c'est l Église despremiers-}iés, qui ont précédé leurs frères dans la gloire. Mais quand on emploie simplement le mot d'Église sans rien ajouter, l'usage commun de tous les chrétiens, sans en excepter les prétendus réformés, est de le prendre pour signifier l'assemblée , la société , la communion de ceux qui confessent la vraie doctrine de Jésus-Christ. Et d'où vient cet usage de tous les chrétiens , sinon de l'Écriture sainte, où nous voyons en effet le mot d'Église pris com-
* Hcb. XJL 34.
munément en ce sens , en sorte qu'on ne peut nier que ce ne soit la signification ordinaire et naturelle de ce mot ?
Le mot d'Église , dans son origine , signifie assemblée, et s'attribuait principalement aux assemblées que tenaient autrefois les peuples pour entendre parler des affaires publiques. Et ce mot est employé en ce sens aux Actes, xix, lorsque le peuple d'Éphèse s'assenibla en fureur contre saint Paul : L'assemblée et l'Eglise était confuse. Et encore : Si vous demandez quelque chose , cela se pourra conclure dans une assemblée ou Église dûment convoquée. Et enfin : Quand il eut dit ces choses, il renvoya l'Église ou l'assemblée'.
Voilà l'usage du mot d'Église parmi les Grecs et dans la gentilité. Les Juifs et les chrétiens se sont depuis servis de ce mot pour signifier l'assemblée , la société, la communauté du peuple de Dieu, qui fait profession de le servir. Il n'y a personne qui ne connaisse cette fameuse version des Septante , qui ont traduit en grec l'ancien Testament quelques siècles avant Jésus-Christ : de plus de cinquante passages où ce terme se trouve employé dans leur version, il n'y en a pas un seul où il ne se prenne pour quelque assemblée visible; et il n'y en a que très-peu où il ne se prenne pour la société extérieure du peuple de Dieu. C'est aussi le sens où l'emploie saint Etienne, lorsqu'il dit que Moïse fut en l'Église ou dans l'assemblée au désert, avec lange qui parlait à lui', appelant du mot d'Église, selon l'usage reçu par les Juifs, la société visible du peuple de Dieu.
Les chrétiens ont pris ce mot des Juifs, et ils lui ont conservé la même signification , l'employant à signifier l'assemblée de ceux qui confessaient Jésu»- Christ , et faisaient profession de sa doctrine.
Voilà ce qui s'appelle simplement Église, ou l'Église de Dieu et de Jésus-Christ : et de plus de cent passages où ce mot est employé dans le nouveau Testament , à peine y en a-t-il deux ou trois où cette signification lui soit contestée par les ministres; et même dans les endroits où ils la contestent, il est clair que c'est sans raison.
Par exemple , ils ne veulent pas que ce passage de saint Paul , où il est dit que Jésus-Christ s'est fait une Église glorieuse qui n'a ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais qu'elle est sainte et sans tache ^; ils ne veulent, dis-je, pas que ce passage puisse être entendu de l'Église visible, ni même de l'Église sur la terre, parce que l'Église ainsi regardée , loin d'être sans tache, a besoin de dire tous les jours : Pardonnez-nous nos péchés. Et moi je dis, au contraire, que c'est parler manifestement contre l'apôtre , que de dire que cette Église glorieuse et sans tache ne soit pas l'Église visible. Car voyez de quelle Église parle saint Paul : c^ est de celle que Jésus-Christa aimée, pour laquelle il s" est donné, afin de la sanctifier, la purifiant dans Veau où elle est lavée par la parole de vie 4, Cette Église lavée dans l'eau, et purifiée par le baptême,
' Act. XIX, 32, 39, 40. — ' Act. vil, 38. — ' Ephe$. V, >7. - ♦ Ibid.
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cette Église sanptiQée par la parole de vie, soit par celle de la prédication , soit par celle qui est employée dans les sacrements, cette f:glise est sans doute l'Église visible. I.a sainte société des prédestinés n'en est point exclue, à Dieu ne plaise lilsen font la plus noble partie; mais ils sont compris dans ce tout. Ils y sont instruits par la parole, ils y sont purifiés par le baptême; et souvent même des réprouvés sont employés à ces ministères. Il les faut donc regarder dans ce passage, non comme faisant un corps à part, mais comme faisant la plus belle et la plus noble partie de cette société extérieure : c'est cette société que l'apôtre appelle Église. Jésus- Christ l'aime sans doute; car il lui a donné le baptême; il a répandu son sang pour l'assembler ; il n'y a ni appelé, ni justifié, ni baptisé dans cette Église, qui ne soit appelé, justifié et baptisé au nom et par les mérites de Jésus-Christ cruci lié. Cette Égl ise est glorieuse , parce qu'elle glorifie Dieu publiquement, parce qu'elle annonce à toute la terre la gloire de rÉ\^ngileet de la croix de Jésus-Christ. Cette Église est sainte, parce qu'elle enseigne toujours constamment et sans varier la sainte doctrine, qui enfante continuellement des saints dans son unité. Cette Église n'a ni tache ni ride , parce qu'elle n'a ni erreur, ni aucune mauvaise maxime; et encore parce qu'elle instruite! contient en son sein les élus de Dieu, qui , quoique pécheurs sur la terre , trouvent dans sa communion des moyens extérieurs de se purifier, en sorte qu'ils viendront un jour en un état très-parfait devant Jésus-Christ.
Voilà peut-être le seul passage où l'on puisse dire avec quelque sorte d'apparence que le mot d'Église, pris simplement, signifie autre chose que la société extérieure du peuple de Dieu; et vous voyez cependant combien il est clair qu'il se doit entendre comme tous les autres.
Mais quand ainsi serait que ce passage et deux ou trois autres auraient une signification, ou douteuse, ou même éloignée de celle-ci , tous les autres passages y sont conformes. Car, qu'y a-t-il de plus fréquent que les passages où il est dit qu'il faut édifier l'Eglise, qu'on a persécuté l'Église, qu'on loue Dieu au milieu de l'Église, qu'on la salue, qu'on la visite , qu'on y établit des pasteurs et des évêques pour la régir, et autres semblables dont le nombre est infini ?
Ainsi on ne peut nier que cette signification du mot d'Égtise ne soit la signification ordinaire , et celle par conséquent qui devait être suivie dans une Confession de foi aussi simple qu'est le Symbole des apôtres.
C'est dans ce sens que l'a prise tout un grand concile, le premier et le plus saint de tous les conciles universels, lorsque, condamnant Arius, il prononce ainsi : « Tous ceux qui disent que le Fils de « Dieu a été tiré du néant, la sainte Église catho- • lique et apostolique les anathématise '. »
C'est Jésus-Christ lui-même qui nous a appris à croire l'Église en ce sens. Car, pour fonder cette
' Conc. A'»c. />».«/. Symb. Labb. tom. U, col. 27.
BOSSUfT. — TOME IV.
Église, il est sorti du sein invisible de son Père, et s'est rendu visible aux hommes; il a assemblé autour de lui une société d'hommes qui le reconnaissait pour maître : voilà ce qu'il a appelé son Église. C'est à cette Église primitive que les fidèles qui ont cru depuis se sont agrégés, et c'est de là qu'est née l'Église que le Symbole appelle universelle.
Jésus-Christ a employé le mot d'Église pour signifier cette société visible, lorsqu'il a dit lui-même qu'il fallait écouter ri^:glise : Dites-le à C Église ' ; et encore lorsqu'il a dit : Tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes d'enfer n'auront point de force contre elle ».
Pourquoi, disais-je, mademoiselle, pourquoi ceux de votre religion ne veulent-ils pas entendre ici , parle mot d'Église , la société de ceux qui font profession de croire en Jésus-Christ et en l'Évangile; puisqu'il est certain que cette société est en effet la vraie Église , contre laquelle l'enfer n'a jamais eu de force : ni lorsqu'il a employé les tyrans pour la persécuter, ni lorsqu'il a employé les faux docteurs pour la corrompre ?
L'enfer ne prévaudra pas contre les prédestinés; il estcertain : car s'il n'a point de force contre cette société extérieure , à plus forte raison n'en aura-til pas contre les élus de Dieu , qui sont la partie la plus pure et la plus spirituelle de cette Église. ]\Iais par la même raison qu'il ne peut pas prévaloir contre les élus, il ne peut pas prévaloir contre l'Église qui les enseigne, où ils confessent l'Évangile, et où ils reçoivent les sacrements.
C'était cette société extérieure où les élus servent Dieu, qu'il fallait entendre par le mot d'Église, et admirer en même temps la force invincible des promesses de Jésus-Christ, qui a tellement affermi la société de son peuple, quoique faible en comparaison des infidèles qui l'environnaient au dehors, quoique déchirée par les hérétiques qui la divisaient au dedaus, qu'il n'y a pas eu un seul moment où cette Église n'ait été vue par toute la terre.
Mais les prétendus réformés n'ont pas osé soutenir ce sens naturel de l'Évangile. Car ils ont été forcés, pour s'établir, de dire dans leur propre Confession de foi , article xxxi : <> Que l'état de « l'Église a été interrompu, et qu'il l'a fallu dresser « de nouveau, parce qu'elle était en ruine et désola- 0. tion. »
Et en effet, leur Église, quand elle s'est établie, n'est entrée en communion avec aucune autre Église qui filt alors sur la terre ; mais s'est formée en rompant avec toutes les Églises chrétiennes qui étaient au monde.
Ils n'ont donc pas la consolation qu'ont les catholiques , de voir la promesse de Jésus-Christ s'accomplir visiblement, et se soutenir durant tant de siècles. Ils ne peuvent montrer une Église qui ait toujours été depuis que Jésus-Christ est venu pour la bâtir sur la pierre ; et pour sauver sa parole, ils sont obligés d'avoir recours à une Église des pré-
» MaUh. XYii, 17. - » Ibid, XVI, 18.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
(Jpslinés , que ni eux ni personne ne peuvent montrer.
Or Jé.siis-Clirist a voulu montrer quelque chose d'illustre et de clair, quand il a dit que son Église, malgré les enfers, serait toujours invincible : il a, dis-je , voulu montrer quelque chose de clair et d'éclatant , qui pût servir dans tous les siècles d'assurance sensible et palpable de la certitude immuable de ses promesses.
Et en effet , regardons quand il a dit cette parole : Tu es Pierre, et sur celte pierre Je bâtirai vion Église , et les portes d'enfer ne prévmidront point contre elle'. C'est lorsqu'ayant demandé à ses apôtres : Qui dites-vous que je sîcis? Pierre répondit au nom de tous : f^ous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant.
, C'est sur cette illustre Corifession 'de foi , que ]a chair et le sang n'avaient point dictée, mais que le Père céleste avait révélée à Pierre ; c'est, dis-je, sur cette illustre Confession de foi, qu'est fortdée , 'et la dignité de saint Pierre, et la fermeté inébran- 'lable de l'Église. Cette Église , qui confesse que Jésus-Christ est le vrai Fils de Dieu , est celle contre qui l'enfer n'aura jamais de force, qui subsistera sans interruption , malgré les efforts et les ^rtiQces du diable.
Il paraît donc clairement que l'Église dont parle ici Jésus-Christ est une Église confessante, une Église qui publie la foi , une Église par conséquent extérieure et visible. Et voyez aussi ce qu'il ajoute : « Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; « et tout ce que tu auras lié en la terre sera lié « dans le ciel; et ce que tu auras délié en terre « sera délié aux cieux *. »
Quelque chose qu'il faille entendre par ces mots, •soit la prédication , soit les censures ecclésiasti- •ques, ou le ministère des prêtres dans le sacrement de pénitence, comme l'entendent les catholiques, toujours est-il assuré que voilà un ministère extérieur donné à cette Église : c'est donc cette Église qui confesse la foi, et la confesse principalement par la bouche de saint Pierre; c'est cette Église qui use du ministère des clefs , c'est elle qui sera toujours sur la terre , sans que l'enfer puisse jamais prévaloir contre elle.
Et parce que Jésus-Christ voulait qu'elle fût toujours visiblement subsistante , il l'a revêtue de marques sensibles qui doivent toujours durer. Car voici comme il envoie ses apôtres , et ce qu'il leur dit en montant aux cieux : « Allez , et en- « seignez toutes les nations , les baptisant au nom « du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur ap- « prenant à garder tout ce que je vous ai com- • mandé. Et voici, je suis toujours avec vous , jus- « qu'à la fin du monde 3 : » avec vous enseignant, avec vous baptisant, avec vous apprenant à mes fidèles à garder tout ce que je vous ai commandé , avec vous par conséquent exerçant dans mon Eglise un ministère extérieur : c'est avec vous, c'est avec ceux qui vous succéderont, c'est avec la
> I^utth. XVI, J8. - ^ Jbid. 19 - ' Mati^. xxvui, 19, 20.
société assemblée sous leur conduite, que je serai dès maintenant, jusqu'à ce que le monde finisse; toujours, sans interruption, car il n'y aura pas un seul moment oii je vous délaisse; et quoique absent de corps, je serai toujours présent par mon Saint- Esprit.
En conséquence de cette parole, saint Paul nous dit aussi que le ministère ecclésiastique durera, sans discontinuer, jusqu'à la résurrection générale. « Celui qui est descendu, c'est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux , afin qu'il remplît toutes choses. Lui-même donc a établi les uns pour être apôtres, les autres pour être prophètes, les autres pour être évangélistes , les autres pour être pasteurs et docteurs , pour l'assemblage des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps de Christ, jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous dans l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, en homme parfait à la mesure de la parn faite stature de Jésus-Christ • ; » c'est-à-dire jusqu'à ce que nous ayons atteint la perfection de Jésus-Christ, glorifiés en corps et en âme : voilà le terme que Dieu a donné au ministère ecclésiastique.
Les prétendus réformés ne veulent pas que l'Église visible soit celle qui s'appelle le corps de lésus-Christ : quel est donc ce corps, « où Dieu « a établi les uns apôtres, les autres prophètes, « les autres pasteurs et docteurs? » Quel est ce eorps où Dieu a établi plusieurs membres et diverses grâces , « la grâce du ministère, la grâce cr de la doctrine , la grâce de l'exhortation et de « la consolation, la grâce du gouvernement»? » Quel est, dis-je, ce corps, si ce n'est l'Église visible?
Mais ce qui fait que les prétendus réformés ne veulent pas avouer que ce corps de Jésus-Christ , tant recommandé dans l'Écriture, puisse être l'Église visible, c'est qu'ils sont contraints de dire que l'Église visible cesse quelquefois d'être sur la terre; et ils ont horreur de dire que le corps de Jésus-Christ ne soit pas toujours , de peur de faire mourir Jésus-Christ encore une fois.
C'est donc sans difficulté cette assemblée de pasteurs et de peuples, c'est cette Église composée de tant de membres divers , par lesquels s'exercent extérieurement tant de saints ministères; c'est celle-là qui est appelée le corps de Jésus-Christ; c'est à ce corps , assemblé sous le ministère des pasteurs , qu'il a dit en montant aux cieux : roici: Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Celui donc qui est descendu , c'est le même qui est monté, afin qu'il remplît toutes choses, le ciel par sa personne et par sa présence visible, et la terre par son esprit et par son assistance invisible, l'un et l'autre par sa vérité et par sa parole. Et c'est pour continuer, en montant aux cieux. cette assistance promise à son Église, qu'il y a mis
• Eph. IV, 10, II, etc. — ' Rom. XII, 4, etc.
SUR LA MATIÈRE DE L'ÉGLISE
les uns apôtres, les autres évangélistes , les autres pasteurs et docteurs; chose qui doit durer jusfju'à ce que l'œuvre de Dieu soit entièrement accomplie, que nous soyons tous hommes parfaits, et que tout le corps de l'Église soit arrivé à la plénitude et à la perfection de Jésus-Christ.
Ainsi l'ouvrage de Jésus-Christ est éternel sur la terre. L'Église fondée sur la confession de la foi sera toujours, et confessera toujours la foi : son ministère sera éternel : elle liera et déliera jusqu'à la fin du monde, sans que l'enfer l'en puisse empêcher ; elle ne discontinuera jamais d'enseigner les nations : les sacrements, c'est-à-dire les li\Tées extérieures dont elle estrevêtue, dureront toujours. « Enseignez et baptisez les nations , et je serai « toujours avec vous '.Toutes les fois que vous « mangerez de ce pain, et que vous boirez de « cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur, « jusqu'à ce qu'il vienne '. » Avec la cène durera et la confession de la foi , et le ministère ecclésiastique, et la communion extérieure et intérieure des fidèles avec Jésus-Christ, et des fidèles entre eux , et jusqu'à ce que Jésus-Christ vienne. La durée de l'Église et du ministère ecclésiastique n'a point d'autres bornes.
Ce n'est donc pas seulement la société des prédestinés qui subsistera à jamais , c'est le corps visible où sont renfermés les prédestinés; qui les prêche, qui les enseigne, qui les régénère par le baptême, qui les nourrit par l'eucharistie, qui leur administre les clefs, qui les gouverne et les tient unis sous la discipline, qui forme en eux Jésus- Christ : c'est ce corps visible qui subsistera éternellement.
Et c'est pourquoi dans le Symbole des apôtres , où l'on nous propose à croire les fondements de la foi , on nous dit en même temps de croire au Père , et au Fils , et au Saint-Esprit , et de croire la sainte Église catholique, et la communion des saints : communion intérieure par la charité, et dans le Saint-Esprit qui nous anime, je. l'avoue; mais en même temps communion extérieure dans les sacrements, dans la confession de la foi, et dans tout le ministère extérieur de l'Église.
Et tt)ut ce que nous venons de dire est renfermé dans cette parole : Je crois l'Église universelle. Ou la croit dans tous les temps ; elle est donc toujours : on la croit dans tous les temps ; elle enseigne donc toujours la vérité.
Vos ministres veulent que nous croyions que c'est autre chose de croire l'Église, c'est-à-dire croire qu'elle soit ; autre chose de croire à l'Église , c'est-à-dire croire à toutes ses décisions. Mais cette distinction est frivole. Qui croit que l'Église est toujours, croit qu'elle est toujours confessant et enseignant la vérité. C'est à l'Église qui confesse la vérité, que Jésus-Christ a promis que l'enfer n'aurait point de force contre elle. Jamais donc la vérité ne cessera d'y être confessée ; et par conséquent en
» Matt. XXVHI, 19, ao. — » /. Cor. XI, 26.
croyant qu'elle est, on assure qu'elle est toujours croyable.
En effet, il ne suffit pas , pour conserver le nom d'Église, de retenir quelques points de la doctrine de Jésus-Christ : autrement les ariens, lespélagiens, les dunatistes, les anabaptistes et les suciniens seraient de l'Église. Ils n'en sont pas toutefois : à Dieu ne plaise que nous appellions du nom d'Église cette confusion! Il ne faut donc pas seulement que l'Église conserve quelque vérité : il faut qu'elle conserve et qu'elle enseigne toute vérité ; autrement elle n'est pas l'Église.
Il ne sert de rien de distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres. Car tout ce que Dieu a révélé doit être retenu. Il ne nous a rien révélé qui ne soit très-important pour notre salut. Je suis le Seigneur, gui t'enseigne des choses utiles '. Il faut donc trouver dans la foi que l'Église enseigne, la plénitude des vérités révélées de Dieu ; autrement, ce n'est plus l'Église que Jésus-Christ a fondée.
Que les particuliers puissent ignorer quelques articles , je le confesse aisément : mais l'Église ne tait rien de ce que Jésus-Christ a révélé; et c'est pourquoi les fidèles qui ignorent certains articles en particulier, les confessent néanmoins tous en général , quand ils disent : Je crois l'Église universelle.
Voilà cette Église, disais-je, que vos ministres ne connaissent pas. Ils vous enseignent que cette Église \isible et extérieure peut cesser d'être sur la terre; ils vous enseignent que cette Église peut errer dans ses décisions ; ils vous enseignent que croire à cette Église, c'est croire à des hommes : mais ce n'est pas ainsi que l'Église nous est proposée dans le Symbole. On nous y propose de la croire , comme nous croyons au Père, au Fils, et au Saint-Esprit; et c'est pourquoi la foi de l'Église est jointe à la foi des trois personnes divines.
Ces choses ayant été dites à diverses reprises, mais à peu près dans cette suite, j'ajoutai que notre doctrine était si véritable sur ce point, que les prétendus réformés , qui la niaient, n'ont pu la nier tout à fait : c'est-à-dire que leurs synodes agissent d'une manière à faire entendre qu'ils exigent, aussi bien que nous , une soumission absolue à l'autorité et aux décrets de l'Église.
Là, je fis voir à mademoiselle de Duras les quatre actes de messieurs de la religion prétendue réformée, que j'ai marqués dans V Exposition, article xx. Elle les y avait vus; mais je les lui fis lire dans le livre même de la Discinline.
Le premier est tiré du chapitre v , titre des Consistoires, article xxxi, où il est porté , r. Que les « débats pour la doctrine seraient terminés par la « parole de Dieu, s'il se peut, dans le consistoire; « sinon, que l'affaire serait portée au colloque , de « là au synode provincial , et enfin au national , où « l'entière et finale résolution se ferait par la parole « de Dieu , à laquelle , si on refusait d'acquiescer
' Is. XLVIII, 47.
COISFÉRENCE AVEC M. CLAUDE,
« de point en point, et avec exprès désaveu de ses » erreurs, on serait retrancliéde l'Église. »
Ce n'est donc pas, disais-je, à la seule parole de Dieu précisément comme telle, qu'appartient l'entière et finale résolution, puisqu'après qu'elle est j)roposée l'appel est permis; mais à la parole de Dieu en tant qu'expliquée et interprétée par le dernier jugement de l'Église.
Le second acte est tiré du synode de Vitré , rapporté dans le livre de la Discipline. Il contient la lettre d'envoi que font toutes les Églises quand elles députent au synode national : en voici les termes : « Nous promettons devant Dieu de nous soumettre « à tout ce qui sera résolu en votre sainte assem- « blée, persuadés que nous sommes que Dieu y «.présidera, et vous conduira par son Saint-Esprit « en toute vérité et équité par la règle de sa pa- « ro1e. ^ Cette persuasion, disais-je, si elle est seulement fondée sur une présomption humaine, ne peut pas être la matière d'un serment si solennel, par lequel on jure de se soumettre à une résolution qu'on ne sait pas encore : elle ne peut donc être fondée que sur une promesse expresse que le Saint- Esprit présidera dans le dernier jugement de l'Église, et les catoliques n'en disent pas davantage.
Le troisième acte , qui se trouve encore dans le même livre de la Discipline, est la condamnation des indépendants, sur ce qu'ils disaient que chaque Église se devait gouverner elle-même sa/is aucune dépendance de personne en matières ecclésiastiques. Cette proposition fut déclarée, au synode de Charenton , « autant préjudiciable à l'état « qu'à l'Église. » On y jugea « qu'elle ouvrait la « porte à toute sorte d'irrégularités et d'extrava- « g9Dces, en ôtait tous les remèdes, et donnait « lieu à former autant de religions que de parois- « ses. » Mais, disais-je, quelques synodes qu'on tienne , si on ne se croit pas obligé à y soumettre son jugement, on n'évite pas les inconvénients des indépendants , et on laisse la porte ouverte à établir autant de religions , je ne dis pas qu'il y a de paroisses , mais qu'il y a de têtes. On en vient donc par nécessité à cette obligation de soumettre son jugement à ce que l'Église catholique enseigne. Ces trois actes sont tirés du livre de la Discipline, imprimé à Charenton, l'an 1667.
Le quatrième se trouve dans un livre de M. Blondel, intitulé .ictes authentiques, imprimé à Amsterdam par Blaeu, l'an 16.55.
C'est une résolution du synode national de Sainte- Foi, 1578, qui nomme quatre ministres pour se trouver à une assemblée où se devait traiter la réunion avec les luthériens , en dressant un Formulaire de profession de foi commune. On donne pouvoir à ces ministres « de décider tout point de « doctrine et autres qui seront mis en délibération, • et de consentir à cette Confession de foi , sans « même en communiquer davantage aux Églises, « si le temps ne permet pas de le faire. » De cet acte, je concluais deux choses : l'une, que tout le svnode compromet sa foi entre les mains de quatre particuliers, chose bien plus extraordinaire que
de voir des particuliers se soumettre à toute l'Église : l'autre, que l'Église prétendue réformée est encore peu assurée de sa Confession de foi , puisqu'elle consent qu'on la change , et cela dans des points aussi importants que sont ceux qui font la dispute avec les luthériens, dont l'un est la réalité. Si les prétendus réformés espéraient que les luthériens revinssent à eux, il n'y avait nul besoin d'une nouvelle Confession de foi. Ainsi ce qu'on prétendait, c'est que, les uns et les autres demeurant dans leur sentiment, on fît une Confession de foi dont les deux partis pussent convenir; ce qui ne se pouvait faire sans ajouter ou sans supprimer .quelque chose d'essentiel dans une Confession de foi qu'on nous donne comme n'enseignant que la pure parole de Dieu.
Mademoisellede Duras m'avoua qu'ayant vu dans mon traité ces actes et mes réflexions, qui sont le.s mêmes que celles que je venais de lui faire, elle ne savait qu'y répondre; et que pour cela elle souhaitait d'entendre ce que répondrait M.Claude, tant sur ces actes que sur les autres difficultés qui regardent l'autorité de l'Église.
Je lui dis qu'encore que ceux de sa religion agissent comme tenant l'autorité de l'Église infaillible et incontestable , il était vrai qu'ils niaient cette infaillibilité ; et j'ajoutai que c'était une maxime constante dans sa religion, que tous les particuliers, pour ignorants qu'ils fussent , étaient obligés de croire qu'ils pouvaient mieux entendre l'Écriture sainte que tous les conciles , et que tout le reste de l'Eglise ensemble. Elle parut étonnée de cette proposition : mais j'ajoutai qu'on croyait encore dans sa religion quelque chose de bien plus étrange, qui était qu'il y a un point où un chrétien est obligé de douter si l'Écriture est inspirée de Dieu ; si l'Évangile est une vérité, ou une fable ; si Jésus-Christ est un trompeur, ou le docteur de la vérité. Comme elle parut encore plus étonnée de cette proposition, je l'assurai que tantcelle-là que l'autre, que je venais de lui dire , étaient des suites nécessaires de la doctrine reçue dans leur religion sur l'autorité de l'Église et que je ne doutais point que je ne puisse M. Claude à les avouer.
Je lui expliquai les raisons de ce que j'avais avancé, et lui fis voir en même temps que la marque de fausseté c'était, parmi eux, de voir que d'un côté ils niassent qu'il faillit croire, sans examiner, ce que l'Église décidait; et que de l'autre ils fussent forcés, pour établir l'ordre, d'attribuer à l'Église l'autorité qu'ils lui auraient déniée.
Elle me fit connaître qu'elle entendait ce raisonnement, et qu'elle se souvenait de l'avoir lu dans mon livre ; mais qu'encore qu'elle ne vît rien à y répondre, elle avait peine à croire qu'on n'y répondît pas dans sa religion.
Madame la comtesse de Roye vint dire que M. Claude, qui avait promis de se trouver avec moi le lendemain , avait reçu défense de le faire , et ne le pouvait plus. Mademoiselle de Duras témoigna être fort mécontente de ce procédé. Je voulus me retirer, et la laisser avec madame sa scu.r; m;»u
SUR LA MATIERE DE [/ÉGLISE
fi.We me pria de lui dire ce que je venais de lui représenter. Je le fis en peu de mots , et répondis à quelques objections qui me furent faites.
Le lendemain matin , mademoiselle de Duras vint en mon logis, avec un honnête homme de sa religion, que je connaissais, nommé M. Coton. Elle s'était servie de lui pour engager M. Claude à la conférence, et il luiavait rapporte queM. Claude l' îvait acceptée. Elle me pria de redire ce que j'avais dit la veille. Je le fis , et M. Coton avoua qu'il ne savait que répondre, et qu'il avait grande passion d'entendre M. Claude sur cela. Lui et mademoiselle de Duras me firent quelques objections sur les révoltes fréquentes du peuple d'Israël, qui avait si souveht abandonné Dieu, les rois et tout le peuple , comme parle la sainte Écriture ; pendant quoi le culte public était tellement éteint, qu'Élie croyait être le seul serviteur de Dieu, et qu'il n'apprit que de Dieu même qu il s'ét-ait réservé sept mille hommes qui n'avaient point fléchi le genou devant lîaal ' .
A cela je répondis que pour ce qui regardait Élie , il n'y avait aucune difficulté, puisqu'il paraît par les termes mêmes qu'il ne s'agissait que d'Israël, où Élie prophétisait; et que le culte divin, loin d'être éteint en Juda dans ce temps-là, y était , sous le règne de Josaphat, dans le plus grand lustre où il eût été depuis Salomon. La chose passa pour constante, et je remarquai seulement combien peu de bonne foi il y avait aux ministres de produire toujours ce passage, après que le cardinal du Perron y avait donné une réponse si décisive.
Quant à ce qui était arrivé dans Juda même, je dis que je voulais faire l'objection encore plus forte qu'on ne me la faisait , en considérant l'état du peuple de Dieu sous Acliaz», qui ferma le temple, fit sacrifier aux idoles par Urie, prêtre du Seigneur, et remplit Jérusalem d'abominations; et ensuite sousManassès^ , qui enchérit sur les impiétés d'Achaz. JNIais pour montrer que tout cela ne faisait rien à la question , je priai seulement qu'on remarquât qu'Isaïe, qui avait vécu durant tout le règne d'Achaz , pour toutes ces abominations du roi, du prêtre Urie, et presque de tout le peuple, ne s'était jamais séparé de la communion de Juda, non plus queles autres prophètes qui avaient vécu en ce temps et dans tous les autres : ce qui montre qu'il y atoujours un peuple de Dieu, de la communion duquel il n'est jamais permis de se séparer.
Il est écrit aussi que, du temps de Manassès, Dieu parla par la bouche de tous ses prophètes < , et menaçait ce roi impie et tout le peuple. Mais ces prophètes , qui reprenaient et détestaient les impiétés de ce peuple, ne se séparaient pas de la communion.
Et pour voir la chose à fond , il faut , disais-je, considérer la constitution de l'ancien peuple. Il avait cela de propre, qu'il se multipliait par la génération charnelle, et que c'était par là que s'en
« ;//. Rpg. XIX, 18. — » ir. Reg. xvi. //. Paralip. xxviir. — J if'. Rea- xw II' Paralip. xx^ut- * IF. Reg. %xi, 10.
JÎ4t
faisait la succession, aussi bien qyio celle du sac-fdoce ; que ce peuple portait en sa chair la marque de l'alliance, c'est-à-dire la circoncision, que nous ne lisons point avoir jamais été discontinuée- et qu'ainsi qu.md les pontifes, et presque tout le peuple aurait prévariqué, l'état du peuple de Dieu subsistait toujours dans sa forme extérieure, bon gré mal gré qu'ils en eussent. Il ne pouvait non pkis arriver aucune interruption dans le sacerdoce que Dieu avait attaché à la famille d'Aaron. .Mais il n'en est pas de même dans le nouveau peuple, dont la forme extérieure ne consistait en autre chose qu'en la profession de la doctrine de Jésus-Christ : de sorte que, si la confession de la vraie foi était éteinte un seul moment, l'Kglise, qui n'avait de succession que par la continuation de cette profession, serait tout i» fait éteinte, sans pouvoir jamais ressusciter dans son peuple ou dans ses pasteurs que par une nouvelle mission.
J'ajoutai, au reste, que je ne voulais pas dire que la vraie foi et le vrai culte de Dieu pût être tout à fait aboli dans le peuple d'Israël , en sorte que Dieu n'eût plus de vrais serviteurs sur la terre. Mais je trouvais au contraire, premièrement , qu'il était clair que, malgré la corruption, Dieu.se réservait toujours un assez grand nombre de serviteurs qui ne participaient pas à l'idolâtrie. Car si cela était en Israël schismatique et séparé du peuple de Dieu, comme Dieu même le déclare à Élie, à plus forte raison en Juda, que Dieu s'était réservé pour perpétuer son peuple et son royaumejusqu'au temps du Messie. Lors donc qu'il était écrit que le roi et tout le peuple avaient abandonné la loi de Dieu, il fallait entendre non tout le peuple sans exception, mais une grande partie, et , si l'on veut , la plus grande partie dupeuple; ceque les ministres neniaientpas. i" Qu'il ne fallait pas s'imaginer que les serviteurs de Dieu et la vraie foi se conservassent seulement en secret; mais que, dans toute la succession de l'ancien peuple, la vraie doctrine avait toujours éclaté. Carilya eu une continuelle succession de prophètes, qui, loin d'adhé' rer aux erreurs du peuple ou de les dissimuler, s'élevait contre avec force; et cette succession était si continuelle , que le Saint-Esprit ne craint point de dire que Dieu se relevait de nuit et dès le matin, et avertissait tous les jours son peuple par la bouche de ses prophètes ' : expression lapins puissante qui se puisse imaginer pour faire voir que lavraie foi n'a jamais été un seul moment sans publication, ni le peuplesans avertissement. Qu'ainsi ne soit, nous venons de voir que, dans tout le règne d'Achaz, Isaïe n'avait cessé de prophétiser; et sous Manassès, où il semble que l'abomination fût montée au comble, puisque ni la pénitence de ce roi, ni la sainteté de Josias, son petit- fils, ne purent faire rétracter la sentence donnée contre ce peuple, Dieu se souvenant toujours des. abominations de Manassès : dans ce temps, dis-je, nous avons vu que Dieu faisait parler ses prophètes; et qu'une grande partie du peuple les ait suivis publiquement, il paraît en ce que ce prince
' U. Paralip. xwvi, 15. Jcr. xi, 1 xw, 3, 4.
impicjit regorger Jérusalem de sang innocent ' ; marque certaine qu'il trouva une grande résistance à ses idolâtries. On tient même qu'il fit mourir Isaïe comme ses prédécesseurs avaient fait mourir les autres prophètes qui les reprenaient; et cette histoire s'est conservée dans l'anciennetradition, conforme à la parole de notre Seigneur, qui reproche aux Juifs d'avoir fait mourir les prophètes ^ ; et au discours de saint Etienne, qui diUqu'il n'y a aucun prophète qu'ils n'aient persécuté^.
Ces prophètes faisaient partie du peuple de Dieu ; ces prophètes retenaient dans le devoir une partie considérahle et des prêtres et du peuple même ; ces prophètes, qui confirmaient leur mission par des miracles visibles , empêchaient que la corruption ne gagnât tout; et pendant qu'une effroyable multitude t>t peut-être le gros de la Synagogue était entraîné dans l'idolâtrie, ils conservaient la tradition de la vérité dans le peuple d'Israël.
Ézéchiel, qui parut un peu après, nous le fait voir, lorsqu'il parle « des prêtres et des lévites en- « fants de Sadoc, qui, dans le temps de l'égarement « des enfants d'Israël , ont toujours observé les cé- « rémonies du sanctuaire 4. Ceux-là, poursuit-il, me « serviront, et paraîtront devant moi pour m'offrir V des victimes, dit le Seigneur. » La succession, non-seulement celle de la chair , mais encore celle de la foi et du ministère, s'était conservée dans ces prêtres et dans ces lévites, que la grâce de Dieu et la prédication des prophètes avaient retenus dans le service.
Et il faut remarquer que Dieu n'a jamais fait plus éclater ce ministère des prophètes , que lorsque l'impiété semblait avoir pris le dessus ; en sorte que, dans le temps où le moyen ordinaire d'instruire le peuple était non pas détruit , mais obscurci , Dieu préparait les moyens extraordinaires et miraculeux.
A cela on peut ajouter que ce moyen extraordinaire , c'est-à-dire le ministère prophétique , avant la captivité, était comme ordinaire au peuple de Dieu , où les prophètes faisaient comme un ordre toujours subsistant , d'où Dieu tirait continuellement des hommes divins, par la bouche desquels il parlait lui-même hautement et publiquement à tout son peuple.
Depuis le retour de la captivité jusqu'à Jésus- Christ, il n'y eut plus d'idolâtrie publique et durable. On sait ce qui arriva sous Antiochus l'Illustre; mais on sait aussi le zèle de Mathatias, et le grand nombre de vrais fidèles qm se joignit à sa maison, et les victoires éclatantes de Judas le Machabée , et de ses frères : sous eux et leurs successeurs, la profession de la vraie foi dura jusqu'à Jésus-Christ. A la fin , les pharisiens introduisaient dans la religion et dans le culte beaucoup de superstitions. Comme la corruption allait prévaloir , Jéf us-Christ parut au monde.
Jusqu'à lui la religion s'était conservée. Les doc-
• fy. Reg. XXI, 16. — » Matih. xxiii, 31, 37. — ' Act. vu, va, -rr-* £zech. XLIV, J5
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
teurs de la loi avaient beaucoup de maximes et de pratiques pernicieuses, qui gagnaient et s'établissaient peu à peu : elles devenaient communes, mais elles n'étaient pas passées en dogmes de la Synagogue. C'est pourquoi Jésus-Christ disait encore : Les scribes et les pharisiens so7it assis sur la chaire de Moise ; faites donc tout ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas selon leurs œuvres • . jj ne cessa d'honorer le ministère des prêtres : il leur renvoya les lépreux , selon les termes de la loi : il fréquenta le temple; et, en reprenant les abus, ii demeura toujours attaché à la communion du peupie de Dieu et à l'ordre du ministère public.
On en vint enfin au point de la chute et de la réprobation de l'ancien peuple, marquée par les Écritures et par les prophètes, lorsque la Synagogue condamna Jésus-Christ et sa doctrine. Mais alors Jésus-Christ avait paru : il avait commencé dans le sein de la Synagogue à assembler son Église , qui devait subsister éternellement.
Il est donc constant, premièrement, qu'il y a toujours eu un corps visible du peuple de Dieu, continué par une succession non interrompue, de la communion duquel il n'a jamais été permis de se séparer. 2° Toujours une succession de pontifes et de prêtres descendus d'Aaron, et de lévites sortis de Lévi , sans que jamais on ait eu besoin que Dieu suscitât des gens d'une façon extraordinaire. 3" Il n'est pas moins constant que la vraie foi a toujours été publiquement déclarée, sans qu'on puisse alléguer un seul moment où la profession n'en ait été aussi claire que la lumière du soleil : chose qui fait voir combien on se trompe, quand on croit que, pour maintenir l'état extérieur de l'Église, il suffit de pouvoir nommer de temps en temps de prétendus docteurs de la vérité. Car s'il y a quelque temps où la profession de la foi ait cessé dans l'Église, son état est pire que celui de la Synagogue, d'autant plus que dès là elle perd la succession, ainsi que je viens de dire.
Après quej'eus dit ces choses, on employa quelque temps à les repasser ; et cependant madame la comtesse de Roye vint dire que M. Claude consentait à la conférence, qui serait, si je l'agréais, chez elle, sur les trois heures.
Je fus au rendez-vous, où je rencontrai M. Claude. On commença par des honnêtetés réciproques, et il témoigna de sa part un grand respect. Après cela j'entrai en matière , en demandant l'explication des quatre actes transcrits dans mon livre, et mentionnés ci-dessus.
Après que j'eus expliqué la difficulté en peu de mots , telle qu'elle est proposée dans Y Exposition, et que je l'avais répétée à mademoiselle de Duras, j'ajoutai que M. Claude devait être dautant plus prêt à y répondre, que je ne lui disais rien de nouveau, puisqu'apparemment le traité de Y Exposition était tombé entre ses mains; et que c'était une grande satisfaction, que, dans un entretien de la nature de celui-ci , on pût s'assurer qu'il m'y aurait point de surprise.
' 3iaUh. xxni, 1,2,3.
SUR LA MATIÈRE DE LÉGLISE
M. Claude prit la pan)le , et après avoir réitéré toutes les honnêtetés qu'il avait faites, en termes encore plus civils , il déclara d'abord que tout ce que j'avais objecté de leur discipline et de leurs synodes dans mon Traité, et encore à présent, était rapporté de très-bonne foi, sans rien altérer dans les paroles : mais que pour le sens il me priait de trouver bon qu'il me dît qu'encore qu'il y eût, ainsi que Je l'avais remarqué , comme divers degrés de juridiction établis dans leur discipline , la force de la décision devait être rapportée partout à la seule parole de Dieu. Quant à ce que j'objectais, que la parole de Dieu avait été proposée dans le consistoire, dont on pouvait appeler; d'où il s'ensuivait, avaisje inféré, que la décision dernière, dont il n'y a plus d'appel , appartenait à la parole de Dieu , non prise en elle-même, mais en tant que déclarée par le dernier jugement de l'Église : ce n'était pas là leur pensée; car ils tenaient que la décision était attachée tout entière à la pure parolede Dieu, dont l'Église dans ses assemblées premières et dernières ne faisait que ^indication : mais que ces divers degrés avaient été établis pour donner le loisir à ceux qui erraient, de se reconnaître. C'est pourquoi on ne procédait pas d'alwrd par excommunication , le consistoire espérant qu'une plus grande assemblée, telle que serait le colloque, et ensuite le synode provincial, composé d'un plus grand nombre de personnes , peut-être plus respectées, et en tout cas moins suspectes au contredisant, le disposeraient à entendre la vérité. Que le colloque et le synode provincial usaient de pareille modération, par la même raison de charité : mais qu'après que le synode national avait parlé, comme c'était le dernier remède humain, il n'y avait plus rien à espérer, et qu'on procédait aussi à la dernière sentence , en usant de l'excommunication comme du dernier effort de la puissance ecclésiastique. Que de là il ne fallait pas conclure que le svnode national se tînt infaillible , non plus que les précédentes assemblées; mais seulement qu'après avoir tout tenté , on venait au dernier remède.
Pour la promesse qu'on faisait avant le sraode national, qu'elle n'était fondée que sur l'espérance qu'on avait que l'assemblée suivrait la parolede Dieu, et que le Saint-Esprit y présiderait , ce qui ne marquait pas qu'on en eût une entière certitude; et au reste que le terme , persuadés que , c'était une manière honnête d'exprimer une condition , sans blesser la révérence d'une si grande assemblée , ni la présomption favorable qu'on devait avoir pour son procédé.
Quant à la condamnation des indépendants , il me pria d'observer que , sur l'autorité de l'Église et de ses assemblées , il y avait quelque chose dont ceux de sa religion convenaient avec nous, et quelque chose dont ils convenaient avec les indépendants: avec nous, que les assemblées ecclésiastiques étaient nécessaires et utiles, et qu'il fallait établir quelque subordination : avecles indépendants , que ces assemblées, pour nombreuses qu'elles fussent , n'étaient pas pour celainfaillibles. Cela étant, qu'ils
avaient dû condamner les indépendants , qui , nonseulement niaient l'infaillibilité, mais encore l'u* tilité et la nécessité de ces assemblées et de cette subordination. C'est en cela , disait-il , que consiste l'indépendantisme , si on peut user de ce mot. Q ajouta que le soutenir, c'était en effet renverser l'ordre , et donner lieu à autant de religions qu'il y avait de paroisses, parce qu'on ôtait par-là tous les moyens de convenir. D'où il concluait qu'encore qu'on fût d'accord que les assemblées ecclésiastiques n'étaient pas moyens infaillibles, c'était assez pour les maintenir et condamner les indépendants, que ce fussent moyens utiles.
Pour le synode de Sainte- Foi , qu'il s'agissait, ou de rendre les luthériens plus dociles , en les faisant , disait-il , rapprocher de nous , ou , en tout cas , d'établir une tolérance mutuelle; ce qui n'obligeait pas de rien supprimer ou ajouter dans la Confession de foi, qui fut toujours tenue pour inébranlable. Et qu'au reste, quoiqu'on eût donné plein pouvoir à quatre mim'stres, je savais bien que tels actes étaient toujours sujets à ratification, en cas que les procureurs eussent outrepassé leurs instructions : témoin les ratifications nécessaires dans les traités accordés par les plénipotentiaires des princes, et autres exemples semblables, où il y a toujours une condition d'obtenir du prince la ratification ; condition qui , sans être exprimée , est attachée naturellement à de telles procurations.
Après avoir dit ces choses par un discours assez long , fort net et fort composé , il ajouta qu'il croyait» équitable comme j'étais, que je voudrais bien lui avouer que de même que dans les choses où j'aurais à lui expliquer nos sentiments et nos conciles, par exemple, celui de Trente, il était juste qu'il s'en rapportât à ce que je lui en dirais ; aussi était-il juste que je m'en rapportasse à lui dans l'application qu'il nous donnait des articles de leur discipline et des sentiments de leur religion, étant certain qu'il n'y en avait point d'autres parmi eux que ceux qu'il nie venait d'exposer.
Je repris , sur ce dernier n>ot , que ce qu'il disait serait véritable, s'il s'agissait simplement d'expliquer leurs rites, si on pouvait user de ce mot , et la manière d'administrer laparole ou les sacrements, ou de tenir les synodes ; qu'en cela je le croirais , comme mieux instruit : mais qu'ici je prétendais qu'il leur étaitarrivé comme à tous ceux qui sont dans l'erreur: c'est de tomber en contradiction , et d'être forcés à établir ce qu'ils avaient nié. Que je savais qu'ils niaient qu'il fallût se soumettre , sans examiner, au jugement de l'Église ; mais qu'en même temps je prétendais cette infaillibilité si nécessaire, que ceux mêmes qui la niaient en spéculation ne pouvaient s'empêcher de l'établir dans la pratique, s'ils voulaient conserver quelque ordre parmi eux. Au reste , que s'il s'agissait ici de montrer quelque contradiction dans les sentiments de l'Église catholique, ja ne prétendrais pas l'obliger à recevoir l'explication que je lui donnerais de ses sentiments et de ses conciles , et qu'alors il lui serait libre de tirer de leuxa.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
paroles telle induction qu'il lui plairait; qu'aussi ne pensais-je pas qu'il m'en refusât autant : de quoi il convint sans difficulté.
Je n'avais pas dessein de m'arrêter beaucoup sur le synode de Sainte-Foi , qui m'eilt, ce me semblait, jeté trop loin des deux propositions dont je voulais tirer l'aveu. .Te répondis donc seulement, que je me rendais à la raison qu'il al léguait sur la nécessité d'une ratification, quoiqu'en matière de foi tels pouvoirs et tels compromis fussent un peu extraordinaires ; et qu'au reste , je voulais bien croire que le dessein du synode n'avait pas été que les députés renversassent tout. Mais que ce qui me touchait, et à quoi il nesemblait pas qu'il eût répondu , c'est que le synode avait douté de sa Confession de foi , puisqu'il permettait d'en feire une autre : et que je ne voyais pas comment cela s'accordait avec ce qu'on nous dit encore , que cette Confession de foi ne contenait autre chose que la pure parole de Dieu , à laquelle tout le monde sait qu'il n'y a rien à changer. Quant à ce qu'il avait dit, qu'il s'agissait, ou de ramener les luthériens à des sentiments plus équitables, ou , en tout cas, d'établir une tolérance mutuelle; deux choses y résistaient : 1" Qu'il était parlé d'un pouvoir de décider tout point de doctrine : ce qui regardait manifestement la réalité, dont les luthériens n'avaient jamais voulu se relâcher. 2" Que, pour établir une tolérance mutuelle, il nefallait pas dressarune Confession de foi commune; mais seulement établir cette tolérance par un décret synodal , eonune on avait fait à Charenton.
M. Claude répondit que le point de doctrine à décider était, si on pouvait établir une tolérance mutuelle, et que la Confession de foi commune n'eût fait autre chose qu'énoncer cette tolérance : ce qu'il ne niait pas pouvoirêtrefait dans un synode, comme il fallait que je convinsse qu'il pouvait se faire aussi par une Confession de foi , où il y en aurait un article exprès.
Je lui répondis que cela ne s'appellerait jamais une Confession de foi commune , et lui demandai s'il croyait que les luthériens, ou eux, dussent retrancher quelque chose de ce que disaient les uns pour la réalité , et les autres contre. Il dit que non; et delà, disais-je, chacun demeurerait dans les termes de sa Confession de foi , sans qu'il y eût rien de commun que l'article de la tolérance. Il y avait, dit-il , beaucoup d'autres points dont nous convenions. D'accord, répondis-je; mais ce n'était plus sur ces points qu'il y avait à s'accorder : il s'agissait du point de la réalité et de quelques autres , sur quoi on ne pouvait faire de Confession de foi commune sans que l'un des partis changeât, ou que tous les deux convinssent d'expressions ambiguës, que chacun tirerait à ses sentiments ; chose tentée plusieurs fois, comme M. Claude lui-même en conviendrait de bonne foi. 11 en demeura d'accord , et rapporta même l'assemblée de Marpourg , et quelques autres tenues pour ce sujet. Je conclus donc que j'avais raison de croire que le synode de Sainte-Foi avait un pareil dessein, et que c'eût été se moquer du
monde , que d'appeler Confession de foi commune celle qui eût fait paraître de si manifestes oppositions sur des points si importants de la doctrine chrétienne. A quoi j'ajoutai encore, qu'il était d'autant plus certain qu'il s'agissait en effet d'une Confession de foi , comme je disais, que les luthériens s'étant déjà expliqués plusieurs fois contre la tolérance, il n'y avait rien à espérer d'eux , que par le moyen dont je parlais. La chose en demeura là; et je dis seulement , qu'après cela chacun n'avait qu'à penser ce qu'il devait croire en sa conscience , d'une Confession de foi que tout un synode national avait consenti de changer.
Lorsque M. Claude avait dit que le serment de se soumettre au synode national enfermait une condition, j'avais interrompu par un petit mot. Oui , disais-je, ils espéraient bien du synode , sans certitude toutefois; et en attendant l'événement, ils ne laissaient pas de jurer de se soumettre. M. Claude m'ayant ici averti que je l'avais interrompu, et me priant de lui permettre de dire tout , je me tus. Mais après avoir discuté l'affaire de Sainte-Foi, je lui dis qu'il me semblait nécessaire, avant que de passer outre , que je lui disse en peu de mots ce que j'avais conçu de sa doctrine , afin que nous ne parlassions point en l'air. Je lui dis donc : Vous dites, monsieur, que ces mots : « Persuadés que nous sommes « que Dieu y présidera, et vous conduira, par son « Saint-Esprit, en toute vérité et équité par la règle « desa parole, «sont une manière honnêtede proposer une condition. Il en convint. Réduisons donc , reprisje , la proposition en conditionnelle , et nous verrons quel en sera le sens. Je jure de me soumettre à tout ce que vous déciderez , siipposé ou à condition que ce que vous déciderez sera conforme à la parole de Dieu. Un tel serment n'est autre chose qu'une illusion manifeste, puisqu'en soi il ne dit rien, et que je le pourrais faire à M. Claude, comme lui à moi. Mais en cela il n'y aurait rien de sérieux ; et marque qu'on veut quelque chose de plus particulier, c'est qu'on ne fait ce serment qu'au synode , où l'on prononce en dernier ressort, quoiqu'au sens de M. Claude , il y eût autant de raison de le faire dès le consistoire , à qui on doit se soumettre aussi bien qu'au synode, supposé qu'il ait la parole de Dieu pour guide.
En cet endroit, je me tus un peu de temps; et voyant qu'on ne disait mot, je repris ainsi : ]\[ais enfin donc , monsieur, si j'ai bien compris votre doctrine, vous croyez qu'un particulier peut douter du jugement de l'Église, lors même qu'elle prononce en dernier ressort? Non , monsieur, repartit M. Claude : il ne faut pas dire qu'on puisse douter ; il y a toutes les apparences du monde que l'Église jugera bien. Qui dit apparence, monsieur, repris-je aussitôt, dit un doute manifeste. Mais, dit M. Claude, il y a plus : car Jésus-Christ ayant promis quetousceuxqui chercheraient, trouveraient; comme on doit présumer qu'on cherchera bien, on doit croire qu'on jugera bien; et il y a dans cette assurance quelque chose d'indubitable. ]\Iais quand on verra dans les conciles des cabales , des factions , des in-
SUR LA MATIÈRE DE L'ÉGLISE
tërâts différents , on peut douter avec raison si dansune telle assemblée il ne se inriera point quelque chose d'humain et de doiiti'ux. Je vous prie, monsieur, repartis-je, laissons a part tout ce qui n'est bon qu'a jeter delà poudre aux yeux. Tout ce que vous venez dédire de cabales, de factions, d'intérêts, est absolument inutile, et ne sert par conséquent qu'à embarrasser. Il n'y a rien, dit M. (llnude, de moins inutile. Et moi je soutiens, lui dis-je , que vous allez convenir qu'il n'y a rien de plus inutile. Car je vous demande, monsieur, supposé qu'il ne parût dans le concile ni factions ni cabales; supposé même qu'on fiU assuré qu'il n'y en eiit point , et que tout se passât dans l'ordre, faudrait-il recevoir la décision sans examiner.? Il fallut dire que non. D'où je conclus aussitôt : J'avais donc raison de dire que tout ce que vous avez dit comme fort considérable, de factions et de cabales, n'est au fond qu'un amusement ; et enfin qu'un particulier, une femme, un ignorant, quel qu'il soit, peut croire, et doit croire qu'il lui peut arriver d'entendre mieux la parole de Dieu que tout un concile, fùt-il assemblé des quatre parties du monde et du milieu, et que tout le reste de l'Église. Oui, dit-il, il est ainsi. Je répétai deux ou trois fois la proposition accordée, ajoutant toujours quelque circonstance plus forte, mais évidemment contenue dans ce qui était accordé. Quoi! mieux, disais-je, que tout le reste de l'Église ensemble, et que toutes ses assemblées , fussent-elles composées de ce qu'il y a de plus saint et de plus éclairé dans l'univers ? Car tout cela , après tout , ce n'est que des hommes , après lesquels , selon vous , chacun doit encore examiner. Un particulier croira qu'il pourra avoir plus de raison, plus de grace,plus de lumière, plus enfin le Saint-Esprit que tout le reste de l'Église! Il fallut que tout cela passât; et je pouvais ajouter plus que tous les Pères, plus que tous les siècles passés, à reprendre immédiatement depuis les apôtres. Mais, poursuivis-je, s'il est ainsi, comment évitez-vous les inconvénients des indépendants ; et quel moyen reste à l'Église d'empêcher qu'il n'y ait autant de religions , je ne dis pas qu'il y a de paroisses, mais qu'il y a de têtes? Nous avons, dit-il, des synodes, qui sont des moyens d'empêcher de si grands maux; moyens non pas infaillibles, mais néamiioins utiles, ainsi que j'ai dit. Car encore qu'un pasteur qui prêche ne soit pas infaillible, son ministère ne laisse pas d'être utile, parce qu'il indique la vérité. Or, une grande assemblée , composée de plus de personnes et plus doctes, fera encore mieux cette indication. Il me semble, monsieur, repartis-je, que vous rapportez tout à l'instruction; or, ce n'est pas précisément l'intention ni l'institution des synodes; car souvent un particulier savant donnera plus d'instruction que tout un synode ensemble. Ce qu'il faut donc attendre d'un synode n'est pas tant l'instruction , qu'une décision par autorité, à laquelle il faille céder; car c'est de quoi ont besoin et les ignorants qui doutent, et les superbes qui contredisent. Un particulier ignorant, si vous le remettez à lui-mtme, vous
avouera qu'il ne sait à quoi se résoudre ; et loin d'abattre l'orgueil dans un synode, vous le portez à son plus haut point , puisque vous obligez un particulier à croire qu'rl peut mieux entendre l'Écriture que tout le synode et tout le reste de l'Église; et le synode lui-même, fùt-il assemblé de toute l'Église, interrogé par celui dont il examine la foi, s'il n'est pas encore obligéàer.aminer après le synode, et s'il ne peut pas arriver que lui particulier entende mieux l'Écriture que tous les pasteurs assemblés, le synode, même universel, selon vous, lui doit déclarer qu'il le peut sans doute. La présomption, monsieur, ne peut pas aller plus loin. El remarquez, s'il vous plait, que ces assemblées , que vous proposez comme moyens utiles, ne sont plus moyens utiles dès que chacun peut croire qu'il en aura un meilleur, et le seul qui puisse être sur, c'està-dire celui d'examiner par soi-même, et n'en croire que son jugement. Voilà, monsieur, l'indépendantisme tout entier : car enfin les indépendants ne refusent, ni de tenir des synodes pour s'éclaircir mutuellement par la conférence , ni de recevoir ces synodes , quand ils trouveront que ces synodes auront bien dit. Ils en ont tenu, vous le savez. Il avoua qu'ils en avaient tenu un pour dresser leur Confession de foi. Un ou plusieurs, il ne m'importe, repartis-je; ils ne les rejettent donc pas absolument, et ils n'y rejettent précisément que ce que vous y rejetez, qui est l'obligation de s'y soumettre sans examiner. Et sur cela , pour me réduire en peu de paroles , voici quel fut mon raisonnement. Les indépendants veulent bien les assemblées ecclésiastiques pour l'instruction ; tout ce qu'ils ne veulent pas , c'est la décision par autorité, que vous ne voulez non plus qu'eux : vous êtes donc en tout point conformes, et vous n'avez pas dû les condamner. Vous ne voyez donc pas, monsieur, reprit M. Claude, que nous ne nions pas qu'il n'y ait une autorité dans les synodes, telle que l'autorité paternelle, telle que l'autorité des magistrats, telle que l'autorité qu'a un maître sur ses disciples, et un pasteur sur son troupeau; toutes ces autorités ont leur usage, et ne doivent pas être rejetées , sous prétexte que les pères, et les magistrats, et les maîtres peuvent se tromper: il en sera donc de même de l'autorité de l'Église. Mais, monsieur, répondis-je, les indépendants ne nient pas l'autorité paternelle, ni l'autorité des magistrats, ni l'autorité des maîtres sur leurs disciples, ou celle des pasteurs sur les troupeaux. Ils ont des pasteurs, monsieur, pour qui ils veulent, a'issi bien que vous, qu'on ait quelque déférence; et à plus forte raison ne nieront-ils pas qu'il n'en faille avoir pour tout un synode. Si donc vous les accusez de nier l'autorité des synodes , il faut ajouter quelque chose à ce qu'ils en croient ; et il n'y a rien à y ajouter que ce que nous croyons, qui est qu'il s'y faut soumettre saus examiner.
Après cela on fut peu de temps à ne répéter de part et d'autre que les mêmes choses. Ce qu'ayant fait observer à M. Claude, je lui dis : Enfin , monsieur, on disputerait sans fin ; chacun n'a plus qu'à examiner en sa conscience, et devant Dieu, s'il
se sent capable de mieux entendre l'Écriture que tous les conciles et que tout le reste de l'Église, et comment un tel sentiment peut s'accorder avec la docilité et avec riiumilité des enfants de Dieu. J'inculquais en peu de mots quel orgueil c'était de croire qu'on pût mieux entendre la parole de Dieu que tout le reste de l'Église, et que rien n'empêchait après cela qu'il n'y eût autant de religions que de têtes.
M. Claude me dit ici qu'il s'étonnait que cette proposition me parût si étrange , qu'un particulier pût croire qu'il lui pouvait arriver de mieux entendre l'Écriture sainte que toute l'Église assemblée ; que le cas était arrivé , et qu'il pouvait m'en donner beaucoup d'exemples : le premier dans le concile de Riniini, où le mot de consubstantiel fut rejeté, et l'arianisme établi. J'interrompis, pour lui dire : Où nous jetez-vous , monsieur ? Du concile de Rimini, vous nous mènerez au faux concile d'Éphèse, au concile de Constance, à celui deBâle, à celui de Trente : quand aurons-nous achevé, s'il faut faire ici passer tous les conciles.? Je vous déclare que je ne veux point me jeter dans cette discussion, puisque même notre question peut être vidée par quelque chose de plus précis. Mais, puisque vous avez parlé du concile de Rimini, dites-moi, je vous prie, monsieur, si les Pères de ce concile demeurèrent longtemps dans leur décision erronée *.? Hé! je crois , dit-il, monsieur, qu'ils en revinrent bientôt. Dites, dites, lui repartis-je, qu'aussitôt après que l'empereur Constance , protecteur déclaré des ariens , et persécuteur des fidèles , leur eut permis de se retirer, ces évoques réclamèrent hautement contre la violence et la surprise qui leur avait été faite. Ne m'obligez pas, monsieur, à raconter cette histoire, que vous savez aussi bien que moi, et avouez qu'il est injuste de comparer un concile, qui était un brigandage manifeste, aux assemblées tenues canoniquement et selon l'ordre. Hé! monsieur, ne disons-nous pas , reprit M. Claude , que le concile de Trente n'a été ni libre ni canonique.' Vous le dites, monsieur, et nous le nions; et il n'est pas question ici de cette dispute. Il est question de savoir si vous pouvez éviter l'indépendantisme, pour me servir de votre terme, que je trouve fort bon; et s'il y a dans votre doctrine quelque remède contre cette insupportable présomption d'un particulier qui doit croire, selon vos principes, qu'il peut mieux entendre l'Écriture que les conciles universels les mieux assemblés et les mieux tenus, et que tout le reste de l'Église ensemble. Laissons donc , si vous le voulez , reprit M. Claude , le concile de Rimini ; voici un autre exemple incontestable : c'est le jugement de la Synagogue, lorsqu'elle condamna Jésus-Christ, et déclara par conséquent qu'il n'était point le Messie promis par les prophètes. Dites-moi , monsieur, un particulier, qui eût cru alors que notre Seigneur était le vrai Christ, n"eût-il pas mieux jugé que tout le reste de la Synagogue ensemble ? Voilà donc un cas indubitable , où
•Je devais iSàrnéq^uivo^uevt imparfaite, plutôt quVr/onef.
CO.NFÉRE.NCE AVEC M. CLAUDE,
'on peut , sans présomption, faire ce que vous trouvez si présomptueux. En effet, poursuivit-il, ce n'est pas une présomption de ne pas donner à l'É- M, glise ce qui n'appartient qu'à Dieu seul. On ne lui ^' peut rien donner de plus grand , que de le croire à l'aveugle, comme vous voulez qu'on croie l'Église. Mais vous savez que saint Paul , pour le moins autant inspiré que l'Église, ne laisse pas de déclarer aux Corinthiens qu'il ne veut point dominer sur leurfoiK L'Église le doit encore moins faire que lui. II ne faut donc pas croire simplement sur sa parole; il faut examiner après elle, et se servir de sa raison , comme firent ceux de Béroé, qui examinaient les Écritures», pour voir si les choses y étaient comme saint Paul les avait prêchées.
Quand M. Claude se fut tu : Voilà, dis-je, bien des choses; mais il faut premièrement reprendre cet exemple incontestable que vous nous avez promis. Sur cela je lui remontrai que l'Église chrétienne avait de grands privilèges au-dessus de la Synagogue , même à considérer la Synagogue dans le temps de sa plus grande gloire : mais , sans ;
parler de cela, que c'était une étrange chose de comparer la Synagogue tombante, au point où son endurcissement et sa réprobation étaient marqués clairement par les prophètes, avec l'Église chrétienne, qui ne doit jamais tomber. Mais enfin , monsieur, reprit-il, on eût pu faire alors à ce particulier le même argument que vous nous faites. Alléguer les prophéties , ce n'était rien ; car c'était de l'application de ces prophéties à Jésus-Christ que la Synagogue doutait. Ainsi, un particulier ne pouvait plus croire en Jésus-Christ, sans croire en même temps qu'il entendait mieux l'Écriture que toute la Synagogue; et voilà l'argument que vous nous faites.
Il y avait peu de monde dans la conférence, et tous étaient huguenots, excepté madame la maréchale de Lorges. .le vis deux de ces messieurs se regarder en cet endroit l'un l'autre avec complaisance. Je fus touché qu'un raisonnement si visiblement mauvais fit une telle impression sur ces esprits; et je priai Dieu de me faire la grâce de détruire , par quelque chose de net, la comparaison odieuse qu'on faisait de son Église toujours bien-aimée avec la Synagogue infidèle , dans le moment qu'il avait marqué pour la répudier.
Vous dites donc, monsieur, dis-je à M. Claude, que l'argument que je fais peut autoriser l'erreur des particuliers qui condamnaient Jésus-Christ sur la foi de la Synagogue; et au contraire condamner de présomption ceux qui crurent Jésus-Christ seul , plutôt que la Synagogue tout entière. Oui , monsieur, la chose est ainsi ; et il répéta de nouveau son raisonnement. Voyons, dis-je, si mon argument a cette malheureuse conséquence. Il consiste à dire, monsieur, qu'en niant l'autorité de l'Église, il n'y a plus de moyen extérieur dont Dieu se puisse servir pour dissiper les doutes des ignorants, et inspirer aux fidèles l'humilité nécessaire. Afin qu'on piU faire un tel argument du temps que Jésus-Christ
' 11. Cor. I, 24. — » Alt. XVII^ 11.
SUR L.\ MATIÈRE DE L'ÉGLISE
fut condamné , il faudrait dire qu'il n'y avait alors aucun moyen extérieur , aucune autorité certaine, à laquelle on dilt nécessairement céder. Or, monsieur, qui le peut dire , puisque Jésus-Christ était sur la terre, c'est-à-dire la vérité même, qui paraissait visiblement au milieu des hommes ; le Fils éternel de Dieu , à qui une voix d'en haut rendit témoignage devant tout le peuple : C'est ici mon Fils bien aimé, écontez-le ' -, qui^ pour confirmer sa mission, ressuscitait les morts, guérissait les aveugles nés, et faisait tant de miracles, que les Juifs confessaient eux-mêmes que jamais homme n'en avait tant fait? Il y avait donc , monsieur, un moyen extérieur, une autorité visible. Mais elle était contestée, il est vrji; mais elle était infaillible. Je ne prétends pas, monsieur, que l'autorité (ie l'Église ne soit jamais contestée ; je vous écoute, vous, monsieur, qui la contestez ; mais je dis qu'elle ne doit pas l'être par les chrétiens. Je dis qu'elle est infaillible; je dis qu'il n'y eut jamais aucun temps où il n'y ait eu sur la terre une autorité visible et parlante , à qui il faille céder. Avant Jésus-Christ nous avions la Synagogue; au point que la Synagogue devait défaillir, Jésus-Christ parut lui-même ; quand Jésus-Ciirist s'est retiré, il a laissé son Église, à qui il a envoyé son Saint-Esprit. Faites revenir Jésus-Christ enseignant , prêchant , faisant des miracles, je n'ai plus besoin de l'Église : mais aussi ôtez-moi l'Église, il me faut Jésus-Christ en personne, parlant, prêchant, décidant avec des miracles, et une autorité infaillible. Mais vous avez .«;a parole. Oui, sans doute, nous avons une parole sainte et adorable; mais qui se laisse expliquer et manier comme on veut , et qui ne réplique rien à ceux qui l'entendent mai. Je dis qu'il faut un moyeu extérieur de se résoudre sur les doutes, et que ce moyen soit certain. Et sans recommencer les raisons déjà alléguées , maintenant qu'il ne s'agit que de répondre à votre objection sur Terreur de la Synagogue qui condamnait Jésus-Christ, je disque tant s'en faut que vous puissiez dire qu'il n'y eût point alors de moyen extérieur assuré, ni d'autorité parlante à laquelle il fallut soumettre son jugement; il y en avait une, la plus haute et la plus infaillible qui fut jamais, qui est celle de Jésus- Christ; et ainsi qu'il n'y eut jamais de temps où l'on pût moins faire l'argument dont je me servais contre les protestants, qui est qu'ils manquent d'un moyeu extérieur infaillible pour terminer les doutes sur les Élcritures.
Après que j'eus dit ces choses, je sentis qu'il n'y avait rien à me répliquer. En effet, on ne me dit mot sur tout cela , quoique je me tusse pour écouler ce qu'on aurait à répondre.
Je ne veux pas dire par là que M. Claude soit demeuré muet. C'est un effet qu'il ne faut guère attendredans les conférences de cette nature. Il répéta quelque chose de ce qu'il avait déjà dit, et insista de nouveau sur ce que l'apotre lui-même avait déclaré qu'il ne dominait pas sur les consciences.
• Matin. III , 17.
Je fus ravi qu'il revînt a ce passage, que j'avais eu dessein d'expliquer d'abord ; mais il fallut aller au plus pressé, qui était l'exemple de la Synagosue. Cela étant fait, je demandai seulement à M. Claude si, quand l'apôtre avait dit aux Corinthiens: ISoiis ne dominons pas sur votre foi, il voulait dire qu'il fallait examiner après lui. Il vit bien que non , et l'avoua. Je conclus : L'Église, monsieur, ne prétend non plus dominer à la foi, quand elle veut qu'on l'en croie dans ses décisions, parce qu'elle ne se donne pas cette autorité par elle-même, non plus que saint Paul, mais au Saint-Esprit qui l'inspire. Vous égalez donc, dit M. Claude, à saint Paul, auteur de révélation , l'Église, qui n'en est que simple interprète ? Non , monsieur, repartis-je , je n'égale pas l'Église à saint Paul ; mais je dis que prétendre qu'on en doive être cru sans examiner, quand on croit agir seulement comme un instrument dont le Saint-Esprit se sert, ce n'est pas dominer sur la conscience, comme l'exemple de saint Paul le démontre. Au reste , je ne prétends pas égaler l'autorité de l'Église à l'autorité apostolique. Les apôtres étaient auteurs de révélation , comme vous l'avez fort bien dit , c'est-à-dire qu'ils avaient reçu les premiers les vérités qu'il plaisait à Dieu de révéler de nouveau : l'Église n'est qu'interprète et dépositaire. Mais en sauvant cette différence essentielle entre les apôtres et l'Église, je dis que l'Église est autant inspirée pour interpréter, que les apôtres pour établir; et que, tenant la grâce d'interpréter du même Esprit qui a donné la première révélation aux apôtres , elle ne domine non plus sur les consciences en interprétant, que les apôtres en établissant ; mais que les uns et les autres y font dominer le Saint-Esprit, selon la mesure qui est donnée à chacun. Il faudrait prouver , dit M. Claude, que l'Église a reçu une pareille grâce. Il ne faut point prouver, repris-je aussitôt; il faut seulement montrer que le passage que vous alléguez ne conclut pas.
A cela il ne fut rien dit. Mais, si je m'en souviens bien, M. Claude exagéra un peu combien il était étrange que nous voulussions obliger les hommes à croire l'Église, comme Dieu même, sur sa simple parole, sans se servir, pour interpréter l'Écriture sainte, de la raison que Dieu même nous avait donnée ; que ce n'était pas ainsi qu'avaient fait ceux de Béroé; et que l'apôtre, selon nous, aurait eu grand tort de leur laisser examiner ses prédications.
Je répondis qu'il y avait une extrême différence entre les fidèles déjà enfants de l'Église , et soumis à son autorité, et ceux qui doutaient encore s'ils eut reraient dans son sein : que ceux de Béroé étaient dans ce dernier état , et que l'apôtre n'aurait eu garde de leur proposer l'autorité de l'Église , dont ils doutaient : mais que ce n'était pas de la même sorte qu'onavait instruit les lidèlesaprèsleconcilede Jérusalem. Là, les apôtres décident par l'autorité du Saint-Esprit : // a semblé bon , disent-ils , au Saint Espritet à nous'. Que font après cela Paul etSilas,
' 4ct. XV, 38.
CONFÉRENCE AVEC M
porteurs delà lettre du concile ? Ils parcouraient les Éyli-ses , comme il est écrit dans les Actes' : Quoi, pour y faire examiner le décret du concile de Jérusalem? C'eiUété examiner après le Saint-Esprit même. Quoi donc? Ils parcouraient les Églises , leur enseignantde garder ce qui avait été jugé par les apôtres et les anciens dans Jérusalem. Voilà l'ordre : l'examen dans le concile; l'obéissance sans examiner après la décision; l'examen à ceux de Béroé, c'est-à-dire à ceux qui, n'étant point dans l'Église, n'ont point encore d'autorité qui les règle; soumission sans examiner à ceux qui , étant déjà dans l'Église , n'ont qu'à écouter ses décrets. C'est là leur bonheur, d'être dans un corps qui , conduit parle Saint-Esprit, ne se puisse jamais tromper , et d'être délivrés par là du péril d'un examen dont la fin serait peut-être l'erreur.
Il y avait déjà près de quatre heures que la conférence durait. J'avais»déjà, de l'aveu de 1\I. Claude , une des propositions que je voulais lui faire confesser , c'est-à-dire, que chaque particulier doit croire qu'il peut mieux entendre l'Écriture sainte que les conciles universels, et que tout le reste de l'Église. 11 fallait encore qu'il avouât l'autre proposition non moins importante, et voici comme Dieu l'y conduisit.
Comme il avait beaucoup parlé de cette domination de l'Église sur les consciences , répétant trois ou quatre fois que nous lui rendions le respect qui n'était dû qu'à Dieu seul , quand nous la croyions sans examiner, je dis qu'il ne fallait point trouver si étrange une chose qu'ils faisaient aussi bien que nous ; et sur cela je demandai si un fidèle , qui recevait la première fois des mains de l'Église l'Écriture sainte, était obligé à douter, et ensuite à examiner si le livre qu'elle lui mettait en main était véritablement inspiré de Dieu, ou non. Si ce fidèle examine et doute, il renonce à la foi, et il commence la lecture de l'Évangile par un acte d'infidélité; et s'il ne doute pas, il reçoit donc sans examiner l'autorité de l'Église qui lui présente l'Évangile.
A cela , voici la réponse de M. Claude. Le fidèle que vous supposez qui n'a pas lu l'Écriture sainte, et à qui on la met en main, à proprement parler, ne doute pas ; il ignore : il ne sait ce que c'est que cette Écriture qu'on lui dit être inspirée de Dieu. Il a ouï dire à son père , et à ceux qui l'ont instruit , qu'elle était divinement inspirée : il ne connaît encore d'autre autorité que celle-là ; et pour ce qui est de l'Écriture, il ne sait ce que c'est. Ainsi on ne peut pas dire qu'il soit infidèle ni incrédule. Et je vous prie , monsieur, dit-il, que je vous fasse sur l'Église le même argument que vous me faites sur l'Écriture. Le fidèle à qui on propose l'autorité de l'Église, ' ou il la croit sans examiner, ou il en doute. S'il doute, il est infidèle : s'il ne doute pas, par quelle autre autorité est-il assuré? L'autorité de l'Église, est-ce une chose évidente par elle-même , et ne fautil pas la trouver par quelque examen ? Voilà votre
» Act. XVf, 4.