Joan. XX
Dan. u, 44 vu H. — ' Matth. xvi,
SUR LA MATIËRE DE L'ÉGLISE
le Symbole. Il ne parle point de l'Écriture. Est-ce qu'il la méprise ? A Dieu ne plaise ! Vous la recevrez des mains de l'Église ; et parce que jamais vous n'avez douté de l'Église, jamais vous ne douterez de l'Écriture , que l'Église a reçue de Dieu, de Jésus- Christ et des apôtres , qu'elle conserve toujours comme venant de cette source , qu'elle met dans les mains de tous les Gdèles.
Il me sembla que cette doctrine, vraiment sainte et apostolique , faisait l'effet qu'elle devait faire : mais il y a , dis-je , encore un mot. C'est ce que je disais à M. Claude, et je le réduis maintenant à ce raisonnement très-simple , que tout le monde peut également entendre, je veux dire le savant comme l'ignorant, et le particulier comme le pasteur. Le chrétien baptisé, avantque de lire l'Écriture sainte, ou peut faire cet acte de foi. Je crois que cette parole est inspirée de Dieu , comme je crois que Dieu est, ou il ne le peut pas faire. S'il ne le peut pas faire , il en doute donc : il est réduit à examiner si l'Évangile n'est pas une fable : mais s'il le peut faire , par quel moyen le fera-t-il ? Le Saint-Esprit le lui mettra dans le cœur. Ce n'est pas répondre ; car on est d'accord que la foi en l'Écriture vient du Saint-Esprit. Il est question du moyen extérieur dont le Saint-Esprit se sert, et il ne peut y en avoir d'autre que l'autorité de l'Église. Ainsi chaque chrétien reçoit de l'Église, sans examiner, cette Écriture , comme Écriture inspirée de Dieu.
Passons encore plus avant. L'Église nous donne-t-elle seulement l'Écriture en papier, l'écorce de la parole, le corps de la lettre ? Non sans doute; elle nous donne l'esprit , c'est-à-dire . le sens de l'Écriture : car nous donner l'Écriture sans le sens , c'est nous donner un corps sans âme , et une lettre qui tue. L'Écriture sans sa légitime interprétation, l'É'.riture destituée de son sens naturel, c'est un couteau pour nous égorger. L'arien s'est coupé la gorge par cette Écriture mal entendue; le nestorlen se l'est coupée; le pélagien se l'est coupée. A Dieu ne plaise donc que l'Église nous donne seulement l'Écriture , sans nous en donner le sens ! Elle a reçu l'un et l'autre ensemble. Quand elle a reçu l'Évangile de saint Matthieu et l'Épître aux Romains, et les autres, elle les a entendus : ce sens , qu'elle a reçu avec l'Écriture , s'est conservé avec l'Écriture ; et le même moyen extérieur dont le Saint-Esprit se sert pour nous faire recevoir l'Écriture sainte, il s'en sert pour nous en donner le sens véritable. Tout cela vient du même principe; tout cela est de la suite du même dessein. Comme donc il n'y a rien à examiner après l'Église , quand elle nous donne l'Écriture sainte ; il n'y a rien à examiner quand elle l'interprète, et qu'elle en propose le sens véritable. Et c'est pourquoi vous avez vu qu'après le concile de Jérusalem, Paul et Silas ne disent pas. Examinez ce décret ; mais ils enseignent aux Églises à observer ce qu'avaient jugé les apôtres.
Voilà comme a toujours procédé l'Église. « Je « ne croirais pas l'Evangile, dit saint Augustin ' ,
' Coiit. Ep.fundam. Manich. n. 6; tom. YUI i coi. 154.
« si je n'étais touché de l'autorité de l'Église ca' « tholique. » Et un peu après : « Ceux à qui j'ai «cru quand ils m'ont dit. Croyez à l'Évangile, « je les crois encore quand ils me disent, Ne croyez « pas à Manichée. » Cette société de pasteurs établie par Jésus-Christ , et continuée jusqu'à nous, en me donnant l'Évangile m'a dit aussi qu'il fallait détester les hérétiques et les mauvaises doctrines ; je crois l'un et l'autre ensemble , et par la même autorité.
C'est la manière dont les chrétiens ont été instruits dès les premiers temps , dans lesquels on a soutenu aux hérétiques qu'ils n'étaient pas recevables à disputer de l'Écriture , « parce que sans « Écriture on leur peut montrer que l'Écriture « n'est point à eux », » et qu'il n'y a rien de commun entre eux et l'Écriture.
Et remarquez, s'il vous plaît, que toutes les sociétés chrétiennes, excepté les Églises nouvellement réformées , ont conservé cette manière d'instruire. Nous disions , M. Claude et moi, que l'Église grecque, l'éthiopienne, l'arménienne, et les autres, se trompaient à la vérité, en se croyant la vraie Église; mais toutes croient du moins qu'il n'y a rien à examiner après la vraie Église.
Il n'y a point d'autre manière d'enseigner les fidèles. Si on leur dit qu'ils peuvent mieux entendre l'Écriture sainte que tout le reste de l'Église ensemble, on nourrit l'orgueil , on ôtc la docilité. Nul ne le dit , que les Églises qui se disent réformées. Partout ailleurs on dit , comme nous faisons qu'il y a ime vraie Église, qu'il faut croire sans examiner après elle. Cela est cru , non-seulement dans la vraie Église, mais dans celles qui imitent la vraie Église.
L'Église prétendue réformée est la seule qui ne le dit pas. Si la vraie Église , quelle qu'elle soit , le dit, l'Eglise prétendue réformée n'est donc pas la vraie Église , puisqu'elle ne le dit pas.
Qu'on ne nous dise pas: L'éthiopienne le dit, la grecque le dit, l'arménienne le dit, la romaine le dit; à qui croirai-je?
Si votre doute consistait à choisir entre la romaine et la grecque , il faudrait entrer dans cet eicamen. Mais maintenant on convient dans votre religion que l'Église grecque, que l'Église éthiopienne , et les autres , ont tort contre la romaine ; et si elles étaient vraies Églises , en quittant la romaine , qui , selon vous , ne l'était pas , vous eussiez dû rechercher leur communion.
Elles ne sont donc pas la vraie ÉgUse. Vous ne l'êtes pas non plus : car la vraie Église croit qu'il faut croire sans examen ce qu'enseigne la vraie Église. Vous enseignez le contraire. Vous vous dites la vTaie Église , et vous dites en même temps qu'il faut examiner après vous, c'est-à-dire gu'on peut se damner en vous croyant. Vous renoncez donc dès là à l'avantage de la vraie Église. Vous n'êtes pas la vraie Eglise : il vous faut quitter : c'est par là qu'il faut commencer. Si quelqu'un est tenté en vous quittant de s 'unir à l'Église grecque , <m lui répondra.
' Tertull. dePrœscrip. adv. hœret. n. 18, 37.
INSTRUCTION PASTORALE
ISIademoiselle de Duras ayant entendu ces choses , il me sembla qu'après cela rien ne la pouvait troubler que l'habitude contractée dès l'enfance, et la crainte d'affliger madame sa mère , pour qui je savais qu'elle avait toute la tendresse et tout le respect qu'une mère de cette sorte mérite. Je vis même qu'elle était peinée des reproches qu'on lui faisait, d'avoir des desseins humains , et surtout d'avoir attendu à douter de sa religion, après une donation que madame sa mère lui avait faite. Vous savez bien , lui dis-je , en votre conscience , en quel état vous étiez quand cettedonation vous a été faite; si vous aviez quelque doute , et si vous l'avez su pprimé dans la vue de vous procurer cet avantage. Je n'y songeais pas seulement , répondit-elle. Vous savez donc bieni lui dis-je, que ce motif n'a aucune part à ce que vous faites. Ainsi demeurez en paix , pourvoyez à votre salut , et laissez dire les hommes : car cette appréhension, qu'on ne nous impute des vues humaines , est une sorte de vue humaine des plus délicates et des plus à craindre.
Elle souhaita que je répétasse en présence de M. Coton ce qui avait été dit, par un désir qu'elle avait qu'il s'instruisît avec elle. On le fit venir; on convint <les faits. M. Coton me fit , avec une extrême douceur , quelques objections sur la doctrine que j'avais expliquée. J'y répondis. Il me dit qu'il n'était pas exercé dans la dispute, ni versé dans ces matières. 11 disait vrai , il se remettait à M. Claude. Je priai Dieu de l'éclairer , et je partis pour revenir à mon devoir.
Après une conversation que nous eûmes encore à Saint-Germain , mademoiselle de Duras et moi , dans l'appartement de madame la duchesse de Richelieu , elle me dit qu'elle se croyait en état de prendre dans peu sa résolution, et qu'il ne lui restait qu'à prier Dieu de la bien conduire. Le succès fut tel que nous le souhaitions. Le 22 mars , je retournai à Paris pour recevoir son abjuration. Elle la fltdans l'église des RR. PP. de la Doctrine chrétienne. L'exhortation que je lui fis ne tendait qu'à lui représenter qu'elle rentrait dans l'Église que ses pères avaient quittée; qu'elle ne se croirait pas dorénavant plus capable que l'Église , plus éclairée que l'Église, plus pleine du Saint-Esprit que l'Église; qu'elle recevrait de l'ÉgUse, sans examiner, le vrai sens de l'Écriture , comme elle en recevait l'Écriture même; qu'elle allait dorénavant bâtir sur la pierre, et qu'il fallait que sa foi fructifiât en bonnes œuvres. Elle sentit la consolation du Saint-Esprit, et l'asmitance fut édifiée de son bon exemple.
INSTRUCTION PASTORALE
LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
Pour montrer aux réanis, par l'expresse parole de Dieu, que le mArne principe qui nous fait chrétiens nous doit aussi faire catlioiiques.
JACQUES-BÉNIGNE, par la permission divine, évéque de Meaux : au clergé et au peuple de notre diocèse , salut et bénédiction.
Le saint travail de l'Église pour enfanter de nouveau en notre Seigneur ceux qu'elle a perdus dans le schisme du dernier siècle, est l'effort commun de tout le corps mystique de Jésus-Christ ; tous les fidèles y ont part selon leur état et leur vocation; et nous nous sentons obligés à vous exposer, mes chers frères, comment chacun de nous y doit contribuer.
Vous donc, avant toutes choses, vous qui êtes obligés à les instruire, ne vous jetez point dans les contentions où se mêle l'esprit d'aigreur ; avertissez-les avec saint Paul , de ne se point attacher à des disputes de paroles qui ne sont bonnes qu'à pervertir ceux qui écoutent ' : exposez-leur la sainteté de notre doctrine, si irréprochable en elle-même, qu'on n'a pu l'attaquer qu'en la déguisant , et faites-leur aimer l'Église , en leur proposant les immortelles prcnr.&sses qui lui servent de fondement.
Il y a de deux sortes de promesses : les unes s'accomplissent visiblement sur la terre ; les autres sont invisibles , et le parfait accomplissement en est réservé à la vie future. L'Église sera glorieuse, sans tache et sa7is ride » : éternellement lieureuse avec son époux, dans ses chastes embrassements où Dieu sera tout en tous 5; c'est ce que nous ne verrons qu'au siècle futur; mais, en attendant, l'Église sera sur la terre établie sur le fondement des apôtres et des pi'ophètes, et sur la pierre angulaire, qui est Jésus-Christ 4, Les vents souffleront, les tempêtes ne cesseront de s'élever s, l'enfer frémira par toutes sortes de tentations , de persécutions, d'impiétés, d'hérésies, sans qu'elle puisse être ébranlée, ni sa succession visible interrompue d'un moment : c'est ce qu'on verra toujours de ses yeux , et un objets! merveilleux ne manquera jamais aux fidèles.
Saint Augustin a remarqué en plusieurs endroits ^ que ces deux sortes de promesses sont subordonnées : les premières servent d'assurance aux secondes ; je veux dire que ce qu'on voit s'accomplir sensiblement sur la terre, rassure les plus incrédules sur ce qu'on ne doit voir que dans le ciel. Dieu accomplit dans son Église ce qui y doit paraître dans le temps : il n'accomplira pas moins ce qui ne nous doit être découvert qu'au ciel dans l'é-
' //. Tim. ir, 14. — ' Eph. V, 27. — ^ /. Cor. XV, 28. — * Eph. Il, 19, 20. — ' Matth. vu, 27. — « Serm. ccxxxviu, W 3, etc. t. V, roi. 997, '-H'.
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
tcrnité. La foi chrcttennc est établie sur l'enchaîneineiit iiiiinuable de ces deux espèces de promesses; et révoquer en doute cette liaison , c'est vouloir ôter au (idèle un gage de sa foi , que Jésus-Christ a voolu lui donner.
Pour rendre cette vérité sensible aux plus incrédules, représentez-leur, mes chers frères, ce jour qui fut le dernier où Jésus-Christ parut sur la terre : lorsque , prêt à monter aux cieux à la vue de ses disciples, avant que de les quitter et d'aller prendre sa place à la droite de son Père, il fit le plan de son Église, et il en prédit, parlons mieux, il en régla la destinée sur la terre (qu'on me permette ce mot), en lui promettant une double universalité , l'une dans les lieux , et la seconde dans les temps.
Considérez, mes chers frères, et faites considérer aux errants, non-seulement les promesses de Jésus-Christ, mais encore la clarté des paroles qu'il a choisies pour les exprimer; en sorte qu'il ne peut rester aucun doute de sa pensée. Il lui promettait premièrement qu'elle s'étendrait par toutes les nations, et, pour ne rien cacher, il a voulu exprimer que ce serait en commençant par Jérusalem : incipientibus ah Jerosolijma '.
Saint Luc, de qui nous tenons ces paroles, leur donne leur vraie étendue, lorsqu'il fait dire à notre Seigneur : « Vous serez mes témoins « dans Jérusalem et dans toute la Judée et la Sa- « marie, et jusqu'aux extrémités de la terre : et « itsque ad idtimum terrx ». »
On voit ici , selon la remarque de saint Augustin, que l'Évangile devait s'avancer, comme de proche en proche, depuis Jérusalem jusqu'aux derniers confins du monde. Il donne d'abord la paix à ceux qui sont près ^, aux héritiers des promesses, et à la terre chérie, c'est-à-dire à Jérusalem et à la Judée; et il l'étend dans la suite à tous les Gentils, c'est-à-dire jusqu'aux nations les plus éloignées des promesses et de l'alliance : vobis, gui longe fuistis.
Samarie était entre deux, la plus proche du testament après la Judée, puisqu'elle connaissait Dieu, et qu'elle attendait le Christ : tout s'accomplissait aux yeux des fidèles dans l'ordre que Jésus-Christ avait promis : on vit dans Jérusalem les heureux commencements de rÉg.lise : les fidèles dispersés en Judée et en Samarie 4 , dans la persécution où saint Etienne fut lapidé, y annoncèrent l'Évangile ; et ce fut le second progrès de l'Église, ainsi que Jésus-Christ l'avait marqué. Le reste des peuples n'étaient pas des peuples, et la connaissance de Dieu leur était entièrement étrangère : et toutefois l'Évangile y devoit être porté, afin que ceux qui étaient les plus éloi' gnés se vissent rapprocher par le sang de Jésus- Christ *.
Alors donc furent accomplis aux yeux de tous les
' Luc. XMV. 47. — ' Acl. I, 8.
» Eph. u, 17. —< dct.
fidèles les anciens oracles sur la conversion dei Gentils, dont les Psaumes et les prophètes étaient pleins, et en même temps fut révélé ce grand secret , dont le parfait dénoûment était réserve à la prédication de saint Paul : « que le Christ devait « souffrir, et que c'était lui qui , le premier de tous « les hommes, devait annoncer la lumière, nonn seulement au peuple, mais encore aux Gentils, « après être ressuscité des morts ». »
Une conversion si universelle des peuples les plus éloignés et les plus barbares, après un si long oubli de Dieu, au nom et par la vertu de Jésus-Christ crucifié et ressuscité, faisait dire aux spectateurs d'un si grand ouvrage , que vraiment Jésus-Christ était tout-puissant pour accomplir ce qu'il promettait; et que si, par un miracle si visible, il réunissait si rapidement tous les peuples de l'univers pour croire en son nom, il pouvait bien les réunir un jour pour être éternellement heureux dans la vision de sa face.
iNIais la seconde partie de la promesse de Jésus- Christ est encore plus remarquable. Revenons à ce dernier jour, où, en formant son Église par la commission qu'il donnait à ses apôtres avec les paroles qu'on a entendues, il continua ainsi son discours : « Toute puissance m'est donnée dans le « ciel et sur la terre : allez donc : enseignez les na- « tions , les baptisant au nom du Père et du Fils et « du Saint-Esprit : leur apprenant à garder toutes ■ les choses que je vous ai commandées. Et voilà , « je suis avec vous tous les jours jusqu'à la con- « sommation des siècles ». » Ces paroles n'ont pas besoin de commentaire. Ce qu'il dit est grand et incroyable; qu'une société l'hommes doive avoir une immuable durée, et qu'il y ait sous le soleiJ quelque chose qui ne change pas : mais il donne aussi à sa parole cet immuable fondement : Touts puissance m'est donnée da)is le ciel et sur la terre : allez donc , sur cette assurance , où je vous envoie aujourd'hui, et portez-y, par l'autorité que j,e vous en donne, le témoignage de mes vérités : vous ne demeurerez pas sans fruit : vous enseignerez, vous baptiserez, vous établirez des Églises par tout l'univers. Il ne faut pas demander si le nouveau corps, la nouvelle congrégation , c'està-dire la nouvelle Église que je vous ordonne de former de toutes les nations, sera visible, étant, comme elle doit l'être, visiblement composée de ceux qui donneront les enseignements, et de ceux qui les recevront ; de ceux qui baptiseront , et de ceux qui seront baptisés; et qui, ainsi distingués de tous les peuples du monde par la prédication de mes préceptes et par la profession de les écouter, le seront encore plus sensiblement par le sceau sacré d'un baptême particulier, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Cette Église, clairement rangée sous le même gouvernement^ c'est-à-dire sous l'autorité des mêmes pasteurs, sous la prédication et sous la profession de la même foi, et sous l'administration des mêmes sacrements , reçoit par ces trois moyoni
I?ïSTRUGTION PASTORALE
les caractères les plus sensibles dont on la pût revêtir. Qu'elle est belle, cette Église, avec les trois marques de sa visibilité! Mais, pour en concevoir le dernier trait, voyons comment Jésus-Christ en marquera la durée, et s'il ne l'explique pas aussi clairement qu'il a fait tout le reste. Il s'agit de l'avenir : mais cette phrase , Et voilà , le rend présent par la certitude de l'effet , 7e swis avec vous; c'est une autre façon de parler consacrée en cent endroits de l'Écriture, pour marquer une protection assurée et invincible de Dieu.
« Le Seigneur est avec vous, ô le plus courageux « de tous les hommes! Si le Seigneur est avec « nous, reprit Gédéon, d'où vient que nous nous « voyons accablés de tant de maux? Allez avec ce « courage, vous délivrerez Israël de la main des c< Madianites. Comment le délivrerai je, puisque « ma famille est la dernière de la tribu de Manas- « ses, et que moi-même je suis le dernier de la « maison de mon père? Je serai avec vous, lui dit " le Seigneur; et vous détruirez Madian, comme « si ce n'était qu'un seul homme '. » Ce mot, /e suis avec vous , lient lieu de tout , et il n'y a secours ni puissance qu'il ne contienne. « Quand « je marcherais, disait David », au milieu de « l'ombre de la mort, je ne craindrai aucun mal , « parce que vous êtes avec moi. » Cent passages de cette sorte, dans toutes les pages de l'Écriture, nous marquent cette expression comme la plus claire pour exclure tout sujet de crainte. « Quand « vous passerez par les eaux, je serai avec « vous, et les fleuves ne vous couvriront pas; vous « marcherez au milieu des feux ardents , sans que « leur ardeur vous blesse ^ : » nul complot, nul accablement, nulle persécution ne pourra vous nuire : défiez hardiment tous vos ennemis, ditesleur avec le prophète : « Tenez conseil , et il sera « dissipé; parlez ensemble pour conspirer notre « perte, il ne s'en fera rien, parce que le Seigneur « est avec nous 4. » Mais qu'est-ce encore, avec vous, dans la promesse de Jésus-Christ? avec vous, enseignants et baptisants. Ceux qui veulent être enseignés de Dieu ^ n'auront qu'à vous croire, comme ceux qui voudront être baptisés n'auront qu'à s'adresser à vous.
Mais peut-être que cette promesse. Je suis avec vous , souffrira de l'interruption? non : Jésus-Christ n'oublie rien : Je suis avec vous tous les jours. Quelle discontmuation y a-t-il à craindre avec des paroles si claires? Enfin, de peur qu'on ne croie qu'un secours si présent et si efficace ne soit promis que pour un temps : Je suis, dit-il, avec vous tous ies jours jusqu'à lajin des siècles : ce n'est pas seulement avec ceux à qui je parlais alors, que je dois être, c'est-à-dire avec mes apôtres. Le cours de leur vie est borné ; mais aussi ma promesse va plus loin, et je les vois dans leurs successeurs. C'est dans leurs successeurs que je leur ai dit, Je suis dvec vous : des enfants naîtront au lieu des pères, pro patribus nati sunt filii ^. Ils laisseront après
» Judk.\uU, 13, 14, 15, 16. — "^Ps. XXn,4. — '/s. XLIII, %, — * Ibid. VIII , 10. — * Joan. VI, 45. — • Ps. XUV, 17.
eux des héritiers : ils ne cesseront de se substituer des successeurs les uns aux autres , et cette race ne finira jamais.
Mais , dira-t-on , pourquoi vous restreignez-vous à dire que les erreurs seront toujours exterminées dans l'Église? et que n'assurez-vous aussi qu'il n'y aura jamais de vices? Jésus-Christ est également puissant pour opérer l'un et l'autre. Il est vrai : mais il faut savoir ce qu'il a promis. Loin de promettre qu'il n'y aurait que des saints dans son Église , il a prédit au contraire « qu'il y aurait des « scandales dans son royaume et de l'ivraie dans « son champ , et même qu'elle y croîtrait mêlée « avec le bon grain jusqu'à la moisson'.» On sait les autres paraboles, et les poissons de toutes les sortes pris dans les Jilets a\ec une telle multitude, que la nacelle oii il péchait en était presque submergée * ; mais sans empêcher néanmoins qu'elle n'arrivât heureusement au rivage. C'est là une des merveilles de la durée de l'Église, que le grand nombre de ceux qui la chargent n'empêchera pas qu'elle ne subsiste toujours. Ainsi on verra toujours des scandales dans le sein même de l'Église, et le soin de les réprimer fera éternellement une partie de son travail : mais pour ce qui est des erreurs et des hérésies, elles en seront exterminées. Jésus-Qirist ne parle que de la durée de la prédication et des sacrements : Allez , enseignez , baptisez ; et je suis toujours avec vous, enseignants et baptisants, comme on a vu : cependant la prédication produira son fruit; l'Église aura toujours des saints, et la charité n'y mourra jamais.
Au reste, le Fils de Dieu ne borne pas au siècle présent l'union qu'il veut avoir avec ses apôtres et leurs successeurs : il leur veut être beaucoup plus uni au siècle futur. Mais s'il s'était contenté de dire. Je suis avec vous éternellement, on aurait pu croire qu'il leur promettait seulement l'éternité bienheureuse qui suivra le siècle présent; au lieu que conduisant l'effet de cette promesse jusqu'à la consommation du monde, sans y parler d'autre chose en cet endroit, on voit qu'il ne donne point d'autre terme à son Église visible ni à la sainte société du peuple de Dieu en ce monde , sous le régime de ses pasteurs , que celui de l'univers. Cependant la félicité de la vie future ne nous en est pas moins assurée , et cette promesse nous en est un gage certain , puisque si celui qui est tout-puissant pour accomplir tout ce qu'il promet peut conserver son Éghse en ce lieu d'instabilité et de tentation malgré les flots et les tempêtes, à plus forte raison saura-t-il la rendre immuablement heureuse avec ses enfants quand elle sera arrivée au port.
De là suivent ces deux vérités, qui sont deux dogmes certains de notre foi : l'une, qu'il ne faut pas craindre que la succession des apôtres, tant que Jésus-Christ sera avec elle (et il y sera toujours sans la moindre interruption, comme on a vu), enseigne jamais l'erreur, ou perde les sacrements. Car il faut juger des autres par le baptême, qui en est
I Matlh. xni, 25, 30, 41. — ' Ibid. xiu, 47. Luc. v, 3, 7.
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
rentrée et le fondement. La seconde, qu'il n'est pernns en aucun instant de se retirer d'avec cette succession apostolique; puisque ce serait se séparer de Jésus-Clirist , qui nous assure qu'il est toujours avec elle. Voilà deux dogmes et deux fondements très-certiins de notre foi, et qu'aussi le Fils de Dieu nous a proposés en termes exprès , et par des j)aroles qui ne pouvaient être plus claires. H est le seul qui a construit sur la terre un édifice immortel , contre lequel il promet aussi ailleurs que l'enfer ne prévaudra pas ' : et en assurant à ses apôtres d'être tous tes jours avec leurs successeurs comme avec eux-mêmes jusqu'à la fin du monde, il ne laisse à ceux qui seront tentés de sortir de cette suite sacrée, aucun endroit où ils puissent trouver un légitime commencement de leur secte , ni placer une interruption , quand elle ne serait que d'un jour ou d'un moment.
De là est venu aux hérétiques et aux schismatiques, jusqu'à la fin du monde , ce mauvais et malheureux caractère marqué par saint Jude : ce sont ceux qui se séparent eux-mêmes; et afin de réciter le passage entier : « Souvenez-vous , dit-il », mes « bien-aimés , de ce qui a été prédit par les apôtres « de notre Seigneur Jésus-Christ, qui vous disaient « qu'aux derniers temps (dans le temps de la loi « évangélique) il y aurait des imposteurs qui sui- « \Taient leurs passions pleines d'impiétés : ce sont « ceux qui se séparent eux-mêmes ; gens livrés aux « sens , et destitués de l'esprit de Dieu. » Remarquez ici que saint Jude, un des apôtres, cite à la fois tous les apôtres ses collègues et les compagnons de son ministère, comme établissant tous d'un commun accord le caractère de tous les trompeurs qui devaient paraître jusqu'à la fin des siècles. Ce caractère est de les montrer comme ceux qui se séparent eux-mêmes. Mais de qui se séparerontils, sinon du corps déjà établi, et dont l'unité est inviolable, puisqu'on donne pour marque sensible de leur imposture la hardiesse de s'en séparer ? Ils seront éternellement connus par leur désertion; et il est clair, dit saint Jude , que c'est par ce caractère que tous les apôtres les ont voulu désigner. Comme ils ont ouï tous ensemble Jésus-Christ , qui leur promettait en commun d'être tous les jours avec eux jusqu'à la coiisommation des siècles, ils ont aussi jugé tous ensemble, que se séparer de cette chaîne, c'était se séparer d'avec Jésus- Christ , pendant qu'il leur promettait, de son côté, de ne les quitter jamais, ni eux , ni la suite de leurs successeurs.
De là suit avec la même évidence un autre caractère marqué par saint Paul , de Vhomme hérétique : «■ c'est qu'il se condamne lui-même par son propre ju- « gement^propriojudiciosuocondemnatus^;» puisque dès lors qu'il paraît entête, comme le premier de sa secte, sans pouvoir nommer son prédécesseur dans le temps qu'il commence à s'élever, il se condamne en effet lui-même , comme novateur manifeste, et il porte sa condamnation sur sou front.
Or cela arrive en deux façons, qui ont paru l'une et l'autre dans le dernier schisme : premièrement lorsque les évêques, qui succédaient aux apôtres» sans quitter leurs sièges, renoncent à la foi de ceux qui les y ont établis , et qui les ont consacrés : secondement, et d'une manière encore plus sensible, lorsque les peuples se font un nouvel ordre de pasteurs qui viennent d'eux-mêmes , et qu'en s'ingérant dans le ministère sacré sans pouvoir nommer leurs prédécesseurs, ils se voient contraints, pour sauver leur entreprise, de se dire " suscitée de Dieu « d'une façon extraordinaire pour dresser de nou- « veau l'Église, qui était en ruine et désolation •. »
Que veulent-ils dire par cette désolation et cette ruine? Quoi.' qu'il y avait en général de la corruption et du dérèglement dans les mœurs de ceux qui conduisaient le troupeau? Ce n'est pas de quoi il s'agit, puisque cette désolation et cette ruine, qui obligeait à dresser de nouveau l'Église^ regardait la foi. On supposait donc que la foi n'était plus avec ceux qui étaient en place, ni dans le peuple qui leur demeurait attaché, puisqu'il se fallait séparer de tout ce corps : ou qu'étant encore avec eux, selon sa promesse , on pouvait néanmoins s'en détacher, et se faire de nouveaux pasteurs , qui dans l'ordre de la succession ne tinssent rien des apôtres ni des successeurs des apôtres : ou qu'enfin on pût être avec Jésus-Christ , sans être avec ceux avec qui il a promis d'être toujours.
Ceux-là donc manifestement font une plaie à l'Église et une rupture dans l'unité. C'est ce qu'on a vu arriver en Allemagne et en France, au commencement du siècle passé, dans le schisme de Luther et de Calvin. Mais ceux qui , environ dans le même temps , ont rompu dans d'autres royaumes en demeurant dans les sièges où ils se trouvaient établis évêques , ne sont pas plus demeurés unis avec la succession apostolique; puisque tout d'un coup ils ont renoncé à la doctrine de ceux qui les avaient consacrés, et qu'ils ont appris à leurs peuples à désavouer pareillement la foi de ceux qui leur avaient donné le baptême. Car il faut ici remarquer que la dissension dont il s'agissait ne regardait pas des choses indifférentes. Les réformateurs prétendus ne reprochaient rien moins à l'Église et à leurs consécrateurs qu'un culte idolâtre , un sacrifice profane et sacrilège, un oubli de la grâce et de la justification chrétienne, et cent autres choses qui regardent visiblement les fondements de la foi et la substance du nom chrétien. Que leur servait donc de garder leurs sièges , si publiquement et par expresse déclaration ils cessaient de persister dans la foi qu'on y professait immédiatement avant eux, et qu'ils professaient si bien eux-mêmes lorsqu'on les a installés et consacrés, que leur changement, aux yeux du soleil, et par un fait positif, est demeuré pour constant ? 11 n'est pas besoin de remonter plus haut : dès ce moment la chaîne est rompue, le caractère de séparation est ineffaçable : il n'y a qu'à se souvenir en quelle foi on était lorsqu'ils seul
• Jtfa//A..syi, l.s. ^Jud. 17, 18, 19, - ^ lit m, lo, il. ' • L'on/, de foi des j/reL Rtf,
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INSTRUCTION PASTORALE
entrés dans leurs sièges, et dans quelle foi ils étaient eux-mêmes.
C'est un remède éternel , préparé par Jésus-Christ à son Église contre tous les schismes et contre toutes les sectes qui y devaient naître en si grand nombre dès sa naissance et dans toute la suite des temps; c'est là, dis-je, le vrai remède contre ce terrible Itfaut, de saint Paul , qu'on ne lit point sans un profond étonnement : Il faut, dit-il ', qull y ait non-setdement des schismes, mais même des hérésies : Oportet et hxreses (etiam) hxreses esse : sans les schismes, sans les hérésies, il manquerait quelque chose à l'épreuve oii Jésus- Christ veut mettre les âmes qui lui sont soumises, pour les rendre dignes de lui. Jésus-Christ paraissait à peine dans le monde; et dès sa première entrée dans son saint temple, tant marquée dans ses prophètes, il y voulut trouver le saint vieillard qui, expliquant à sa bienheureuse mère, et en sa per- .sonne à son Église la vraie mère de ses enfants , les desseins de Dieu sur ce cher Fils, lui prédit qu'il serait en butte aux contradictions * :ce qui paraît non-seulement dans sa vie et dans sa mort, mais encore éternellement dans la prédication de son Évangile; en sorte que c'était là une partie nécessaire des mystères de Jésus-Christ, d'exciter par leur simplicité, par leur majesté, par leur hauteur, la contradiction des sens et de la faible raison humaine.
Qu'on ne s'étonne donc pas de voir sortir du sein (le l'Église des esprits contentieux, qui sauraient lui faire des procès sur rien; ou des curieux qui , ))0ur paraître plus sages qu'il ne convient à des iiommes , voudront tout entendre, tout mesurer à leurs sens, hardis scrutateurs des mystères dont la hauteur les accablera ^; ou des hypocrites qui avec l'extérieur de la piété séduiront les simples , et sous la peau de brebis couvriront des cœurs de loups ravissants*; ou de ces murmurateurs chagrins et plaintifs ou querelleux, murmuratores quxrulosi, comme les appelle saint Jude ^ , qui en criant sans mesure contre les abus , pour s'ériger en réformateurs du genre humain, se rendront, dit saint Augustin, plus insupportables que ceux qu'ils ne Voudront pas supporter; ou enfin des hommes vains, qui inventeront des doctrines étrangères pour se faire un nom dans l'Église et emmener des disciples après eux^. C'est de tels esprits que se forment les schismes et les hérésies, et il faut qu'il y en ait pour éprouver les vrais fidèles. Mais Jésus- Christ , qui les a prévus et prédits , nous a préparé un moyen universel pour les connaître : c'est qu'ils seront tous du nombre de ceux qui se séparent euxmêmes, qui se condamnent eux-mêmes; de ceux enfin qui ne croiront pas aux promesses de Jésus- Christ à l'Église, ni à la parole qu'il lui a donnée d'être toujours sans interruption et sans fin avec ses pasteurs.
Souvent ils sembleront imiter l'Église en se mul-
' I. Cor. XI, W, 19. — ' Ltic. H, 34. - ' Prov. xxv, 27. ^ * Mailh. VU, 15. — * Jiidie. 16. — « Act. xx, 30.
tipliant comme elle, et occupant des peuples entiers , ainsi que les ariens pervertirent les Goth» , les Vandales , les Hérules , les Bourguignons. Car il faut encore que les fidèles éprouvent la tentation de cette vaine ressemblance : bien plus , en duraht longtemps , ils paraîtront imiter aussi la stabilité de l'Église, et, comme elle, pouvoir se promettre une éternelle durée. Mais l'illusion est toujours aisée à reconnaître et à dissiper. Il n'y a qu'à ramener toutes les sectes séparées à leur origine : on trouvera toujours aisément et sans aucun doute le temps précis de l'interruption : le point de la rupture demeurera, pour ainsi dire, toujours sanglant ; et ce caractère de nouveauté , que toutes les sectes séparées porteront éternellement sur le front, sans que cette empreinte se puisse effacer, les rendra toujours reconnaissables. Quelques progrès que fasse l'arianisme , on ne cessera de le ramener au temps du prêtre Arius , où l'on comptait par leurs noms le petit nombre de ses sectateurs , c'est-à-dire, huit ou neuf diacres, trois ou quatre évêques; en tout, treize ou quatorze personnes, à qui leur évêque et avec lui cent évêques de Libye dénonçaientun anathème éternel, qu'ils adressaient à tous les évêques du monde, et de qui il était reçu. C'est à ce temps précis et marqué que l'on ramenait les ariens ' : on les ramenait au temps oii l'on reprochait à Eusèbe de Nicomédie qu'<7 croyait avoir toute l'Église en sa personne et en celle des quatre évêques de sa faction, au temps oii on lui disait : « Nous ne connaissons qu'une seule Église catholi- « que et apostolique, qui ne peut être abattue par « nul effort de l'univers conjuré contre elle, et de- « vaut qui doivent tomber toutes les hérésies '. » Ce que disait Alexandre, évêque d'Alexandrie dans ces premiers siècles du christianisme, se dira éternellement, et tant que l'Église sera Église, à toutes les sectes qui se sépareront elles-mêmes. Que Nestorius, patriarche de Constantinople, se fasse un nom dans l'Orient, et qu'une longue étendue de pays se fosse honneur encore aujourd'hui de le porter, on le ramènera toujours au point.de la division, où il était seul de son parti ; avec un autre qu'il faisait prêcher dans Constantinople; où personne ne lé pouvait souffrir, ni l'entendre dans sa propre ville; oii un seul évêque était opposé à six mille évêques ^ ; où la parcelle disputait contre le tout, où une branche rompue combattait contre l'arbre , et contre le tronc d'où elle s'était arrachée. Ainsi le schisme de Dioscore, qu'on voit encore subsister, sera toujours ramené au conciledeChalcédoine, et autemps où on lui disait, avec une vérité manifeste et in^ contestable, que tout l'Orient et tout l'Occident était uni contre lui. C'est ainsi que l'on démontrait, quelque durée que le schisme pût avoir, qu'il commence toujours par un si petit nombre , qu'il ne mérite pas même d'être regardé à comparaison de celui des orthodoxes. Que l'on considère toutes les autres sectes qui se sont jamais séparées de l'Église;
» Epitt. I et 2 Alex, episc. Alex, ante Conc. IS'ic. — ^Epùt. 2, ad omn. ep. ibid. — » Apol. Daim, ad Tlieod. imper. Lonc. Eplies. jnirl. 11. inler acïa calh.
SUR LES PROMESSES DE L'EGLISE
nous mettons en fait qu'on n'en nommera aucune qiii , ramenée à son commencement, n'y rencontre ce point fixe et marqué, où une parcelle combattait contre le tout , se séparait de la tige , changeait la doctrine qu'elle trouvait établie par une possession constante et paisible, et dont elle-même faisait profession le jour précédent.
Dès là il n'est pas besoin daller plus loin : comme le sceau delà vraie Église est qu'on ne peut lui marquer son commejicement par aucun fait positif, qu'en revenant aux apôtres, à saint Pierre et à Jésus-Christ, ni faire sur ce sujet autre chose que des discours en l'air; ainsi le caractère infaillible et ineffaçable de toutes les sectes, sans en excepter une seule , depuis que l'Église est Église, c'est qu'on leur marquera toujours leur commencement et le point d'interruption par une date si précise, qu'elles ne pourront elles-mêmes le désavouer. Ainsi, elles so natteront en vain d'une durée éternelle : nulle secte, quelle qu'elle soit, n'aura celte perpétuelle continuité, ni ne pourra remonter sans interruption jusqu'à Jésus-Christ. Mais ce qui ne commence point par cet endroit ne se peut rien promettre de durable. Les hérésies ne seront jamais de ces (leuves continus, dont l'origine féconde et inépuisable leur fournira toujours des eaux : elles ne sont, dit saint Augustin, que des torrents qui passent, qui viennent comme d'euxmêmes, et se dessèchent comme ils sont venus. La seule Eglise catholique, dont l'état remonte jusqu'à Jésus-Chist, recevra le caractère d'immortalité que lui seul peut donner.
Ce dogme de la succession et de la perpétuité de l'Église, si visiblement attesté par les promesses expresses de Jésus-Christ, avec les paroles les plus nettes et les plus précises , a été jugé si important, qu'on l'a inséré parmi les douze articles du Symbole (les apôtres, en ces termes : Je crois l'Église catholique ou unicerselle : universelle dans tous les lieux et dans tous les tenips, selon les propres paroles de Jésus-Christ : ^//ei, dit-il, enseigmz toutes les nations, et voila je suis avec cous tous les jours (sans discoiitinuation) jMiÇMa la fin des siècles. Ainsi , en quelque lieu et en quelque temps que le Symbole soit lu et récité, l'existence de l'Églice de tous les lieux et de tous les temps y est attestée : cette foi ne souffre point d'interruption , puisqu'à tous moments le fidèle doit toujours dire : Je crois l'Église catholique. Quand les novateurs , quels qu'ils soient, ont commencé leurs assemblées schismatiques, l'Église était; il le fallait croire, puisqu'on disait. Je crois f Église : il fallait être avec elle, à peine d'être séparé de Jésus-Christ, qui a dit , Je suis avec vous : en quelque temps que, hors de sa communion , qui est toujours celle des saints, on ose former des congrégations illégitimes , on est manifestement du nombre de ceux qui se séparent eux-mêmes , qui se condamnent euxmêmes, par leur propre et manifeste séparation.
Quand on dit que ce sont là des formalités, et qu'il en faut venir au fond , on abuse trop visiblement de la crédulité des simples : comme si la foi
des promesses si clairenifint expliquée par Jésus- Christ même, et renfermée dans le Symbole, n'était qu'une formalité; ou que ce fiit une chose peu essentielle au christianisme, de croire que les novateurs, qui se séparèrent eux-mêmes, portent dès là leur condamnation et leur nouveauté sur le front.
Ce défaut ne peut se couvrir par quelque suite de temps que ce puisse être. Le schisme de Samarie était si ancien , que l'origine en remontait jusqu'à Roboam, fils de Salomon; jusqu'à la séparation des dix tribus, ainsi que les plus anciens docteurs l'ont remarqué devant nous'. Le salut des Samaritains, séparés depuis si longtemps du peuple de Dieu, en était-il plus assuré par une origine si reculée.' Point du tout; le peuple de Dieu les a toujours mis au rang des nations les plus odieuses. L'Ecclésiastique a nommé avec les enfants d'Esaii et de Chanaan : le peuple insensé qui fait sa demeure dans Sichem^; c'est-à-dire les Samaritains : Jésus-Christ a confirmé cette sentence , et les traite en effet comme insensés, en leur d/sant : f^ous adorez ce que vous ne connaissez pas; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons ^. Vous ignorez l'origine de l'alliance : vous avez renoncé à la suite du peuple saint : vous réclamez en vain le nom de Dieu : il n'y a point de salut pour vous : le salut vient des Juifs, et les Samaritains mêmes ne le doivent tirer que de là. Et remarquez ces paroles, vous et nous : dans cette opposition, Jésus-Christ ne dédaigne pas de se mettre du côté des Juifs par ce mot àç.nous; parce que c'était la tige sacrée où se conservaient et se perpétuaient les promesses, le culte, le sacerdoce, jusqu'à ce que parût celui qui par sa mort et par sa résurrection devait être l'attente des peuples ^. Quand les dix lépreux, dont l'un était Samaritain , se présentèrent à Jésus- Christ pour être purifiés * , le Sauveur les renvoya tous également , et non moins le Samaritain que les autres, aux prêtres successeurs d'Aaron, comme à la source de la religion et des sacrements : matricem religionis et fontem salutis, comme parlait ïertullien^. Il ne servait donc de rien à ces schismatiques que leur schisme fût invétéré, et qu'il eut duré près de mille ans sous diverses formes : on ne l'en condamnait pas moins par le seul titre de son origine : on se souvint éternellement de l'auteur de ladivision, c'est-à-dire, ôq Jéroboam, quiavait fait pécher Israël i , et qui s'était retiré par un attentat manifeste de la.ville choisie de Dieu , c'était à dire, de l'Église et du sacerdoce établi depuis Aaron et depuis Moïse.
Le plus ancien schisme parmi les chrétiens est celui de Nestorius. On en vient de voir le défaut marqué dans son commencement, et dans le propre nom de son auteur que la secte porte encore : rien ne le peut effacer. Le point de l'interruption n'est pas moins marqué dans les autres schismes
' EccU. Ub. rv, cont Marcion. cap. 35. — » Eccli. l, r — 3 Joan. IV, 22. — « Cen. xLix , 10- — » Luc. XTU, 12, M. Ib. — 6 dbi supra. — '• III Rcg. XT, 30, 34.
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d'Orient. Il n'est pas ici question de parler des Grecs: ce n est point à l'Eglise de Constantinople, ni aux autres sièges schismatiques d'Orient, que nos réformés ont songé à s'unir en se divisant de l'Église romaine avec tant d'éclat et de scandale. Avouez, nos cliers frères, une vérité qui est trop constante pour être niée. Rien ne vous accommodait dans tout l'univers : tout le monde sait que ce sont les Pères de l'Église grecque qui ont mis les premiers de tous au rang des hérétiques un Aërius • , pour avoir cru inutiles les prières et les oblations pour l'expiation des péchés des morts, et pour d'autres points qui vous sont communs avec eux. C'est un fait constant, que nulle adresse des protestants n'a pu pallier. Je ne crois pas à présent que des gens sensés et de bonne foi puissent nous objecter sérieusement que nous sommes des idolâtres, après qu'on a montré en tant de manières que l'honneur des saints, des reliques et des images, laisse à Dieu tout le culte qui est dû à la nature incréée; et que loin de l'affaiblir, elle l'augmente» Mais quoi qu'il en soit , l'Église d'Orient l'avait comme nous; et le concile vii^, reçu dans les deux Églises , en est un irréprochable témoin. Je ne parle pas des autres dogmes du même concile, ni de ce qu'il dit si expressément sur la présence réelle, et que l'on ne peut éluder que par des chicanes : il nous suffit à présent que l'Église grecque se trouve aussi éloignée des protestants que la latine; il demeure pour constant qu'ils ont construit leur Église prétendue par une formelle et inévitable désunion d'avec tout ce qu'il y avait de chrétiens dans l'univers.
Aussi se sont- ils vus dès leur origine irrémédiablement désunis entre eux-mêmes : luthériens, calvinistes ,sociniens, ontété des noms malheureux, qui ont formé autant de sectes. Les catholiques savent se soumettre et se ranger sous l'étendard : on en a dans tous les siècles d'illustres exemples. Il n'en est pas de la même sorte de ceux qui ont rompu avec l'Église. Le principe d'union une fois perdu, en se séparant d'avec celle où tout était un auparavant, a tout mis en division; les schismes se sont multipliés , et n'ont pas eu de reniède ; caria maxime qu'on avait posée , d'examiner chacun par soi-même les articles de la foi, mettait tout en dispute, et rien en paix. Ainsi s'étaient divisées toutes les sectes : l'arianisme, le pélagianisme , l'eutychianisme avaient enfanté des demiariens, des demi-pélagiens , des demi-eutychiens de plus d'une sorte , et ainsi des autres. On n'a plus rien de certain, quand on a une fois rejeté le joug salutaire de l'autorité de l'Église. Les donatistes, dit saint Augustin^ , avaient pris en main le couteau de division, pour se séparer de l'Église : le couteau de division est demeuré parmi eux; et voyez , dit le même Père , « en combien de mor- « ceaux se sont divisés ceux qui avaient rompu V avec l'Église : qui se ab unitate prieciderunt,
• Epiph. Hœr. fi5 . et in ind. lib. m, 1. 1. — 83, 3i; t. \,tol IbetM,
Serm. iv, m°
<^inguot fn/ntadivLsi xmit'. » N'en peut-on pas dire autant à nos préteiîdus réformateurs? c'est en vain qu'ils ont voulu reprendre l'autorité attacliée au nom de l'Église , et obliger les particuliers à se soumettre aux décisions de leurs synodes. Quand on a une fois détruit l'autorité, on n'y peut plus revenir : on aura éternellement contre eux le même droit qu'ils ont usurpé contre l'Église, lorsqu'il l'ont quittée. Aussi nulle dispute ne Onit : Dordrect ne peut rien contre les arminiens; en se soulevant contre l'Église , et réduisant à rien ce nom sacré avec les promesses de Jésus-Christ pour son éternelle durée, les protestants se sont ôté toute autorité, tout ordre, toute soumission : et aujourd'hui,s'ils se font justice, ils reconnaîtront qu'ils n'ont aucun moyende réprimer ou de condamner les erreurs ; en sorte qu'il ne leur reste aucun remède pour s'unir entre eux , que celui de trouver tout bon, et d'introduire parmi eux la confusion de Babel et l'indifférence des religions sous le nom de tolérance.
Il n'en faut pas davantage aux coeurs simples et de bonne foi. Les promesses dont il s'agit sont conçues, comme on a vu, en termes simples et très-clairs. On doit donc se déterminer en trèspeu de temps à y croire; et cette croyance enferme une claire décision de toutes les controverses. Car si une fois il est constant que la vérité domine toujours dans l'Église, tous les doutes sont résolus : il n'y a qu'à croire , et tout est certain. Mais si après cela on veut écouter les anciens docteurs de l'Église, et savoir s'ils entendent comme nous les promesses de Jésus-Christ dont nous parlons , je veux bien entrer encore dans cette matière, et necraindrai point de donner à un sujet si essentiel toute l'étendue qu'il mérite.
Vous doutez du sentiment des anciens docteurs: il n'y a qu'à les entendre parler à ceux qui , se séparant visiblement de l'Église, de cette Église qui était visiblement répandue par tout l'univers , disaient qu'elle était perdue sur la terre. C'est ainsi que parlaient les donatistes : mais cette parole n'était écoutée qu'avec horreur, comme on écoute les plus grands blasphèmes. « L'Église a péri, « dites-vous ; elle n'est plus sur la terre. Saint Au- « gustin leur répond' : Voilà ce que disent ceux qui « n'y sont point : parole impudente. Elle n'est pas, « parce que vous n'êtes pas en elle ? C'est , poursuit- « il , une parole abominable, détestable , pleine de « présomption et de fausseté , destituée de toute « raison , de toute sagesse , vaine , téméraire , inso- « lente , pernicieuse ; abominabilem , detesiabilem, « vanam,temerariam, prxcipitem, pemiciosam,» etc. Pourquoi tous ces titres à cette erreur ? C'est qu'elle dément Jésus-Christ, qui a promis à l'Église, non-seulement des jours éternels au siècle futur , mais encore dans cette vie ; des jours qui seront courts , à la vérité , puisque tout ce qui n'est pas éternel est court, mais quidureront néanmoins jusqu'à la fin du monde *.
Le même saint Augustin fait ainsi parler l'Église
' Jug in Ps. ci, serm. n, w' 8; t. iv, col. II05. — « Ibié. «•9, vol. uce.
SUR LES PROMESSES DE LËGLISE
avec le même Psalmiste : .-/nnoncez-moi ta brièveté de mes jours ; voyons à quels termes vous avez voulu les réduire : Paucitatem dierum meorum annuntia mihi. « Mais, continue-t-elle, pourquoi a ceux qui se séparent de mon unité murmurent- •■ ils contre moi? pourquoi ces hommes perdus disent- * ils que je suis perdue? Ils osent dire que j'ai été, « et que je ne suis plus. Parlez-moi donc, ô Sei- « gneur! de la brièveté des jours que vous m'avez « destinés sur la terre. Je ne vous interroge point « ici sur ces jours perpétuels de l'autre vie : ils se- « ront sans On dans le séjour éternel où je serai; » ce n'est point de celte durée dont je veux parler: « je parle des jours temporels que j'ai à passer sur la « terre; annoncez-les-moi encore un coup : par- « lez-moi , » non point de l'éternité dont je jouirai dans le ciel , mais des jours passagers et brefs que je dois avoir dans ce monde. « Parlez-en pour « l'amour de ceux qui disent : Elle a été , et elle « n'est plus; elle a apostasie, et l'Église est périe « dans toutes les nations. Mais qu'est-ce que .Tésus- 0 Christ m'annonce sur cela ? que me promet-il? « Je suis avec vous jusqu'à la consommation des « siècles. »
Voilà donc deux vies bien distinctement promises à l'Église : l'une dans le ciel, éternelle et vraiment longue, puisqu'il n'y a rien de long que cequi n'a point de lin ; l'autre temporelle et courte en effet, puisqu'elle aura une fln, mais à qui Jésus-Christ n'en donne point d'autre que celle des
sièclBS*
Ailleurs le même Père applique à l'Église cette parole du même Psalmiste : « Il a appuyé la terre sur « sa fermeté, elle ne branlera point aux siècles des « siècles : Fundavit terrain super firmitatemsuaîn, « indinabitur in sxculum sxculi'. Par la terre, dit « saint Augustin, j'entends l'Église: » et dans la suite : « Où sont ceux qui disent que l'Église est « périe dans le monde, elle qui, loin de tomber, « ne peut pas même pencher pour peu que ce soit , « ni jamais être ébranlée»? » Pourquoi? A cause qu'étant appuyée sur le ferme fondement de la promesse de Jésus-Christ, « elle est prédestinée « pour être la colonne et le soutien de la vérité : prx- « destinata est columna et firmamentum verita- « tis ^ » qui est, comme on sait, une parole de saint Paul ^ , où l'apôtre donne ce nom à l'Église.
C'est d'une Église visible , où il faut converser avec les hommes, et édifier le peuple de Dieu , que saint Paul a voulu parler : c'est d'une Église visible que saint Augustin entend cette parole, et la chimère de l'Église invisible n'était pas connue de ce temps.
De là vient quele même Père enseigne aussi qu'on ne se trompe jamais en suivant l'Église. « C'est là , «dit-il * , qu'on écoute et qu'on voit : celui qui est « horsdelÉglise, n'entend ni ne voit; celui qui « est dans l'Église, n'est ni sourd ni aveugle : Ex-
' In. Ps. cm, 5, serm. i , n. 17, col. lUl. —' Serm. ii, II. 5, cnl. i 145. — •" Serm. I , n. 17. — ' i. Tim. m, 16. — S lu. Ps. XLTII , H. 7 , col. 420.
« ira illam qui est, neque videt neque audit; in ï7- « laquiest, nec surdus neccxcus est. «Maisdepeur qu'on ne s'imagine que l'instruction que donne l'Église ne dure qu'un temps, il ajoute avec le Psalmiste : Dieu l'a fondée éternellement , d'où il conclut : « Si Dieu l'a fondée éternellement , crai- « gnez-vous quele firmament ne tombe, ou que I.t « fermeté même ne soit ébranlée ? »
Aussi donne-t-il toujours le sentiment de l'Église pour une entière conviction de la vérité. C'est ce qui paraît dans un sermon admirable, prononcé à Carthage lejour delà ÎS'ativitéde saint Jean- Baptiste. Il s'agissait d'établir , contre la nouvelle hérésie, des pélagiens , la vérité du péché originel par le fait constant, positif et universel du baptême des petits enfants ; il pose pour fondement : que par la coutume de l'Église très-ancienne , trèscanonique , très-bien fondée • ; comme ils ont péché par autrui , c'est aussi par autrui qu'ils croient : sur ce fondement il suppose que les enfants qu'on baptise sont rangés au nombre des fidèles : «Je demande, dit il aux novateurs % si Jésus- « Christ sert de quelque chose à ces nouveaux « baptisés , ou s'il ne leur sert de rien. Il faut qu'ils «répondent qu'il leur sert beaucoup : ils sont ac- « caiblés par le poids de l'autorité de l'Église. Ils «voudraient peut-être bien ne pas avouer l'utilité •« du baptême des petits enfants, et leurs raison- « nements les conduiraient là ; mais l'autorité de a l'Église les retient , de peur que les peuples chré- « tiens ne leur crachent au visage. « Remarquez ici le prodigieux effet de l'autorité de l'Église, nonseulement dans les catholiques , qui ne pouvaient souffrir qu'on en doutât , mais encore dans les novateurs, qui n'osaient la contredire : « Selon cette « autorité , poursuivait-il , un petit enfant qu'on « baptise est rangé au nombre des fidèles. L'au- « torité de l'Église notre mère emporte cela : la « règle très-bien fondée de la vérité fait qu'on n'ose « le nier. Qui voudrait s'opposer à cette force, « et employer des machines pour abattre cette iné- « branlable muraille, ne l'abattrait pas, mais so « mettraitsoi-mêmeen pièces. » Teileest l'autoritô de l'Église; c'est ainsi qu'elle est invincible et. inébranlable.
Alors les nouveaux hérétiques n'étaient pas en^ core condamnés ; et ce sermon solennel, prononcé par l'ordre des évêques dans la métropolitaine de toute l'Afrique, fut l'avant-coureur de cette juste condamnation. Pendant que l'Église les attendait avec une patience vraiment maternelle, saint Augustin les pressait en cette sorte: « C'est ici, dit- « il , une chose fondée et établie sur un fondement « immuable. On supporte ceux qui disputent , lors- « qu'ils errent dans les autres questions qui na « sont pas bien examinées, qui ne sont pas encore « établies par la pleine autorité de l'Église. C'est « alors qu'il faut supporter l'erreur : mais elle ne «■ doit pas s'emporter jusqu'à vouloir ébranler le « fondement de l'Église , « c'est-à-dire , comme on
« Sem. ccxciv, n. 17; tom. v, col. 1191. — ^ JbitL
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voit , la foi des promesses sur lesquelles elle est appuyée.
Puisque nous sommes sur les pélagiens, il est bon de considérer en la personne de ces hérétiques avec quel dédain ces sortes d'esprits parlaient de l'Église , et ce que leur répondaient les orthodoxes. « C'est tout dire, disait Julien le pélagien' , la fo- « lie et l'infamie ont prévalu même dans l'Église de « Jésus-Christ. » On n'en vient à cet excès d'impiété contre l'Église, qu'après avoir méprisé les promesses de son éternelle durée. Ailleurs : « La « confusion se met partout, le nombre des fous « devient le plus grand ; et on ôte à l'Église le gou- « vernail de la raison , afin d'introduire un dogme « vulgaire ^ » II appelait ainsi par mépris le dogme commun de l'Église; et, à la manière des grands esprits faux , il affectait de se distinguer par ses superbes singularités. Il dit ailleurs, dans le même esprit : « Si la vérité trouve encore quelque place « parmi les hommes , et que le monde ne soit pas « encore étourdi par le bruit de l'iniquité^... » C'est le langage ordinaire des novateurs. A les entendre , la vérité n'est plus sur la terre : l'Église y est perdue : ils ne songent plus aux promesses qu'elle a reçues ; et parce que le dogme contraire à celui des hérétiques y prévaut toujours, ces superbes, méprisant le peuple, dont le gros demeure attaché à ses pasteurs, reprochent à l'Église « qu'elle « se pare de l'autorité du vulgaire, de la lie du peu- « pie, des femmes, des gens de métier, des gens de « néants. »
C'est le langage commun de tous les hérétiques : ce fut en particulier celui de Bérenger au xi* siècle, comme nous le dirons bientôt. Mais saint Augustin y avait déjà répondu par avance. L'Église, disait-il à Julien comme aux autres, doit toujours subsister; et il ne faut pas s'étonner si la vérité y prévaut dans la multitude, puisque c'est cette multitude qui a été promise à Abraham * , laquelle par conséquent il ne faut point mépriser comme une troupe vulgaire. Toute l'Église est contre vous dès son commencement : a sui initio ^ : puisque dès son commencement elle a montré par ses exorcismes et par ses exsufflations qu'elle connaissait le péché originel dans les petits enfants. Il n'y a rien de plus faible que ces raisonnements, si la croyance de l'Église n'est pas d'une certitude infaillible. « Revenez « à nous, disait encore saint Augustin à Julien?; • vous n'êtes pas né de parents qui crussent ladoc- « trine que vous enseignez , et vous avez été régé- « néré dans une Église qui croyait le contraire. » Ce dogme, poursuivait-il, que vous appelez vulgaire ou populaire à cause qu'il est suivi de tous les peuples fidèles, est celui de saint Cyprien et de saint Ambroise. « Mais ce n'est pas saint Ambroise ni « saint Cyprien qui ont fait entrer les peuples dans « cette croyance : ils les y ont trouvés ; votre père
' Aug. Op. imp. cnnt. Jiil. I. i, 71. 12, tnm. x , col. 879. — » Ibid. l. U, H. 2, col. 957. — * Ibid. l. 1, /(. 102 , col. 992. — * Ibid. lih. I, n. .33, 42, etc. col. 885, etc. — ^ Ibid. lib. \\,n. 3, col. I29I. — * Ibid. lib. \\,n. lOi , col. 993. — 1 Ibid. lib. IV, «. l3,toZ. lliJ.
« les y a trouvés quand vous avez été baptisé petit « enfant : vous avez vous-même trouvé te.ls dans « l'Église tous les peuples catholiques'. » Qu'on remarque bien cet argument. C'est , comme nous l'avons vu , l'argument commun de tous les catholiques contre tous ceux qui innovent ; et il faut bien que tout novateur trouve l'Église dans un sentiment opposé au sien, puisque, selon la promesse de Jésus-Christ , elle seule ne change jamais.
En un mot , tous les ennemis de l'Église lui ont marqué une fin, ou du moins une interruption, et tous les enfants de l'Église ont soutenu qu'elle ne verrait ni l'un ni l'autre. Les païens lui assignaient pour toute durée trois cent soixante-cinq ans '.Vain discours, que l'expérience avait réfuté, puisqu'elle n'avait jamais été plus affermie qu'après ce temps écoulé. Il n'y a donc point de fin pour elle. Mais elle n'est pas moins à couvert de l'interruption , puisque Jésus-Christ, véritable en tout , l'a également garantie de ces deux accidents.
Je ne m'étonne pas des païens , qui ne croient ni en Jésus-Christ ni en ses promesses. Mais il ne faut non plus s'étonner des hérétiques, quoiqu'ils portent le nom de chrétiens, puisque s'étant engagés à se faire une Église et une doctrine indépendantes de celles qu'ils trouvaient sur la terre lorsqu'ils sont venus, ils ont eu ce malheureux intérêt de trouver une interruption dans la suite de l'Église, et d'éluder les promesses de son éternelle durée.
Il n'y a rien de plus grand ni de plus divin dans la personne de Jésus-Christ, que d'avoir prédit d'un côté, que son Église ne cesserait d'être attaquée, ou par les persécutions de tout l'univers, ou par les schismes et les hérésies qui s'élèveront tous les jours, ou par le refroidissement de la charité^, qui amènerait le relâchement de la discipline; et, de l'autre , d'avoir promis que, malgré toutes ces contradictions, nulle force n'empêcherait cette Église de vivre toujours , ni d'avoir toujours des pasteurs qui se laisseraient les uns aux autres, et de main en main , la chaire , c'est-à-dire , l'autorité de Jésus-Christ et des apôtres; et avec elle, la saine doctrine et les sacrements. Aucun auteur de nouvelles sectes , de quelque esprit de prophétie qu'il se vantât d'être illuminé, n'a osé dire seulement ce qu'il deviendrait, ni ce que deviendrait le lendemain la société qu'il établissait : Jésus-Christ a été le seul qui s'est expliqué à pleine bouche, non-seulement sur les circonstances de sa passion et de sa mort, mais encore sur les combats et sur les victoires de son Église : Je vous ai établis, dit-il, afin que vous alliez, et que vous fructifiiez, et que votre fruit demeure^. Et comment demeurerat-il? C'est ce qu'il fallait exprimer, pour laisser aux hommes le témoignage certain d'une vérité bien comme. Jésus-Christ n'y hésite pas; et il énonce dans les termes les plus précis une durée sans interruption, et sans autre fin que celle de l'univers. C'est ce qu'il promet à l'ouvrage de douze pêcheurs,
' Aug. Op. imp. cont.Jul. lib. n , /;. 2, col. 957. - ''■Itirj. de Civil. I)ei , lib. xvill, cap. 53, 5i; toin. VU, col. 336 ot seq. — "* Mallh. xxiv, 12. — ' Joaii. w, 10.
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
et voilà le sceau manifeste de la vérité de sa parole. On est affermi dans la foi des choses passées, en remarquant comme il a vu clair dans un si lonj; avenir. C'est ce qui nous fait chrétiens , mais en même temps c'est ce qui nous fait catholiques, et on voit manifestement que la science de Jésus-Christ, si divine et si assurée , n'a pu nous tromper en rien.
Deux choses affermissent notre foi : les miracles de Jésus-Christ, à la vue de ses apôtres et de tout le peuple, avec l'accomplissement visible et perpétuel de ses prédictions et de ses promesses. Les apôtres n'ont vu que la première de ces deux choses, et nous ne voyons que la seconde. Mais on ne pouvait refuser à celui à qui l'on voyait faire de si grands prodiges, de croire la vérité de ses prédictions; comme on ne peut refuser à celui qui accomplit si visiblement les merveilles qu'il a promises, de croire qu'il était capable d'opérer les plus grands miracles.
Ainsi, dit saint Augustin, notre foi est affermie des deux côtés. Ni les apôtres, ni nous, ne pouvons douter : ce qu'ils ont vu dans la source les a assurés de toute la suite : ce que nous voyons dans la suite nous assure de ce qu'on a vu et admiré dans la source; mais il faut être catholique pour entendre ce témoignage. Les hérétiques comme les païens sont contraints de le refuser : puisqu'ils veulent trouver dans l'Église de Terreur, de l'interruption, un délaissement du côté de Jésus-Christ, ils ne peuvent ajouter foi à la promesse de son éternelle assistance ; et on voit que ce n'est pas inutilement que le Fils de Dieu a rangé parmi les païens ceux qui n écoutent pas l'Église ', puisque, faute de la vouloir écouter dans les nouveautés qu'ils proposent, ils se voient réduits à éluder les promesses de Jésus-Christ, et à dire avec les païens, que l'Église, comme un ouvrage humain, devait tomber.
Revenons aux anciens docteurs ; et après avoir produit saint Augustin, remontons jusqu'à l'origine du christianisme. Le même Père nous fera connaître le sentiment de saint Cyprien , par ces paroles : Nous-mêmes, dit-il * , nous n'oserions assurer ce que nous avançons (touchant la validité du baptême des hérétiques), si nous n'étions appuyés de l'autorité de l'Église universelle ; à laquelle saint Cyprien ( qui soutenait le contraire avec l'ardeur que personne n'ignore ) aurait lui-même cédé trèscertainement , si la vérité éclaircie eût été dès lors confirmée par un concile universel. Par où il est plus clair que le jour, non-seulement que saint Augustin baissait la tête sous l'autorité de l'Église, mais encore qu'il la tenait si inviolable, qu'il aurait cru faire injure à saint Cyprien, s'il l'eût jugé capable d'y résister.
En effet, il ne faut que voir comment ce saint martyr a parlé de l'unité de l'Église, tant en ellenicme qu'avec ceux qui nous ont précédés dans la succession de la doctrine et des chaires. Il y a , dit-il 3, dans l'Église catholique , une tige , une
• Matth. XVIII, 17. — * Lib. n de Bapt. cap. i,n. 5. tom. ra, col. 98. — » Ub. de Vnit, Eccl. p. IJ>6 , etc. Epist. XLI , p. bb.
racine , une source , une force pour reproduire sans fin de nouveaux pasteurs qui remplissent les mêmes chaires d'une seule et même doctrine; et dès là, un enchaînement d'unité et de succession d'où l'on ne peut sortir sans se perdre. C'est ce qu'il appelle la tige et la racine de C Église catholique : Ecclesix cathoUcx radicem et matricem : racine tenace et inviolable, comme il la nomme, tenaci radiée, qui retient tellement les vrais fidèles dans son unité, que ceux qui n'ont point l'Église pour mère ne peuvent avoir Dieu pour père : Habere non postest Deum patrem qui Ecclesiam non habei viatrem '. Cent passages de cette force , qu'il n'est pas besoin de rapporter, parce qu'ils sont connus de tout le monde , font la matière du livre de l'Unité de l'Église. Et pour faire l'application de ces beaux principes aux hérésies particulières, le même saint, interrogé par un de ses collègues dans l'épiscopat , ce qu'il fallait croire de Vhérésie de Novatien. il ne veut pas seulement permettre qu'on s'injorme de ce qu'il enseigne , dès la qu'il n'enseigne pas dans l'Église : c'est assez qu'il soit séparé de cette tige , de cette racine de l'unité , hors de laquelle il n'y a point de christianisme; « et, « poursuit-il , quel qu'il soit, et quelque autorité « qu'il se donne, il n'est pas chrétien , n'étant pas « dans l'Église de Jésus-Christ : Quisquis ille , est « et gualiscumque est , christianus non est, qui in « Christi Ecclesia non est *. » Ainsi tout ce qui est hors de l'Église n'est rien parmi les chrétiens; et l'Église seule est tout par rapport à Dieu.
Il combat tous les novateurs par cet argument , et il ne cesse de leur opposer le concert, l'accord, le concours de toute l'Église catholique , Ecclesise catholicae concordiam ubique cohxrentem. « Ce 0. n'est pas nous, dit-il 3, qui nous sommes séparés « d'avec eux ; mais c'est eux qui se sont séparés « d'avec nous : Non enim nos ab illis, sed illi a nobis « recesserunt : et parce qu'ils sont nouveaux, qu'ils a ont trouvé l'Église en place, et qu'ils sont tous « venus après , et cum hxreses et schxsmata post « modum nata sint ; leurs assemblées , les con- « venticules qu'ils tiennent à part, comme il les « appelle , ne peuvent jamais se lier à la tige de « l'unité : dum conventicula sibi diversa constin tuunt, unitatis caput atque originem relique- « runt. »
C'est ainsi que saint Cyprien montrait dans tous les hérétiques , comme nous faisons après lui, ou plutôt après l'apôtre saint Jude , ce malheureux caractère de se séparer eux-mêmes. C'est ainsi qu'il leur faisait voir que l'Église qu'ils tâchaient d'établir, était une Eglise humaine : humanam conantur Ecclesiam facere < , et ne tenait rien de l'institution ni des promesses de Jésus-Christ.
Pour ce qui est de la vraie Église , elle est, ditiP, représentée par saint Pierre, lorsque Jésus- Christ ayant demandé à ses disciples, iVetowfes»
' De Vnit. Eccl. p. 195. — ' Epixt. i.n, ad Antonian. p. 17.3. — i De Unit. Eccl. p. 198. — * Epiai Ui,ad Anton. p. 173. — ' Epiit. LV. ad Cornet p. 8.j.
INSTRUCTION PASTORALE
vous point aussi vous rctircrf cet apôtre lui répiriidit au nom de tous : Seigneur, à qui irionsnous? vous avez des paroles de vie éternelle : nous montrantpar cette réponse, poursuit le saint martyr, que qui que ce soit qui quitte .lésus-Christ, l'Église ne le quitte pas , et que ceux-là sont l'Église, qui demeurent dans la maison de Dieu; de sorte que le caractère des novateurs est de la quitter, ainsi que le caractère des vrais fidèles est d'y demeurer toujours.
En remontant un peu plus haut, nous trouverons Tertullien , que saint Cyprien appelait son maître, et qui méritait ce nom tant qu'il est demeuré luimême dans cette unité de l'Église, qu'il a tant louée. Tertullien donc , tant qu'il a été catholique , a reconnu cette chaîne de la succession qui ne doit jamais être rompue. Selon cette règle, on connaît d'abord les hérésies , par la seule date de leur commencement." Marcion et Valentin sont venus « du temps d'Antonin : » on ne les connaissait pas auparavant ; on ne les doit donc pas connaître aujourd'hui. Ce qui n'était pas hier est réputé dans l'Église comme ce qui n'a jamais été. Toute Église chrétienne remonte à Jésus-Christ de proche en proche, et sans interruption. La vraie postérité de Jésus- Christ va sans discontinuation à l'origine de sa race. Ce qui commence par quelque date que ce soit ne fait point race , ne fait point famille , ne fait point tige dans l'Église. « Les marcionites ont des Églises , « mais fausses et dégénérantes comme les guêpes « ont des ruches', » par usurpation et par attentat: on n'est point recevable à dire qu'on a rétabli ou réformé la bonne doctrine de Jésus-Christ, que les temps précédents avaient altérée » : c'est faire injure à Jésus-Christ que de croire qu'il ait souffert quelque interruption dans le cours de sa doctrine, ni qu'il en ait attendu le rétablissement ou de Marcion ou de Valentin , ou de quelque autre novateur, quel qu'il soit ^. « Il n'a pas envoyé en « vain le Saint-Esprit : il est impossible que le Saint- « Esprit ait laissé errer toutes les Églises, et n'en « ait regardé aucune 4. » Montrez-nous-en donc avant vous une seule de votre doctrine : vous disputez par l'Écriture? vous ne songez pas que l'Écriture elle-même nous est venue par cette suite : les Evangiles, les Épîtres apostoliques et les autres Écritures n'ont pas formé les Églises; mais leur ont été adressées, et se sont fait recevoirai'ec l'assistance du témoignage de l'Église : ejus testimonio assistente ^. Ainsi la première chose qu'il faut regarder, c'est à qui elles appartiennent : cujus sint Scripturse ^. L'Eglise les a précédées, les a reçues , les a transmises à la postérité avec leur véritable sens i. Là donc où est la source de la foi , c'ést-à-dire la succession de l'Église, « là « est la vérité des Écritures, des interprétations ou « expositions , et de toutes les traditions chrétien- « nés*. » Ainsi , sans avoir besoin de disputer par
' Adv. Marcion. lib. iv, n. 5. — ' Ihid. Ub. i, n. 20. — » Jbid. I. Prœsc. n. 29. — 4 Prœsc. il. 28. — ' Adv. Marc, lib. IV, n. 2, 3, - • Pr(esc. n. 19. — ' Ibid. n. 20. — « Ibid. n. 19.
les Écritures, nous confondons tous les hérétiques, « en leur'montrant, sans les Écritures, qu'elles ne « leur appartiennent pas, et qu'ils n'ont pas droit « de s'en servir'. »
Cet argument est égal contre toutes les hérésies : elles y sont toutes également convaincues: revictae haereses omnes ». On confond Praxéas, comme on avait confondu Marcion et Valentin! Vous êtes nouveau, novellus; vous êtes venu après, posferM^; vous êtes venu hier, hesternus 3, etavanl! hier on ne vous connaissait pas. Vous n'êtes rien aux chrétiens ni à 3 éms-C\\nsx, qui était hier et aujourd'hui, et qui est de tous les siècles 4; on vous dira comme aux autres : Pourquoi me venezvous troubler ?^e smîs en possession : je possède le -premier :fai mes origines certaines ^ : je viens en droite ligne et de main en main de ceux à qui appartenait la chose : on savait bien que vous viendriez ; nous avons été avertis qu'il s'élèverait des hérésies, et même qu'il le fallait; mais en même temps on nous a déclaré qui vous étiez : des gens sortis hors de la ligne , hors de la chaîne de la succession , hors de la tige de l'unité. TTne marque de ma possession incontestable, c'est, que vous-mêmes vous avez cru premièrement comme moi : constat in catholicae primo doclrinam crédidisse ^ : ni vous avez innové, non-seulement sur moi, mais encore sur vous-mêmes. C'est l'argument que saint Alexandre , évêque d'Alexandrie, faisait tout à l'heure aux ariens : c'est celui que saint Augustin faisait aux pélagiens : c'est celui que Tertullien fait à Valentin et à Marcion : nous l'entendrons faire aux disciples de Bérenger, et nous l'avons déjà fait à toutes les hérésies.
Mais ces arguments, et les autres qu'on vient d'entendre, ne seraient qu'une illusion sans le fondement des promesses de Jésus-Christ , en vertu desquelles l'Église devait subsister tous les jours sans interruption et jM.Sfjrw'à /a fin des siècles dans les apôtres et leurs successeurs. C'est à la doctrine de ce corps apostolique qu'il a plu à Jésus-Christ de nous appeler; mais afin que notre foi ne fût pas pour cela fondée sur des hommes , il a promis à ceux-ci d'être toujours avec eux.
Je pourrais citer saint Irénée : je pourrais citer Origène : pour éviter la longueur, je citerai seulement saint Clément d'Alexandrie, maître d'Origène , qui touchait au temps des apôtres, et qui était le théologien de l'Église d'Alexandrie, la plus savante qui peut-être fût dans le monde. C'est lui qui nous montrera la voie royale contre toutes les hérésies i , c'est-à-dire le grand chemin battu par nos pères : il nous marquera Vajicienne Église qui précède toutes les sectes , et les a toutes vues se séparer d'elle. De cette sorte elle est la seule qui mérite le nom de l'Église ; les autres sectes sont des écoles ^ où l'on dispute; celle-ci eit r^gr/i5e où l'on croit : celui donc qui se soulève contre les traditions de l'Église , c'est-à-dire, con-
' Ibid. n. 37. — » Ibid. n. 35. — 3 Jdv. Prax. n.2. — < Hebr. xiii, 8. ~ 5 Prœsc. n. 37. — 8 Prœsc. n. 30. -< ' Strom. Ub. vu. — * Ibid.
SUR LES PROMESSES DE LÉGUSE
Irr la suite et la succession , a cessé d'être fidèle , tl a quitté la source. C'est pourquoi tous les novatours se contredisent eux-m^mes; leur doctrine est inconstante et variable : parce que , dit-il, par une curiosité pernicieuse, par une superbe singularité, « ils méprisent les choses ordinaires; et, tâchant « de s'élever au-dessus de ce que la foi rendait n commun, ils sortent du sentier de la vérité. La « gloire les aveugle; ils veulent faire une secte et « une hérésie, et surpasser ceux qui nous ont pré- « cédés dans la foi '. » On sait leur date : leurs auteurs , dont ils portent encore les noms , sont connus partout : on sait sous quels empereurs ils ont commencé, les lieux et les temps de leur naissance : et il est « constant que l'Église catholique les a « tous devancés :elle est une comme Dieu est un ; « elle est ancienne ,elle est catholique : tous ceux « qui l'abandonnent l'ont trouvée dans l'éminence « de l'autorité, et rien ne l'égala jamais. » La quitter, c'était quitter les apôtres et Jésus-Christ même ; et c'est ce qu'on appelait abandonner la tradition, c'est-à-dire, la suite toujours manifeste de la doctrine laissée et continuée dans l'Eglise, le principe de la vérité et la source qui coulait toujours dans la succession.
Cette doctrine manifestement venait de l'apôtre , lorsqu'il disait à Timothée : Ce que vous avez ouï de moi en présence de plusieurs témoins , laissezle a des hommes fidèles qui soient capables d'en instruire cCautres ». C'est la règle apostolique , c'est par cette supposition que la doctrine doit aller de Miain en main : les apôtres l'ont déposée entre les mains de leurs successeurs en préseiwe de plusieurs témoins; devant toute l'Église catholique, comme rexplicjue Vincent de Lérins après saint Chrysostôme^ : pour éviter la surprise, on ne dit rien en secret : mais ce qui est dit devant tout le monde, passe à tout le monde de main en main ; c'est, disait saint Chrysostôme'i, le trésor royal qui doit être déposé en lieu public : de pasteur à pasteur, d'évêque à évèque, on se donne les uns aux autres la saine doctrine : il n'y a point d'interruption; et tout cela originairement vient de Jésus-Christ , qui disait aux apôtres et à leurs successeurs : Je suis toujours avec vous. Dans cette succession la doctrine est toujours la nîéme. C'est pourquoi la fausse doctrine, dans le st}!e de l'Écriture , s'appelle une autre doctrine : O Timothée, c'it saint Paul ^ , dénoncez à certaines gens qu'ils n'enseignent point d'autre doctrine. L'Évangile n'est jamais autre que ce qu'il était auparavant^. Ainsi , quel que soit le temps où dans la foi on dise autre chose que ce qu'on disait le jour d'auparavant, c'est toujours ï hétérodoxie , c'est-àdire , une autre doctrine qu'on oppose à ïorthodoxie ; et toute fausse doctrine se fera connaître d'abord, sans peine et sans discussion , en quelque moment que ce soit, par la seule innovation : puisque ce sera toujours quelque chose qui n'aura point été perpétuellement connu. C'est par ce témoignage que la foi se rend sensible aux plus ignorants , pourvu
• Strom. lib. vtf. — » II. Tint. il. 2. '- ^ Chrysost. in eum m. — ' ILid. — » I. Tint. 1,3.— * Gai. i, 7.
qu'ils soient humbles : et tous les jours sont égaux pour y trouver la vérité en possession ; puisque Jésus-Christ ne dit pas qu'il sera avec les apôtres et leurs successeurs à de certains Jours , mais tous les jours.
Par là s'entend clairement la vraie origine de catholique et d'hérétique. L'hérétique est celui qui a une opinion, et c'est ce que le mot même signilie. Qu'est-ce à dire , avoir une opinion ? C'est suivre sa propre pensée et son sentiment particulier. Mais le catholique est catholique, c'est-à-dire qu'il est universel ; eLsans avoir de sentiment particulier , il suit sans hésiter celui de l'Église.
De là vient qu'un des caractères des novateurs dans la foi est de s'aimer eux-mêmes : Erunt homines seipsos amantes : Il y aura des hommes qui s'aimeront eux-mêmes'; ou comme parle saint Jude , digne d'être si souvent cité dans une lettre si courte , des hommes qui se rejjaissent eux-mêmes, seipsospascentes^ ; qui se repaissent de leurs inventions , jaloux de leur sentiment, amoureux de leurs opinions. Le catholique est bien éloigné de cette disposition: et sans craindre l'inconvénient d'êtrejaioux de ses propres pensées, il a une sainte jalousie, un saint zèle pour les sentiments communs de toute l'Église; ce qui fait qu'il n'invente rien, et qu'il n'a jamais envie d'innover.
Pour répondre aux autorités des saints , que nous avons alléguées, on dira que cet argument, qu'on tire de la succession , était bon au commencement , où , tout près de Jésus-Christ et des apôtres , on voyait comme d'un coup d'oeil l'origine de l'Église' Illusion manifeste! Si dans la promesse de Jésus- Christ sur la durée de son Église nous regardions autre chose que la puissance divine qu'il y donne pour fondeine.nt : Toute puissance , dit-il ^ , ni est donnée dans le ciel et sur la terre , rien ne nous pourrait assurer contre l'altération de la doctrine : unou\Tagehumainpourraittomber après cent ans, comme après mille ans : et les Pères du second, du troisième, du quatriènie et cinquième siècle, dont nous avons allégué l'autorité , se pourraient tromper comme nous dans la succession de l'Église et de ses pasteurs. Mais parce que Jésus-Christ et sa parole toute-puissante sont le fondement de notre foi , l'argument est de tous les siècles : saint Cyprien ne le faisait pas avec moins d'assurance que saint Augustin , et avant lui TertuUien , et avant lui Clément d'Alexandrie. On le fit à Bérenger, avec la même force, après mille ans. Dès qu'il innova sur la présence réelle, on lui objecta d'abord , comme je l'ai démontré ailleurs 4, ce fait constant, qu'il n'y avait pas une Église sur la terre, pas une ville, pas un village de son sentiment; que les Grecs, que les Arméniens , et en un mot tous les chrétiens d'Orient avaient la même foi que l'Occident; de sorte qu'il n'y avait rien déplus ridicule que de traiter d'incroyable ce qui était cru par le monde entier. Lui-même
' II. Tint, m, 2. — » Judœ. 12. —» Matih. xxvin, 20 — * Uug. Lingon. Adeltn. Briœ. AscoL ep. ad Beieng. Guim. lil). 3. Lan/, de corp. et sang. Dont. cap. 2, 4, 22, etc. t. xvni Bib. PP. Lugd. Ilist. des Far. liv. xv.
INSTRUCTION PASTORALE
kl l'avaît cru comme les autres : il avait été élevé dans cette foi : après l'avoir changée , il y était revenu par deux fois, et, sans oser nier le fait constant de l'universalité de la croyance contraire à la sienne , il se contentait de répliquer, à l'exemple des autres hérétiques, dont nous avons vu les réponses, que « les sages ne doivent pas suivre les sentiments ou « plutôt les folies du vulgaire '. « Mais Lanfranc, ee saint religieux, ce savant archevêque de Cantorhéry, et les autres, lui faisaient voir que ce qu'il appelait le vulgaire* , c'était tout le clergé et tout le peuple de l'univers; et après un fait si positif, sur lequel on ne craignait pas d'être démenti , on concluait que si la doctrine de Bérenger était véritable , « l'héritage promis à Jésus-Christ était péri , « et ses promesses anéanties; enfm, que l'Église « catholique n'était plus , et que , si elle n'était plus , « elle n'avait jamais été ^. » Comme donc, en toute occasion et en tout temps , les hérétiques tenaient le même langage , l'Église y opposait toujours les mêmes promesses : l'argument , loin de s'affaiblir , se fortifiait ; etbien loin qu'il fût plus clair au commencement de l'Église, au contraire plus elle allait en avant , plus paraissait la merveille de son éternelle subsistance, et plus on voyait clairement la vérité de cette sentence : Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront pas^.
Cent ans après Bérenger, saint Bernard alléguait toujours la même preuve, et toujours, s'il se pouvait , avec une nouvelle assurance. Je vous ai tenu, disait l'Épouse 5 , et je ne vous quitterai point. Ce Père expliquait ces paroles par celles de la proîness€^ : « Voilà, je suis avec vous tous les jours jus- « qu'à la fin des siècles : elle tient Jésus-Christ , parce « qu'elle en est tenue : comment donc peut-elle tom- « ber? » Il explique la fin des siècles parle retour des Juifs à l'Église ; il faut qu'elle dure jusque-là : c'est pourquoi , poursuivait le saint 7 , « la race des n chrétiens n'a pas dû cesser un moment , ni la foi « sur la terre , ni la charité dans l'Église. Les fleu- « ves se sont débordés , les vents ont soufflé , » et sont venus fondre sur elle; mais « elle n'est point « tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre, « qui est Jésus-Christ , » et sur sa promesse inviolable : « ainsi elle n'a pu être séparée d'avec Jésus- « Christ, ni par les vains discours des philosophes, « ni par les suppositions des hérétiques , ni par l'é- « pée des persécuteurs. » Fondé sur cette promesse , il oppose aux novateurs de son temps, comme on avait toujours fait , V autorité de l'Église catholique , et les Pères qui y ont toujours enseigné la vérité , et les papes et les conciles toujours attachés à les suivre*. Cette suite ne peut être interrompue.
Au surplus, sans disputer davantage, il ne faut qu'un peu de bon sens et de bonne foi pour avouer que l'Eglise chrétienne , dès son origine , a eu pour une marque de son unité sa communion avec la chaire de saint Pierre , dans laquelle tous les autres
• Ibid. — ' Ibid. cap. 4. — ' Hug. Lingon., etc. cap 22. — < Matth. XXIV, 35.—* Cant. m, 4.-6 Serm. lxxix i« Cant. n" 5; t. i, col. 1545. — ' Ibid. ti° 4. — » Serm. lxxx , W*7, 8i cal. 1548.
sièges ont gardé l'unité : in qua sola unitas ab omnibus servaretur, comme parlent les saints Pères»: en sorte qu'en y demeurant , comme nous faisons , sans que rien ait été capable de nous en distraire ' nous sommes le corps qui a vu tomber à droite et à gauche tous ceux qui se sont séparés eux-mêmes; et on ne peut nous montrer par un fait positif et constant, comme il le faudrait pour ne point discourir en l'air , que nous ayons jamais changé d'état , ainsi que nous le montrons à tous les autres.
Dans cet inviolable attachement à la chaire de saint Pierre, nous sommes guidés par la promesse de Jésus-Christ. Quand il a dit à ses apôtres , Je suis avec vous , saint Pierre y était avec les autres ; mais il y était avec sa prérogative , comme le premier des dispensateurs, primus Petrus* : il y était avec le nom mystérieux de Pierre , que Jésus-Christ lui avait donné 3 , pour marquer la solidité et la force de son ministère : il y était enfin comme celui qui devaitle premier annoncer la foi au nomdeses frères les apôtres , les y confirmer , et par là de venir la pierre sur laquelle serait fondé un édifice immortel. Jésus- Christ a parlé à ses successeurs comme il a parlé à ceux des autres apôtres; et le ministère de Pierre estdevenu ordinaire, principal et fondamental dans toute l'Église. Si les Grecs se sont avisés dans les derniers siècles de contester cette vérité, après l'avoir confessée cent fois , et l'avoir reconnue avec nous , non point seulement en spéculation, mais encore en pratique dans les conciles que nous avons tenus ensemble durant sept cents ans; s'ils n'ont plus voulu dire, comme ils faisaient : « Pierre a parlé « par Léon; Pierre a parlé par Agathon; Léon nous « présidait comme le chef préside à ses membres ; « les saints canons et les lettres de notre père Céles- « tin nous ont forcés à prononcer cette sentence, » et cent autres choses semblables : les actes de ces conciles, qui ne sont rien moins que les registres publics de l'Église catholique, nous restent encore en témoignage contre eux ; et l'on y verra éternellement l'état où nous étions en commun dans la tige et dans l'origine de la religion.
Ce sera donc toujours aux catholiques à confondre ceuxqui se séparent; et en les prenant dansle moment funeste pour eux de leur séparation , nous serons en droit de leur dire avec saint Paul : Est-ce de vous qu'est partie la parole de Dieu, ou bien êtes-vous les seuls à qui elle est parvenue 4 ? Est-ce de vous qu'elle est pa7'tie? montrez-nous sa continuité : n'estelle venue qu'à vous? montrez-nous son universalité. Est-ce de vous qu'elle est partie.^ devait-elle avoir de vous son commencement , et ne faut-il pas qu'il paraisse de qui vous la tenez, et comment elle vous est venue de proche en proche? N'est-elle venue qu'àvous seuls? ne devait-elle pas être dans toute la terre , et une parcelle doit-elle l'emporter contre le tout.' C'est par de tels arguments que le docte Vincent de Lérins démontrait, il y a treize cents ans, que l'Église a des coutumes établies qui sont autant de démonstrations de la vérité, et qu'il faut
Opt. cont. Parm. lib.