‹ ŒuvresChapitre 73 sur 148 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

IP INSTRUCTION PASTORALE

voit partout la congrégation , le corps , la société, les liabitations des prophètes et de leurs enfants, et que ceux qui les voulaient contrefaire , s'ingérant par eux-mêmes dans le ministère prophétique, étaient confondus sur l'heure par les vrais prophètes du Seigneur, comme Hananias par Jérémje'.

Pour comble de conviction , il faut ajouter qu'à ce ministère extraordinaire, quoique continu, des prophètes, Dieu n'a jamais cessé de joindre le ministère ordinaire du sacerdoce établi par Moïse; et on ne peut le nier sans démentir Ezéchiel, qui a prononcé ces paroles : « Les sacrificateurs et les lé- « vites enfants de Sadoc, qui ont gardé les céré- « monies de mon sanctuaire pendant l'erreur des « enfantsd'Israël,seronttoujours devant maface».» Pesez ces mots, qui ont gardé et mis en pratique les cérémonies de mon sanctuaire, et ce qu'on appelle le droit lévitique et sacerdotal : et encore : « Le sanctuaire sera dans la possession des enfants « de Sadoc, qui ont gardé mes cérémonies durant « l'erreur des autres, lévites et des enfants d'Is- « raëP » : et vous voulez que durant ce temps le culte fût aboli !

Remarquez que le sacerdoce d'Aaron était éternel et ne devait jamais discontinuer, jusqu'à ce que fût venu le temps destiné à sa translation marquée par saint Paul , comme on a vu. Outre cette promesse générale, Dieu avait dit en particulier à Phinêes, fUs d'Elêazar,fils d! Aaron : Je fais avec lui, et avec sa race, le pacte d'un sacerdoce éternel'^. On voit bien qu'il faut toujours sous-entendre une éternité telle qu'elle pouvait convenir à une loi qui par sa constitution devaittomber, comme la loi l'exprime elle-même. Dieu avait encore prorais du temps d'FIéli et de ses enfants : Je susciterai U7i sacrificateur, et je lui édifierai une maison fidèle ; et il marchera tous les jours devant mon Christ^ : pour marquer que le sacerdoce ne souffrirait point d'interruption dans tous les temps pour lesquels il était établi.

L'effet suivit la promesse : et non-seulement la race d'Aaron, om le sacerdoce était attaché, ne défaillit pas; mais le Saint-Esprit nous assure que l'observance du culte public demeura dans les plus illustres des pontifes et dans la race de Sadoc, qui servait dès le temps de David et sous Salomon : et vous dites indéfiniment que les sacrificateurs étaient corrompus.

On ne lit en aucun endroit, que la circoncision, qui mettait les Juifs et leurs enfants sous le joug de la loi , ni les autres cérémonies du temple, aient cessé. Les prophètes ne s'en plaignent pas ; ni que rien leur eût manqué dans les sacrements de l'ancien peuple.

C'est dans les temps du plus grand obscurcissement, et sous Achaz même, qu'Isaïe a prophétisé, comme le porte l'intitulation de sa prophétie^.

' Jerem. xxvni, 15, 10, 17. — ^ Ezeck. XLIV, 15. — 3 ibîd. xtvm, M. — « Nvm. xxv, il, 12, 13. - ' I. Heg. u, 35. — •/«. I.I.

C'est dans un autre pareil obscurcissement que Jérémie et Ezéchiel prophétisaient, unis aux prêtres, étant prêtres eux-mêmes. Le ministère ordinaire subsistait toujours. Les prophètes n'ont jamais fait de séparation, et au contraire ils ralliaient tous les gens de bien dans l'observance du culte public et extérieur.

Où veut-on que se prononçassent ces jugements solennels contre les rois impies, comme un Achaz , un Manassès et les autres, oij l'on condamnait leur mémoire en les privant de la sépulture royale, et Manassès même malgré sa pénitence , à cause du scandale horrible qu'il avait causé? qui, dis-je,prononçait ces jugements si soigneusement marqués dans l'Écriture •, s'il n'y avait pas dans l'Église un tribunal révéré de toute la nation , où la religion prévalait après les règnes les plus impies.'

Voilà des faits, et des faits illustres, et des faits plus éclatants que le soleil, qui font voir qu'au milieu de la défection qui semblait comme universelle , et au milieu de la violence de quelques rois qui empêchaient autant qu'ils pouvaient le culte de Dieu , il subsistait malgré eux , et que la vérité se faisait sentir dans le ministère public. Ne dites donc pas, avec votre ministre', que<- l'Eglise était réduite « à un petit nombre de fidèles qu'on pouvait à peine « distinguer de la génération tortue et perverse. » Car quel veut-on qu'ait été ce sang innocent que Manassès fit regorger dans Jérusalem^? Ce sang innocent, était-ce un sang idolâtre ; était-ce le sang de ceux qui se laissaient corrompre par les séductions de ce prince, ou le sang de ceux qui résistaient à ses volontés, et combattaient jusqu'à la mort pour la religion et pour le vrai culte, du nombre desquels on tient que fut Isaïe .' Et quoi qu'il en soit pour ce dernier fait, n'esb-il pas constant que dans le temps du plus grand obscurcissement , c'est-à-dire , sous Manassès , ce n'était pas le sang <ïun petit nombre de Jidèles que ce prince impie répandit, puisqu'il est écrit expressément qu'îï en remplit Jérusalem , et qu'elle en avait jusqu'à la gorge ^^ : et on vous dit qu'on ne savait plus où était l'Église , et qu'on l'avait perdue de vue.

Voici pourtant votre dernier retranchement ; c'est d'en appeler au temps de Jésus-Christ, « où « l'Église se voyait réduite à un petit nombre de « fidèles qu'on ne pouvait plus distinguer qu'avec « peine au milieu de la génération tortue et per- « verse. Cela , dit-il ^, arriva du temps de Jésus- 0 Christ. » Ce sont les propres paroles de votre ministre. Mais l'Évangile le dément en termes formels; et quoique le moment fût venu où l'Église judaïque allait être réprouvée , Jésus-Christ , par l'autorité que lui donnaient tant de miracles , qui ne laissaientaucune excuse aux incrédules, lui conserva jusqu'au bout le caractère de sa visibilité : en sorte qu'elle ne fut jamais plus reconnaissable.

En effet, il reconnut dans Jérusalem le siège de la religion, en l'appelant la ville du grand roi ^. Le zèle qu'il eut pour le temple, dont il chassa les

' II. Par XXVIII, 27. xxxin, 20. — * T.n, p. 568. — ' IV Reg. XXI , 16. — * Jbid. — » T.n, p. 568. — « MaUh. V, 3«l.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

profanateurs' , Jémontra la sainteté de cette maison jusqu'à la veille de sa ruine, et de l'abomination qu'il reconnaissait devoir être bientôt dans le lieu saint.

Il reconnut la vérité du sacerdoce dans la Synagogue, lorsqu'il y envoya les lépreux qu'il avait guéris : Allez, dit-il », montrez-vous aux prêtres. Il fit porter honneur, jusqu'à la 6n , à la chaire de Moïse ; et deux joors devant la sentence qui le condamnait à mort, il disait encore : Les docteurs de ta loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse (à cause qu'ils composaient le conseil ordinaire de la nation) ; faites donc ce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font ^ : où il fait deux choses : l'une, de déclarer cette chaire pure jusqu'alors des erreurs courantes parmi les docteurs, qu'elle n'avait point passées en dogme ; l'autre, d'établir la maxime sur laquelle roule la religion , et le remède perpétuel contre tous les schismes : que la corruption des particuliers laisse en son entier l'autorité de la chaire.

Quoique la sentence de mort qu'on prononça contre lui fût le dernier coup de la réprobation de la Svnagogue, il voulut que cette sentence eût quelque chose de plus prophétique , à cause qu'elle fut prononcée par lepontijede cette année, comme le remarque saint Jean <; et au moment même que la sentence fut prononcée, il fut fidèle à répondre au pontife qui l'interrogeait juridiquement , s'il était le Fils de Dieu^ : tant il fut soigneux de garder toute bienséance et toute justice , et de conser^•er, autant qu'il se put , à la chaire qui tombait, tous les caractères de sa visibilité.

Il est vrai qu'il avait pourvu à l'éternité de son culte , et qu'il avait commencé la nouvelle Église visible qui devait durer à jamais, à laquelle il dit aussi bientôt après : Foilà, je suis avec vous ^.

Votre ministre continue à éluder ces paroles, en disant, « que le sort de l'Église peut changer « comme celui des royaumes de la terre, et qu'il « suffit que Dieu , dont la présence est intérieure « et spirituelle , donne aux persécutés des consola- « tions et des sentiments de son amour qui les « soutiennent dans les afflictions , parce qu'il suf- « fit, pour accomplir la promesse de Dieu, que « son Église subsiste jusqu'à la fin des siècles ; et ■ cette Église subsiste dans le petit troupeau como me dans la multitude 7. »

Encore un coup , mes chers frères , on élude la promesse ; on abuse des consolations intérieures et spirituelles, pour exclure la nécessité des soutiens extérieurs de la foi, sans laquelle il n'y a point de consolation ni d'intérieur. Or il a plu à Jésus-Christ d'attacher la foi à la prédication et à la perpétuité du ministère visible. En l'étant, on vante inutilement les consolations intérieures, puisqu'on les étemt dans leur source. Ainsi il est inutile d'alléguer le petit troupeau; et l'on ne prouve rien, si l'on ne montre qu'il n'a pas besoin de

' Mallh. ÏT1 , 12. Joan. n , 15, IC. — ' Matih. VIII, 4. — ' Ibid. XXIII, 2. — * Joan. xi, 49, 50, 51. XVIII, 14. — * Matth. XXVI, 63, 04. - « .Vatth. XX vm, 20. — '■ Ibid. p. .569.

tenir à la suite perpétuelle du saint ministère : mais, au contraire , qu'il doit agir comme en étant détaché ; ce qui n'est pas expliquer, mais abolir la promesse.

Le ministre tâche d'établir qu'il n'y a nulle conséquence à tirer des apôtres à leurs successeurs, en marquant trois dons dans les premiers qui ne sont point dans les autres , à savoir le don des miracles, le don d'infaillibilité, et le don de sainteté. Il commence par les miracles , en parlant ainsi : « M. de Meaux veut que l'Église jouisse jusqu'à la « fin des siècles précisément des mêmes effets de « la présence de Dieu , et des mêmes privilèges que « les apôtres ; » ce qu'il réfute en cette sorte : « Dieu était avec les apôtres par une présence mi- « raculeuse; je veux dire qu'il leur donnait la ver- « tu de guérir les malades et de ressusciter les « morts*. » C'est là qu'il allègue ces paroles : Ils chasseront les démons, ils guériront les malades; et le reste qu'on peut lire dans saint Marc ».

Il n'y a qu'un mot à répondre. Ces paroles, et celles-ci de mêine sens : Guérissez les malades ; ressuscitez les morts , etc. ' , appartiennent aux grâces extraordinaires , qui constamment et de l'aveu du ministre même devaient cesser. On les compare avec celles-ci , enseignez et baptisez , qui sont du ministère ordinaire de tous les jours et inséparable de l'Église , auquel aussi Jésus-Christ attache , en termes formels , la perpétuelle durée : n'est-ce pas vouloir tout confondre , et peut-on montrer un plus visible dessein de trouver de l'embarras oij il n'y en a point?

Il n'y a pas moins d'illusion dans ces paroles : « L'onction intérieure donnée à chacun des apôtres, « qui leur enseignait toute vérité et les rendait tous « infaillibles, était le second effet de la présence « de Dieu. » Ainsi , pour vérifier la promesse , « il « faut que tous les évêques, dU moins ceux del'É- • glise latine, qui ont vécu, ou qui vivront jusqu'à « la fin du monde, soient purs dans la foi et infail- « libles dans la doctrine. » Aussi nous attribue-til, en cent endroits de son livret , l'erreur de faire infaillibles, comme les apôtres, tous les évêques et tous les curés. ^lais la réponse est aisée ; car qui ne voit que, pour accomplir la promesse faite à un corps , on n'est pas astreint à le vérifier dans chaque particulier? C'est assez que le corps subsiste, et que la vérité prévale toujours contre un Arius, contre un Pelage, contre un ISestorius, contre tous les autres errants. Il n'est pas besoin pour cela que tous les évêques soient infaillibles.

Quand Dieu tant de fois a envoyé au combat le camp d'Israël , avec la promesse d'une victoire assurée , il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ne dût jamais périr aucun des combattants ou des chefs ; et quoiqu'il en tombât à droiteet à gauche, l'armée était invincible. Il en est ainsi de l'armée que Jésus-Christ a mise en bataille contre les erreurs. Il ne faut pas

» Ibid. p. 569 et 670. — = Marc. XVI, 17, ,18. — » .Mafth. X,8. - * r. U,p. 571 e/p. B53, 556,657,576,604,609,610, 612, 614,621 ,708, 730, etc.

ih INSTRUCTIOxN PASTORALE

s'imaginer que la défection de quelques-uns , quels qu'ils soient, rende la victoire douteuse; autrement les décisions des conciles les plus universels et les plus saints seraient inutiles par la résistance d'un seul. Cinq ou six évêques l'emporteraient à Mcée contre trois cent dix-huit évoques, avec qui tous les évêques du monde seraient constamment et publiquement en communion. C'est donc aux ministres une témérité inouïe, de venir déclarer à Jésus-Christ, que s'il ne rend infaillible chaque pasteur, ils ne croient pas qu^'il leur ait rien promis. Dieu ne rend pas impeccables tous ceux qu'il préserve du péché; et de même, sans rendre infaillibles tous ceux qu'il conserve dans la profession ouverte de la vérité, c'est assez qu'il sache les moyens de les garantir actuellement de l'erreur. Mais le ministre a trouvé beau d'attribuer cette absurdité (parlons simplement) de donner ce ridicule aux catholiques , de leur faire dire, que pour accomplir la promesse : Je suis toujoursavec vous, il faut croire que tous les évêques et tous les curés sont infaillibles. C'est ce qu'il répète à diaque pagedulivredontjevousexposeles illusions : et ainsi plus de la moitié de ce livre tombe , dès qu'il est certain quebien éloigné de rendre infaillibles tous les pasteurs, à quoi nous n'avons jamais seulement pensé , il n'est pas même nécessaire qu'aucun particulier le soit; puisqu'on peut justifier sans tout cela la vérité de la promesse : Je suis avec vous ; et qu'il suffit pour produire un si grand effet, que Dieu sache tellement se saisir des coeurs , que la saine doctrine prévale toujours dans la communion visible et perpétuelle des successeurs des apôtres.

Mais voici une troisième absurdité où le ministre voudrait nous pousser, en soutenant que , pour vérifier la promesse au sens que nous l'entendons , il faudrait que les successeurs des apôtres succédassent tous à leur sainteté comme à leur doctrine. « La pureté des mœurs, dit-il •, était un « troisième fruit de la présence de Dieu dans les apô- « très. Ces saints hommes et leurs successeurs en- « traînaient les peuples par la lumière de leurs bon-

« nés œuvres Cet endroit embarrasse M. de

« Meaux M. de Meaux abandonne cette pro-

« messe claire comme le soleil , à l'égard de la sain- « teté des mœurs , si nécessaire à l'Église pour la « rendre visible; puisque les vices déshonorent l'É- « glise de Dieu, et la rendent souverainement obs- « cure et même odieuse aux infidèles. » Voilà le discours de votre ministre. Mais il m'irtipose manifestement. Cet embarras où il veut me mettre est imaginaire ; et quatre articles de notre doctrine , exposés en peu de mots , le vont démontrer.

1. L'Église enseigne toujours hautement et visiblement la bonne doctrine sur la sainteté des mœurs : elle est envoyée pour cela, par ces paroles de la promesse dont il s'agit : Enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé », ce qui comprend toute sainteté. Elle est toujours assistée pour accomplir ce commandement ; et ces pa-

' J. Il , n" 7, 8 , 9, p. 572, 573, 574. — = Matth. XXVUI , 20.

rôles, ye suis avec vous (enseignants et baptisants^ en sont la preuve.

2. La doctrine de la sainteté des mœurs n'est .jamais sans fruit. C'est ce qui suit des mêmes paroles ; et si Jésus-Christ est toujours avec ceux qui prêchent, leur prédication ne sera jamais destituée de son effet.

3. Si donc il y a dans l'Église des désobéissants ' et des rebelles, il y aura aussi des saints et des gens de bien, tant que la prédication de l'Évangile subsistera, c'est-à-dire, sans interruption et sans fin.

4. Encore que le bon exemple des pasteurs soit un excellent véhicule pour insinuer l'Évangile, Dieu n'a pas voulu attacher la marque précise de la vraie foi à la sainteté de leurs mœurs , puisqu'on ne la peut connaître , et que tel qui paraît saint n'est qu'un hypocrite; et au contraire il l'a attachée à la profession de la doctrine , qui est pu* blique , certaine, et ne trempe pas. Je suis, dit-il ', avec vous (enseignants); et encore plus expressément : Ils sont assis sur là chaire : ils ont la succession manifeste et légitime, ainsi qu'il a été dit : Faites donc ce qu'ils vous disent, et ne faites pas ce qu'ils font.

Où est ici l'embarras que l'on m'attribue? Comment peut-on dire que j'abandonne la sainteté des mœurs, moi qui, sur l'expresse promesse de Jésus- Christ, fais voir l'Église enseignanttoujoursune saine et sainte doctrine, une doctrine toujours féconde parla parole de l'Évangile, qui ne cessera jamais d'être en sa bouche ; une doctrine, par conséquent, qui produit continuellement des saints , et qui renferme tous les saints dans son unité? Telle est la doctrine de l'Église catholique. Quel embarras peuton feindre dans une doctrine si clairement décidée par Jésus-Christ? Vos ministres veulent-ils dire qu'on puisse prescrire contre la règle par les mauvais exemples , ou qu'ils l'empêchent de subsister dans toute sa force? C'est une erreur manifeste, et qui tend à la subversion totale de l'Église. Ainsi, quelque grande que soit ou puisse être la corruption qu'on imagine dans les mœurs , on ne peut pas dire qu'elle prévale, puisque la règle de la vérité subsistera toujours en son entier.

« M. de Meaux , dit-on » , se fait l'objection , et « se parle ainsi à lui-même : Pourquoi vous restrei- « gnez-vous à dire que les erreurs seront toujours! « exterminées dans l'Église ; et que n'assurez-vousl « aussi qu'il n'y aura jamais de vices? » Il est vrai ,1 je reconnais mes paroles : mais quel embarras con-^ tiennent-elles ? Le voici , selon le ministre ^ : « Que « répond à cela M. l'évêque? Il reconnaît la puis- « sance de Dieu ; mais il ne laisse pas de la borner, « parce qu'il faut savoir ce que Jésus-Christ a pro- « mis; et que, loin de promettre qu'il n'y aurait « que des saints dans son Église , il nous apprend « au contraire qu'il y aurait des scandales. » Qu'y a-t-il là, je vous prie, qui me cause le moindre embarras? N'est-il pas vrai que Jésus-Christ a

' Malth. xxni, 2 3. — ' r. n,p. 572. — 3 Ibid.p. 573.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

prédit dans son Église les scandales que j'ai marqués? Ne voit-on pas dans ces paroles les filets remplis de poissons de toutes les sortes, bons et mauvais »? Je borne, (m-on, la puissance de Dieu. Est-ce la borner, que de montrer par l'Évangile , en termes formels , à quoi elle se restreint elle-même ? Le ministre le nie-t-il ? Il ne le fait, ni ne l'ose. Est-ce là une doctrine douteuse et embarrassante? En vérité, mes chers frères, on vous en impose trop grossièremept , quand on imagine de tels embarras.

On demande si Jésus-Christ n'a donc prorais que l'extérieur, et s'il ne promet pas en même temps les grâces intérieures et la sainteté dans son Église. La réponse est prompte par le discours précédent. Jésus-Christ influe et au dedans et au dehors : il inspire la sainte parole, et il lui donne son efflcace. Quand donc il dit : Je suis avec i^ous, il promet également Tun et l'autre; mais il n'a besoin de parler que du ministère extérieur : parce que c'est à ce ministère qu'il a voulu que la grâce intérieure fût attachée, ainsi qu'il a daigné l'expliquer lui-même. Il y aura donc des scandales dans le royaume de Jésus-Christ, puisqu'il l'a prédit : ces scandales n'empêcheront pas qu'il ne soit avec son Église, et que la vérité, qu'on y prêchera toujours, n'ait son efficace, puisqu'il l'a ainsi promis. La simplicité de cette doctrine ne laisse aucun lieu aux subtilités du ministre.

Mais voici son grand argument » : « Si Dieu a « menacé son Église qu'il y aurait des scandales, le « même Dieu lui impose la triste nécessité d'y voir « des hérésies : Il faut qu'il y ait des hérésies en- « tre vous, dit saint Paul. » Je réponds : Achevez du moins le passage. Mes chers frères , ilfaut qu'il y ait des hérésies, afin que ceua; qui sont à tépreuve parmi vous, soient manifestés^. C'est une épreuve qui opère la manifestation des fidèles, loin de les cacher et de les rendre invisibles. Il faut qu'il naisse des hérésies dans l'Église; mais il faut aussi qu'elles y soient condamnées par ceux qui succéderont aux apôtres pour enseigner et pour baptiser; autrement Jésus-Christ n'est plus avec eux.

On a beau vous répéter cent et cent fois : Quand le Fils de l'homme viendra, il ne trouvera plus de foi sur la terre. Car, premièrement , Jésus-Christ n'a point parlé de cette sorte; il a parlé en interrogeant : Pensez-vous que lé Fils de l'homme trouve de la foi? où il interroge les hommes plutôt sur ce qu'ils peuvent penser, que sur ce qui sera en effet. Et, pour m'expliquer davantage, c'est de votre crû que vous dites : « Il « ne parle point des scandales qui naissent de la « corruption des moeurs ; il nous menace positive- « ment que la foi s'éteindra , et qu'il n'y en aura « plus sur la terre ^. »

Il s'adoucit pourtant ailleurs ^ ; mais toujours en supposant sans raison qu'il s'agit de la foi catholi-

' Afatth. XMII, 47, 48. — ' 7". Il, p. 574, 575, 576. — ' I. Cor- XU 19. — • T. II, p. 678. - 5 Ibid. p. 620, 077, CSI , etc.

que : « S'il n'y a, dit-îl ' , presque plus de foi, il « faut que les hérésies aient, gagné le dessus. » Quelle erreur ! Car qui vous a dit qu'il ne parle point de cette foi qui transporte les montagnes; de cette foi dont il est écrit : Ta foi t'a sauve , qui se montre par les œuvres ; de cette foi qui rend le cœur pur, et qui justifie le pécheur; de cetfce foi , en un mot, qui opère par la charité, selon qu'il est dit en un autre endroit qui regarde comme celui-ci la fin du monde : Parce que finiquité abonde, la charité sera refroidie dans la multitude *? On ne peut nier que ce ne soit là l'exposition des saints Pères ^ , et on n'a aucune raison à leur opposer. Tirez maintenant votre conséquence : s'il y a peu de cette foi qui opère par la charité , si alors elle devient rare à comparaison de l'iniquité qui abondera, « il faut que les hérésies aient gagné le « dessus, et que la vérité ait été longtemps op- « primée et ensevelie sous les triomphes de l'er- « reur4. » Vous y ajoutez, le longtemps; vous y ajoutez, la vérité opprimée et ensevelie; vous y ajoutez, les triomphes de l'erreur : vous chargez tout; mais prouvez du moins qu'il y ait un mot dans l'Évangile qui marque l'extinction de la saine doctrine et la victoire de l'erreur. Répondez du moins à quelle Église reviendront les Juifs, si l'Église de Jésus-Christ est ensevelie. Comment est-ce que la trompette ramassera les élus des quatre vents s, s'ils ne sont pas répandus par toute la terre ; ou si le nombre en est si petit , à qui dit-on : Levez la tête quand ces choses commenceront, parce que votre rédemption approche ^? est-ce à des invisibles, à des inconnus, que Dieu laissera sans Église, sans société, sans sacrements, sans pasteurs? Il n'y aura plus de prédication, plus de baptême, plus d'eucharistie; et ce mystère où, selon saint Paul, on annoncera la mort du Fils de Dieu jusqu'à ce qu'il vienne 7 , aura cessé avant sa venue Où l'Antéchrist trouvera-t-il ceux qu'il tâchera de séduire , et qu'il persécutera par toute la terre à toute outrance, si l'on ne sait où ils sont? Ne pourra-t-on plus pratiquer ce commandement de Jésus-Christ : Ditesle à r Église *, ou bien faudra-t-il le dire à une inconnue? Ne faudra-t-il plus apprendre alors, selon saint Paul , à édifier par sa bonne vie l'Église , qui est la colonne et l'appui de la vérité 9 ? ou bien cherchera-t-on à édifier une Église qu'on ne verra point? ou si c'est , comme personne n'en peut douter, l'Église visible qu'on tâchera d'édifier, et de se rendre, avec le même apôtre, la bonne odeur de Jésus-Christ en tout lieu •"; la colonne sera-t-elle tombée? le soutien de la vérité sera-t-il à bas? Mais que deviendra l'ordonnance du grand Père de famille, qui veut qu'on laisse croître jusqu'à la moisson l'ivraie avec le bon

' T. II, p. 575. — » Matth. XXIT, 12. — 3 Aug. Epist. CXIII, ad Fincent. n" 33 ; /. il, col. 245. Hieron. Dial. adv. Lucifer, cap. 6. — * P. 575. — » .Vatth. xxrv, 31. — « Luc. xxi , 2i. — ' I. Cor. XI, 26. — » Ultttth. XVIU, 17. — ' I. Tim. II, 15. — '» I. Cor. II, 14,25.

11' INSTRUCTION PASTORALE

grain ^f Remarquez hien^ jusqu'à la moisson : partout où sera ce bgn grain, partout aussi l'ivraie y sera mêlée; et toujours, jusqu'à la moisson que Jésus-Christ explique lui-même lajin du monde ^, ils croîtront ensemble : ou il faut démentir la parabole. Vraiment vous errez grossièrement, et vous nous faites un tissu de trop de mensonges. Avouez donc à la fin que notre doctrine n'a nul embarras. L'Église aura toujours des saints, parce que toujours et partout on y prêchera la doctrine sainte. La marque pour connaître cette Église , c'est la succession des pasteurs sans interruption , en remontant jusqu'aux apôtres ; les vices y abonderont, comme Jésus-Christ l'a prédit : et, quoi que vous puissiez dire, la merveille sera toujours, qu'ils ne la pourront éteindre ni cacher; puisque toujours elle enseignera, et que Jésus-Christ sera toujours avec elle.

C'est ce que le ministre ne veut pas entendre. X M. de Meaux trouve une merveille de la Pro- « vidence dans la durée de l'Église , qui subsiste « malgré les vices ^. « Cette doctrine paraît étrange à mon adversaire, et il la tourne en ridicule par ces paroles : « C'est, en effet, quelque chose « d'étonnant que Dieu aime le vice, et qu'il le « tolère, et que ce ne soit plus un obstacle qui « retarde les effets de sa grâce et la connaissance « infaillible de la vérité. » Écoutez bien, mes chers frères, ce que vous dit votre ministre, et comme il mêle le vrai et le faux pour vous embrouiller l'esprit : Dieu, dit-il, aime le vice et le tolère. Il est certain qu'il le tolère , il est faux qu'il l'aime; et on confond ces deux choses. Comment l'aime-t-il, si son Eglise, où il le tolère, ne cesse de le condamner publiquement .^ Est-ce aimer le , vice que de l'empêcher de nuire à la vérité? 'V^ous nous faites dire que le vice n'est pas un obstacle qui re farde les effets de la grâce; c'est nous imputer une doctrine que personne n'enseigna jamais : mais vous ajoutez , le vice tte retarde pas la connaissance infaillible de la vérité. Si vous disiez, ne l'empêche pas dans l'universalité de l'Église, vous auriez raison, et il n'y aurait rien dans ce discours que de glorieux à Dieu et à Jésus-Christ. Il ne faut ni ajouter ni ôter à la promesse; et, soit que les opiniâtres contradictions que les passions déréglées des hommes peuvent exciter dans l'Eglise, retardent ou non la déclaration solennelle de la vérité , Jésus-Christ n'a pas prononcé que l'enfer ne combattra pas, mais qu'i/ ne prévaudra pas contre l'Église ^ : ainsi , vous ne cherchez qu'à nous imposer, qu'à tout confondre; et le faux saute aux yeux dars tout votre discours.

Reprenons donc vos trois arguments : On ne prouve rien, dites-vous, contre les Églises protestantes par ces paroles , Je suis avec vous, etc. , si l'on ne prouve que Jésus-Christ laisse aux successeurs des apôtres le même don des miracles,

î Aug. Ep. xcili , ad Fine, ubi supra. Matth. xiii , 30. — ' ma. 38. - ' r. u, p. &75. — < Matth. XVI, 18.

ne les fait tous infaillibles , ne les fait tous saint» comme les apôtres l'étaient : or cela n'est pas : donc cette promesse ne prouve rien contre les Églises protestantes. Tel est^eur raisonnement, comme on vient de voir. Mais j'ai démontré , au contraire , que sans avoir besoin que les pasteurs qui ont succédé aux apôtres soient doués comme eux du don des miracles , comme eux soient tous infaillibles, comme eux soient tous saints, on prouve très-bien que la vérité prévaudra toujours dans le ministère ecclésiastique, et, par conséquent, que ceux-là sont très-condamnables, qui enseignent que ce ministère peut cesser, ou qu'il peut cesser d'enseigner la vérité,. ou qu'il la faut chercher en d'autres bouches qu'en celles des ministres qu'on trouve établis , qui est ce que j'avais à prouver.

Ainsi, l'idée du ministre ne fait qu'éluder la promesse de Jésus-Christ, en réduisant sa présence à un fait vague et incertain, sur lequel on ne peut jamais être convaincu de faux. Car on réduit Jésus-Christ à être présent par les consolations intérieures du Saint-Esprit , que tout le monde , et les faux prophètes comme les véritables, peuvent tous également promettre , sans craindre d'être démentis par un fait constant. Mais Jésus- Christ ne parle pas en l'air, à Dieu ne plaise! il adresse manifestement sa parole à ceux qui enseignent et qui administrent les sacrements. Il leur promet donc une présence proportionnée à cet état extérieur et sensible, et il ne donne pas à garant sa toute-puissance , pour ne rien faire qui paraisse aux yeux de ses fidèles , puisqu'il y en veut affermir la foi par un manifeste et sensible accomplissement de ses divines promesses. Il en a fait pour l'intérieur, que chacun dans l'occasion peut reconnaître en soi-même ; il en a fait pour l'extérieur, et celle que nous traitons est de ce nombre. Les grâces intérieures s'y trouvent aussi; puisqu'ainsi s qu'il a été dit « , elles ne manquent jamais d'accom- J pagner la saine doctrine : mais en même temps il faut chercher dans cette promesse , comme font aussi les catholiques, un fait palpable, constant et précis, qui fasse voir Jésus-Christ toujours véritable, et nous assure de l'avenir comme du passé : c'est ce qu'il fallait pour sa gloire, et afin de manifester sa sagesse au monde.

Quelque évidentes que soient nos raisons et nos réponses , la victoire de la vérité sera plus sensible, si, après avoir exposé plus amplement les vains incidents des ministres sur la promesse de Jésus- Christ, nous comparons en peu de paroles notre interprétation avec la leur.

Il n'y a rien de plus simple que notre manière d'entendre cet endroit de l'Évangile. Il contient un commandement et une promesse, avec le digne fondement de l'un et de l'autre. Toute puissance m'est donnée dans le ciel et dans la terre ». Qui peut commencer par un tel discours , peut commander tout ce qu'il y a déplus difficile, peut promettre

' Ci-dessus. — = Matth. ^xxmu, 18.

SUR LES PROMESSES DE L'EGLISE

tout ce qu'il y a de plus excellent. Tel est donc le commandement : J liez , enseignez et baptisez ; non les Juifs , comme Jean-Baptiste , mais toutes les nations, que je veux toutes soumettre à votre parole. La promesse de même force suit incontinent :eicoJ/a, l'effet est aussi prompt qu'assuré,^'e suis avec vous, dans ces fonctions sacrées que je vous ordonne. Ainsi vous enseignerez, vous baptiserez, et vous administrerez les sacrements , dont je suis l'instituteur : je bénirai votre ministère; il subsistera toujours, il aura toujours son effet, qui aussi n'est autre que celui pour lequel ^e suis avec vous. On n'y verra jamais d'interruption, pas même celle d'un ^our;le monde finira plutôt que vos fonctions saintes et mon secours tout-puissant : le ciel et la terre passeront; mais mes paroles ne passeront pas ' : tout coule naturellement. Quels termes pouvait-on choisir autres que ceux-ci, pour exprimer notre sentiment ?Ce n'est pas ici une explication, c'est la chose même : on voit qu'une parole attire l'autre : c'est la nue proposition de la suite et du tissu de tout le discours , et la chose par elle-même n'aurait besoin , pour être entendue , que de ce peu de paroles.

Si donc il a fallu nous étendre , ce sont les vains incidents qu'on a affectés pour embrouiller la matière, qui en sont la cause. Je suis avec vous , dit le ministre , ne veut pas dire une assistance infaillible pour l'effet marqué : cette assurance n'empêche pas que le ministère ne tombe dans Tidolàtrie avecGédéon; et ceux avec qui Jésus-Christ sera toujours, n'en seront pas moins idolâtres : les promesses de l'Église chrétienne, qui est née pour subsister sur la terre jusqu'à la fin du monde , ne seront pas moins sujettes à la défaillance que celle de la Synagogue , à qui Dieu avait marqué le jour de sa chute : Jésus-Christ ne promet à un ministère extérieur que des consolations intérieures : pour participer à la promesse d'être aidé efficacement dans les fonctions ordinaires et perpétuelles du ministère sacré, il ne suffit pas de succéder aux apôtres dans ces fonctions, quoique ce soient les seules que Jésus-Christ marque; il faut encore avoir tous les autres dons desquels ce divin Maître ne dit mot: commeeuxfaire des miracles, être saints, être infaillibles comme eux chacun en particulier; autrement on ne pourra point s'assurer d'être du nombre de leurs successeurs, ou distribuer aucune des grâces du ministère; et Jésus-Christ ou ne pouvait ou ne voulait pas conserver, sans tous ces dons conférés à chaque particulier, les fonctions ordinaires et perpétuelles de ce ministère apostolique , quoiqu'il ait dit : Je suis avec vous; et encore : Faites ce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font. C'est en abrégé ce qua dit votre ministre. Après cela, mes chers frères , peut-on ne pas voir la simplicité d'un côté, et l'embrouillement de l'autre ; la suite , la précision et Iji netteté dans la doctrine des catholiques; l'affectation, ia contradiction, l'esprit de contention dans celle de vos docteurs ?

Je vous raconterai en simplicité ce qu'a dit un autre

' .Vai/A. xxtv,35.

ministre , dans une lettre manuscrite qui vient de tomber entre mes mains. Il iqe reprend d'avoir traduit, Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles , quoiquej'aie traduit indifféremment en d'autres endroits , lafin du monde. Mais le ministre prétend qu'il fallait traduire, jusqu'à la fin du siècle, comme porte l'original, tcj atwv-;. Sur ce fondement, il assure que l'assistance promise en ce lieu par Jésus-Christ ne passe pas le siècle où les apôtres ont vécu : tout ira bien durant environ soixante ou quatre-vingts ans, si l'on veut, qu'il restera en vie quelqu'un des apôtres : comme si on ne devait plus ni enseigner ni baptiser après eux , ou que Jésus- Christ n'ait eu dans sa promesse aucun égard à ces fonctions, qui sont les seules qu'il exprime ! Que vous dirai-je, mes frères? un ministre , et un ministre savant, ne songe pas que lafin du siècle est dans l'Évangile, et surtout dans c^lui de saint Matthieu, d'où est tirée la promesse que nous traitons, une phrase consacrée pour exprimer la fin du monde : la moisson est lafin du monde : consommatio sseculi, alûvc; : coup sur coup, au verset d'après : il en sera ainsi à la fin du ynonde • : et encore un peu après , les mêmes mots. En est-ce assez.' ou iirai-Je encore au chapitre xxiv du mémeÉvangile: 3/ai7r<?, quel sera le signe de votre avènement et de la fin du monde ^? Et Jésus-Christ et ses disciples parlaient ainsi avec tout le peuple. Ainsi on trouve au même Évangile, Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde ^. Toutes les Bibles traduisent de même, et les vôtres comme les nôtres indifféremment; et votre ministre a voulu me contredire, en oubliant la version qu'il avait en main toutes les fois qu'il est monté en chaire : tant il est dur aux ministres de faire durer la promesse de Jésus-Christ jusqu'à la fin de l'univers!

Le même ministre, que je nommerais volontiers, s'il n'était plus régulier de lui laisser ce soin à luimême , quand il lui plaira , a inventé une nouvelle interprétation de ces paroles : Les portes d'enfer 71e prévaudront point contre l'Église. Les portes d'enfer, dit-il , sont , dans le cantique d'Ézéchias 4 , ce qu'on appelle autrement les portes de la mort : d'où il conclut que Jésus-Christ n'a d'autre dessein que de rassurer son Église contre la mort par la foi de la résurrection , comme si la mort était la seule ennemie que Jésus-Christ dût abattre aux pieds de l'Église. Mais le ministre savait le contraire ; l'ennemi que l'Église avait à combattre , était celui que l'Église appelle le prince du monde : il voulait affermir l'Église contre les principautés et les puissances, dont saint Paul le fait triompher à la croix ^. Jésus-Christ nous donne partout l'idée d'un empire opposé au sien , mais qui ne peut rien contre lui. Il ne faut qu'ouvrir l'Ecriture, pour trouver paurtout que la puissance publique paraissait aux portes des villes où se tenaient les conseils et se prononçaientles jugements. Ainsi les porfejjcfen/er signifient naturellement toute la puissance des dé-

» MaUh. MU, 39, 40, 49. — ' Ibid. xxrv, 3. — » Ibid. . xxvni, 20. — * Is. xxxvni, lo. — » Col. u, I5.

II* IINSTRUCTION PASTORALE

nions. Tout le monde l'entend ainsi , catholiques et protestants indifféremment. Il ne fallait done pas seulement affermir l'Église contre la mort , mais encore contre toute sorte de violence et toute sorte de séduction. C'est même principalement contre l'erreur que Jésus-Christ voulait munir son Église. Saint Pierre avait confessé sa divinité, tant en son nom qu'au nom de tous les apôtres ' ; et Jésus-Christ lui promet que t enfer ne pourrait rien contre cette foi si hautement manifestée : pour cela il établit un corps où elle sera toujours annoncée aussi clairement que saint Pierre venait de le faire. Ce corps, c'est ce qu'il appelle son Église : Église toujours visible par la prédication de cette foi , à qui aussi il donne aussitôt après un ministère visible et extérieur : Tout ce que tu lieras sur la terre sera, dit-il à saint Pierre, lié dans le ciel; et le reste que tout le monde sait. Si l'enfer prévaut contre l'Eglise, la puissance de lier et de délier tombera d'un même coup : si au contraire il n'y a aucun moment où l'Église qui prêche la foi succombe aux efforts de l'enfer, Pierre confessera toujours , Pierre exercera jusqu'à la fin la puissance de lier et de délier qui lui est donnée. Jésus-Christ sera donc toigours avec son Église jus^'à la fin du monde. Les promesses de l'Évangile se prêtent la main les unes aux autres. C'est ainsi que l'Église catholique les exalte et les considère dans toute leur connexion : c'est ainsi que la nouvelle réforme les détourne et les affaiblit. Je n'en dis pas davantage , et je laisse le reste à la réflexion de nos frères.

Cette doctrine des catholiques est un remède assuré contre tous les schismes et contre toutes les hérésies futures : elle prouve invinciblement que toute secte qui ne natt pas dans la suite de la succession des apôtres, qui ne montre pas devant elle, ainsi que nous avons dit, une Église toujours subsistante dans la mê<ne profession de foi , sort de la chaîne , interrompt la succession , et se range au nombre de ceux dont saint Jude a dit qu'ils se séparent euxmêmes*; ce qui emporte leur condamnation par leur propre bouche , comme je l'ai démontré dans la première Instruction pastorale 3. Ainsi, la promesse dont nous parlons , pourvu qu'on y apporte im œil simple et un cœur droit , est la fin des hérésies et des schismes. C'était un effet digne de cette préface : Toute puissance m'est donnée dans le ciel et sur la terre ; et ma preuve demeure invincible, sans avoir encore ouvert un seul livre que l'Évangile , ni supposé d'autres faits que des faits constants et sensibles.

\ Après une exposition si simple et si claire de la promesse du Tout-Puissant , chaque protestant n'a (fu'à penser en soi-même : Que dirai-je? le sens est clair, les paroles de Jésus-Christ sont expresses; on n'a pu les éluder que par des gloses contraires manifestement au texte et à la doctrine des Écritures : il faut donc que cette promesse ait son entière exécution. Lorsqu'on nous allègue des faits qui sem-

' Matlh. XVI, 16, 18. —'*Judœ 19. — 'I. Inslr. pastor. p. 487.

blent s'y opposer, on dispute contre Jésus-Clulst : c'est à nous à examiner si nous pouvons nous persuadera nous-mêmes, de bonnefoi, que nousavions des pasteurs de notre créance et de notre communion, quand nous nous sommes séparés. Mais le fait même dément cette prétention. Car s'il y avait alors des pasteurs, de notre créance, pourquoi a-t-il fallu en élever d'autres , ou renoncer à la foi de ceux qui nous avaient baptisés ? Osons-nous prétendre seulement que dans tous les siècles passés , à remonter sans interruption jusqu'aux apôtres, nous puissions nommer nos pasteurs? Mais oùlestrouverons-nous.' Nous alléguons des témoins dispersés par-ci par-là. Mais Jésus-Christ promettait une suite, une succession, un tous les jours, un jusqu'à lafindes siècles, etc. Pour corps d'Eglise, nous alléguons les vaudois et les albigeois. Mais en laissant à part tous les faits qu'établissent les catholiques sur cette matière , c'en est un constant qu'ils avaient tous le même embarras, et ne pouvaient, non plus que nous, nommer leurs prédécesseurs. Ainsi vint un Arius , ainsi un Pelage, ainsi un Nestorius, ainsi tous les autres qui ont voulu s'établir en renonçant à la foi des siècles immédiatement précédents. "Vous êtes, mes frères, dans le même cas , et la date de votre rupture, comme de la leur, est manifeste et ineffaçable.

On a osé vous dire , mes chers frères , que Jésus-Christ était venu de la même sorte. Quand j'ai parlé des schismatiques et des hérétiques , qui s'étaient formés en se séparant à la fois et de leurs prédécesseurs et de tout le reste de l'Église, j'avais remarqué que « pour les convaincre de schisme, il « n'y avait qu'à les ramener à leur origine : que « le point de la rupture demeurerait, pour ainsi « dire , toujours sa'nglant : et que ce caractère de « nouveauté que toutes les sectes séparées porteront « éternellement sur le front, sans que cette em- « preinte se puisse effacer, les rendrait toujours re- « connaissables '. » Chose étrange ! on ose attribuer à Jésus-Christ même toutes ces notes flétrissantes ; et si l'on en croit le ministre * , le Fils de Dieu n^avait aucun de ces trois caractères qu'on donne aujourd'huià l'Église, c'est-à-dire, comme il l'avait définie dès le commencement, l'ancienneté, la durée et l'étendue^.

Pour la durée, sans doute il ne l'avait pas dès le premier jour; mais une éternelle durée était due à l'ouvrage qu'il commençait. On ne doit pas lui reprocher que l'étendue lui manquait dans le temps qu'il n'était encore envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël 4. 11 fallait d'ailleurs que ce petit grain de froment se multipliât par sa mort*. Quand on conclut après cela que l'Église n'a point d'autres caractères que so7i chef^, et ainsi qu'il ne faut lui attribuer ni durée, ni étendue, ni ancienneté, on combat directement le dessein de Dieu, qui voulait donner à ce chef des membres par toute la terre. C'est vouloir empêcher l'arbre de croître , à cause qu'il est petit dans sa racine. Tout cela est

' I. Instr. pasi. — ' Tom. n, cap. 9, w" I et 2, p. 675. — 3 Jbid. cap. I, n» 2, 3 , etc. p. 638 , 539 , 510 , etc. — ♦ Matlh. X , 6. XV , 14. — * Joan. XII , 34. — • r. II , p. 675.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

d*iiiip visible absurdité ; et l'impiété manifeste, c'est (le dire que Cancienneté manque à Jésus-Christ. C'est par où commence le ministre; et se sentant accablé par l'aulorité des patriarches et des propliètes qui attendaient sa venue, il y répond en celte sorte : « Les prédictions des prophètes sur la venue « du Messie, ne changent point l'état de la question; « c^nr les prophètes n'avaient point prédit que le « Messie romprait avec les sacrificateurs et avec « l'Église judaïque, pour former une nouvelle com- • munion '. » Si l'on veut dire que Jésus-Christ ait rompu avec les prêtres de la loi, on est démenti par son Évangile; mais si l'on prétend que la réprobation de la Synagogue par Jésus-Christ ne soit point an noncée'par les prophètes, que veulent donc dire tant de passages oii tout ce qui est arrivé à la Synagogue, c'est-à-dire sa réprobation, celle de son temple , de ses sacrifices , de son sacerdoce et de toutesses cérémonies, est raconté etcircoiistancié avec une telle évidence, que l'Évangile n'a rien eu à y ajouter? Cependant on ose vous dire que les prophètes n'en ont rien prédit : ils n'ont rien prédit de la nouvellesociété où tous les Gentils devaient entrer, à l'exclusion des Juifs; le ministre sait le contraire, et ce n'est point ici une vérité qu'on doive prouver aux chrétiens. Pourquoi donc a-t-on avancé un si visible mensonge, si ce n'est qu'on veut oublier l'antiquité attribuée à Jésus-Christ par ces paroles : // était hier et aujourd'hui, et il est aux siècles des siècles » ? C'est qu'à quelque prix que ce soit , pour excuser la réforme, qui s'est séparée elle-ménr>e , on veut donner jusqu'au Fils de Dieu le caractère de novateur et de séparé de l'Église.

Votre ministre ne s'en cache pas. Selon hii , Jésus-Christ était seul, comme Calvin le fut au commencement de son innovation : « Je n'aime pas, « dit-iM, à mettre Calvin en parallèle avec Jésusa Christ, et ce n'est pas ma pensée. >• Que veut donc dire cette suite : « Mais puisque l'Église réformée « est la même que Jésus-Christ a établie , il nous o doit être permis de dire que la réduction d'une « société à un seul homme n'est pas sans exemple » « puisque l'Église chrétienne commence nécessaire- « ment par là? » Ainsi on veut réduire l'Église dans toute sa suite à l'état où elle devait être au commencement , par un dessein déterminé de Dieu. Mais en cela on se trompe encore , lorsqu'on lui conteste l'antiquité sous ce prétexte. Jésus-Christ avait pour lui tous les temps qui précédaient sa venue , puisqu'il y était attendu sans l'interruption d'un seul jour, et que même, quand il parut, tout le monde savait où il devait naître •>. Je ne parle point des autres endroits où il est parlé de lui-même comme de l'objet de l'espérance publique. On veut cependant le regarder comme un séparé de l'Église, lorsque tous ceux qui attendaient le royaume de Dieu étaient unis avec lui.

On veut effacer d'un seul trait ce qu'a fait J[ésus- Christ jusqu'à la fin de sa vie, pour honorer l'Église judaïque et la chaire de Moïse. Bien éloigné de se

' r. n,p. 676. — ' Hebr. XIll, 8. — » T. n, p. ?ll. — * Valth. n. b.

séparer d'avec elle, ou d'en séparer ses disciples, il leur a déclaré qu'il les envoyait pour moissonner ce qui avait été semé par les prophètes ■ : d'autres, ditil », ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail: remarquez ces mots; c'est le même ouvrage, la même foi, la même Église, dont on ne s'est séparé qu'après que, justement réprouvée pour son infidélité, elle a effectivement perdu ce titre.

Pendant que l'on conteste à Jésus-Christ son ancienneté, contre la foi des Écritures et la doctrine commune de tous les chrétiens , on l'accorde à une Eglise chinoise qu'on a érigée , dès le commencement du livre, sous ce titre exprès : l'Église des Chinois est ancienne ^. Étrange sorte d'Église, sans foi, sans promesse , sans alliance, sans sacrements , sans la moindre marque de témoignage divin, où l'on ne sait ce que l'on adore, et à qui l'on sacrifie, si ce n'est au ciel ou à la terre, ou à leurs génies , comme à celui des montagnes et des rivières , et qui n'est après tout qu'un amas confus d'athéisme, de politique et d'irréligion, d'idolâtrie, de magie, de divination et de sortilège : et on prend le ton le plus grave pour établir l'antiquité comme la durée et l'étendue de cette Église chinoise, et même pour l'opposer à la dignité de l'Église chrétienne et catholique; et vous n'ouvrirez jamais les yeux pour voir du moins qu'on vous amuse , et qu'on ne travaille qu'à vous embrouiller ce qui est clair!

C'est par la suite du même dessein qu'on fait semblant d'ignorer en quoi nous mettons la succession de la visibilité que Jésus-Christ a promise à son Eglise. On a voulu imaginer que nous la mettions dans la splendeur extérieure, et c'est à quoi nous n'avons jamais pensé. Prenez-y garde, mes frères, ce point est très -essentiel. Votre ministre ne cesse de dire que l'Église et sa succession ne peut pas être visible, « quand ses pasteurs avec les laïques fuient « d'une ville à une autre, et se dérobent à la vue de « leurs persécuteurs; quand elle fuit dans des mon- « tagnes, qu'elle se retire, et qu'au lieu de se mon- « trer à tout l'univers, elle se cache dans le sein de « la terre , dans des grottes , dans des cavernes -i, » où , comme le ministre le répète souvent , « on ne « la peut découvrir qu'à la lueur des flammes où on a la brille ^ : le ministère, poursuit-il ^ , n'était pas « visible, dans certaines occasions, où il s'exerçait « par des hommes déguisés en soldats qui allaient « à cheval créer de nouveaux pasteurs , » etc. De cette sorte, selon lui, pour la visibilité du minisj tère, il fallait être habillé à l'ordinaire, et sans cela on osera dire que la succession des pasteurs avait cessé, pendant même que l'on confesse qu'on en créait de nouveaux à la place de ceux qu'on avait perdus. Étrange imagination, de croire tellement éblouir le monde par quatre ou cinq belles phrases, qu'on ne laisse plus de place à la vérité! Néanmoins c'est un fait constantet avéré, que l'Église persécutée était toujours visible : elle n'«n comptait pas moins

' Joan. rv, 38. — ' Ihid. — ^ T. n, c. i , n» 6 , p. MO, m. — « r. U, p. e«2, 603. — » Ibid. 588, 692, 703. — • Ibid,

IP INSTRUCTION PASTORALE

ses pasteurs, dont elle savait la suite : on n'avait jamais de peine à les trouver, quand on demandait Finstruction et le baptême : jamais elle n'a été sans eucharistie. Aussi avons-nous déjà remarqué que , par la célébration de ce sacrement, on annoncera la mort du Seigîieur jusqu'à ce qu'il vienne ■. Pe- Mz ces mots, ^'wç M a ce qu'il vienne, qui excluent jusqu'au dernier jour toute interruption dans la célébration de ce saint mystère, et induisent par conséquent la perpétuelle succession de ses ministres légitimes. On les trouvait dans ces grottes où l'on veut les imaginer toujours enfermés. Quand ils fuyaient d'une ville à l'autre, c'était ordinairement une occasion de prêcher la sainte parole , et d'étendre l'Évangile , comme il paraît dans les Actes , et dans la persécution oii saint Etienne fut lapidé » : quand les prédicateurs de l'Évangile étaient traînés devant les tribunaux, et qu'ils y portaient aux rois et aux empereurs le témoignage de Jésus-Christ , quelle imagination de croire alors l'Église cachée et destituée de sa visibilité ; pendant que dans les liens elle annonçait la foi devant tous les prétoires ^ , et y continuait le bon témoignage que Jésus- Christ avait rendu sous Ponce-Pilate 4 !

Il y a enfin un certain éclat, une certaine splendeur que l'Église conserve toujours par la prédication de l'Évangile, qui n'est autre chose que l'illumination , marquée par saint Paul , de la science et de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christs ; et on voudra s'imaginer que l'Église, qui par sa nature est revêtue d'un si grand éclat , puisse être cachée !

Le ministre oppose divers passages de l'Évangile^, dont les uns nous montrent l'Église comme une ville bâtie sur une montagne éclatante, et remarquable par sa spacieuse enceinte ; et les autres nous la font voir un petit troupeau sans nombre et sans étendue, qui est aussi resserré dans la voie étroite où peu de personnes entrent, ainsi que le Fils de Dieu le prononce. Ces passages semblant au ministre d'une manifeste contrariété, si on ne les concilie en reconnaissant le différent sort de l'ÉgUse, tantôt éclatante et spacieuse, tantôt petite et cachée.

Voilà donc cette grande contrariété tant répétée parle ministre; mais elle n'a pas la moindre apparence. Ily a beaucoup d'appelés et peu d'élusi. Ceux qui entrent en foule dans l'Église, par la prédication et les sacrements , ne sont pas tous des élus , et beaucoup d'eux demeurent dans le nombre des appelés : par conséquent les appelés qui sont beaucoup , et les élus qui sont peu,^composent la même Église, visible et étendue dans ceux qui se soumettent à la parole et aux sacrements ; peu nombreuse et cachée dans des élus sur lesquels le sceau de Dieu est posé. Tout s'accorde parfaitement par ce moyen, et il ne faut plus nous objecter ni la voie étroite^ ni le petit troupeau : le petit troupeau est partout, et partout il fait partie de la grande Église où David a vu en esprit tous les Gentils ramas-

» l Cor XI, 2, 6. — » Act.\m,i. — ^Phil.ï, 13. —*ï. Tim. VI , 12 , 13. — 5 II. Cor. ly, 6. -~^T.U, p.9 , 602 , 603 , f80, 681 , 683 , 704 , etc. - ' Malth. XX , 16. XXil , U.

ses '. Comme les élus, \m sont peu , font partie de ces appelés qui sont en grand nombre, la voie étroite des commandements et de la sévère vertu est aussi partout; et quoique peu fréquentée par la malice des hommes, elle leur est montrée dans toute la terre. Le petit nombre de ceux qui y entrent, quoique grand en soi plus ou moins, et petit seulement à comparaison de ceux qui périssent, écoute le même Évangile que les appelés : unis avec eux par la communion extérieure , ils ne font point de rupture, et ne se séparent que de la corruption des mœurs.

Ne songeons donc pas tellement à la voie étroite, que nous oubliions le grand chemin, les voies publiques où Jérémie nous rappelle», où aboutissent les anciens sentiers que nos pères ont fréquentés, et où aussi on nous commande de les suivre. Cette voie n'est jamais cachée, et l'Église la montre partout l'univers à ceux qui la veulent voir.

C'est par où tombe manifestement cette doctrine de votre ministre, où, après avoir présupposé avec nous que l'Église doit toujours durer en vertu de la promesse de Jésus-Christ, et contre nous que cette durée ne peut pas être attachée à Yinfaillibilité du corps des pasteurs ^ , avec lequel Jésus-Christ a promis d'être tous les jours , il croit sortir de tout embarras de cette sorte : « Le réformé marque une « voie plus naturelle, plus simple et plus facile « pour la conservation de l'Église. 11 soutient que « Dieu l'empêche de périr par le moyen des élus, « qu'il conserve dans le monde < : » comme si la difficulté ne lui restait pas tout entière, et qu'il ne lui fallût pas encore expliquer comment et par quels moyens ordinaires et extérieurs ces élus sont euxmêmes conservés.

Les élus, comme élus , ne se connaissent pas les uns les autres : ils ne se connaissent que dans le nombre des appelés ; c'est pourquoi nous venons de voir que ces élus, qui sont cachés et en petit nombre, font toujours partie de ces appelés qui sont connus et nombreux. S'il faut qu'ils soient appelés , par quelle prédication le seront-ils.' par quel ministère? sous quelle administration des sacrements.' comment croiront-ils, s'ils n'ont pas ouï'? ou comment écouteront-ils, si on ne les prêche ? ou qui les prêchera, sans être envoyé^? Ils ne tomberont pas certainement tout formés du ciel : ils ne viendront point tout d'un coup comme gens inspirés d'euxmêmes : il faut donc qu'il y ait toujours un corps subsistant, qui jusqu'à la fin du monde les enfante par la parole de vie ; et c'est avec ce corps immortel que Jésus-Christ a promis d'être tous les jours.

Saint Paul a décidé la question par ce beau passage de l'Épître aux Éphésiens : « Jésus-Christ « nous a donné les uns pour être apôtres , les au- « très pour être prophètes, les autres pour être évan- « gélistes , les autres pour être pasteurs et docteurs; « pour la perfection des saints , pour les fonctions.

' Ps. XXI, 26 , 27, etc. — ' Jer. VI, 16. — ^ T.U,p. 630, 631 , etc. — * P. 631, 632, 633, 63^i; n" 3, 659. »" 8. — ' Roa/%. X, 14,

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

• du ministère à rédification (et formation) du corps

• de Jésus-Christ, jusqu'à ce que nous parvenions « tous à l'unité de la foi et à celle de la connais- « sance du Fils de Dieu, à l'état d'un homme par- « fait , à la mesure de l'âge complet de Jésus-Christ , « afin que nous ne soyons plus des enfants empor- « tés à tout vent par la doctrine trompeuse et arti- « Gcieusedes hommes'. » Le ministre veut faire durer le ministère ecclésiastique et apostolique par les élus : et saint Paul, au contraire, attache la formation et la perfection des élus au ministère ecclésiastique et apostolique.

Le ministre s'entend-il lui-même, lorsqu'il dit que « la promesse pour la durée de l'Église par les « élus est plus positive que celle de la succession « des évêques, dont Jésus-Christ n'a pas parlé? » Que voulaient donc dire ces mots, allez, enseignez et baptisezl Sonl-\\% adressés à d'autres qu'aux apôtres mêmes, et quels autres que leurs successeurs sont désignés dans la suite? Mais quel mot y a-t-il là des élus? Au lieu donc de dire qu'il est ici parlé des élus et non des pasteurs , c'est précisément le contraire qu'il fallait penser : et il est plus clair que le jour, que, pour expliquer la promesse de Jésus-Christ, le ministre a commencé par en perdre de vue les propres paroles.

Il a peu connu la prérogative des élus. Us ne sont pas tant le moyen pour faire durer le ministère extérieur de l'Église, que la chose même pour laquelle il est établi. C'est l'amour éternel que Dieu a pour eux qui fait subsister l'Église ; il n'en est pas moins véritable qu'elle les prévient toujours par son ministère : il n'est que pour les élus : quand ils seront recueillis, il cessera sur la terre; mais aussi comme Dieu ne cesse de les recueillir jusqu'à la fin des siècles, il a déclaré que la suite continuelle du saint ministère ne finira pas plus tôt.

Toute la ressource du ministre, « c'est que la « même puissance infinie de Dieu, qui, selon M. de X Meaux, entretient la succession des apôtres au milieu

X des vii^s les plus affreux, peut conserveries

« élus dans les sociétés errantes comme ( il les con- « serve) dans le monde corrompu ». »

Ainsi, toute religion est indifférente; et l'on trouve également les élus dans une communion, soit qu'elle erre dans la foi jusqu'à tomber dans l'idolâtrie (car c'est ce qu'on nous oppose), soit qu'elle fasse profession de la vérité.

Venons aux objections : voici la plus apparente. « On ne gagne rien, dit le ministre^, par l'infailli- « bilité (du corps de l'Église) ; puisque la foi sans « la sanctification ne fait point voir Dieu , et n'em- « pêche pas la ruine de l'Église. •> Nous avons déjà répondu que la prédication de la vérité, étant toujours accompagnée de l'efficace du Saint-Esprit, est toujours féconde pour sanctifier le nombre des auditeurs et des pasteurs mêmes connus de Dieu^. La réponse ne pouvait pas être ni plus courte, ni plus certaine, ni plus décisive. Ma parole qui sort de via bouche, dit le Seigneur ^ , ne reviendra pas

• Eph. IV, II , 13, 13, 14. — » r. Il, p. 659 — » /». 633. — ♦ Ci-dCàbUS. — * is. uv , II.

à moi sans fruit, mais elle aura tout l'effet pour lequel elle est envoyée. Dire donc qu'on ne gagne rien pour la sanctification par Cinjfallibilité de ta foi, c'est une ignorance grossière et une erreur pitoyable, contraire au fondement du christianisme.

Mais c'est là, répond le ministre, un miracle trop continu qu'on ne doit pas admettre. C'est ce qu'il répète à toutes les pages ', et c'est là un de ses grands arguments. Mais qu'il est faible! Le miracle que le ministre refuse de croire, c'est celui que Jésus-Christ a reconnu en disant : Faites ce qu'ils disent f mais ne faites pas ce qu'ils font^ . Le ministre change la sentence, et il veut que les élus se conservent sous un ministère dont il faudra dire : Ki ne croyez ce qu'ils disent, ni ne pratiquez ce qu'ilsfont. Lequel est le plus naturel, ou de dire que, pour convertir le cœurs des élus. Dieu conserve dans le ministère la vérité de la parole qui les sanctifie, malgré les mauvaises mœurs de ceux qui l'annoncent; ou de dire, qu'en laissant éteindre à la fois dans la succession des pasteurs et la vérité et les bonnes mœurs, il ne continue pas moins à conserver les élus ? Le premier plan est celui des catholiques; le second est celui des protestants. Parlons mieux : le premier est en termes formels celui de Jésus-Christ, et le second est celui que les hommes ont imaginé : le premier, dis-je, est celui que Jésus-Christ a reconnu jusqu'à la fin dans l'Église judaïque, en disant : Faites ce qu'ils disent , etc.; et le second est celui que les protestants envient à l'Église chrétienne. Oii est ici le miracle le plus incroyable, ou celui qui attache la conversion des enfants de Dieu à un certain ordre commun de ia prédication de la vérité, ou celui qui , supprimant la vérité dans la prédication des pasteurs, établit, contre l'apôtre et contre Jésus-Christ même, qu'elle sera entendue sans être prêchée ? Souffrirez-vous , mes chers frères, qu'on vous annonce des absurdités si manifestes ?

Après tout, j'avouerai bien à votre ministre que la conversion des pécheurs, soit qu'elle se fasse par des saints , soit qu'elle se fasse par le ministère même des pasteurs ou corrompus ou scandaleux, est un miracle continuel ; mais c'est un miracle qu'il faut bien admettre, si l'on ne veut être manifestement pélagien , ce qu'aussi votre ministre n'oserait nier. C'est un miracle qui présuppose l'ordre naturel , et qu'on soit du moins bien enseigné ; mais que l'on conserve les élus , en leur ôtant la vérité dans la prédication de leurs pasteurs , c'est un miracle que nous laissons aux protestants.

Ne laissez d<rtic point soustraire à vos yeux la lumière toujours présente et toujours visible de la vérité dans la prédication successive et perpétuelle des prêtres ou des pasteurs , soit de ceux qui sont venus après Moïse , soit de ceux qui ont enseignéaprès lesapôtres ; puisque c'est le seul moyen ordinaire établide Dieu par toutes les Écritures de l'ancien et du nouveau Testament, pour la sanclificft-

' p. 630 , «31 , ?fc. — » .Vatlh. xxui, 1.

ir INSTRUCTION PASTORALÏT

tion des élus. Lorsqu'on tâche de vous faire perdre de vue la suite continuelle de l'Église de Jésus- Glirist dans les successeurs des apôtres , on ne cherche qu'à vous tirer du grand chemin battu par nos pères , pour vous jeter dans les voies obliques et détournées de la séparation et du schisme. Ce n'est pas ici une conséquence que je tire de la doctrine des ministres ; c'est leur thèse , c'est leur sentiment exprès. Oui , mes frères , le schisme est un crime dont on ne veut pas connaître le venin parmi vous ; et on ne tâche au contraire qu'à vous ôter la juste horreur qu'en ont tous les chrétiens. Il faut donc encore vous faire voir que votre ministre s'emporte jusqu'à dire que le schisme , même celui oii la foi et la religion sont intéressées , n'empêche pas le salut ; et , ce qui jusqu'ici était inouï, qu'on peut être ensemble et saint et schisniatique. Vous serez trop ennemis de vous-mêmes , si vous refusez un peu d'attention à une vérité que je vais rendre aussi claire qu'elle est importante.

REMARQUES

Suf le traité du ministre , et premièrement sur ce qu'il autorise le schisme..

J'ai consommé mon ouvrage : la promesse de lésus-Christ est entendue, et on a vu qu'on ne lui oppose que de manifestes chicaneries. Il est temps de passer plus avant , et de découvrir dans l'écrit du ministre d'insupportables erreurs.

Je commence par ce qu'il enseigne sur le schisme , et je distingue avant toutes choses le schisme où la foi est intéressée d'avec les schismes où l'on tombe innocemment sur de purs faits; comme quand on voit par une élection partagée deux évêques dans la même Église, sans qu'on puisse discerner lequel des deux est bien ordonné : c'est alors une erreur de simple fait , où la foi n'est souvent point engagée, ni souvent même la charité. Quand l'esprit de dissension ne s'y trouve pas , et qu'on est trompé seulement par l'ignorance d'un fait , ce u'est pas un vrai schisme qui désunisse les cœurs ; puisqu'on y voit, comme dit saint Paul • , un seul Christ , une seule foi, un seul baptême , un seul Dieu et père de tous , avec un seul corps ( de I'Ét glise) et un seul esprit, et on n'est point schismatique. Mais ce que je veux remarquer dans les écrits de votre ministre , c'est qu'il enseigne positivement qu'on est ensemble et fidèle et schismatiquemême dans la foi. Pour parvenir à cette fin, voici par où l'on vous mène , et l'on jette de loin ces faux principes » : « L'unité de l'Église tant ■ vantée ne fut point le premier objet des soins et «des travaux des apôtres. Ils ne travaillèrent point « à la former par des lois et des règlements qui

' Ephes. IV , 3 4,5,6. — » T. I ^ ?. I ^ e. 4 , n» 1 , p. 34.,

« dussent être observés par l'Église universelle « jusqu'à la fin des siècles... Chaque apôtre al- « lant de lieu en lieu , selon que le Saint-Esprit le « poussait, ou que la Providence lui en fournissait «les moyens, enseignait la vérité évangélique, et « formait un troupeau... Chaque Église particu- « lière que les apôtres fondaient vivait sous la « conduite de son pasteur , et s'assemblait secrè- « tement dans une chambre. Elle formait sa disci- « pline selon ses besoins, et selon la circonstance « des temps. Il n'y avait point alors de Symbole « commun ; c'est une chimère de s'imaginer que les « apôtres en aient dressé un , ou l'aient envoyé à « toutes les Églises.... On savait en Orient que T'Oc- « cident avait reçu le christianisme un peu plus « tard (qu'en Orient) : mais l'union de ces Églises, « la plupart inconnues , et cachées les unes aux « autres, ne pouvait être ni générale, ni publi- « que, ni sensible. Toutes ces Églises particulières « ne pouvaient être unies que par l'union intérieure, « parce qu'elles avaient la même foi et la même es- « pérance, et que Jésus-Christ était le chef intérieur « et commun à tous les chrétiens... Les Églises « naissantes étaient précisément dans le même état « que celles de la réforme , à qui les vaudois, dis- « perses en divers lieux, et cachés dans leurs mon- « tagnes, n'étaient pas connus. Concluons de là que « l'union extérieure de toutes les Églises les unes « avec les autres , ou avec le chef résidant à Rome, « n'était ni nécessaire ni possible dans les. deux « premiers, siècles de l'Eglise. » Le ministre parle à peu près dans le même sens en d'autres endroits ' ; mais je me contente de ce seul passage que j'ai rapporté exprès tout entier, à la réserve de ce qui pourrait regarder d'autres questions que celle où nous sommes de l'union des Églises.

S'il ne fallait que de beaux discours et des tours ingénieux pour établir la vérité , j'aurais ici tout à craindre.;Mais pour peu qu'on veuille pénétrer le fond, il n'y a personne qui ne trouve étrange cette impossibilité de l'union extérieure des Églises, et. le peu d'attention qu'on donne aux apôtres pour assembler leurs disciples dans une même communion.

Le ministre n'ose pousser cette prétendue impossibilité plus avant que les deux premiers siècles; et dès-là on doit tenir pour certain, que s'il nous abandonne les siècles suivants, c'est qu'il y a trouvé l'union si clairement établie , qu'il n'a pas vu de jourà la nier.

Confessons donc avant toutes choses , du. consentement du ministre , que l'union intérieure et; extérieure des Églises chrétiennes a un titre assez authentique, puisqu'il a quinze cents ans d'antiquité, et qu'il a.été arrosé du sang des martyrs durant tout le troisièmesiècle. C'est cependant cette antiquité qu'on vous apprend à mépriser ; au lieu que la raison. seule vous doit apprendre non-seur lement qu'une telle antiquité est digne de toute-

SUR LES PROMKSSKS DK L'EGLISE.

6Câ

«nuance, mais encore que ce qu'on trouves! solidement et si universellement établi dans un siècle si voisin des apôtres, ne peut manquer de venir de plus haut.

C'est donc enTaîn qu'on nous veut cacher celte union des Églises dans le second siècle. Car encore qu'il nous en reste à peine cinq ou six écrits , il y en aurait pourtant assez dans ce petit nombre pour convaincre leministre ; et si je n'avais voulu dans cette Instruction me renfermer précisément dans J'Évangile, la prenveen serait aisée. Mais pour aller à la source, comment a-t-on pu penser que l'union des Églises n'était pas du premier dessein du Fils de Dieu, puisque c'est lui-même qui, formant le plan de son Eglise, a donné à ses apôtres, comme la marque à laquelle <>« reconnaîtrait ses disciples, des'aimer les 2111s les autres : et encore : Mo7i Père, <ju ils soient un en nous, afin que le monde croie (jae vous m'avez envoyé '. Ainsi l'union même extérieure, et qui se ferait sentir à tout le monde , devait être une des marques du christianisme.

Mais peut-être que Jésus-Christ ne voulait pas dire que cette union s'entretînt d'Église à Église, et ne la voulait établir que de particulier à particulier dans chaque Église chrétienne. A Dieu ne plaise! au contraire, il paraît que, de toutes les ïlglises, il en a voulu faire une seule Église, une seule épouse, qu'il a voulu à la vérité sanctifier .au dedans par la foi qu'elle a dans le cœur, mais qu'il a voulu en même temps purifier à l'extérieur par le baptême de l'eau et par la parole de In prédication. C'est ainsi que parle saint Pauh. C'est cette Église que dès l'origine on appela catholique : ce terme fut mis d'abord dans le Symbole commun des chrétiens; et, sans entrer avec le ministre dans la question inutile , si les apôtres ont arrangé ce sacré Symbole comme nous Pavons, il sufOt qu'on ne nie pas, et qu'on ne puisse nier que la substance et le fond n'en fût de ces hommes liivins, puisque tout l'univers l'a reçu comme de leur nrain et sous leur nom. On a donc toujours eu une foi commune, one commune profession de la même foi , une seule et même Église universelle , composée en unité parfaite de toutes les Églises particulières, où aussi on établissait \ai communion tant intérieure qu'extérieure des saints, qu'on nous donne maintenant comme impossible.

« Les apôtres, dit le ministre^ , n'ont point tra- « vaille à former la discipline par des lois qui dus- « sent être perpétuelles et universelles. •• Mais sous prétexte qu'ils laissaient une sainte liberté dans les cérémonies indifférentes, la vouloir pousser plus avant , ou dire que ces saints hommes ne s'étudiaient pas à rendre commune la profession de lafoi, le fond de la discipline et la substance des sacrements, c'est ignorer les faits les plus avérés, et vouloir ôter au christianisme la gloire de cette sainte uniformité que le monde même y admirait.

Ce n'est pas une moindre erreur de dire que les

* Joan. XUI, 25. XVII, 21. •- » Ephes. Y, 24, 26. — ^ T. \ ,

Eglises étaient pour la plupart inconnues les unes aux autres, et s'assemblaient secrètement dans vne cltambre, sans se soucier de leur mutuelle com* munication. Car, au contraire, dès l'origine les Églises ont toutes tendu à s'unir, et à se faire mutuellement connaître. Tout est plein , dans les écrits des apôtres , du salut réciproque qu'elles se donnaient en la charité du Seigneur; l'Église de Babylone , quelle qu'elle fût , constamment bien éloignée^ saluait celles de Bithynie et du Pont , d'Asie, de CappadoceetdeGalatie'. La gravité des Églises ne permet pas de prendre ce salut, qu'on trouve en tant de lettres des apôtres, pour un simple compliment : c'était la marque sensible de la sainte confèdératioH et communion des Églises dans la créance et dans les sacrements , conformément à cette parole ; Si quelqu'un vient à vous , de quelque côté qu'il y arrive, et n'y apporte pas la saine doctrine, ne k recevez pas dans votre maison , et ne lui dites pas bonjour*; ne lui donnez pas le salut. La première épître de saint Jean , selon l'ancienne tradition , se trouve adressée aux Parthes; et de l'Asie mineure, où il demeurait , cet apôtre enseignait les peuples si éloignés des pays dont il prenait soin , et de l'empire romain. Les apôtres n'écrivaient pas seulement à des Églises particulières, mais en nom commun à toutes les tribus dispersées ^, età tous ceux qui se conservaient en Dieu et en Jésus-Christ ^. Tout l'univers savait h foi, l'obéissance des Romains^ ; et réciproquement on savait à Rome ce que c'était que toute l'Église des Gentils (en nom collectif et en nombre singulier), et qui étaient ceux à qui elle était redevable ^. Qu'importe donc qu'on s'assemblât ou dans une chambre ou ailleurs , puisque l'on se communiquait même des prisons, d'où l'Évangile courait, comme dit saint Paul? , sans pouvoir être lié?

Au surplus, si on eût tenu pour indifférent d'être uni ou ne l'être pas dans la doctrine une fois reçue* saint Paul n'aurait pas donné aux Romains ce précepte essentiel : Prenez garde à ceux qui causent des dissensions et des scandales parmi vous contre la doctrine que vous avez reçue ; retirez-vous de leur compagnie^. Est-ce peut-être qu'on observait ceux qui causaient des divisions contre la doctrine reçue dans les Eglises particulières , et qu'on laissait impuni le scandale qu'auraient pu causer les Églises mêmes ? Ce serait une absurdité trop insupportable.

Mais si l'autorité de l'Église nommée en commun était de si peu de poids sur chaque Église particulière , d'où vient que saint Paul prenait tant de soin défaire remarquer aux Corinthiens ce qu'il enseignait à toutl'uni vers; leur envoyant exprès Timothée, pour les instruiredes voies qu'il tenait partout et en toute tÈglise^: et encore, c'est ce quefenseigne dans toutes les Églises ^° : sur ce fondement, Dieti n'est pas wi Dieu de dissension , mais de paix :

' 1. Petr. I, I. V, 13. — ' II. Joan. «0. — * Jac. I, I. — ♦ Judœ. I. — » Rom. i, 8. xvi, 19. — •> Ibid. 4. — ' II Thess. m. I. II, Tim. 11, 9. — * Rom. xvi , 17. —• I. Cor. IV, 17.— " Ibid. XIV, 33.

Ile INSTRUCTION PASTORALE

comme s'il eût dit qu'il unissait non-seulement les particuliers, mais encore toutes les Eglises entre elles; ce qui lui faisait ajouter , contre les auteurs des divisions et des scandales : Est-ce de vous qu'est sortie la parole de Dieu, ou bien étes-vous les seids à qui elle est parvenue » ;? leur montrant , par cette doctrine, combien ils devaient déférer au commun sentiment des Églises , et surtout de celles d'oii la parole de Dieu leur était venue. Voilà ces Églises qid ne se connaissaient pas pour la plupart, et qui avaient si peu d'égard pour la doctrine et les sentiments les unes des autres.

Quand le ministre veut imaginer que les Églises chrétiennes ressemblaient à la réforme , qui , lorsqu'elle vint, ne connaissait pas les vaudois, il devrait donc faire voir par quelque exemple de l'Écriture, ou du moins de l'antiquité ecclésiastique, qu'il s'était formé des Églises, comme la réforme , qui ne tinssent rien de celles qui étaient auparavant, et même n'en connussent aucune de leur •créance. C'est ce qu'il ne montrera jamais; toutes les Églises naissantes venaient de la tige commune dos apôtres , ou de ceux que les apôtres avaient envoyés , et en tiraient leurs pasteurs avec la doctrine.

Le ministre n'aurait pas fait agir les pasteurs si fort indépendamment les uns des autres, et sans aucun mutuel concert, s'il avait songé que saint Paul même ne dédaigna pas de venir à Jérusalem exprés pour visiter Pierre , Aç, demeurer avec lui quinze jours ; et encore quatorze ans après , de conférer avec les principaux apôtres sur l'Évangile j qu'il prêchait aux Gentils , pour ne point perdre le fruit de sa prédication ». Ces hommes inspirés de Dieu n'avaient pas besoin de ce secours; mais Dieu même leur révélait cette conduite, comme saint Paul le marque expressément^aCn de donner l'exemple à leurs successeurs, et les avertir de prendre garde, dans la fondation des Églises, à poser toujours, comme de sages architectes, le même fondement, qui est Jésus-Christ, et à observer en même temps ce qu'ils bâtissaient dessus 4.

Cependant , à la faveur de ces beaux récits , et du tour ingénieux qu'on y donne à l'état des deux premiers siècles , on insinue le schisme , on dégoûte insensiblement les Gdèles du lien de la communion des Églises. Elle n'était pas, é\X.-on,àxx premier dessein, et c'est une invention du troisième siècle : quelque établie qu'on la voie depuis ce temps, c'est assez qu'elle ne soit pas de l'institution primitive; et l'on veut désaccoutumer les Églises de faire leur règle de la foi commune.

Après avoir ainsi préparé de loin la voie à ne plus craindre le schisme même dans la foi, et à tenir toute communion pour indifférente, on en vient à dire tout ouvertement , que le schisme dont nous parlons n'empêche pas le salut.

Le sentiment du ministre n'est pas obscur : les sept mille réservés de Dieu dans le royaume d'Is-

' I. Cor. \i\, 3G. — » Gai. i, 18, n, 2. — 3 Jbid. - * I. III, 10.

raél , qui n'avaient point courbé le ^jenou devant Baal, étaient schismatiques, séparés de l'Église primitive de Jérusalem, damnés par conséquent, dit votre ministre' , au jugement de messieurs les prélats; et cependant, continue-t-il, Dieu les ab' sout.

Ces sept mille, ajoute-t-il » , « étaient l'Église de « Dieu, quoiqu'ils n'eussent ni étendue, ni visibi- « lité, ni union avec l'Église de Jésusalem, ni la « succession des prêtres. Ils ne périssaient donc « pas. «

Un abîme en appelle un autre. Dieu avait là ( dans le schisme d'Israël) wie suite de prophètes nés et vivant dans le schisme : c'est-à-dire, comme il vient de l'expliquer, séparés de la succession des prêtres et de l'Eglise primitive de Jérusalem ^. Les prophètes dont il veut parler , sont ceux qui prophétisaient en Israël avec Élie et Elisée : donc Élie et Elisée, avec tous les saints prophètes qui leur étaient unis, selon le ministre, étaient schismatiques; et cependant, poursuit-il, ces prophètes schismatiques , Élie , Elisée et les autres , étaient-ils damnés à cause de leur séparation , à cause que la succession leur manquait? Point du tout, dit-il ; cela n'est rien , selon les ministres; le titre de schismatique devient beau dans leur bouche , et la nouvelle réforme le donne aux prophètes les plus saints.

Tout cela est avancé pour sauver le schisme. La réforme prend soin de le défendre. « Il y a du plai- « sir , dit le ministre^, à entendre là-dessus JM. de « Meaux, qui, entêté de l'unité de son Église et de « la succession des pasteurs, rejette les Samaritains « comme autant de schismatiques perdus, parce « qu'ils n'étaient pas unis à la source de la religion , « et que la succession d'Aaron leur manquait. »

Ainsi ce n'était pas Dieu qui avait commandé à tout son peuple, et aux dix tribus comme aux autres , de demeurer unis et soumis aux seuls prêtres de la famille d'Aaron : ce n'était pas Dieu qui avait prescrit au même peuple, par la bouche de Moïse, de reconnaître le lieu que le Seigneur choisirait , avec expresses défenses à'o^rir en tous lieux qui se pourraient présenter à la vue ^ : le temple de Jérusalem n'était pas ce lieu expressément désigné de Dieu , sous David et sous Salomon , et unanimement reconnu par toutes les douze tribus : malgré des commandements si précis de Dieu et de la loi, il n'y avait aucune obligation de s'unir à la succession du sacerdoce d'Aaron ni à Y Église primitive de Jérusalem. Ce sont là des entêtements de M. de Meaux , et non pas des témoignages exprès de la loi de Dieu.

Mais ce qui m'étonne le plus , c'est le peu d'attention qu'on fait parmi vous à l'expresse condamnation du schisme de Samarie , prononcée par Jésus- Christ même, lorsqu'il dit aux Samaritains ^ : rous adorez ce quevous ne connaissez pas; etnous, nous adorons ce que nous connaissons : parce que le

» T. n, c. 7, p" 40, n. 6GI. III. Reg. xix, xX. — ' P 663. — =» Ibid. — " T.U,p. 66f , 662. — » jDaut.Xll,6, II, 13 etc. — « Joan. iv, 22.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

valut vient des Juifs. Il les sépare manifestement de sa compagnie , lorsqu'il dit vous et nous : il les sépare conséqueininent du salut, qui ne peut être qu'avec lui : et il ne reste plus qu'à examiner s'il les condamne pour l'idolâtrie , ou seulement pour le schisme.

Le ministre abuse manifestement de cette parole de Jésus-Christ , f-'ous adorez ce que vous ne connaissez pas : « ce qui fait voir, nous dit-il', que « les Samaritains étaient condamnés à cause de leur « ignorance , ou des dieux inconnus qu'ils ado- « raient ; et non pas à cause du schisme , ou parce « que la succession du sacerdoce d'Aaron leurman- « quait. » C'est ainsi qu'il combat toujours en faveur du schisme , et ne veut pas que Jésus-Christ l'ait pu condamner. Mais il se trompe manifestement, quand il rejette la condamnation sur l'idolâtrie des Samaritains. C'est un fait constant et avoué, qu'il y avait plusieurs siècles que les Samaritains n'avaient plus d'idoles ; et qu'attachés uniquement, comme ils sont encore, à l'adoration du \Tai Dieu, toute leur question avec les Juifs ne regardait que le lieu oij il fallait adorer. Sans avoir besoin d'ouvrir les histoires pour voir cette vérité , le seul Évangile nous suffit; puisque la Samaritaine y parle au Sauveur en ces termes ' : Nos pères ont adoré sur cette montagne , et vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer ; nos pères , c'était à dire Jacob et les patriarches, n'adoraient point les idoles •" ce n'était donc point les idoles que la Samaritaine voulait adorer, et la dispute ne regardait pas l'objet, mais le seul lieu de l'adoration; en un mot, toute la question entre les Juifs et les Samaritains était à savoir si Dieu voulait qu'on le servît ou dans le temple de Jérusalem avec la Judée, ou dans celui de Garizim avec Samarie. Cela posé, il est manifeste que la condamnation de Jésus-Christ tombe précisément sur le schisme; et s'il reproche aux Samaritains de ne pas connaître Dieu , c'est , comme je l'avais expliqué ^ , au sens où l'on dit que l'on ne connaît pas Dieu quand on méprise ses commandements, ses promesses, la source de l'unité, le fondement de l'alliance , et le reste de même nature que Samarie avait rejeté.

Si, comme le ministre l'insinue trop ouvertement, c'était une chose indifférente de reconnaître ou ne reconnaître pas les prêtres successeurs d'Aaron, et que les Samaritains fussent excusables de n'y avoir pas recours , selon l'ordonnance expresse de la loi, Jésus-Christ n'y aurait pas renvoyé avec les autres lépreux celui qui était Samaritain-*. J'ai rapporté ce passage dans ma première Instruction pastorale *. Le ministre y devait répondre, ou convenir, après Tertullien, que Jésus-Christ apprenait par là aux Samaritains à reconnaître le temple et les prêtres enfants d'Aaron, comme la tige du sacerdoce et la source de la religion et des sacrements.

Après cela, quand on attribue non-seulement

'Tu f 6Gi. — 5 Joan. iv, SO. — * I. Inst. p. ir. — ♦ Luc. XVII, 13, 14 . i&. — » P. 470.

aux vrais fidèles , mais encore aux saints prophètes du Seigneur, le schisme des dix tribus , et que l'on compte pour rien de les désunir de la suite du sacerdoce et de celle du peuple de Dieu, c'est vouloir induire sur eux le péché de Jéroboam, qui pécha et qui fit ])écher Israël '. C'est le caractère perpétuel qui est donné à ce roi impie dans tout le livre des Rois ». Mais il faut en même temps se souvenir que c'était une partie principale du péché tant reproché à Jéroboam, d'avoir établi des prêtres qui n'étaient point enfants de Lévi ni du sang d'Aaron ' , et d'avoir rejeté ceux que Dieu avait institués dans ces races consacrées. L'érection des veaux d'or de Jéroboam ne fut que la suite de cette ordonnance schismatique : Ne montez plus en Jérusalem ( ni au lieu que le Seigneur a choisi) : voilà tes dieux, Israël, qui t'ont tiré de la terre d'Egypte^. Ainsi la source du crime dans Jéroboam, c'est d'avoir séparé Israël d'avec le Seigneur, comme porte expressément le livre des Rois *, et son plus mauvais carractère est celui de séparateur. Ce fut en haine de l'ordonnance qui séparait le peuple de Dieu de sa tijie , que non-seulement les lévites, mais encore tous ceux d'Israël qui avaient mis leur cœur à chercher Dieu « , abandonnèrent le schisme auquel on veut maintenant faire adhérer les prophètes.

II est vrai qu'en mémoire d'Abraham , d'Isaac et de Jacob , Dieu voulut laisser dans les dix tribus un grand nombre de saints prophètes qui attachèrent une partie considérable du peuple au culte du Dieu de leurs pères. Mais, après tout, ce fut à la fin pour le péché de Jéroboam qu'il livra les Israélites à leurs ennemis " : la source de tous les malheurs, marquée au livre des Rois, est toujours cette première séparation, oh Jéroboam divisa le peuple et le sépara du Seigneur ^. Aussi Dieu avait-îl maudit l'autel schismatique dès son origine, en lui faisant annoncer sa future extermination , sous le saint roi Josias, par des prophètes envoyés exprès 9. Si cependant par violence et par voies de fait les vrais Israélites avec leurs prophètes étaient empêchés de monter effectivement en Jérusalem, et d'y reconnaître le seul sacerdoce légitime qui fdt alors, ils n'en pouvaient jamais être désunis de cœur ; et sans manquer de fidélité aux rois d'Israël que Dieu avait dans la suite rendus légitimes , Elisée sut bien reconnaître la prérogative que Dieu avait conservée aux rois de Juda , par rapport à la religion, lorsqu'il parla ainsi à Achab, roi d'Israël, qui l'interrogeait sur les volontés du Seigneur : « Qu'ya-t-il entre vous et moi, roi d'Israël.' Allez « aux prophètes de votre père et de votre mère. « Vive le Seigneur! si je n'avais respecté la pré- « sence de Josaphat, roi de Juda , je ne vous aurais « pas seulement regardé"». » Josaphat de son côté, au seul nom d'Élie et d'Elisée, reconnut d'abord

' m. Reg. XIV, 16 , etc. — » IV. Reg. x, 31 , éte. — ' III. Reg. XII , 31. II. Par. xill , 5. — ' III. Reg. \l\ , 28. — » IV. Reg. xvii, 21. — « II. Par. XI, 13, 16. — ' III. Reg. xiv, 16. — « IV. Reg. xvil, 21. — ' III. Reg. xiil, 1,2.— " IV. Reg. III. 13, 14.

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IP INSTRUCTION PASTORALE

x^u'ils étaient de véritables prophètes, "et tout le monde savait que tous les saints du royaume d'Israël étaient de même religion , et dans le cœur, •autant qu'ils pouvaient, de même cujte que ceux 'de Juda.

C'était pour établir cette vérité , qu'Élie, dans ce mémorable sacrifice où le feu du ciel descendit à sa prière pour consumer l'holocauste, en présence des dix tribus assemblées , redressa un des autels du Seigneur; et pour le construire, prit douze pierres, selon le nombre des douze tribus des enfants de Jacob , à qui le Seigneur avait dit : Israël sera ton nom » ; par où il voulait montrer qu'Israël dans son orgine n'était pas un nom de séparation, comme il l'était devenu depuis, mais •qu'au contraire, c'était en matière de religion et •de sacrifioe un nom de communion : et que les douze tribus étaient faites pour adorer au même ■autel le Dieu de leurs pères.

Aussi le même prophète l'invoqua-t-il en cette 'occasion à haute voix, sous le nom de Dieu d'A- 'hrahamy dUsaac et d'Israël » , en lui disant : Montrez , Seigneur, que vous êtes le Dieu d' Israël, et que les douze tribus dont vous voulez aitjourd'fiui de nouveau convertir les cœurs, ne sont ^u'un seul peuple à votre autel. Telle était l'union qu'Élie reconnaissait entre tous les vrais Israélites dans ce sacrifice commun.

Jonas, qui prophétisait parmi les tribus séparées dont il était, ainsi qu'on le trouve au livre des Rois ^, ne s'était point pour cela séparé du temple de Jérusalem, puisque, jusque dans le ventre delà baleine qui l'avait englouti , il se consolait en criant : Seigneur, quoique rejeté de devant vos yeux, je reverrai votre saint temple 4 ; par où il marquait tout ensemble , et qu'il avait accoutumé de le visiter, est qu'il espérait encore d'y rendre à Dieu ses adorations.

Un autre- prophète d'Israël (ce fut Osée), en prédisant aux dix tribus séparées leur heureux retour, Jeur annonce qu'iV* reviendraient au Seigneur leur Dieu et à David leur roi^; pour les ramener par «es paroles au temps qui avait précédé le schisme de Jéroboam, et leur rappeler le souvenir de cette parole du roi Abiam : Écoutez , Jéroboam et tout israêl : ignorez-vous que le Seigneur a donné à David le règne sur fout Israël pour jamais^?

Ainsi tout vrai fidèle est frappé d'horreur, quand il entend dire que les sept mille que Dieu réservait, et que les propliètes du Seigneur qui enseignaient les dix tribus, étaient schismatiques, jusqu'à celui que son zèle ardent fît enlever dans le ciel dans un chariot de feu.

Et il ne faut pas s'imaginer que h partie de l'Église qui se conservait dans le royaume d'Israël demeurât sans culte. Car ce n'était pas en vain que Dieu leur envoyait tant de saints prophètes avec tant de miracles éclatants , pour les empêcher d'oublier la foi de Moïse. Ils en gardaient ce qu'ils pou-

« III. Reg. XVHI , 30, 31 , 32. — ^ Ibid. 36, 37. — ^ IV. Reg. XIV, 25. —4 Joan, U, 6..— * Osée, m, 4, 5. — * II. Pai. \in.

valent, en s'assemblant ay<?c les prophètes au premier jour du mois et tous les jours du sabbat ' , c'est-à-dire aux jours ordinaires marqués par la loi , comme il est écrit expressément au livre des Rois. Il y avait même parmi eux des autels de Dieu ; et s'ils en eussent été privés, Élie n'aurait pas dit au même temps que les sept mille lui furent montrés en esprit : Seigneur, les enfants d'Israël ont abandonné votre alliance : ils ont abattu vos autels et massacré vos prophètes K Ils persistaient donc dans l'alliance, et en avaient pour marques sensibles les prophètes, sous la conduite desquels ils servaient Dieu , et les autels qu'ils élevaient au nom du Seigneur. Ce pouvaient être des autels semblables à celui qu'érigèrent ceux de Ruben et de Cad avec la demi-tribu de Manassès ^, non point pour se séparer de l'autel du Seigneur, mais au contraire comme un mémorial de la part qu'ils se réservaient aux sacrifices communs. Mais enfin quels que fussent ces autels, et quel qu'ait été le culte que Dieu y établissait, selon la condition de ces temps, par le ministère extraordinaire et miraculeux des prophètes , toujours est-il bien certain que ce n'était pas l'autel de Rethel ni les autres de Jéroboam que Dieu avait en horreur, comme on a vu.

Par conséquent cette Église , que Dieu réservait en Israël , se rendait visible autant qu'elle le pouvait dans une si cruelle persécution; et quand elle fut réduite à se cacher tellement dans le royaume des dix tribus séparées, qu'Élie ne l'y voyait plus, deux raisons empêchent que cela ne nuise à tout le corps de l'Église : l'une, que cet état ne dura pas , comme le reste de l'histoire d'Élie et toute celle d'Elisée le fait paraître; et l'autre, qui est l'essentielle, que c'est un fait avéré dans le même temps, que l'Église et la religion éclataient en Judée sous Josaphat et les autres rois.

Ainsi on ne fait ici que vous amuser ; on vous fait prendre le change, et on met la difficulté où elle n'est pas. Cette dispute sur les sept mille, qui est votre unique refuge , ne sert de rien à la question, et ne nuit en aucune sorte à la doctrine que j'ai établie touchant la promesse de l'Évangile. Les catholiques ne prétendent pas que la foi ne puisse jamais être cachée en des endroits particuliers, puisque même nous confessons qu'elle y pourrait être tout à fait éteinte. "Le fondement que nous posons, c'est que la succession des pasteurs qui remonte jusqu'aux apôtres , sans que la descendance en puisse être interrompue ni niée , est incontestable; que ceux qui chercheront Dieu, verront toujours une Église où on le pourra trouver, une Église qui soit toujours le soutienetla colonne de la vérité 4; une Église à qui l'on dira jusqu'à la fin de l'univers : Dites-le à l'Église; et, s'il n'écoute pas l'Église, qti'il vous soit comme un Gentil et unpublicain ^ ; une Église enfin plus immuable que le roc, dont la foi toujours connue et victorieuse verra toutes les erreurs tomber à ses pieds , et contre laquelle l'enfer ne prévaudra pas.

« IV. Reg. IV, 23. — ' 111. Reg. xix,24. —^ Jos. XXJI, 37. — * I. Tim. III, 15. — » Matth. xviu, 17.

SUll LES PROMESSES DE L'ÉGLISE.

Que celle ftglise ail quelque part des membres cachés, qu'elle s'obscurcisse, qu'elle périsse même quelque pari , sa perpétuelle universalité ne laissera pas de subsister : la promesse ne sera pas anéantie pour cela ; et une marque que les objections qu'on vient d'entendre n'appartiennent seulement pas à la question que nous traitons, c'est qu'on peut vous accorder tout ce que vous dites sur les fidèles cachés , sans que notre doctrine ait reçu la moindre atteinte.

Les sept mille vous servent si peu , que même vous ne sauriez vous mettre à leur place. Si la messe, ou toute autre chose que vous voudrez imaginer, est le Baal devant lequel les sept mille n'avaient pas fléchi le genou, quand Luther ou Zuingle ou OEcolampade ou Bucer ou Calvin ont éclaté, les sept initie^ qui croyaient comme eux secrètement, ont dil venir leur déclarer cette secrète créance, et leur dire : Nous étions déjà dans ces sentiments; vous n'avez fait que nous rallier, et nous donner la hardiesse de nous découvrir. Mais loin d'en trouver sept mille qui leur tinssent ce langage, nous avons pressé vos ministres d'en nommer un seul. J'en ai moi-même interpellé M. Claude, et il a dit : M. de Meaiix croit-il que tout soit écrit? Je l'ai demandé à M. Jurieu, et il a répondu : Que nous importe? J'ai mis ce fait sous les yeux de tous les lecteurs de mon troisième Avertissement contre M. Jurieu'. Sans vous obliger à recourir à ce livre, et pour renfermer dans ce seul écrit toute la force de ma preuve , interrogez-vous vous mêmes , si jamais on vous a nommé, non pas sept mille hommes et un nombre considérable , mais deux ou trois hommes, mais un seul homme qui ait déclaré aux réformateurs qu'il n'avait jamais étéd'uneautre créance que de celle qu'ils leur annonçaient. Pressez de nouveau vos ministres les plus curieux, les plus savants , les plus sincères, de vouséclaircir d'un fait si essentiel à la décision de cette cause : si vous ne voyez clairement leur embarras; si, loin de vous montrer un seul homme qui, avant Luther ou OEcolampade, ait cru comme Luth r et OEcolampade , ils ne sont à la fin contraints de vous avouer de bonne foi que Luther même et OEcolampade , Bucer et Zuingle s'étaient faits prêtres ou même religieux de bonne foi, et qu'ils avaient innové non-seulement sur les pasteurs précédents, mais encore sur eux-mêmes, je ne veux plus mériter de vous aucune créance. Ils n^vaient donc pour eux ni les visibles, ni les invisibles, ni les connus, ni les inconnus; et il faut que vous confessiez qu'en cela semblables à tous îes hérésiarques qui furent jamais, vos auteurs, quand ils ont paru, n'ont rien trouvé sur la terre qui pensât comme eux.

Dès-là donc, pour justifier le schisme qu'ils avaient fait avec tous leurs prédécesseurs et avec tous les vivants, il a fallu s'intéresser pour le schisme même, et en adoucir l'horreur; parce moyen les sept mille sont devenus schismatiques sans péril de leursalut : les saints prophètes étaient séparés de la suite du

• II1«. Averl.

BOS.StET. —TOME IV.

sacerdoce et de l'Église, sans scrupule et sans aucune diminution de leur sainteté : il a fallu faire voir qu'il n'y avait nulle nécessité que les Églises fussent si unies : chaque Église se doit former par ellemême ; des Églises on en viendra aux particuliers : nul ne doit régler sa foi sur son prochain non plus que sur les Églises, pas même sur celle où l'on est. Chacun n'a à consulter que son cœur et sa conscience Vous voyez par expérience où l'on va par ce chemin; et si la suite inévitable n'en est pas toujours la religion arbitraire ou l'indifférence des religions, sans en excepter le socinianisme ni le déisme.

REMARQUES

SUB LE FAIT DE PASCHASE BADBEBT, OÙ le ministre tâche de marqaer une innovalion positive. '

Pour détourner vos oreilles d'une doctrine si simple, on vous accable de faits inutiles. Mais il n'y a que deux faits qui servent à votre salut, et ils sont constants : l'un est que vos prétendus réformateurs ont établi vos Églises en se séparant de la communion de ceux qui les avaient baptisés et ordonnés , et en rejetant , à l'exemple de toutes les hérésies, la doctrine de tous les pasteurs qui étaient en place lorsqu'ils ont paru'; l'autre, que l'Église catholique n'a jamais rien fait de semblable. Il fallait donc écarter tous les autres faits qui ne servent qu'à détourner la question, et ensuite n'étourdir le monde ni des Chinois, ni des Grecs, ni de Claude de Turin, ni de la morale sévère, ni de la morale relâchée, ni des maximes du clergé de France, ni des jansénistes ni des quiétistes, ni du cardinal Sfondrateet de ses nouveautés sur le péché originel, ou sur les autres matières semblables , ni même des albigeois ni des vaudois, que la réforme confesseellemême, comme on vient de voir, qu'elle ne connaissait pas quand elle est venue, et qui d'ailleurs ne se trouvaient pas moins embarrassés que vous à nommer leurs prédécesseurs. Il fallait donc, ou nommer la suite des vôtres sans interruption, ce que vous n'entreprenez seulement pas ; ou , pour convaincre par un fait certain l'Église romaine de rupture avec ses auteurs, y marquer dans sa suite un point fixe et déterminé où l'on se soit vu contraint, pour soutenir sa doctrine , de renoncer à la leur. Voilà, dis-je, précisément ce qu'il fallait avoir prouvé : sinon, l'on dispute en l'air ; et l'Église subsiste toujours, sans pouvoir être troublée dans son état.

Votre ministre a senti ce qui manquait à sa preuve ; et je vous prie , mes chers frères , de bien entendre ses paroles, qui vous mettront dans la voie de votre salut, si vous les voulez comprendre; les voici de mot à mot.

« M. de Meaux soutient mal à propos qu'on ne « peut marquer à la vraie Église, c'est-à-dire à l'É- « glise romaine, son commencement par aucun fait « positif, qu'en renoontant aux apôtres, à saint Pierre

• I. Jnsl. paslor.

ir INSTRUCTION PASTORALE

« et à Jésus-Christ; et si cela était vrai, il aurait 'c raison'. » Pesez bien, encore une fois, que s'il y a une Église à laquelle on ne puisse montrer son innovation par aucun fait positif, ce sera la véritable Église. Le ministre en est convenu, et il ne se sauve qu'en niant que cet avantage appartienne à l'Église catholique; il se sent donc obligé à donner des dates précises de chaque dogme de l'Eglise. « Oui, pour- « suit-il, on marque précisément les innovations, « le commencement et le progrès des erreurs, des « foux cultes, et de l'idolâtrie par laquelle l'Église «i romaine se distingue de la réforme. » Si c'était assez de dire, il serait trop aisé de gagner sa cause : mais ouvrez son livre, lisez la page citée, oii il promet d'établir ces dates, considérez le texte et lamarge : ni dans le texte ni dans la marge vous ne trouverez aucune preuve, je ne dis pas établie, mais indiquée. Il confond le vrai , le faux , le douteux , ce qui est de foi et de discipline, c'est-à-dire ce qui peut changer et qui est invariable; et au lieu de montrer la rupture qu'il pose en fait, sans raisonner il suppose que nous avons tort. Est-ce ainsi qu'on établit les faits comme constants, comme positifs , comme avérés? Il sent donc qu'il n'a rien à dire; puisque, entreprenant de marquer ces faits , il demeure court dans la preuve. Lisez vous-mêmes, et jugez.

Le fait qu'il articule le plus nettement, c'est la prétendue innovation de Paschase Radbert. « On mon- « tre, dit-il ', le point fixe où une parcelle se séparait « de la tige sur l'eucharistie, lorsque Paschase était « presque le seul, au neuvième siècle, qui ensei- « gnait la présence réelle. » S'il voulait montrer ce point fixe de séparation , il devait donc dire de qui Paschase s'était séparé, qui lui avait dit anathèrae, qui avait fait alors un corps à part : il n'en dit mot, parce qu'il sait bien en sa conscience qu'il n'y eut rien de semblable; et qu'au contraire Paschase avançait positivement à la face de toute l'Église, sans être repris par qui que ce soit, « qu'encore que quel- « ques-uns (remarquez ce mot) errassent par igno- « rance sur cette matière de la présence réelle, né- « anmoins il ne s'était encore trouvé personne qui « osât ouvertement contredire ce qui était cru et « confessé par tout l'univers ^. » Voilà ce qu'écrit Paschase, sans craindre d'être démenti ; et, en effet, il resta si bien dans la communion de toute l'Eglise, que ni sa doctrine, ni ses livres, ni sa mémoire n'ont jamais été notés d'aucune censure. Au lieu detrouver Paschase d'un côté, et, comme le ministre l'avait promis , presque tout le monde de l'autre, il trouve Paschase avec tout le monde; et de l'autre, quelques-uns. Voilà ce point fixe de séparation , où le ministre avait mis son espérance.

Il y revient encore une fois, et encore une fois il ne dit rien. Avant Paschase, dit-il, la transsubstantiation était inconnue. Si elle eut été inconnue, tout le monde se serait donc élevé contre, comme on a fait contre toutes les autres nouveautés : on

' T. II, l. 4, c. 4, W° 15, p. 598. — ' T. Il, p. 599. — ' EpUt. md. Fruct.p. 1C34.

nommerait ou le pape ou le concile qui aurait condamné le novateur. Mais non, on ne dit rien de tout cela, et l'on n'y songe même pas. Il est vrai que le ministre dit bien qu'on cria : Paschase au neuvième siècle « parut avec son dogme de la présence « réelle, et alors on cria fort contre la nouveauté de « sa doctrine '. » Il le dit; mais du moins rapporterat-il quelque acte authentique , comme il fallait faire pour marquer ce point fixe delà séparation qu'il avait promis? Non ; et voici tout ce qu'il en sait : « L'Église gallicane, poursuit-il, avait toujours été « dans une créance très-différente de l'eucharistie. » On attendait sur cette matière quelque décret authentique d'une Église si éclairée; mais le ministre tourne tout court, pour nous dire en l'air: « Tout ce qu'il y avait de grands hommes en ce « temps-là, quoique divisés sur la grâce, se réuni- « rent pour défendre l'ancienne doctrine sur l'eu- « charistie. » Mais que firent-ils? Tout se va réduire au seul livre de Ratramne, qu'on n'ose nommer, parce que son autorité n'est pas assez grande pour montrer un consentement décisif, et que d'ailleurs on n'est pas d'accord de son sentiment, ni du sujet du livre ambigu qu'il fit par ordre de Charles le Chauve. Le ministre n'ignore pas les disputes entre les savants sur le sujet de ce livre, et dit seulement : « Charles le Chauve entra dans cette dispute : ce 0. fut par son ordre qu'on écrivit : et ceux qu'il avait « chargés de cette commission combattirent la pré- « sence réelle contre Paschase*. » C'est la question que l'auteur suppose, sans preuve décidée en sa faveur. « Ce qui achève, conclut-il, de faire voir que c'é- « tait là le parti le plus autorisé et le plus nom- « breux. » C'est tout ce qu'il a pu dire de ce point fixe de séparation qu'on lui demandait, et qu'il entreprenait de montrer; comme si un ordre d'écrire donné par un empereur, sur une matière de foi, était une approbation de ce prince; ou que cette approbation, quand elle serait véritable, fût un acte authentique de l'Église. Quoi qu'il en soit, le ministre n'en a pas su davantage. C'est en vain que j'entrerais dans un fait avancé en l'air, et dans les autres jetés à la traverse. Il faut abréger les voies du salut, et ne pas faire dépendre votre instruction d'une critique inutile, où , quand j'aurai l'avantage qui suit toujours la bonne cause, je n'aurai faitqueperdreletemps.il suffit qu'il soit véritable que si l'on avait une fois trouvé dans le fait ce moment d'interruption, la mémoire ne s'en serait jamais effacée parmi les hommes; et l'Église catholique, ou, si l'on veut, l'Église romaine, porterait empreinte sur le front la date de sa nouveauté et de son schisme; au lieu qu'elle y porte le témoignage immémorial de sa perpétuelle et invariable succession.

' T. II, p. 641. -— ' Ihid. p. CA\ et 012

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

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REMARQUES

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