SUE LE FAIT DES GBECS
La mt'me raison m'empêche d'entrer plus avant dans ce qui regarde les Grecs. J'en ai dit assez sur ce sujet dans la précédente Instruction pastorale, et je veux seulement vous faire observer que votre ministre n'a pu ni osé le contredire.
Il a cité l'endroit de cette Instruction • , où je reproche justement aux Grecs de n'avoir plus voulu dire comme ils faisaient dans les conciles généraux qu'ils ont tenus avec nous : Pierre a parlé par Léon », Pierre a parlé par Jgathon : Léon nous présidait à Chalcédoine, comme le chef préside a ses membres : les saints canons et les lettres de N. S. P. et conserviteur Célestin nous ont forcés à prononcer cette sentence ^ C'est celle où Nestorius fut déposé à Éphèse, dans le troisième concile œcuménique, et dans l'action principale pour laquelle il était assemblé.
Le ministre a vu toutes ces paroles, même celles où le concile d'Éphèse a prononcé qu'il était contraint {u déposer l'hérétique) parles saints canons y et par les lettres émanées canoniquement de la chaire de saint Pierre. Que demandons-nous davantage aux Grecs, et de quoi les accusons-nous, sinon d'avoir renoncé au sentiment où nous étions tous dans les premiers conciles généraux, que constamment nous avons tenus ensemble?
Voilà ce que je disais, ce que votre ministre a vu et cité. Écoutez ce qu'il y répond. Lisez seulement le titre qui est à la marge, vous y trouverez ces mots : Primauté de saint Pierre reconnue; et dans le corps du discours : les Grecs reconnaissent la primauté de saintPierre ^.
Mais peut-être qu'en reconnaissant \a primauté de saint Pierre, qui ne peut venir que de Jésus- Christ, ils ne reconnaissaient pas également qu'elle eût passé à ses successeurs, évêques de Rome. Lisez encoredans le livrede votre ministre, àla marge :5entimentdes Grecs; et dans lecorps ces paroles : « Que « M. de iNleaux n'allègue pas les acclamations des « Grecs au concile de Chalcédoine , en faveur de « saint Pierre et de Léon le Grand : les Grecs ne « contestaient pas à saint Pierre sa priniatie, ni à « l'évêque de Rome le premier rang dans les conci- « les où il était présent 5. » Ne nous arrêtons pas à ce qu'il voudrait insinuer sur la présence du pape. Il n'était présent, que par ses légats, ni à Éphèse, ni à Chalcédoine, où le concile disait qu'il présidait comme chef aux évêques, qui étaient ses membres, et qu'il était contraint par ses lettres à prononcer la sentence. Mais enfin il est donc certain, de l'aveu de votre ministre , que les Grecs reconnaissaientdans le pape une primauté venue de saint Pierre, et par conséquent d'institution divine. Si donc ils ont changé de ton, et n'ont plus voulu la reconnaître dans la suite , j'ai eu raison de leur re-
* Inst. past. Réponse, t II , î. 4, c. 2, n' 6, etc. — * Epist. Cotte. Chalc. ad Lcon. — ' Conc. Ephes. Ait. 1. 4 T. Il —, «' «, p. .56;;. — » 7. M , n" 7 , p. 503.
procher que c'est eux qui ont innové, et qui ont laissé tomber une institution qu'ils reconnaissaient auparavant, non-seulement comme ecclésiastique, mais encore comme divine et venue de Jésus-Christ même.
Mais allons encore plus avant , et voyons à quoi le ministre veut réduire la foi des Grecs. C'est qu'en leur faisant avouer la primauté divine de saint Pierre et de ses successeurs, ils nient seulement « qu'on doive leur être soumis, ou communier « avec les évêques romains , pour être l'Eglise ' ; » et un peu après : « Ils ont toujours soutenu (les « Grecs) que cette primauté de saint Pierre n'ein- « porte ni soumission de la part des apôtres à saint « Pierre , ni obéissance de la part des évêques au « pape; et les actes des conciles, les registres pu- « blics de l'Église (ce sont ici mes paroles qu'il rap- « porte) en font foi ». » Il devait donc réfuter ou nier du moins ee que j'ai tiré de ces registres , et de la propre sentence que le concile d'Éphèse a prononcée contre ÎSestorius : contraint par les saints canons et par les lettres de saint Célestin. U n'a pu ni osé nier que ces paroles ne se lisent effectivement dans ces registres authentiques de l'Église, que les Grecs ont dressés conjointement avec nous. Il y avait donc, de l'aveu commua de l'Orient et de l'Occident unis alors , et assemblés dans un concile général pour condamner l'hérésie de Nestorius; il y avait, dis-je, dans les lettres du pape, quelque chose qui, joint aux canons , contraint les esprits , c'est-à-dire , manifestement quelque chose qui a force et autorité dans les jugements de la foi que rendent les plus grands conciles, et il ne reste plus de ressource à votre ministre qu'en disant que cette contrainte catholique n'imposait ni déférence ni soumission à ceux qui la reconnaissaient.
Mais le ministre produit encore les « séparations « fréquentes des deux patriarches Cd' Orient et d'Oc- « cident) , pour prouver que les Grecs ne croyaient « pas que la primauté de saint Pierre et de sa chaire « fi)t si nécessaire , qu'on y doive communier « pour être l'Église^; » de sorte qu'il faudrait croire , si l'on ajoutait foi à son discours , que les Grecs ne voulaient pas croire qu'il fallût, pour être l'Église, demeurer dans un état qu'eux-mêmes ils reconnaissaient établi par Jésus-Christ , et qu'on pouvait renoncer à ses institutions : absurdité si visible, qu'elle tombe par elle-même en la récitant.
Il ne faut donc pas tirer avantage des séparations des Grecs, puisque , s'ils se sont quelquefois séparés, ils sont aussi retournés à leur devoir, et ne se sont jamais rendus plus évidemment condamnables que lorsqu'ils ont semblé vouloir oublier à jamais l'état où ils étaient avec nous , et changer, par unfait certain et positif, la doctrine perpétuelle dans laquelle leurs pères avaient été élevés jusqu'au jour de leur rupture.
Voilà où votre ministre a réduit les Grecs, rt
' Ibid. n' 6 , p. 562. • ■ ' iV. 7 , p. 563. — 3 Jbid.
n« INSTRUCTION PASTORALE
c'est sur ce fondemçnt qu'il leur accorde sans peine « ia succession apostolique et la présence mira- « cuieuse de Jésus-Christ , si elle est promise aux « pasteurs qui ont pris la place des apôtres '. » A la bonne heure; ils ont donc pris la place des apôtres, et n'en ont point interrompu ^a succession : votre ministre le veut lui-même ainsi. Commencez donc par avouer que cette succession leur était nécessaire, et laissez là vos Églises, à qui elle manque si visiblement.
Quand donc, en expliquante promesse. Je suis avec vous, j'ai dit que saint Pierre y était compris avec la prérogative de sa primauté » , le ministre ne devait pas dire que « cette lumière ne sort « pas de l'oracle ni de la promesse de .Tésus-Christ, « mais de l'esprit subtil de M. de Meaux ^ ; » puisqu'il fait lui-même convenir les Grecs de la primauté divine de saint Pierre passée à ses successeurs, 3t si certaine d'ailleurs , que ses plus grands adversaires ne peuvent la désavouer.
Je n'ai donc rien pris dans mon esprit, et jen'ai fait qu'expliquer l'Évangile par l'Évangile, et une vérité par une autre qui n'est pas moins assurée ; et si vous | le permettez, j'ajouterai, mes chers Frères, ce seul | mot : que des deux causes principales que les Grecs ! allèguent pour sauver leur rupture avec Rome , la | première étant la procession du Saint-Esprit; et îa seconde, la primauté de saint Pierre passée à ses successeurs ; dans la première , vous êtes des nôtres par votre propre Confession de foi ; puisqu'elle porte en termes formels que le Saint-Esprit procède éternellemetU du Père et du Fils^ : et pour la seconde, qui regarde la primauté de saint Pierre, votre ministre vous vient d'avouer, nonseulement qu'on la trouve dans les registres publics des conciles œcuméniques, mais encore que les Grecs en étaient d'accord. Il sait bien, en sa conscience , que je pourrais soutenir cet aveu des Grecs par cent actes aussi positifs que ceux qu'on a rapportés; mais je me suis renfermé exprès dans ceux qui sont avoués par votre ministre. Pourquoi donc en appeler sans cesse aux Grecs, si ce n'est pour vous détourner du vrai état de la question, par des faits où il se trouve, après tout, sans consulter autre chose que l'Évangile et l'aveu de votre ministre , que la vérité est pour nous ?
RÉMARQUES
SUR l'hïstoibe de l'arianisme.
Tai réservé, à la fin de cette Instruction, legrand argument du ministre, qu'il a répandu dans tout son livre : c'est celui qu'il tire de l'oppression de l'Église, sous les règnes de Constance et de Valens : « On marquait, dit- il 5, alors le point fixe où une « parcelle combattait contre le tout : » à quoi il ajoute : « Ce point fixe était l'année de la mort de « Constance : l'Église étendue et visible changea la
' T. n,p. 563. — ' I. Jnsl. pasi. — ^ r. ii , c. 2, h" 5, f. bCI. — * Jrt. 6. — * r. II, tf 598.
« doctrine dont elle faisait profession le jour précé» « dent. » C'est-à-dire, selon le ministre, que d'arienne qu'elle était hier sous ce prince , dès le lendemain, sans plus tarder, elle redevint catholique; et il ne veut pas seulement songer qu'un changement si subit ne sert qu'à faire sentir qu'il ne se fit rien dans les formes ni par raison sous ce prince , mais que l'injustice et la force ouverte y régnaient toujours.
Il est fâcheux , je l'avoue , d'avoir à repasser sur des faits si souvent éclaircis par nos docteurs ; mais la charité nous y force , puisque l'aveu du ministre, et les tours qu'il donne à ces faits , vont mettre la vérité dans un si grand jour, qu'il n'y aura qu'à ouvrir les yeux pour l'apercevoir.
D'abord donc, lorsqu'il joint la persécution de Valens avec celle de Constance, il veut grossir les objets. L'Église fut tourmentée d'une cruelle manière sous l'empereur Valens , arien, qui régnait en Orient ; mais sans aucun péril pour la succession, puisque dans le même temps tout était paisible en Occident, sous Valentinien, son frère aîné. Et même du côté d'Orient , les grands évêques de cet empire, un Athanase, un Basile, les Grégoires de Nazianze et de Nysse , un Eusèbe de Samosate , et tant d'autres qui sont connus, illustraient la foi par leur doctrine et par leurs souffrances. Les évêques catholiques, chassés de leurs Églises, ne faisaient que porter la foi du lieu de leur résidence à celui de leur exil. Le ministre dit quelquefois que l'Église perdait alors de son étendue et de sa visibilité'. Ce n'est rien dire. On sait ce qu'opérait la persécution : le sang des fidèles, que versaient les enipereurs chrétiens, n'était pas moins fécond que celui des autres martyrs : et quoi qu'il en soit , il ne s'agit pas de savoir si l'Église peut devenir ou plus ou moins étendue, ni éclater davantage en un temps qu'en un autre ; mais si elle peut cesser d'être étendue et visible, malgré la protection de celui qui a promis d'être tous les jours avec elle.
Laissant donc les temps de Valens , arrêtonsnous à Constance, sous qui la confusion parut plus grande; et puisqu'il faut ici établir des faits, faisons si bien que nous ne posions que ceux qui seront constants , et même avoués par le ministre.
La déduction en sera courte, puisque je les réduis à deux seulement , mais qui seront décisifs. Le premier est ainsi posé dans ma première Instruction pastorale*: « que quelque progrès qu'ait pu faire « l'arianisme, on ne cessait de le rawener au temps « du prêtre Arius , où l'on comptait par leur nom « le petit nombre de ses sectateurs; c'est-à-dire « huit ou neuf diacres , trois ou quatre évêques : en « tout , treize ou quatorze personnes qui s'éleve- « rent contre la doctrine qu'ils avaient apprise et « professée dans l'Église , sous leur évêque Alexan- « dre, qui, joint avec cent évêques de Libye , leur « dénonçait un anathème éternel adressé à tous « les évêques du monde, de qui il était reçu. « C'est donc à ce temps précis et marqué qu'on ramenait les ariens ; et il suffit pour les mettre au rang d©
> r. II , D. 580 , ■'. 695. — » P. 4G8.
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLÎSE
Ct3
ceux qui , contre le précepte de saint Jude et de saint Paul, se séparent et se condamnent eux-mêraes ■, en condamnant la doctrine qu'ils avaient reçue à leur baptême et à leur sacre.
Voilà le fait précis et constant de la rupture d'Arius ; à quoi il faut attacher un fait de même nature, et aussi certain qu'est celui du concile de Nicée, qui sept ans après opposa à cinq ou six évêques seulement, delà faction d'Arius, lacondamnation de trois cent dix-huit évêques avec qui tout Tunivers comuiuniquaitdans la foi, et qui aussi était reconnu par toute la terre pour universelle ; en sorte qu'il n'y avait rien de plus constant que le point de la séparation d'Arius et des ariens.
C'est ce point qu'on ne perdit jamais de vue; et pour montrer que l'Église, malgré la persécution de Constance et le concile de Rimini , oii le ministre prétend que la succession fut interrompue, était demeurée en état , je pose ce second fait également incontestable : que deux ou trois ans après ce coneileet la mort de cet empereur, saintAthanase écrivait encore à l'empereur Jovien : Cest cette foi (de Nicée que nous confessons )çMi a été de tout temps ; et c'est pourquoi, continue-t-il, « toutes les Églises « la suivent (en commençant par les plus éloignées),
• celles d'Espagne, de la Grande-Bretagne, de la « Gaule , de l'Italie , de la Dalmatie, Dacie, Mysie,
• Macédoine; celles de toute la Grèce, de toute « l'Afrique , des îles de Sardaigne , de Chypre , de « Crète; la Pamphilie, la Lycie, l'Isaurie, l'Egypte, « la Libye , le Pont , la Cappadoce : les Églises « voisines ont la même foi ; et toutes celles d'O- « rient » (c'est-à-dire de la Syrie , et les autres du patriarcat d'Antioche), « à la réserve d'un très-pe- « tit nombre : les peuples les plus éloignés pensent « de même » ; » c'était à dire non seulement tout l'empire romain , mais encore tout l'univers jusqu'aux peuples les plus barbares. Voilà l'état oii était l'Eglise sous l'empereur Jovien, trois ans après la mort de Constance et le concile de Rimini. Ainsi , ni ce concile , ni les longues et cruelles persécutions de l'empereur, ni le support violent qu'il donna pendant vingt-cinq ans aux ariens , ne purent leur faire perdre le caractère de la parcelle séparée du tout. «Tout l'univers, poursuit saint « Athanase , embrasse la foi catholique , et il n'y a « qu'un très-petit nombre qui la combatte. »
Cela veut dire, qu'après la rupture, qui montre à l'hérésie son innovation contre les prédécesseurs immédiats , et les met visiblement au rang de ceux qui se séparent eux-mêmes , Dieu permet bien des tentations , des ébranlements et même des chutes affreuses dans les colonnes de l'Église, qui causent durant un temps quelque sorte d'obscurité; mais, comme j'ai déjà dit, on ne perd jamais le point de vue qui met toujours manifestement les liérétiques au rang de ceux qui se séparent eux-mêmes. Il n'y a donc qu'à comparer l'un avec l'autre ces deux faits toujours constants , l'un de la rupture précise et de rinuovation daus les hérésies, et lautre de la con-
' P. 4GS. — • Epht. Mtum. ad Jm.
. sistance et succession perpétuelle de l'Eglise, pour voir sans discussion et sans embarras, d'un côté la vérité catholique et universelle, et de l'aube la partialité et le schisme.
Le fait de la rupture posé de la manière qu'on vient d'entendre dans la précédente Lettre pastorale, a été vu et avoué par mon adversaire; mais voici ce qu'il y répond : « Renvoyer les artisans, « les laboureurs, les soldats et les femmes chercher « dans les archives de l'Église d'Ale.xandrie si « Arius n'avait que treize ou quatorze sectateurs ; « c'était jeter les simples dans les embarras d'un « examen plus difficile que celui de la vérité p»r « l'Écriture'. » Cest toute la réponse du ministre; où l'on voit qu'il avoue le fait, que personne aussi ne peut nier, et se contente de dire qu'il ne peut être connu des simples.
Je vous plains en vérité, mes chers frères, si ceux qui se chargent de votre instruction sont assez aveugles pour croire ce qu'ils vous disent ; et je vous plains encore davantage, si, ne pouvant croire des faussetés si visibles , ils oseut vous les proposer sérieusement. Je vous demande , est-ce à présent un embarras de savoir qu'avant Luther, avant Zuingle, avant Calvin, il n'y avait point de Confession d'Augsbourg , ni d'Églises protestantes ; et les catholiques ont-ils jamais été obligés à prouver ce fait.' Point du tout : il a passé pour constant; et jusqu'ici, je ne dirai pas personne ne s'est avisé de le nier, mais je dirai que personne ne s'est avisé de dire qu'il n'eu savait rien. Si ce fait demeure pour constant deux cents ans après , et le sera éternellement sans pouvoir être nié , à plus forte raison , du temps d'Arius et du concile de Nhcée, le fait dont il s'agit fut connu et avoué par toute la terre. Il ne fallait pas aller feuilleter les registres de l'Église d'Alexandrie : les lettres d'Alexandre, évêque d'Alexandrie, et les décrets de Nicée étaient entre les mains de tout le monde; mais ces faits une fois posés, ne se peu vent jamais effacer. Il en est de même de toutes les autres hérésies, or les sait dans le temps ; c'est l'affaire du jour, qu'on apprend à coup sûr du premier venu. Ainsi, comme je l'ai dit, le point de la rupture est toujours marqué et sanglant : diaque secte porte sur le front le caractère de son innovation : le nom même des hérésies ne le laisse pas ignorer, et c'est trop vouloir abuser le monde, que de proposer une discussion où il n'y a qu'à ouvrir les yeux, et où jamais on ne trouvera la momdre dispute.
Le fait de la rupture d'Arius étant ainsi avéré, du consentement du ministre» et la conséquence étant assurée par la faiblesse visible de sa réponse , il faudrait peut-être voir encore ce qu'il dit sur l'é^ tat de l'Eglise après la mort de l'empereur Constance. Mais nous l'avons déjà vu dans ces paroles' : « On marquait alors (après la mort du persécuteur) « le point fixe où la parcelle combattait contre le « tout; ce temps fixe était l'année de la mort de « Constance : l'Église étendue et visible » ( qu'il suppose avoir été arienne sous ce prince ) » changea
II* iNsnaucTioN pastorale
« la doctrine, dont elle-même faisait profession le «jour précédent: » il ne fallut ni effort ni violence ; toute l'Église par elle-même se trouva catholique, c'est-à-dire qu'elle se trouva dans sou naturel ; et cependant ce ministre veut imaginer qu'elle avait perdu sa succession. *
Mais, dit-il ', « les ariens avaient vanté la cons- « tante et paisible possessionde leurs dogmes, criant « à Libérius : Vous êtes le seul : pourquoi ne coni- « muniez-vous pas avec toute la terre ? »
Encore un coup , mes chers frères, on vous doit plaindre, si vous êtes capables de croire qu'au temps que les ariens parlaient ainsi à Libérius , ils pussent se vanter de la constante et paisible possession de leurs dogmes. C'était en l'an 355 que ce pape eut avec l'empereur l'entretien célèbre où votre ministre leur fait tenir ce discours : il n'y avait pas encore trente ans que le concile de Nicée avait été célébré; car il le fut , comme on sait , en 325 : la foideNicée vivait par toute l'Église; il n'y avait pas douze ans que le grand concile de Sardique, comme l'appelait saint Athanase, en avait renouvelé les décrets : ce concile était vénérable, pour avoir rassemblé trente-cinq provinces d'Orient et d'Occident, le pape à la tête , par ses légats , avec les saints confesseurs qui avaient déjà été l'ornement du concile de Nicée. Le scandale de Rimini, où les ministres veulent croire que tout fut perdu, et que l'Église visible fut ensevelie , n'était pas encore arrivé, et ce concile ne fut tenu que douze ans après l'an 339, et l'année qui précéda la mort de Constance. Cependant on voudrait vous faire accroire que les ariens se glorifiaient dès-lors d'une constante et tranquille possession de leurs dogmes, pendant que la résistance des orthodoxes, sous la conduite de saint Athanase et des autres , était la plus vive.
Mais ils ne portaient pas si loin leur témérité : et voici ce qu'on objectait à Libérius : Je souhaite (c'est Constance qui lui parle ainsi), que vous rejetiez la communion de l'impie Athanase, puisque tout l'unicers , après le concile (de Tyr), le croit condamnable *; et un peu après : tout l'univers a prononcé cette sentence , et ainsi du reste. Il s'agit donc simplement du fait de saint Athanaso; et encore que ce fût en un certain sens attaquer Ja foi, que d'en condamner le grand défenseur : à ce seul titre, il y a une distance infinie entre cette affaire et la tranquille possession des dogmes de l'arianisme.
Mais était-il vrai, du moins, que tout l'univers eût condamné saint Athanase? Point du tout. Constance abusant des termes, et tirant tout à son avantage, veut appeler tout le monde tout ce qui cédait à ses violences : il veut compter pour tout l'univers le seul concile de Tyr, où il avait ramassé les ennemis déclarés de saint Athanase. Mais Libérius , pu contraire , lui demande un jugement légitime où Athanase soit oxiï avec ses accusateurs ; et bien éloigné de croire que tout le monde l'ait condamné , il |fi promet la victoire dans ce jugement. Il n'y a donc
' T- Ui />• &98. — ' Tlieod. Uist. eccl. lib. n. cap, 16.
rien de plus captieux, ni visiblement de piusfaur que cette tranquille possession du dogme arien. '
Mais que dirons-nous de la chute de Libérius et de la prévarication du concile delliniini? L'Église conserva-t-elle sa succession, lorsqu'un pape rejeta la communion d'Athanase , communia avec les ariens, et souscrivit à une Confession de foi , quelle qu'elle soit, où la foi de Nicée était supprimée.?
Pouvez-vous croire, mes frères, que la succèssion de l'Église soit interrompue par la chute d'un seul pape, quelque affreuse qu'elle soit, quand il est certain dans le fait que lui-même il n'a cédé qu'à la force ouverte , et que de lui-même aussi il est retourné à son devoir ? Voilà deux faits importants qu'il ne faut pas dissimuler, puisqu'ils lèvent entièrement la difficulté. Le ministre répond sur le premier, que la violence qu'il souffrit fut légère ; et tout ce qu'il en remarque , c'est qu'il ne put supporter la privation des honneurs et des délices de Rome '. Il fait un semblable reproche aux évêques de Rimini '. Mais fallait-il taire les rigueurs d'un empereur cruel, et dont les menaces traînaient après elles non-seulement des exils, mais encore des tourments et des morts.' On sait , parle témoignage constant de saint Athanase ^ et de tous les auteurs du temps, que Constance répandit beaucoup de sang ; et que ceux qui résistaient à ses volontés , sur le sujet de l'arianisme, avaient tout à craindre de sa colère, tant il était entêté de cette hérésie. Je ne le dis pas pour excuser Libérius; mais afin qu'on sache que tout acte qui est extorqué par la force ouverte est nul de tout droit , et réclame contre luimême.
Mais si le ministre déguise le fait de la cruauté de Constance, il se tait entièrement du retour de Libérius à son devoir. Il est certain que ce pape , après un égarement de quelques mois , rentra dans ses premiers sentiments, et acheva son pontificat, qui fut long , lié de communion avec les plus saints évêques de l'Église, avec un saint Athanase, avec un saint Basile, et les autres de pareil mérite et de même réputation. On sait qu'il est loué par saint Épiphane ^, et par saint Ambroise, qui l'appelle par deux fois le pape Libérius de sainte mémoire ^, et insère dans un de ses livres, avec cet éloge , un sermon entier de ce pape, où il célèbre hautement l'éternité, la toute-puissance, en un mot la divinité du Fils de Dieu , et sa parfaite égalité avec son Père. L'empereur savait si bien qu'il était rentré dans la profession publique de la foi de Nicée , qu'il ne voulut pas l'appeler au concile deRimini, et craignit de pousser deux fois un personnage de cette autorité, et qu'il n'avait pu abattre qu'avec tant d'efforts,
Le ministre n'altère pas moins le concile de Rimini. Il convient qu'il n'a été composé que des évêques d'Occident 6. C'est donc d'abord un fait avoué, qu'il n'était pas œcuménique ; mais il ne fallait pas oublier qu'il ne fut pas même de l'Occident tout
' T. II , p. C96. — * P. 608. — s Apal. ad Comt. etc. - < Epiph. hœr. 75. Bas. Ep. 74.— ' Amb. de Firg. lib. m, caf^. (, n. 2, 3. — « r. n , p. 697 , etc.
SLR LES PttOiMESSES DE L'ÉGLISE.
oiilier, puisque Ton convient que le pape, qui eu est le chef particulier, pour ne point parler des autres évèques, n'y fut pas même appelé '. Le second fait avoué, c'est que le premier décret de ce concile fut un renouvellement du concile de Nicée et de la condamnation desariens. Le ministre passe en un mot sur un fait si essentiel , mais enfin il en convient '. Il ne fallait pas oublier la vive exhortation, que le concile fait à l'empereur, de ne plus troubler la foi de l'Église, ni affaiblir, le concile de Nicée qui avait été assemblé par le grand Constantin , son père. Le ministre sembleavoir peine à faire voir la sainte disposition du concile, tant qu'il agit naturellement et en liberté. Après vinrent les menaces et les fraudes. A la faveur des proclamations, où Ion déclarait la génération éternelle du Fils de Dieu, non pas du néant, mais de son Père à qui il était coéternel, et né avant tous les siècles et tous les temps, on coula la trompeuse proposition , (\\x'il n était pas créatiire, comme les autres créatures ^. Les évéques, que l'on pressait avec violence, à la réserve d'un petit nombre, ne furent pas attentifs au venin caché sous ces paroles , dont la malignité semblait effacée par le dogme précédent. Le ministre déguise ce fait, et semble ne vouloir pas Je recevoir ; mais il est constant , et nous verrons ailleurs ce qu'il en dit. Ce qu'il fallait le moins oublier, c'est que les évèques retournèrent dans leurs sièges, où, réveillés par le triomphe des hérétiques, qui se vantaient par toute la terre d'avoir enfin rangé le Fils de Dieu au nombre des créatures, en lui laissant seulement une faible distinction , ils gémirent d'avoir donné lieu par surprise, et sans y penser, à ce triomphe de l'arianisme ; et c'est ce que saint Jérôme voulait exprimer par cette parole célèbre, que le monde avait gémi d'être arien : c'était à dire, que tout s'était fait par surprise et non de dessein. Quoi qu'il en soit, ils revinrent tous à la profession de la foi catholique qu'ils avaient déclarée d'abord, et qu'ils portaient dans le cœur. Ce changement, qui est appelé par saint Ambroise leur seconde correction-i , fut aussi prompt qu'il était heureux; et ce Père dit expressément qu'ils révoquèrent aussitôt ce qu'ils avaient fait contre Vordre , statitn ^ : ce fait n'est pas contesté. Votre ministre avoue bien que les évèques revinrent manifestement et bientôt 6 ; mais il passe trop légèrement sur les circonstances : il ne devait pas taire que ce fut alors une question dans l'Église, non pas si ces évéques étaient ariens, car tout le monde savait qu'ils ne l'étaient pas, mais si on les laisserait dans l'épiscopat; ou si, en les dégradant, on les mettrait au rang des pénitents?. Mais les peuples ne voulurent point souffrir qu'on leur ôtàt leurs évéques, dont ils connaissaient la foi opposée à l'arianisme, et firent pencher l'Église au sentiment le plus doux. Le seul Lucifer, évêque de Cagliari en Sardaigne , se sépara de l'Église par un zèle outré, à cause qu'elle conservait
' Soz. lib. IV, cap. 17, 18. Theod. lib. il, cap. 22. — » i>. eas, hin. — 3 Hier. Dial. adv. Lucif. cap. 7. — ♦ Amb. lib. I. de Fid. cap. 18, n° I2i. — 4 Id. ep. lib. l; cp. xxi, n' 15. — •"y. H , p. O'J-. — ' liiir. adv. Lucific. cap. 7^
dans leurs sièges les évèques qui se repentaient de s'être laissés surprendre, et on l'accusait d'avoir renfermé toute l'Église dans sou île. C'est tout ce que lui reprochèrent les orthodoxes par la bouche de saint Jérôme '. Mais qu'eût nui ce reproche à Lucifer, s'il était vrai que l'Église pût perdre sa visibilité et son étendue? On présupposa le contraire dans toute l'Église, lorsque l'on y condamna le schisme des lucifériens , et il n'y eut de rupture que par cet endroit. Jusqu'ici le fait est constant; et encore que le ministre en ait tu ou dissimulé les plus avantageuses circonstances, il n'en a pu nier le fond , qui consiste en ces quatre mots : D'abord naturellement les Pères de Rimini soutinrent la foi de Nicée : ils l'affaiblirent par force et par surprise; ils s'y réunirent d'eu.\-raêmes peu de temps après, et l'Eglise se retrouva comme auparavant avec la même étendue que saint Athanase a représentée. Est-ce là ce qu'on appelle une interruption de la foi ou de la succession apostolique.?
Qu'a donc enfin prouvé le ministre par tout son discours, et par tant de faits inutiles qu'il a encore altérés en tant de manières ? qu'a-t-il , dis-je , prouvé par tous ces faits.? Quoi.? qu'il y a eu de grands scandales.? C'était là un fait inutile»; nous n'en doutons pas :nous ne prétendons affranchir l'Église que des maux dont Jésus-Christ a promis de la garantir : et loin de la garantir des scandales, il a prédit au contraire que jusqu'à la fin il en paraîtrait dans son royaume ^. Ce qu'il a promis d'empêcher, c'est l'interruption dans la succession des pasteurs; puisqu'il a promis , malgré les scandales , qu'il sera toujours avec eux. Mais puisqu'en cette occasion il ne s'agit en façon quelconque de la succession, et que toute l'Église catholique, à la réserve des seuls lucifériens , jugea que les évéques de Rimini, trop visiblement surpris et violentés, après la déclaration de leur foi, demeureraient dans leurs places, il faut avouer que tant de longues dissertations sur ce concile ne touchent pas seulement la question que nous traitons.
En un mot, nous avouons les scandales; et nous en attendons de plus grands encore eu ce dernier temps , où nous savons qu'il doit arriver que les élus mêmes , .t'il était possible, soient déçus 4. Mais nous nions que tous les scandales qui pourront jamais arriver soient capables de donner atteinte à la succession des ministres des sacrements et de la parole , avec qui Jésus-Christ promet d'être tous les jours; et aussi ne voyons-nous pas , dans ces faits tant exagérés sur Liberius et sur le concile de Rimini, qu'il y ait l'ombre seulement dune interruption semblable.
Les autres faits sont bien moins relevants; et le ministre en a rempli le récit de faussetés manifestes. 11 prouve que tous les peuples dont les évèques étaient hérétiques devaient être ariens, sur ce principe général qu'il nous attribue, que les peuples sont obligés de soumettre leur foi a celle de leur évéque 9. C'est nous imposer. On ne doit rien à
' Hier. ibid. — » Matih. xiii, 41. — ' /6id . xxiv , 24. -^ T, ll,jf. 616, GJS.