V« SEMAINE
suite des singularités de la création de l'homme.
PREMIÈRE ÉLÉVATION
Dieu met l'Iiomme dans le paradis, et lui amène tous les animaux pour les nommer.
Après avoir formé l'homme, Dieu commence à lui faire sentir ce qu'il est dans le monde, par deux mémorables circonstances : l'une en lui plantant de sa propre main un jardin délicieux qu'on appelle paradis, où il avait ramassé toutes les beautés de la nature, pour servir au plaisir de l'homme, et par là l'élever à Dieu qui le comblait de tant de biens : l'autre en lui amenant tous les animaux comme à celui qui en était le maître , afin de lui faire voir que non-seulement toutes les plantes et tous les fruits de la terre étaient encore à lui; mais tous les animaux, qui par la nature de leurs mouvements semblaient moins sujets à son empire.
Pour le paradis. Dieu ordonna deux choses à l'homme : l'une , de le cultiver, et l'autre , de le garder » : c'est-à-dire, d'en conserver la beauté; ce qui revient encore à la culture. Car au reste, il n'y avait pas d'ennemi qui pût envahir ce lieu tranquille et saint : Ut operaretur , etcustodiret lllum. Dieu apprenait à l'homme , par cette figure , à se garder soimême, et à garder à la fois la place qu'il avait dans le paradis. Pour la culture, ce n'était pas cette culture laborieuse qui a été la peine de notre péché, lorsqu'il a fallu comme arracher dans la sueur de notre front, du sein de la terre , le fruit nécessaire à la conservation de notre vie : la culture donnée à l'homme pour son exercice était cette culture comme curieuse, quifait cultiver les fruits et les fleurs, plus pour le plaisir que pour la nécessité. Par ce moyen l'homme devait être instruit de la nature des terres et du génie des plantes, de leurs fruits ou de leurs semences : et il y trouvait en même temps la figure de la culture des vertus.
Eu amenant les animaux à l'homme ^ , Dieu lui fait voir qu'il en est le maître, comme un maître dans sa famille qui nomme ses serviteurs , pour la facilitédu commandement. L'Écriture, substantielle et courte dans ses expressions, nous indique en même temps les belles connaissances données à l'homme , puisqu'il n'aurait pas pu nommer les animaux sans en connaître la nature et les différences, pour ensuite leur donner des noms convenables, selon les racines primitives de la langue que Dieu lui avait apprise.
' hs. XLYUl, 13, 21. — 2 Gcu. n, 13. — ^ Ihii. 19.
C'est donc alors qu'il connut les merveilles de. la sagesse de Dieu, dans cette apparence et cette ombre de sagesse, qui paraît dans les industries naturelles des animaux. Louons Dieu avec Adam , et considérons un moment toute la nature animale, comme l'objet de notre raison. Qui a formé tant de genres d'animaux, et tant d'espèces subordonnées à ces genres, toutes ces propriétés, tous ces mouvements, toutes ces adresses, tous ces aliments, toutes ces forces diverses, toutes ces images de vertu , de pénétration, de sagacité et de violence.' Qui a fait marcher, ramper, glisser les animaux.^ Quia donné aux oiseaux et aux poissons ces rames naturelles, qui leur font fendre leseaux et les airs ? Ce qui peutêtre a donné lieu à leur créateur de les produire ensemble, comme animaux d'un dessein à peu près semblable; le vol des oiseaux semblant être une espèce de faculté de nager dans une liqueur plus subtile, comme la faculté de nager dans les poissons est une espèce de vol dans une liqueur plus épaisse. Le même auteur a fait ces convenances et ces différences : celui qui a donné aux poissons leur triste, et, pour ainsi dire, leur morne silence, a donné aux oiseaux leurs chants si divers, et leur a mis dans l'estomac et dans le gosier une espèce de lyre et de guitare, pour annoncer, chacun à leur mode , les beautés de leur créateur. Qui n'admirerait les richesses de sa providence, qui fait trouver à chaque animal, jusqu'à une mouche, jusqu'à un ver, sa nourriture convenable? En sorte que la disette ne se trouve dans aucune partie de sa famille; mais au contraire que l'abondance y règne partout, excepté maintenant parmi les hommes, depuis que le péché a introduit la cupidité et l'avarice.
Par la considération seconde, tous les animaux sont à l'usage de l'homme, puisqu'ils lui servent à connaître et à louer Dieu. Mais outre cet usage plus universel , Adam connut dans les animaux des propriétés particulières , qui leur donnaient le moyen d'aider par leur ministère celui que Dieufaisait leur seigneur. ODieu,j'ai considéré vos ouvrages, et j'en ai été effrayé! Qu'est devenu cet empire que vous nous aviez donné sur les animaux.' On n'en voit plus parmi nous qu'un petit reste, comme un faible mémorial de notre ancienne puissance, et un débris malheureux de notre fortune passée.
Rendons grâces à Dieu de tous les biens qu'il nous a laissésdans le secoursdes animaux ; accoutumons nous à le louer en tout. Louons-le dans le cheval qui nous porte ou qui nous traîne; dans la brebis qui nous habille et qui nous nourrit ; dans le chien qui est notre garde et notre chasseur; dans le bœuf qui fait avec nous notre labourage. N'oublions pas les oiseaux, puisque Dieu les a amenés à Adam comme les autres animaux; et qu'encore aujourd'hjui, apprivoisés par notre industrie, ils viennent flatter nos oreilles par leur aimable musique; et, chantres infatigables et perpétuels, ils semblent vouloir mériter la nourriture que nous leur donnons. Si nous louons les animaux dans leur travail , et pour ainsi dire dans leurs occupations, ne demeurons pas inutiles; travaillons, gngîions notre pain chacun dans wa
LÉVATIOISS SUR LES MYSTÈRES