‹ ŒuvresChapitre 84 sur 148 · ÉLÉVATIONS SUR · texte numérisé non relu

ÉLÉVATIONS SUR

plus fragile encore'. Un |)ère affligé fait une image d'un fils qui lui a été trop tôt ravi , et, pour se consoler de cette perte, il lui fait offrir des sacrifices comme à un dieu». Toute une famille entrait dans cette flatterie. Irf'S rois de la terre faisaient adorer leurs statues; et n'osant se procurer ce culte à euxmêmes, à cause de leur mortalité trop manifeste de près , ils croient plus aisément pouvoir passer pour dieux de plus loin. Telle a été l'illusion de la vie humaine : emportés par leurs passions et leur amour pour leurs rois, les hommes ont adoré les statues , et donné au bois et à la pierre le nom mcommunicable ^ : ils ont immolé leurs enfants à ces faux dieux. Il n'v a plus rien eu de saint parmi les hommes. Les mariages n'ont pu conserver leur sainteté : les meurtres, les perfidies , les troubles et les parjures ont inondé sur la terre. L'oubli de Dieu a suivi : les joies publiques ont amené des fêtes im- | pies; les périls publics ont introduit des divinations j superstitieuses et fausses : on n'a plus craint de se j parjurer , quand on a vu qu'on ne jurait que par un bois ou une pierre, et la justice et la bonne foi se sont éteintes parmi les hommes.

Il faut lire encore l'endroit de saint Paul ^ dont voici le précis, et où il dit : Que les invisibles grandeurs de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité paraissent visiblement dans ses créatures ; et que cependant les plus sages, ceux qui en étaient les plus convaincus, lui ont refusé le culte qu'ils savaient bien qu'on lui devait , et ont suivi les erreurs d'un peuple ignorant , qui changeait la gloire d'un Dieu immuable en la figure des reptiles les plus vils , laissant évanouir toute leur sagesse , et devenus insensés, pendant qu'ils se glorifiaient du nom de sages. Ce qui aussi a obligé Dieu à les livrer à des passions et à des désordres abominables contre la nature, et à permettre qu'ils fussent remplis de tout vice , impiété, médisance, perfidie, insensibilité; en sorte qu'ils étaient sans compassion , sans affection , sans foi , parce que , connaissant la justice et la vérité de Dieu , ils n'ont pas voulu le servir, et ont préféré la créature à celui qui était le créateur, béni aux siècles des siècles.

Ce déluge d'idolâtrie s'est répandu par toute la terre. L'inclination qu'y avaient les Juifs, quêtant de châtiments divins ne pouvaient en arracher, montre la pente commune et la corruption de tout le genre humain. Ce culte était devenu comme naturel aux hommes. Et c'est ce qui faisait dire au Sage que les nations idolâtres étaient méchantes par leur naissance ; que la semence en était maudite dès le commencement ; que leur malice était naturelle , et que leurs perverses inclinations ne pouvaient jamais être changées^.

Un dérèglement si étrange et à la fois si universel devait avoir une origine commune. Montrez-la-moi autre part que dans le péché oriî;inel, et dans la tentation, qui, disant à l'homme : Foi/s serez comme des dieux ^ , posait dès lors le fondement, de l'adoration des fausses divinités.

» Sap. XIV, 1. — » Ibid. 15 et seq. — ' Ibid. 21 et aeq. — *IUm. I, 20, 31 etseq. —iSap. XU, 10. 11. —^ Gen. m, 5.

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