LES MYSTÈRES. W
Vlir .SEMAINE.
LA DÉLIVRANCE PROMISE DEPUIS ADaU
jusqu'à la loi.
PREMIÈRE ÉLÉVATION
La promesse du libérateur dès le jour de la perte.
Ce fut le jour même de notre chute, que Dieu
dit au serpent notre corrupteur : Je mettrai une inimitié éterneWe entre foi et Ut femme, entre ta race et la sienne : elle brisera ta tête '.
Premièrement , on ne peut pas croire que Dieu ait voulu effectivement juger ou punir le serpent visible , qui était un animal sans connaissance : c'est donc une allégorie où le serpent est jugé en figure du diable, dont il avait été l'instrument. Secondement, il faut entendre par la race du serpent les menteurs, dont il est le père, selon cette parole du Sauveur : Lorsqu'il dit des mensonges , il parle de son propre fonds , parce qu'il est menteur, et père du mensonge^. En troisième lieu, par la race delà femme , il faut entendre l'un de sa race , un fruit sorti d'elle , qui brisera la tète du serpent. Car on ne peut pas penser que toute la race de la femme soit victorieuse du serpent , puisqu'il y en a un si grand nombre qui ne se relèvent jamais de leur chute. La raoe de la femme est victorieuse , en tant qu'il y a quelqu'un des enfants de la femme par qui le démon et tous ses enfants seront défaits.
Il n'importe que, dans une ancienne version, cette victoiresur le serpent soit attribuée à lafemme, et que ce soit elle qui en doive écraser la tête : ipsa conteret. Car il faut entendre que la femme remportera cette victoire, parce qu'elle mettra au monde le vainqueur. On concilie par ce moyen les deux leçons : celle qu'on trouve à présent dans l'original, qui attribue la victoire au fils de la femme ; et celle de notre version , qui l'attribue à la femme même. Et, en quelque manière qu'on l'entende, on voit sortir de la femme un fruit qui écrasera la tête du serpent, et en détruira l'empire.
Si Dieu s'était contenté de dire qu'il y aurait une inimitié éternelle entre le serpent et la femme, ou avec le fruit qu'elle produirait, et que le serpent lui préparerait par derrière et à son talon de secrètes embûches , on ne verrait point la victoire future de la femme ou de son fruit. Mais puisqu'on voit que son fruit et elle briseraient la tête du serpent , la victoire devait demeurer à notre race. Or ce que veut dire cette race, ce fruit, pour traduire de mot à mot, cette semence bénie de la femme : il faut écouter saint Paul sur cette promesse faite à Abraham : En l'un de ta race, en ton fils, seront bénies et sa^nc- \\Mqs toutes les nations de la terre^; où le saint apôtre remarque qu'il ne dit pas : Dans les fruits que tu produiras, et dans tes enfants, comme étant plusieurs; mais en tonfds, comme dans un seul^
' Cen. ni, 15. — ' Joan. vni, 44. — ' Gcn. \\n, I»
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
et dans le Christ. Non dicit : Etseminibus, quasi in multis, sed quasi in uno, et semini tuo, qui est Christiis ' .
C'est donc en lui que toutes les nations seront bénies, toutes en un seul. Ainsi dans cette parole adressée au serpent : Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et son fruit , on doit entendrequeDieuavait en vueunseul fils et un seul fruit, qui est Jésus-Christ. Et Dieu, qui pouvait dire également, et devaitdire plutôt qu'il mettrait cette inimitié entre le dragon et l'homme, ou le fruit de J'homme, a mieux aimé dire qu'il la mettrait entre la femme et le fruit de la femme, pour mieux marquer ce fruit béni, qui, étant né d'une vierge, n'était le fruit que d'une femme : dont aussi sainte Elisabeth disait : f^ous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni le fruit de vos entrailles '. Vous êtes donc,ô Marie! cette femme qui par votre fruitdevez écraser la tête du serpent.Vous êtes, 6 Jésus! ce fruit béni , en qui la victoire nous est assurée. Je vous rends grâces , mon Dieu , d'avoir ainsi relevé mes espérances ! et je vous chanterai avec David: Oman Dieu, ma miséricorde^] Et encore : Est-ce que Dieu retirera sa miséricorde à jamais ! Dieu oubliera-t-illa pitié; ou dans sa colère tiendra-t-il ses miséricordes renfermées i? Non, Seigneur miséricordieux et bon , vous n'avez pu , si on l'ose dire, les retenir : puisque, au jour de votre colère , et lorsque vous prononciez leur sentence à nos premiers parents et à toute leur postérité , il a fallu (|ue vos miséricordes éclatassent, et que vous fissiez paraître un libérateur. Dès-lors vous nous promettiez la victoire; et pour nous la faciliter vous nous avez découvert la malice de notre ennemi , en lui disant : f^oiis attaquerez par k talon^: c'est-àdire , vous attaquerez le genre humain par l'endroit où il touche à la terre, par les sens : vous l'attaquerez par les pieds, c'est-à-dire par l'endroit qui le soutient : vous l'attaquerez non point en face , mais par derrière , et par adresse plutôt que par force.
Ce malheureux esprit nous attaque par les sens par où nous tenons à la terre , lorsqu'il nous en propose les douceurs , et il prend l'homme par la partie faible. Défions-nous donc de nos sens ; et dès qu'ils commencent à nous inspirer quelque désir flatteur, songeons au serpent qui les suscite contre nou«.
Mais voici encore une autre attaque : nouscroyons être fermes sur nos pieds , et que l'ennemi ne nous peut abattre : J'ai dit en moi-même , dans l'abondance de mon cœur. Je ne serai point ébranlé, et je ne vacillerai Jamais ^ i C'est alors que l'ennemi me surprend, et qu'il m'abat. C'est alors qu'il faut que je dise avec David , que le pied de l'orgueil ne vienne pas jusqu'à moii : que je ne m'appuie jamais sur ma présomptueuse confiance, qui me fait croire que j'ai le pied ferme, et qu'il ne me glissera jamais. Mettez, chrétien, mettez votre force dans l'humilité; ne la mettez pas dans vos victoires pas-
» Gai. nu, 16. -- ' Luc. I, 42. — ^ Ps. LVII, 18. — « Ps. Lxxvi, 7, 8, 9, 10. — ' Gen. lU , 15. — « Ps. xxii, 7. — 'Ps. XXXV, 12.
sées. Lorsque vous croirez vous être affermi dans la vertu, et pouvoir vous soutenir de vous-même, il vous renverse comme un autre saint Pierre, par cela même où vous mettez votre force, qui vous fait dire comme à cet apôtre : Moi', vous renoncer? Je donnerai ma vie pour vous '. Au lieu d'écouter un courage présomptueux, reconnaissez votre faiblesse; et l'ennemi vous attaquera en vain.
Mais voici le plus dangereux de tous ses artifices : il ne vous attaquera pas en face, mais subtilement par derrière; il vous cachera ses tentatives; il vous inspirera , comme au Pharisien , une fausse ; action de grâces : ^eij/wewr, dit-il ,7e vous rends] grâces*. Mais c'est ensuite pour vous occuper d«^ vos jeûnes, de vos pieuses libéralités, de votre exactitude à payer la dîme, de votre justice qui vousmet au-dessus des autres hommes : il vous attaque par derrière , et vous présentant en face l'action de grâces, en elle il vous insinue le plus fin orgueil. Il a bien d'autres artifices. Ce n'est qu'un doux ■■ entretien qu'il vous propose : Dieu est-il assez rigoureux pour défendre si sévèrement ces innocentes douceurs ? Je saurai me retenir, et je ne laisserai pas aller mes désirs. Il vous attaque par derrière, comme un habile ennemi ; il tâche de vous dérober sa marche et ses desseins : vous périrez , et de l'un à l'autre vous avalerez le venin.
Lorsque vous le sentez approcher avec de telles insinuations, et qu'il tortille, pour ainsi parler, par derrière et autour de vous, alors, sans regarder trop les appas trompeurs dont il fait un piège à votre cœur (car c'est peut-être d'abord ce qu'il veut de vous , pour ensuite vous pousser plus loin), jetez-vous entre les bras de celui qui en écrase la tête : regardez sa croix ; car c'est là que , dans la douleur et dans la mort , il a renversé l'empire du diable , et rendu ses tentations inutiles.
Ile ÉLÉVATION.
La délivrance future marquée même avant le crime , et dana la formation de l'Église en la personne d'Eve.
Dieu n'avait point ordonné la chute d'Adam , à Dieu ne plaise! mais il l'avait prévue, et avait touvé bon de la permettre , dès qu'il le créa dans l'innocence. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ait figuré dès lors Jésus-Christ en Adam, et l'Église dans Eve, lorsque, pendant son sommeil, il tira la femme de cette espèce de plaie qui fut faite dans son côté ; de même que l'Église fut tirée du côté ouvert de Jésus-Christ, pendant qu'il dormait dans le repos d'une courte mort, dont il devait être bientôt réveillé, conformément à cette parole que l'Église chante à la résurrection de notre Seigneur : Je me suis endormi, et j'ai été dans le somtneil; et je me suis levé, parceque le Seigneur m'a pris en sa protection 3.
Ainsi la chute d'Adam n'était pas sans espérance; puisque, avec les yeux de la foi, il pouvait voir, dans celle qui avait donné occasion à sa perte,
' Joan. XIII, 37, — ' Luc. xviii, II, 12. — ' P$. ni, a.
ÉLÉVATIONS SUR LES M\'STERES
son espérance renaissante; et dans la plaie du sacre côté de Jésus-Christ, la formation de l'Église, et la source de toutes les griices. C'est pourquoi saint Paul applique à Jésus-Christ et à l'Église, ce qu'Adam dit alors à Eve : Tu es l'os de mes os, et la chair de ma chair » ; et le reste que nous avons observé ailleurs.
nie ÉLÉVATION.
A.datn et Eve figures de Jésus-Christ et de Marie : l'image du salut dans la chute même.
G Dieu ! quelle abondance de miséricorde, et que les sujets d'espérance se multiplient devant nous ! puisqu'en même ten)ps qu'un homme et une femme perdaient le genre humain. Dieu, qui avait daigné prédestiner un autre homme et une autre femme pour les relever, a désigné cet homme et cette femme jusque dans ceux qui nous donnaient la mort. Jésus-Christ est le nouvel Adam : Marie est la nouvelle Eve. Eve est appelée mère des vivants* , même après sa chute , comme l'ont remarqué les saints docteurs, et lorsque, à dire le vrai, elle devait plutôt être appelée la mère des morts. Mais elle reçoit ce nom dans la figure de la sainte Vierge, qui n'est pas moins la nouvelle Eve, que Jésus- Christ le nouvel Adam. Tout convient à ce grand dessein de la bonté divine. Un ange de ténèbres intervient dans notre chute : Dieu prédestine un ange de lumière , qui devait intervenir dans notre réparation. L'ange de ténèbres parle à Eve encore vierge : l'ange de lumières parle à Marie, qui le demeura toujours. Eve écouta le tentateur, et lui obéit; Marie écouta aussi l'ange du salut, et lui obéit. La perte du genre humain, qui se devait consommer en Adam , commença par Eve : en Marie commence aussi notre délivrance; elle y a la même part qu'Eve a eue à notre malheur, comme Jésus-Christ y a la même part qu'Adam avait eue à notre perte. Tout ce qui nous a perdu se change en mieux. Je vois paraître un nouvel Adam, une nouvelle Eve, un nouvel ange : il y a aussi un nouvel arbre, qui sera celui de la croix, et un nouveau fruit sur cet arbre , qui détruira tout le mal que le fruit défendu avait causé. Ainsi l'ordre de notre réparation est tracé dans celui de notre chute : tous les noms malheureux sont changés en bien pour nous; et tout ce qui avait été employé pour nous perdre, par un retour admirable de la divine miséricorde , se tourne en notre faveur.
IV' ÉLÉVATIO.^.
Autre figure de notre salut dans Abel.
Dieu tourna ses yeux sur Abel, et sur ses présents, et ne regarda pas les présents de Catn ^. Dieu commence à écouter les hommes, et à recevoir leurs présents; il est apaisé sur le genre humain, elles enfants d'Adam ne lui sont plus odieux. Abel le juste est par sa justice une figure de Jésus-Christ,
» Ephes. V, 29, :», 31. Gen. u, 23, 34. — » Gen. ni, 20. — 3 Gvn. IV, 4, 5.
qui seul a offert pour nous une oblation que le ciel agrée, et apaise son Père sur nous.
Mais Abel fut tué parCaïn, il est vrai; et c'est par cet endroit-là qu'il devint principalement la figure de Jésus-Christ , qui , plus juste et plus innocent qu'Abel, puisqu'il était la justice même, est livré à la jalousie des Juifs, comme Abel à celle de Caïn. Car pourquoi est-ce que Caïn haïs&iit son frère? Pourquoi, dit saint Jean, le Jit-il mourir? sinon parce qu'il était mauvais, malin et jaloux, et que ses œuvres étaient mauvaises ^ comme celles de son frère étaient justes '. De même les Juifs haïrent Jésus, et le firent mourir, comme il dit luimême, parce qu'ils étaient mauvais, et qu'il était bon ». Ce fut par envie qu'ils le livrèrent à Pilate , ainsi que Pilate le reconnaît lui-même 3. Le diable, cet esprit superbe et jaloux de l'homme, fut l'instigateur des Juifs , comme il l'avait été de Caïn : et leur ayant inspiré sa malignité, ils firent mourir celui qui avait daigné se faire leur frère, comme Caïn fit mourir le sien.
La mort d'Abel est donc pour nous un renouvellement d'espérance , parce qu'il est la figure de Jésus. Le sang d'Abel versé sur la terre cria vengeance au ciel contre Caïn : et quoique le sang de Jésus-Christ jette m cri plus favorable '^ , comme dit saint Paul , puisqu'il crie miséricorde ; toutefois, par l'ingratitude et l'impénitence des Juifs, le sang de Jésus fut sur eux et sur leurs enfants «, comme ils l'avaient demandé. Abel le juste est le premier des enfants d'Adam qui subit l'arrêt de mort prononcé contre eux : la mort faite pour les pécheurs commença par un innocent à exercer son empire ; et Dieu le permit ainsi, afin qu'elle eût un plus faible fondement : le diable perdit les coupables, en attaquant Jésus , en qui il ne trouvait rien qui lui appartînt. C'est ce que figura Abel; et injustement tué , il fit voir, pour ainsi parler, que la mort commençait mal , et que son empire devait être anéanti.
Prenons donc garde que tout le sang innocent ne vienne sur nous, depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de Zacharie , qui fut tué entre le temple et l'autel e. >-ous prenons un esprit meurtrier, quand nous prenons un esprit de haine et de jalousie contre nos frères innocents; et notre part est avec celui qui est homicide dès le commencement 7: non-seulement parce qu'il tua d'un seul coup tout le genre humain ; mais encore parce que, pour assouvir sa haine contre les hommes, il voulut d'abord verser du sang, et que la première mort fut violente ; et montrer, pour ainsi dire , par ce moyen, que nul n'échapperait à la mort , puisque Abél le juste y succombait. Mais Dieu tourna sa fureur en espérance pour nous, puisqu'il voulut que le juste Abel, injustement tué par Caïn, fût la figure de Jésus-Christ qui est le juste par excellence, et dont l'injuste supplice devait être la délivrance de tous les criminels.
'/Joan. iir, 12. - J Joan. Tnr, 40, 44. xv, 23, »4, 25 ^Va'M xxvir, .8- - * Heb. xii, 24. » .i/««a. xi^u. ï4 - • Matth. .XXIII, 35. — ■ Joan. vm, 44,
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
V ELEVATION
La bOQté de Dieu dans le déluge universel.
Nous avons vu que les hommes une fois corrompus par le péché s'enfoncèrent dans leur corruption , jusqu'à forcer Dieu par leurs crimes à se repentir de les avoir faits , et à résoudre leur perte entière par le déluge universel. L'expression de l'Écriture est étonnante : Dieu, pénétré de douleur jusqu'au fond du cœur : Je perdrai, dit-il, l'homme que J'ai créé ' .• c'est-? -dire, que la maline des hommes était si outrée, qu'elle eût altéré, s'il eût été possible, la félicité et la joie d'une nature immuable. Quoique la justice divine fût irritée jusqu'au point que marque une expression si puissante. Dieu néanmoins suspendait l'effet d'une si juste vengeance , et ne pouvait se résoudre à frapper. Noé fabriquait lentement l'arche que Dieu avait commandée , et ne cessait d'avertir les hommes , durant tout ce temps, de l'usage auquel elle était destinée. Ils furent incrédules, dit saint Pierre »; et en présumant toujours , sans se convertir, de la patience de Dieu qu'ils attendaient, ils mangeaient et buvaient jusqu'au jour que Noé entra dans l'arche ^. Dieu différa encore sept jours le déluge tout prêt a fondre sur la terre , et donna encore aux hommes ce dernier délai pour se reconnaître.
Nous avons vu que la prophétie d'Hénoch, bisaïeul de Noé, avait précédé : Dieu ne pouvait, pour ainsi parler, se résoudre à punir les hommes, et il fit durer les avertissements de ses serviteurs près de mille ans.
A la fin le déluge vint, et l'on vit alors un terrible effet de la colère de Dieu; mais il voulut en même temps y faire éclater sa miséricorde, et la figure du salut futur du genre humain. Le déluge lava le monde, le renouvela, et fut l'image du baptême. En figure de ce sacrement qui nous devait délivrer, huit personnes furent sauvées 4. Noé fut une figure de Jésus-Christ, en qui toute la race humaine devait être renouvelée. En cette vue il fut appelé Noé, c'est-à-dire consolation, repos; et lorsqu'il vint au monde, son père Lamec dit prophétiquement : Celui-ci nous consolera de tous les travaux de nos muins, et de toutes les peines que nous donne la terre qice Dieu a maudite ^. Dieu n'envoie point de maux, qu'il n'envoie des consolations; et, résolu malgré sa colère à la fin de sauver les hommes, sa bonté reluit toujours parmi ses vengeances.
VP ÉLÉVATION.
Dieu promet de ne plus envoyer de déluge.
Mettons-nous à la place de Noé , lorsqu'il sortit de l'arche avec sa famille. Toute la terre n'était qu'une solitude; les maisons et les villes étaient renversées : il n'y avait d'animaux que ce qu'il en
' Gett. VI, 6, 7. — '/. Pet. ni, 20. — ^ Matlh. xxiv, 38. Luc. XVU, 26, 27. Gen. VU, 4, 10. — < /. Pet. UI, 20, ?.i. ~- » «CM. V, 29.
avait conservé; des autres il n'en voyait qiie les cadavres. Sa famille subsistait seule, et l'eau avait ravagé tout le reste. En cet état figurons-nous quelle fut sa reconnaissance. Son premier soin fut de dresser un autel à Dieu, qui l'avait délivré, et tout le genre humain en sa personne. Il le chargea de toutes sortes d'animaux purs, oiseaux et autres; et il offrit à Dieu son holocau^le » , pour lui et pour sa famille, et pour tout le genre humain qui en devait renaître. Il ne dit pas en son cœur, par une fausse prudence : Il nous reste peu d'animaux, il en faut ménager la race; il savait bien qu'on ne perdait pas ce que l'on consacrait à Dieu, et que c'était au contraire attirer sa bénédiction sur le reste. Son holocauste fut en bonne odeur devant Dieu, qui lui parla en cette sorte : Je ne maudirai plus la terre à cause des hommes ». Et peu après : Je ferai un pacte avec vous, et avec tous les animaux. Je ne les perdrai plus par les eaux, et jamais il n'y aura de déluge 3. L'arcen-ciel parut dans les nues avec de douces couleurs; et soit qu'il parût alors pour la première fois, et que le ciel auparavant sans nuages eût commencé à s'en charger parles vapeurs que fournirent les eaux du déluge , soit qu'il eût déjà été vu, et que Dieu en fît seulement un nouveau signal de sa clémence. Dieu voulut qu'il fût dans le ciel un sacrement éternel de son alliance et de sa promesse. Au lieu de ces nuages menaçants qui faisaient craindre un nouveau déluge , Dieu choisit dans le ciel un nuage lumineux et doux, qui, M tempérant et modifiant la lumière en couleurs bé- % nignes, fût aux hommes un agréable signal pour leur ôter toute crainte. Depuis ce temps l'arc-en-ciel a été un signe de la clémence de Dieu. Lorsqu'on voit dans l'Apocalypse son trône dressé 4, l'jris fait un cercle autour de ses pieds , et étale principalement la plus douce des couleurs, qui est un vert d'émeraude. C'était quelque chose de semblable qui parut aux soixante et dix vieillards d'Israël. Et lorsqu'il se montra à eux dans le trône de sa gloire, on vit à ses pieds itne couleur de saphir, comme lorsque le ciel estsei^ein ^. Quoi qu'il en soit, ce beau vert, et ce bleu céleste, sont un beau signal d'un Dieu apaisé, qui ne veut plus envoyer de déluge sur la terre. Le sacrifice de Noé, qui est celui de tout le genre humain, avait précédé , en figure du sacrifice de Jésus-Christ , qui était pareillement l'oblation de toute la nature j humaine. La promesse de la clémence suivit; et ce ! fut le présage heureux d'une nouvelle race qui de- | vait naître sous un visage bénin de son créateur, et sous des promesses favorables.
G Dieu! j'adore vos bontés. Accoutumez-moi à voir dans le ciel et dans toute la nature vos divins attributs. Qu'un ciel obscurci de nuages , comme courroucé, me soit une image de cette juste colère qui envoya le déluge; et qu'au contraire la sérénité, ou un reste léger de nuages, me fasse voir
' Gen. vin, 20. — ' Ibid. ?.I. — » Gen. rx, 9, 10, II, 12, »3, — * Apov. rv, 2, 31. - ' Exod. jlxiv, YO,
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
dans Parc-en-ciel quelque chose de plus clément, et plutôt de douces rosées que de ces pluies orageuses qui pourraient encore ravager la terre, si Dieu , pour ainsi parler, n'en arrêtait la fureur.
Dieu ne veut que pardonner : c'est un bon père qui, contraint de châtier ses enfants à cause de l'excès de leur crime, s'attendrit lui-même sur eux par la rigueur de leur supplice , et leur promet de ne leur plus envoyer de semblables peines. O Dieu miséricordieux et bon, comment peut-on vous offenser! Craignons toutefois , et n'abusons pas de cette bonté paternelle. Pour nous avoir mis à couvert des eaux, sa justice n'est pas désarmée, il a encore les feux en sa main, pour venger à la fin du monde des crimes encore plus énormes que ceux qui attirèrent le déluge d'eau.
VIP ÉLÉVATION.
La tour de Babel : Sera et Ahraham.
Voici une suite de la promesse divine. Le genre humain fui ravagé, mais non pas humilié par le déluge. La tour de Babel fut un ouvrage d'orgueil : les hommes à leur tour semblèrent vouloir menacer le ciel qui s'était vengé par le déluge , et se préparer un asile contre les inondations, dans la hauteur de ce superbe édifice. Il entra dans ce dessein un autre sentiment d'orgueil : Signalons-nous, disaient-ils, par un ouvrage immortel, avant que •de nous séparer par toutes les terres^. Au lieu de s'humilier pendant que la mémoire d'un si grand supplice était encore récente , plus prêts à exalter leur nom que celui de Dieu , ils provoquèrent de nouveau sa colère. Dieu les punit, mais non pas par le déluge : et malgré leur ingratitude, il fut fidèle à sa promesse. La division des langues les força à se disperser; et en punition de l'union que l'orgueil avait fait entre eux dans le commun dessein de se signaler par un ouvrage superbe, les langues se multiplièrent, et ils devinrent étrangers les uns aux autres.
Au milieu de votre colère. Seigneur, vous les regardiez en pitié ; et , touché de leur division , vous vous réserviez une semence bénie , où les nations divisées se devaient un jour rassembler. Incontinent après le déluge , vous aviez daigné bénir Sem, en disant : Que le dieu de Sem soit béni, et que Chanaan en soit l'esclave *. Ainsi , dans la division des nations , la trace de la vraie foi se conserva dans la race de ce patriarche , qui vit naître de cette bénie postérité Abraham , dont vous avez dit qu'en sa semence toutes les nations seraient bénies ^. Les voilà donc de nouveau bénies , et heureusement réunies dans cette promesse. Toutes les nations qui se formèrent et se séparèrent à Babel, doivent un jour redevenir un même peuple. Vous prépariez un remède à la division des langues dans la prédication apostolique qui les devait réunir dans la profession de notre foi, et dans l'exaltation de votre saint nom. Ainsi dans l'élévation
I Gen. XI, 4, et seq. — > Gen. ix, 26 — ' Ji'id. «i, 3.
BOSSUCT. — TOME IT.
de la tour et de la ville de Babel , l'orgueil divisa le« langages; et dans l'édification de votre Église naissante j l'humilité les rassembla tous : Et chacun entendait son langage 'j dans la bouche de vos saints apôtres.
Unissons-nous donc, et parlons tous en Jésus- Christ un même langage : n'ayons qu'une bouche et qu'un cœur, sans fraude , sans dissimulation, sans déguisement, sans mensonges : éteignons en nous tous les restes de la division de Babel. Prions pour la concorde des nations chrétiennes , et pour la conversion des nations infidèles. O Dieu! qu'il ny ait plus ni Juif, ni Grec, ni Barbare, ni Scythe; mais en tous un seul Jésus-Christ *, Dieu béni aux siècles des siècles !
Vlir ÉLÉVATION.
Jésus-Christ plus expressément prédit aux patriarches.
Tout le genre humain se corrompait : Dieu laissa toutes les nations aller dans leurs voies, comme dit saint Paul dans les Actes '. Chacune voulait avoir son Dieu , et le faire à sa fantaisie. Le vrai Dieu , qui avait tout fait , était devenu le Dieu inconnu 4; et quoiqu'il fût si près de nous par son opération et par ses dons, de tous les objets que nous pouvions nous proposer, c'était le plus éJoigné de notre pensée. Un si grand mal gagnait, et allaitdevenir universel. Mais pour l'empêcher, Dieu suscita Abraham , en qui il voulait faire un nouveau peuple, et rappeler à la fin tous les peuples du monde pour être en Dieu un seul peuple. C'est le sens de ces paroles : Sors de ta terre, et de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai; et Referai sortir de toi un grand peuple ; et en toi seront bénies tontes les nations de la terre '. Voilà donc deux choses : premièrement , Je ferai sortir de toi un grand peuple , qui sera le peuple hébreu ; mais ma bénédiction ne se terminera pas à ce peuple : Je bénirai^ je sanctifierai en toi tous les peuples de la terre, qui, participant à ta grâce comme à ta foi , seront tous ensemble un seul peuple retourné à son créateur, après l'avoir oublié durant tant de siècles.
Voilà le sens manifeste de ces paroles : En toi seront bénies toutes les nations de la terre. Dieu seul, interprète de soi-même, a expliqué ces paroles : In te benedicentur : en toi seront bénis tous les peuples de la terre; par celles-ci : In semine tuo : dans ta semence^; c'est-à-dire, comme l'explique doctement et divinement l'apôtre saint Paul, dans un de ta race, dans un fruit sorti de toii , au nombre singulier. En sorte qu'il y devait avoir un seul fruit , un seul germe , un seul fils sorti d'Abraham , en qui et par qui serait répandue sur toutes les nations de la terre la bénédiction qui leur était promise en Abraham. Ce fruit, ce germe béni, cette semence sacrée, ce fils d'Abraham , c'était le Christ, qui devait venir de sa race. C'est pourquoi , comme
' Act. II, 6. — » Coloss. III, II. — ' Act. xiT, I&. — 4 thid. XVH, 23 , 27. — ' Gen. xil, 1,2,3.-* Ibid. 3. — » Gai. m
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
remarque saint Paul, l'Ecriture parle toujours au singulier : Non dicit : et seminihus : sed quasi in nno : et semine tuo , qui est Christus : Non en plusieurs ; mais dans un seul de ta race '. Et c'était aussi cette semence bénie, promise à la femme dès le commencement de nos malheurs , par qui la tête du serpent serait écrasée , et son empire détruit.
La même promesse a été réitérée à Isaac et à Jacob. C'est pourquoi, après cela, Dieu a voulu être caractérisé par ce titre : te Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob ' : comme qui dirait , le Dieu des promesses , le Dieu sanctificateur de tous les peuples du monde , et non-seulement des Juifs qui sont la race charnelle de ces patriarches, mais encore de tous les fidèles qui en sout la race spirituelle, et les vrais enfants d'Abraham , qui suivent les vestiges de sa foi, comme dit saint PauP. Et tout cela ne s'est accompli qu'en Jésus-Christ, par qui seul le Dieu véritable, auparavant oublié parmi tous les peuples du monde, sans que personne le servît, si ce n'étaient les seuls enfants d'Abraham , a été prêché aux Gentils, qu'il a ramenés à lui après tant de siècles.
C'est pourquoi , dans tous les prophètes , la vocation des Gentils est toujours marquée comme le propre caractère du Christ qui devait venir pour sanctifier tous les peuples; et voilà cette promesse faite à Abraham , qui fait tout le foudemeat de notre salut.
Entrons donc dans cette divine alliance faite avec Abraham, Isaac et Jacob; et soyons les véritables enfants de la promesse. Entendons toute la force de cette parole : Être enfants de la promesse, c'est être les enfants promis à Abraham. Dieu nous a promis à ce patriarche : s'il nous a promis, il nous a donnés : s'il nous a promis, il nous a faits; car, comme dit l'apôtre saint Paul : Il est puissant pour faire ce qu'il a promis : non pour le prédire , mais pour l'accomplir, pour le faire. Nous sommes donc la race qu'il a faite d'une manière particulière : enfants de promesse, enfants de grâce, enfants de bénédiction, peuple nouveau et particulier que Dieu a créé pour le servir : non pour porter seulement son nom, mais pour être un vrai peuple, agréable à Dieu, sectateur des bonnes oeuvres ; et comme enfants de miséricorde, choisis etbien-aimés, aimant Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes , et étendant notre amour à toutes les nations et à tous les peuples, comme à ceux qui sont comme nous dans la destination de Dieu enfants d'Abraham et héritiers des promesses^. Voilà les richesses qui sont renfermées dans ce peu de mots : En toi , dans un de ta race, seront bénies toutes les nations de la terre.
IX" ÉLÉVATION
La circoncision.
On ne peut nier que la circoncision donnée à A brahain ne soit une grande grâce *, puisque c'est, comme dit saint Paul , le sceau de la justice ^ dans
' Gai. m, 16. - * Expd. m , C — ^ Rom. iv , 12 — < Cal. 111, 29. — * Rom m, 2. — « Ibid. IV, II..
ce patriarche, le gage , et le sacrement de l'alliance de Dieu avec lui et toute sa race. Mais regardons toutefois ce que c'est que cette circoncision. C'est après tout une flétrissure, une marque dans la chair, telle qu'on la ferait à des esclaves. On ne marque pas ses enfants sur leur corps : on n'y marque que les esclaves, comme une espèce d'animaux nés pour servir. Fou^ porterez mon alliance dans votre chair, disait Dieu à Abraham '. Écoutons : dans votre chair : c'est une marque servile et charnelle, plus capable de faire un peuple d'esclaves que de faire un peuple d'enfants , ou , pour parler plus simplement, une famille. Sans doute Dieu destinait le genre humain à une plus haute alliance : et c'est pourquoi aussi il la commence avec Abraham avant la circoncision , quand il le tire de sa terre, et^ qu'il lui fait ses promesses : Abraham encore incirconcis crut, et il lui fut imputé à justice^. Il n'était pas encore circoncis, et cependant il crut à Dieu, et il fut justifié par cette foi , et la circoncision lui fut donnée comme le sceau de la justice de la foi qu'il avait reçue incirconcis ^. Les enfants de la promesse lui sont aussi donnés en cet état : Je multiplierai ta postérité : en toi seront bénies toutes les nations, ou si l'on veut , toutes les familles de la terre <, en prenant les nations pour des familles, puisqu'elles ne sont en effet que la propagation d'un même sang. Nous voilà donc tous ensemble, et tant que nous sommes de fidèles, bénis dans Abraham incirconcis. Pourquoi , sinon pour montrer qu'Abraham justifié avant sa circoncision est le père dans ce même état de tous ceux qui chercheront, comme dit saint Paul 5 , dans notre père Abraham les vestiges de la foi qui C a justifié, lorsqu'il était encore incirconcis'? vestigia fidei , qux est in prœputio patris nostri Abrahx, comme raisonne l'apôtre.
Mais dans l'établissement de la circoncision, que veut dire cette parole : Si un enfant n'est pas circoncis au fmitiéme jour, .son âme périra , et sera effacée du milieu de son peuple^? Qu'a fait cet enfant de huit jours? et périrait-il sous Dieu juste, si son âme était innocente? Race damnée et maudite, nous ne saurions recevoir aucune grâce du ciel , ni aucune espérance du salut , qui ne marque et ne présuppose notre perte. Nous recevons maintenant une meilleure et plus sainte circoncision , nous qui sommes régénérés par le baptême. Mais la promesse est accompagnée de malédiction contre ceux qui n'en seront point participants. Si un homme ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu 7. Confessons donc hum» blement que nous en étions naturellement exclus, et qu'il n'y a que la grâce qui nous y rétablisse. Reconnaissons notre perte , si nous voulons avoir part à la bénédiction du fils d'Abraham. Soyons, comme dit saint PauP , la véritable circoncision, en servant Diexi selon l'esprit; et en retranchant non la chair, mais les cupidités charnelles , c'est-à-dire
» Gen. XVII, IS. — ' Ibid. XV, G. —^ Rom. iv, II. — * Gtn. XII, 3. — ' Rom. IV, 10, 11 , 12. — * Gen. xvn, U. — ' J»»n.
UI, 5. — ' Phiiipp. III. 2, 3.
ÉLÉTATIONS SUR LES AnSTKRES.
»:^ sensualité , en quelque endroit de notre Urne et de notre corps qu'elle se rassemble. Car il nous est liéfendu de vivre selon ta chair. En la suivant , nous mourrons; mais si nous en mortifions les désirs et les actes, nous vivrons^. Il faut donc non pas seulement les retrancher, mais les arracher, et les déraciner à fond autant qu'il nous est possible : autrement , avec un cœur partagé entre les sens et l'esprit, nous ne pouvons aimer Dieu de toute notre puissance, de toute notre pensée , de tout notre cœur*.
X" ÉLÉVATION
La victoire d'Adam , et le sacrifice de Mdchiaédech.
La figure de notre baptême a été donnée à Abraham : n'aura-t-il point celle de notre sacrifice? Il revient victorieux d'une bataille, où il a défait quatre grands rois qui avaient enlevé Lot et tout son bien^; et au retour du combat il trouve Melchisédech , dont l'Écriture, contre sa coutume, n'explique point Vorigine , ni la naissance , ni la mort: sans père et sans mère , et rendu semblable aujils de Dieu*., qui est sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre : sans naître ni sans mourir, il paraît, éternel comme Jésus-Christ ; il est roi et pontife tout ensemble du Dieu très-haut , en figure du sacerdoce royal de la nouvelle alliance : son nom est Melchisédech , roi de justice : il est roi de Salem, c'est-à-dire roi de paix: et ce sont des titres de Jésus-Christ. Abraham lui paye la dîme de toute ga dépouille, et il reconnaît l'éminence de son sacerdoce : lui qui portait en lui-même Lévi et Aaron qui devaient sortir de son sang, il humilie devant ce grand sacrificateur le sacerdoce de la loi; et toute la race de Lévi , où celle d'Aaron était renfermée, paye la dîme en Abraham à cet admirable pontife. Abraham , qui se fait bénir par ses mains, se montre parla son inférieur : car c'est une vérité sans contestation, que le moindre est béni par le supérieur s, et lui soumet en même temps tout le sacerdoce de la loi.
Mais quelle est la simplicité du sacrifice de ce pontife! Du pain et du viji font son oblation^ : matières pures et sans aucun sang, dans lesquelles Jésus-Christ devait cacher la chair et le sang de son nouveau sacrifice. Abraham y participe avant que d'être Abraham , et sans être encore circoncis. Ainsi c'est le sacrifice du peuple non circoncis, dont l'excellenee est plus grande que des sacrifices de la circoncision. Allonsdoncavec la foi d'Airaham à ce nouveau sacrifice qu'Abraham a vu en esprit , et dont il s'est réjoui : comme il s'est réjoui de voir le Sauveur 7 qui devait naître de sa race.
Mais n'est-ce point là une vérité contraire à celle qu'on vient de voir? Si Jésus-Christ sort d'Abraham comme Lévi , il était en lui lorsqu'il s'humilia devant Melchisédech , et il lui soumet Jésus- Christ même. Ce serait le soumettre à sa figure, à
• Rom. \m, 4, 12, rs. — » Imc. x, î7. — ' Gen. xiT, 14 , 15 et teq. — * Heb. vil, I , î, Z et seqq. — * Heh. vil, 7. — ' iicH. xjT, 18. — ' Joan. VIII, bO.
celui qui n'ait que pour lui, et dont tout Phonn«ir est d'en être l'image. Mais de plus , qui u« sait que Jésus-Christ n'est pas dans Abraham , comme 1^ autres.' Fils d'une vierge, et conçu du Saint- Esprit , quoique d'un côté il sorte véritablement d'Abraham, de l'autre il est au-dessus des enfantentents ordinaires, et, seul au-dessus de tous les hommes, il n'est soumis qu'à Dieu seul.
Mettons-nous tous en Abraham : soumettonsnous avec lui au véritable Melchisédecli , au véritable roi de justice et de paix, au véritable pontife, selon l'ordre de Melchisédech^ qui a été nommé tel par celui qui Ta engendré de toute éternité. Désirons avec ardeur de participer à son sacrifice, ofifrons-nous en lui dans ce pain et dans ce vin de son oblation , dont , sans rien changer au dehors , il fait sa chair et son sang. Simples , humbles , obéissants , purs et chastes , mangeons en simplicité ce poi» des anges , des élus ; et enirronsnous de ce vin qui produit les vierges ».
XI' ÉLÉVATION
La terre paomise.
La terre de Chanaan , promise à Abraham ' , n'était pas un digne objet de son attente, ni une digne récompense de sa foi. Aussi Dieu le tient-il dans ce pays-là comme un étranger , sans qu'il y eût un pied de terre, toujours sous des tentes * , et sans aucune demeure fixe 5. Ainsi vécurent les autres patriarches, ses enfants, en se confessant étrangers et voyageurs sur la terre, et soupirant sans cesse après leur pairie. Mais si c'eût été une patrie mortelle, ils eussent songé à y retourner, et y établir leur domicile : mats on voitqu'i/s avaient toujours dans l'esprit le ciel, où tendait leur pèlerinage : et Dieu, qui les y avait appelés , se disait leur Dieu, parce qu'il leur avait destiné une cité permanente s, non point sur la terre , mais dans le siècle futur. La terre que Di«i leur promit en figure de ce céleste héritage, fut promise à Abraham avant la circoncision : par conséquent ce n'est point la terre que les Juifs charnels occupèrent , mais une autre qui était marquée pour tous les peuples du monde.
Marchons donc dans un esprit de pèlerinage dans la terre où nous habitons. Notre coeur se prend aisément à tout ce qu'il voit : mais dès que nous sentons qu'il commence à s'attacher et comme à s'établir quelque part, passons outre, car nous n'avoflis point en ce lieu de cité permanente , mais nous en cherchons une a venir.... dont Dieu est le fondateur et i architecte!. Il n'y a point ici d'appui ni de fondement, ni d'établissement poumons. L£ temps est court, dit saint Paul : il ne nous reste plus autre clwse à faire , sinon à ceux qui vivent dans le mariage, d'y vivre comme n'y vivantpas *, et de n'être point attachés à une femme, encore quelle nous soit chère : c'est par les personnes chéries que doit commencer le détachement. Que ceux
' Ps. ont, 3 , 4. — ' Zach. ix, 17. — » Gen. xn, 7. — « j4rt. VII, 6. — » Heb. XI, 9. — • Heb. xi, 13, li, lô, IC. — » Utrhr xui, 14. XI, 10. — • /. Cor. TU, 2».
ELÉVATiO^S SUR LES MYSTÈRES.
uuipl&urent vivent aussi comme ne pleurant pas ; tt ceux qui se rejouissent , comme ne se réjouissant pas ' : car ni la douleur, ni la joie n'ont rien de fixe sur la terre. De même, que ceux qui achètent ne croient pas avoir acquis la possession d'une chose, sons prétexte qu'ils en auront fait une acquisition légitime ; qu'ils soient comme n'ayant point acheté; car on ne possède rien , et ce mot de possession n'a rien de solide. Enfin, que ceux qui usent de ce monde et de ses biens , soient comme n'en usant pas , parce que la figure de ce monde passe"^. Premièrement le monde , pour ainsi parler , n'est rien de réel; c'est une figure creuse; et secondement c'est une figure qui passe, une ombre qui se dissipe. Je ne courrai plus après vous, honneurs fugitifs, biens que je vais perdre, plaisirs où il n'y a que de l'illusion. Fanité des vanités, et tout est vanité.... Craignez Dieu, et observez ses commandements ; car c'est là tout l'homme ^.
Xlle ÉLÉVATION.
Le sabbat.
Après le péché, il ne devait plus y avoir de sabbat, ni de jour de repos pour l'homme : nuit et jour, hiver et été, dans la semaille et dans la moisson, dans le chaud et dans le froid , il devait être accablé de travail. Cependant Dieu laissa au genre humain l'observance du sabbat établi dès l'origine du monde , en mémoire de la création de l'univers : et nous le voyons observé à l'occasion de la manne 4, comme une chose connue du peuple avant que la loi fût donnée , où l'observance en est instituée plus expressément. Car dès lors on connaissait la distinction du jour, ouïes semaines établies : le sixième jour était marqué ; le septième l'était aussi comme le jour du repos : et tout cela paraît comme une pratique connue, et non pas nouvellement établie : ce qui montre qu'elle venait de plus haut, et dès l'origine du monde. Dieu donc eut pitié dès lors du genre humain, et en lui donnant un jour de relâche, il montre en quelque façon que, touché de compassion , il modérait la sentence du perpétuel travail qu'il nous avait imposé.
Mais il ne faut pas se persuader que ce soit là tout le mystère du sabbat : Dieu y figurait le repos futur qu'il préparait dans le ciel à ses serviteurs. Car, comme Dieu, qui n'a point besoin de repos, avait voulu néanmoins célébrer lui-même un repos mystérieux au septième jour; il est clair qu'il le . faisait de la sorte pour annoncer de même à ses serviteurs, qu'un jour, et dans un repos éternel, il ferait cesser tous les ouvrages.
C'est la doctrine de saint Paul , qui nous fait voir dans l'ancien peuple , et dès l'origine du monde, dans une excellente figure , la promesse d'un bienheureux repos 5. L'apôtre appelle David en confirmation de cette vérité , lorsqu'il remarque que ce grand prophète promet aux enfants de Dieu un nouveau repos, où Dieu jure que les rebelles n'entre-
» /. Cor. VII, 30. — ' Ihid. 31. — ^ Eccle. ♦ Erod. XTi, 23, 26. — ' Heh. m et IT.