‹ ŒuvresChapitre 86 sur 148 · XII · texte numérisé non relu

XII

rontpas • : Si introibunt in requiem meam : et en même temps un jour d'épreuveoù nous apprendrons à obéir à sa voix, selon ce qui est dit dans le même psaume : Aujourd'hui, si vous écoutez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs ' : autrement il n'y aura point de repos pour vous. Voilà donc deux jours mystérieusement marqués par le Seigneur, l'un pour obéir à sa voix , et l'autre pour se reposer éternellement avec lui : et c'est là le wai sabbat, et le vrai repos qui est laissé aupeuple de Dieu ^.

Célébrons donc en foi et en espérance le jour du repos. Remontons à l'origine du monde, et aux anciens hommes qui le célébraient en mémoire de la création. Et encore que dorénavant , et dans la nouvelle alliance , ce jour soit changé , parce qu'il y faut célébrer avecla résurrection de notre Seigneur, et dans le renouvellement du genre humain, une création plus excellente que la première , apprenons que ce repos n'en est que plus saint. Car nous y voyons le vrai repos de notre Seigneur ressuscité, qui est entré dans sa gloire par les travaux de sa vie et de sa douloureuse passion , et en même temps le nôtre , par la vertu de sa vivifiante résurrection^ où nos corps seront conformés ausien glorieux. Passons donc en espérance et en paix les jours du travail : souffrons et travaillons avec Jésus-Christ, pour régner aussi avec lui , et nous asseoir dans son trône, où il nous appelle. Ces jours de travaux sont courts; et'da gloire qui nous en revient sera étemelle^. Nous pouvons même par avance goûter ce repos par le moyen de l'espérance : laquelle, dit saint Paul 5 , sert à notre âme , et à notre foi, comme d'une ancre ferme et assurée. Et de même qu'au milieu des eaux et dans la navigation, l'ancre soutient un vaisseau , et lui fait trouver une espèce de sûreté et de port : ainsi parmi les agitations de cette vie, assurés sur la promesse de Dieu confirmée par son inviolable serment ^ , nous goûtons le vrai repos de nos âmes. Soutenons donc avec foi et avec courage les troubles de cette vie : jouissons , en espérance du sacré repos qui nous attend ^ reposons-nous cependant en la sainte volonté de Dieu, et, attachés à ce rocher immuable, disons hardiment avec saint Paul 7 : Qui pourra nous séparer de l'amour de Jésus-Christ? .^.. Je suis assuré y avec sa grâce, que ni la mort, ni la'' vie , ni les anges, ni les principautés , ni les puissances , ni les choses présentes , ni les futures ,nila violence, ni tout ce qu'il ya,oude plus Imut dans les deux, ou déplus profond dans les enfers, ni aucune autre créature quelle qu'elle soit, ne sera capable de nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur.

JN'est-ce pas là le repos que le même apôtre nous a promis; et ne le goûtons-nous pas dès cette vie? Livrons-nous à Dieu en Jésus-Christ; et par une sainte soumission à celui qui seul nous peut tirer de tous nos maux, vivons en paix et en joie par le Saint-Esprit.

^Hebr. iv, 3 , 7. Ps. XCIV, It. — ' liid. 8. — 3 Jbid. IV, ».

— ♦ Jl. Cor. IV. 17 , efc. — » Heb. VI , 19. — ^ Ibid. vi. 17.

— 'Rom. VIII. 35. 3G. 39.

ÉLÈVATlOiNS SUR LES MYSTERES IX« SEMAINE.

ELEVATIONS Sl)B LA LOI ET LES PBOPHETIES QUI PBOMBTTENT LE LIBÉRATEUR, ET LUI PBÉPA- BENT LA VOIE.

PREMIÈRE ELEVATION

Le peuple captif : Moïse lui est montré comme son libérateur.

Avant que le peuple saint fût introduit à la terre promise , il fallait qu'il éprouvât un long exil, une longue captivité, une longue persécution , en ligure de la saints Église , qui est le vrai p«jple et le vrai Israël de Dieu , qui ne peut être introduit à la céleste patrie que par la persécution, la captivité, et les larmes de Texil.

L'Église, dans sa plus profonde paix , n'est guère sans son Pharaon , du moins en quelques endroits. 11 vient quelque nouveau roi sur la terre, qui ne connaît point Joseph ', ni les gens pieux : et en général il est vTai, comme dit saint Paul, que t -us ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus- Christ doivent souffrir persécution », en quelque sorte que ce soit ; et , comme dit saint Augustin , que cehii qui n'aura point gémi comme voijageur et étranger, n'entrera pas dans là joie des citoyens.

Il y a deux sortes de persécutions : l'une est ouverte et déclarée, quand on attaque ouvertement la religion : l'autre , cachée et artificieuse , comme celle de ce Pharaon , qui , jaloux de l'abondance du peuple de Dieu , en inspirait la haine à ses sujets, et cherchait des moyens secrets de le détruire : f'enez^ dit-'û, opprimons-le sagement^, c'est-à-dire secrètement et finement. On ne forçait pas les Israélites à quitter leur religion , ni à sacrifier aux dieux étrangers : on les laissait vivre , et on ne leur ôtait pas absolument ce qui é.tait nécessaire ; mais on leur rendait la vie insupportable, en lee accablant de travaux , et leur proposant des gouverneurs qui les opprimaient. On en vint à la fin pourtant à la [^rsécutiôn à découvert, et on condamna leurs enfants mâles à être noyés dans le JSil ^ : ce qui signifie en figure qu'on ne laisse rien de fort ni de vigoureux à un peuple qui n'a rien de libre, et dont on abat le courage en le faisant languir dans l'oppression.

Malgré cette oppression , Dieu ne laisse pas de conserver les gens vertueux dans son peuple, comme il fit les mâles parmi les Israélites : et, contre toute espérance, il leur naît même des libérateurs du sein des eaux , où ils devaient être noyés , à l'exera-

> Erod. î, 8.

- • Ibid. 22.

2 //. Tim. m, 12. — » Exod. 10, Il W «eg.

pie de Moïse ; de sorte qu'ils ne doivent jamais, perdre l'espérance.

II« ÉLÉVATION

Deux moyens avec lesquels Moïse est montré au peuple.

La première chose que Dieu fit pour faire connaître à son peuple qu'il leur préparait un libérateur en la personne de Moïse , fut en permettant qu'il fût exposé au même supplice que les autres, et comme eux jeté dans le IN'il pour y périr » : il en fut néanmoins délivré comme Jonas, qui sortit des abîmes de la mer, et du ventre de la baleine qui l'avait englouti ; et comme le Fils de Dieu , dont la résurrection ne put pas être empêchée par la profondeur du sépulcre , ni par les horreurs de la mort.

Dieu fait une seconde chose dans Moïse. Après lui avoir inspiré de quitter la cour de Pharaon et de la princesse sa fille , qui relevait comme son enfant dans les espérances du monde : Quand Moïse fiH crû, dit l'Écriture », il alla s'unir à ses frères; c'est-à-dire , selon le Commentaire de saint Paul 3, qu'étant devenu grand, il nia qu'il fût te fis de la fille de Pharaon; aimant mieux être affligé avec le peuple de Dieu, que de goûter le plaisir temporel et passager du péché; et, trouvant de plus pré' cieuses richesses dans l'ignominie de Jésus-Christ que dans les trésors de F Egypte...., il abandonna l'Egypte avec foi, sans craindre la haine du roi mortel, qui, au Ueu d'être son père, comme auparavant, ne songeait plus qu'à le faire mourir K Il prit en main la défense des Israélites par un ins^ tinct divin ; il les vengea d'un Égyptien qui les maltraitait *. et, comme remarque saint Etienne- : il crut que ses frères entendraient que Dieu les devait sauver par sa mcUn ; mais ils ne l'entendirent pas^ : et il fallait, pour les sauver, qu'il en souffrît les contradictions, qui allèrent si avant, qu'elles le forcèrent à prendre la fuite. Ainsi la persécution vint de ceux qu'il devait sauver; et Dieu par ce moyen le montra au peuple conrune leur sauveur, et l'image de Jésus-Christ.

Pasteurs, conducteurs des âmes , qui que vous soyez, ne croyez pas les sauver sans qu'il vous en coûte : admirez en Moïse les persécutions de Jésu», et buvez le calice de sa passion.

me ÉLÉVATION.

Moïse figure de la di^iaité de Jésos-dirist

Le Seigneur dit à Moïse : Je t'ai fait le Dieu de Pharaon, et Aaronsera ton prophète ^. Le sauveur du peuple fidèle devait être un Dieu : Dieu même lui en donne le nom en singulier, ce qui n'a que cet

■ Exod. Il, 3 et seq. — • Ibid. M. — * Heb. xi, 24 , 26 . 3», 27. — « Exod. u. 15. — > Act. Vil, 25. — • Ex. tu, I.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

ICI, r

exemple. II dit ailleurs : Fcms êtes des Dieux » Je t'ai fait un Dieu. Une marque de divinité, c'est d'avoir des prophètes , qui pour cela sont appelés les prophètes du Seigneur : Aaron est le propliète de Moïse. Moïse est revêtu de la toute-puissance de Dieu : il a en main la foudre , c'est-à-dire cette baguette toute-puissante qui frappe les fleuves , et en change les eaux en sang : qui les frappe de nouveau, et les fait retourner à leur nature : qu'il étend vers le ciel, et répand partout des ténèbres épaisses et palpables; mais qui, comme un autre Dieu, les sépare d'avec la lUwière, puisque le peuple juif demeure éclairé, pendant que les Égyptiens, enveloppés d'une ombre affreuse et profonde, ne sauraient faire un pas. Cette puissante baguette fait bouillonner des grenouillesetdes sauterelles ;change en mouches insupportables toute la poussière de la terre ; envoie une" peste inévitable sur les animaux de l'Egypte , et opère les autres prodiges qui sont écrits dans l'Exodie *.

Voilà donc Moïse comme un Dieu qui fait ce qu'il veut dans le ciel et dans la terre , et tient toute la nature en sa puissance. Il est vrai que Dieu limite son pouvoir : Je l'ai fait, dit-il, le Dieu de Pharaon; ce n'est pas un Dieu absolument, mais le Dieu de Pharaon ; c'est sur Plwiraon et sur son royaume que tu pourras exercer cette puissance divine. Il n'en est pas ainsi du Sauveur du nouveau peuple, qui est appelé absolument Dieu; par qui tout a été fait ^ ; qui est appelé au-dessus de tout Dieu béni aux siécies des siècles ^•, et ainsi du reste. Mais aussi ne fallait-il pas que le serviteur fût égal au maître? MoUse était, dit saint Paul s, comme %m fidèle serviteur dans la maison de Dieu; mais Jésus était comme le fils datts sa propre maison, gui est nous.

Mais s'il y a eu dans Moïse, qui devait sauver le peuple Iklèle, une lumière si manifeste de la divinité, et une si haute participation du titre de Dieu ; faut-il s'étonner si la substance et la plénitude de la divinité habite corporellement en Jéstés-Christ^, qui en nous sauvant du péché devait nous sauver de tout mal? Pour achever la figure. Moïse, qui était le Dieu de Pharaon , en était en même temps le médiateur. Pharaon lui disait : Priez pour main. Et à la prière de Moïse , Dieu détournait ses fléaux, et faisait cesser les plaies de l'Egypte. Ainsi Jésus, qui est notre Dieu, est en même temps wo^re médiateur*, notre intercesseur tout-puissant , à qui Dieu ne refuse rien : et il n'y a point d'autre nom par lequel nous devions être sauvés 9. Rlettons donc notre confiance en Jésus, qui est tout ensemble et Dieu et médiateur, d'autant plus grand , et au-dessus de Moïse , que Moïse n'est Dieu que pour envoyer des plaies temporelles ; et qu'il n'est médiateur que pour les détourner : mais Jésus passe en bienfaisant et guérissant tous les malades «°. Il

' Ps. Lxxxi, 6. — » Exod. IV, y, vi, Vli et seq. — î Joan. i, 3. — ♦ Rom. IX, 5. — » Heb. UI, 5 , 6. — « Coloss. ii, 9. — • £xwL vui, 8. — » /. Tm. n, 6. Heb. ix, 13, 24. — » Act. rv, n. — •• ibid. x« 38.

ne déploie sa puissance que pour montrer ses bon. tés : et les plaies qu'il détourne de nous sont les plaies de l'esprit. Mettons-nous entre ses mains sa< lutaires; il ne demande autre chose, sinon qu'o» le laisse faire : dès lors il nous sauvera , et le salai est son œur)re • .

IVe ÉLÉVATION.

• La Pâque, et la délivrance du peuple.

Dieu établit en même temps deux monuments immortels de la délivrance de son peuple, dont l'un fut la cérémonie de la Pâque, et l'autre la sanctification des premiers-nés qu'il voulut qu'on lui consacrât ».

C'est qu'il devait envoyer la nuit son ange exterminateur, qui devait remplir toutes les familles des Egyptiens de carnage et de deuil, en frappant de mort tous les premiers-nés , depuis celui du roi qui était assis sur le trône, jusqu'à celui de l'esclave enfermé dans une prison, et de tous les animaux 3, Après cette dernière plaie , les Égyptiens, qui craignirent leur dernière désolation , n'attendirent plus les prières des Israélites, mais les contraignirent à sortir. Pendant cette désolation des familles égyptiennes, auxquelles l'ange vengeur coupait la tête comme d'un seul coup, les Israélites furent conservés , mais par le sang de l'agneau pascal. Prenez, dit le Seigneur 4, un agneau qui soit sans tache, en figure de la justice parfaite de Jésus. Il faut que, comme Jésus, cet agneau soit immolé , soit mangé : Trempez un bmquet d'hysope dam le sang de cet agneau immolé : frottezen les poteaux et le chapiteau avec le seuil de ix>s portes. Le Seigneur passera la nuit pour exterminer les Égyptiens ; mais il passera outre, quand il verra à la poi'te des maisons la marque du sang. Dieu n'avait pas besoin de cette marque sensible, pour discerner les victimes de sa colère : elle n'était pas pour lui , mais pour nous : et il voulait nous nwrquer que le sang du véritable agneau sans tache serait lecaractère sacré qui ferait la séparation entre les enfants de l'Egypte , à qui Dieu devait donner la mort , et les enfants d'Israël , à qui il devait sauver la vie.

Portons sur nos corps, avec saint Paul, la mortification de Jésus 5, et l'impression de son sang, si nous voulons que la colère divine nous épargne. Tout est prophétique et mystérieux dans l'agneau pascal. On n'en doit point briser les os , en figure de Jésus-Christ , dont les os furent épargnés sur la croix , pendant qu'on les cassait à ceux qu'on avait crucifiés avec lui. Il le faut manger en habit de voyageur, comme gens qui passent, qui ne s'arrêtent à rien , toujours prêts à partir au premier ordre : c'est la posture et l'état du disciple de Jésus ; de celui qui mange sa chair ; qui se nourrit de sa substance ; dont il est la vie , et selon le corpi et selon l'esprit. Mangez-le vite , car c'est la vie-

' P». lu, 9. — ' Ex. \n et xni.

5, 7 « «J. — 5 Jl. Cor. rv, 10.

^Ibid. XJI,29. — « Ibid.

ÉLÊVATlOiNS SUR LES MYSTERES.

lime du passage du Seigneur ' ; il ne doit y avoir lien de lent ni de paresseux dans ceux qui se nourrissent de la viande que Jésus nous a donnée. Il en faut dévorer la tête , les pieds et les intestins : il n'en faut rien laisser ; tout y est bon et succulent; et non-seulement la Xéle ot les intestins , qui signifient ce qu'il y a en Jésus de plus intérieur et de plus sublime , mais encore les pieds , c'ekt-àd ire ce qui parait de plus bas et de plus infirme ,ses souffrances, ses tristesses, ses frayeurs, les troubles de sa sainte âme, sa sueur de sang , son agonie : car tout cela lui est arrivé pour notre salut et pour notre exemple. IN'ayez donc aucun doute sur sa faiblesse, ne rougissez d'aucune de ses humiliations : une ferme et vive foi dévore tout. Au reste , n'y cherchez point des douceurs sensibles; cet agneau doit être mangé avec des herbes araères et sauvages , avec un dégoût du monde et de ses plaisirs; et même, si Dieu le veut, sans ce goût sensible de dévotion , qui est encore impur et charnel. Tel est le mystère de la Pâque.

Faites encore , en mémoire de votre étemelle délivrance, une autre sainte cérémonie : consacrez a u Seigneur vos premiers-nés » , qu'il vous a sauvés. Offrez-lui les vœux, les prémices de votre jeunesse ; chaque jour vos premiers désirs et vos premières pensées : car c'est lui qui les préserve de la corruption , et qui les conserve pures et eatières. N'attendez pas à la fin de l'âge , ni de la force, pour lui ofirir de malheureux restes de votre vie , et les fruits d'une pénitence stérile et tardive. C'est ce que demande le Seigneur : l'Éternel, le Tout- Puissant ne veut rien de faible , ni de vieux.

ye ÉLÉVATION.

La mer Roage.

Le passage de la mer Rouge ^ nous fait voir des oppositions à notre salut , qui ne peuvent être vaincues que par des miracles. On passerait aussitôt la mer à pieds secs , qu'on surmonterait ses iiiauvais désirs et son amour-propre : mer orageuse et profonde , où il y a autant de gouffres que de passions, qui ne disent jamais : C'est assez ^. L'Égyptien périt où l'Israélite se sauve. L'Évangile est aux uns une odeur de vie à vie, et aux autres une odeur de mort à mort ^. L'JÈglise se sauve à travers la mer Rouge, quand elle arrive à la paix par les persécutions, qui , loin de l'abattre, l'affermissent. Les méchants périssent sous les châtiments de Dieu , et les bons s'y épurent , comme dit saint Paul : pour les saints , la mer Rouge est un baptême; pour les méchants, la mer Rouge est un abîme et un sépulcre.

Délivrés des maux de cette vie, et passés comme à travers d'une mer immense à la céleste patrie , nous chanterons avec les saints le cantique de Moïse , serviteur de Z)ie« fi; c'est-à-dire le cantique de la délivrance , semblable à celui que Moïse et tout

' Exod. xn, 11. — ^ Ib. \m, 2. — ' Ibid. xiv, 21, 22, 23. . . * l'rev. ix\, 15, 16. — => //. Cvr. ><, Ifi. — « Apoc. xr, ;*■

Israël chantèrent après le passage de la mer Rouge • ; et le cantique de l'agneau qui nous a sauvés parson sang, en disant, comme il est écrit dans l'Apo- •alypse » : f'os œuvres sont grandes et admirables , Seigneur Dieu tout-puissant, vos voies sont justes et véritables, Hoi des siècles. Qui ne tous craindra, Seigneur, et qui ne glorifiera votre nom? parce que vous êtes le seul saint et le seul miséricordieux : toutes les natUms viendront, et vous rendront leurs adorations , parce que vos Jugem^its sont manifestés dans la paix de votre Église, dans la punition exemplaire des tyrans ses ennemis , dans le salut de vos saints.

Vie ÉLÉVATION.

Le désert : durant le cours de cette vie on va de péril en péril, et de mal en mal.

En sortant de la mer Rouge , le peuple entra dans un désert affreax 3 , qui représente tout l'état de cette vie , où il n'y a ni nourriture , m rafraîchissement , ni route assurée ; dans un sable immense , aride et brûlant , dont l'ardente sécheresse produit des serpents , qui tuent les malheureux voyageurs par des morsures mortelles. Tout cela se trouve dans cette vie : on y meurt de faim et de soif, parce qu'il n'y a rien ici-bas qui nous sustente etneus rassasie : on s'y perd, on s'y déroule; comme dans une plaine vaste et inhabitée, où il n'y a ni vallon ni coteau , et où les pas des hommes n'ont point marqué de sentier. Ainsi, dans notre ignorance , nous allons errants en cette vie , sans rien avoir qui guide nos pas : nous y entrons sans expérience , et nous ne sentons notre égarement que lorsque , entièrement déroutés , nous ne savons plus par où nous redresser ; nous tombons dans le pays des serpents brûlants 4 , comme les appelle Moïse; c'est-à-dire dans nos brûlantes cupidités, dont le venin est un feu qui se glisse de veine en veine , et nous consume.

A ces quatre maux du désert , Dieu a opposé quatre remèdes. Il oppose la manne ^ , à la faim; l'eau déooulée de la pierre ^ , à la soif ; aux erreurs durant le voyage , la colonne de nuée , lumineuse pendant la nuit 7 ; et aux serpents brûlants , le serpent d'airain » : toutes choses qui nous figurent Jésus.

Nous nous trouvons comme le prodigue dans une région où nous périssons faute de nourriture : les \iandes de ce pays n'ont rien de solide 9. Dieu nous envoie la manne , qui est Jésus-Christ qui nous donne la manne cachée.... que personne ne connaitque celui qui en goûte '°. La manne cachée sont les consolations spirituelles ; la manne cachée, c'est la vérité; la manne cachée, c'est le sacré corps de Jésus. Cette divine nourrit'jj-e paraît mince et légère • à ceux qui n'ont pas la foi , et a qui rien ne paraît solide que ce qui est palpable , sensible et corporel ; en sorte qu'ils croient ne rien

' Exod. XV, I. — » ^poc. XV, 3. — 3 Ex. XT, 22. —* Akbi. XXI, 6. —» Ex. XVI. 14, 15, 16. — « A'ttWi. XX, 10, II, 12. — ' Ex. XIII, 21 , 22. - » iVum. XXI, 6, 8, 9. — » £x. m, 3, •\ 15. — I» ^p(K. •.,, 17. — *^Ifum. XXI, 6.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

avoir quand Us ne voient devant eux que les biens spirituels et invisibles : mais pour ceux qui ont le goQt (le la vérité, cette nourriture leur paraît la seule solide et substantielle : c'est le pain du ciel ', le pain dont se nourrissent les anges * : pain céleste, qui n'est autre chose que Jésus-Christ qui est le Verbe du Père, sa raison, sa vérité , sa sagesse. Outre la faim, nous avons la soif : et quoique, par rapport à l'esprit, la faim et la soif, qui ne sont autre chose que l'amour de la justice , semblent n'être qu'une même disposition, on y peut pourtant faire quelque distinctionde la nourriture solide qui nous sustente, et de la liquide qui nous rafraîchit , et tempère nos désirs ardents. Quoi qu'il en soit , nous trouvons ce doux rafraîchissement en Jésus- Christ , qui promet à la Samaritaine une fontaine jaillissante à la vie éteriielle ^ , et à tout le peuple, des sources , ou plutôt des fleuves deau vive. Si on les boit , on n'a plus de soif ^, et tous les désirs sont contents. Ces sources intarissables , c'est la vérité, la félicité, l'amour divin , la vie éternelle qui se commence par la foi, et s'achève par la jouissance. Ces sources sont en Jésus-Christ ; ces sources sortent de la pierre, du rocher frappé par la baguette de Moïse , c'est-à-dire d'un cœur sec et dur, touché de rimpidsion de la grâce. En un autre sens, ces sources sortent d'un rocher, qui est un ^ des noms qu'on donne à Dieu , en lui disant : Mon Dieu y mon rocher, mon soutien y mon refuge ^^ la pierre solide sur laquelle je m'appuie. Je mettrai dans Slon, dit le prophète ^ , une pierre inébranlable ; et celui qui s'y appuiera par la foi ne sera point ébranlé. Cette pierre, c'est Jésus-Christ : en s'appuyant sur lui on se soutient : en se heurtant contre lui, en s'opposant à sa volonté, à sa doctrine , à sa grâce , à ses inspirations aussi puissantes que douces , on se rompt , on se met en pièces, on tombe d'une grande chute, et on se brise. De cette pierre qui est Jésus-Christ , sortent les eaux delà grâce, les célestes consolations; et dans un amour chaste et pur, les divins rafraîchissements de la foi et de l'espérance. Moïse ne frappa qu'un seul rocher qui demeurait immobile 7 ; mais les ondes qui en découlèrent suivaient partout un peuple qui jamais ne demeurait dans le même lieu. D'où vient cela ? C'est , dit saint Paul ^ , qu'il y avait une pierre invisible e^ spirituelle, dont la corporelle était la ligure, qui les suivait, les accompagnait, leur fournissait des eaux en abondance; et cette pierre invisible, c'était Jésus-Christ. Appuyons-nous sur cette pierre fondamentale , sur ce roc immobile ; n'ayons de volonté que la sienne, ni de soutien que ses préceptes : un éternel rafraîchissement suivra notre foi.

Dans nos erreurs, nous avons pour guide cette colonne de lumière , ce Jésus qui dit : Je suis la lumière du monde; qui me suit ne marche point dans les ténèbres 9. Dans toutes nos actions, ayons

' Joan. vr, SI, 32 et seq. — » Ps. lxxvii, 25. — ' Joan. iv, 13, 14. — 4 Jbid. VU, 38. — * Ps. xvil, 3. — « Is. XXVIII, 16. âom. IX, 3-3. — ' Exod. xvil, 0. Num. XX, 10, II. - • /. Cor. \, •• — ^Joan. vui, 12.

toujours Jésus-Christ en vue : songeons toujours à ce qu'il a fait , à ce qu'il a enseigné , à ce qu'il nous enseignerait à chaque pas , s'il était encore au monde pour y être consulté ; à ce qu'il enseigne à chaque moment par ses inspirations , par des reproches secrets , par les remords de la conscience, par je ne sais quoi qui nous montre secrètement la voie. Prends garde aux sens trompeurs ; marche dans la voie nouvelle, qui est Jésus-Christ.

Contre les serpents brûlants , Dieu a élevé dans le désert le serpent d'airain , qui est Jésus-Christ en croix , comme il l'explique lui-même ' ; Jésus- Christ, qui se présente à nous da7is la ressemblance de la chair de péché ^. Qui le regarde à sa croix pour y croire, pour s'y appuyer, pour l'imiter et le suivre , ne doit craindre aucune morsure du péché. Et élevé de cette sorte , il tire à lui tout lemonde^. O Jésus exalté à la croix! tous les regards sont sur vous : le monde entier met en vous son espérance, le monde qui croit en vous , et que vous avez attiré.

Outre la céleste nourriture de la manne, on trouve encore dans le désert une autre sorte de nourriture. Le peuple charnel se dégoûtait de la manne <, et ne se contentait pas de ce pain du ciel : Dieu pouvait par une juste punition leur soustraire tout aliment, et les laisser dans la faim; mais il a une autre- manière de punir les désirs charnels , en y abandonnant ceux qui les suivent, conformément à cette parole : Dieu les livra aux désirs de leurs cœurs *, à leur concupiscence déréglée. Ainsi il fit souffler un vent impétueux , qui d'au delà de la mer porta des cailles au désert, et les fit comme pleuvoir dans le camp ^. C'est Dieu qui envoie les biens temporels comme les autres ; car il est l'auteur de tout : mais souvent les biens temporels sont un fléau qu'il envoie dans sa colère. C'est ce qui est écrit de ces cailles , nourriture agréable aux sens , mais dont il est dit : Les chairs en étaient encore dans leurs bouches et entre leurs dents ; et voilà que la colère de Dieu s'éleva contre eux, et frappa le peuple d'une grande plaie T. Qu'avait-il fait pour être puni de cette sorte.' Il n'avait fait que se rassasier d'un bien que Dieu même avait envoyé : mais c'était un de ces biens corporels qu'il accorde aux désirs aveugles des hommes charnels , pour les punir. Il punit ensuite cette jouissance déréglée; on ne voit de tous côtés que des sépulcres érigés à ceux qui ont satisfait leur concupiscence : ils en tirent leur nom, on les appelle des sépulcres de concupiscence ^ , parce qu'on y a été enterré en punition des concupiscences qu'on avait voulu contenter, en les rassasiant des biens que Dieu donne, à la vérité, aux sens avides : car tout bien , et petit et grand , et sensible et spirituel , vient de lui ; mais dont il ne veut pas qu'on s'assouvisse.

Ne nous laissons pas repaître à ces biens troni peurs : vrais en eux-mêmes , bons en eux-mêmes

• Joan. m, 14. — » Rom. vni, 3. — ^ Joan. xu, 32. — ♦ fis XVI, 12, la. Num. XI, 4, 6, 6. — * Ps. LXXX, 13. -» « iVtt». XI, 31 , 3({. - 1 1hid. XI, 33. — « Ibid. 34.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

puisque tout ce que Dieu fait est vrai et bon; mais trompeurs et empoisonnés par le mauvais usage que nous en faisons. Nourrissons-nous de la manne. Si toutefois il nous arrive de perdre durant quelque temps le goût de cette céleste nourriture (car Dieu le permet souvent pour nous exercer et éprouver notre foi) , n'en revenons pourtant pas aux désirs charnels : mais en attendant que Dieu réveille ce goût céleste , demeurons en humilité et en patience.

Vile ÉLÉVATION.

La loi sar le mont Sinal.

Quand Dieu voulut donner la loi à Moïse sur le mont de Sinaï, il fit quatre choses importantes. Il descendit au bruit du tonnerre et des trompettes. Toute la montagne parut en feu , et on y vit éclater la flamme dans un tourbillon de fumée. Dieu grava le Décalogue sur deux tables de pierre. Il prononça les autres articles de la loi d'une voix haute et intelligible, qui fut entendue de tout le peuple '.

Pour publier la loi évangélique , il renouvela ces quatre choses , mais d'une manière bien plus excellente. L'ouvrage commença par un grand bruit : mais ce ne fut ni la violence du tonnerre, ni le son aigu des trompettes , comme on l'entend dans un combat : le bruit que Dieu envoya fut semblable à celui d'un vent impétueux, qui figurait le Saint- Esprit, et qui, sans être terrible, ni menaçant, remplit toute la maison * , et appela tout Jérusalem au beau spectacle que Dieu allait lui donner. On vit un feu , mais pur et sans fumée, qui ne parut pas de loin pour effrayer les disciples, mais dont la flamme innocente , sans les brûler ni entamer leurs cheveux , se reposa sur leur tête ^. Ce feu pénétra le dedans, et par ce^ moyen la loi de l'Évangile fut doucement imprimée, non pas dans des pierres insensibles, mais dans un coeur composé de chair, et ramolli par la grâce. Il y eut une parole, mais qui se multipliait d'une manière admirable. Au lieu que sur la montagne de Sinaï Dieu ne parla qu'une seule langue, et à un seul peuple : dans la publication évangélique, qui devait réunir en un tous les peuples de l'univers dans la foi de Jésus- Christ et la connaissance de Dieu; dans un seul discours on entendait toutes les langues, et « chaque « peuple entendit la sienne^. » Ainsi Jésus établit sa loi bien autrement que Moïse. Croyons , espérons , aimons ; et la loi sera dans notre cœur. Préparonslui des oreilles intérieures, une attention simple, une crainte douce qui se termine en amour.

De dessus du mont Sinaï , Dieu criait : « N'ap- « prochez pas ni hommes , ni animaux ; » il y va de La fie : « et tout ce qui approchera mourra de « moTt*. » Sur la sainte montagne de Sion, Dieu n'approche pas seulement sous la figure d'une flamme lumineuse, mais il entre au dedans du cœur; ce beau feu prend la figure d'une langue ; le Saint-Es-

» Ex. XIX , XX, XXIV, XXXI. — ' Act. ii, l , 2. — » Ibid. s. ^Act. 11,1,6,6,7,8, etc. — ^ Ex.xn, 12, 13,20, 21.

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prit vient parler au cœur des apôtres; et de leur cœur doit sortir la parole qui convertira tout l'un»* vers.

Ville ÉLÉVATION.

L'arche d'alliance.

« Il n'y a point de nation qui ait des dieux s'ap- « prochant d'elle , comme notre Dieu s'approche de « nous '. Je serai au milieu d'eux , et j'y habiterai , « et je m'y promènerai » » allant et venant, pour ainsi dire, et ne les quittant jamais. Ainsi le fruit de notre alliance avec Dieu, et de notre union avec lui , est qu'il soit et qu'il habite au milieu de nous: et j'ajoute qu'il y habite d'une manière sensible. Ainsi habitait-il dans le paradis terrestre, allant et venant, et comme se promenant dans ce saint et délicieux jardin. Ainsi a-t-il paru visiblement à nos pères, Abraham, Isaac, et Jacob; ainsi a-t-il paru à Moïse dans le feu du buisson ardent. Mais depuis qu'il s'est fait un peuple particulier, à qui il a donné une loi et prescrit un culte, sa présence s'est tournée en chose ordinaire , dont il a établi la marque sensible et perpétuelle dans l'arche d'alliance.

Par sa figure elle est le siège de Dieu : Dieu repose sur les chérubins et dans les natures intelligentes, comme dans son trône. Aussi y a-t-il dans l'arche deux chérubins d'or qui couvrent de leurs ailes le propitiatoire^, c'est-à-dire la plaque d'or fin qui est regardée comme le trône de Dieu. Il n'y paraissait dessus aucune figure, marque de l'invisible majesté de Dieu, pur esprit, qui n'a ni forme ni figure, mais qui est une vérité purement intellectuelle, oii le sens n'a aucune prise. La présence de Dieu se rendait sensible par les oracles qui sortaient intelligiblement du milieu de l'arche entre les deux chérubins; l'arche en cet état était appelée « l'escabeau des pieds du Seigneur •!. « On lui rendait l'adoration qui était due à Dieu, conformément à cette parole : « Adorez l'escabeau de « ses pieds^ : » parce que Dieu y habitait, et y prenait sa séance. Cétait surj'arche qu'on le regardait, quand on lui faisait cette prière : « Écoutez-nous , « vous qui gouvernez Israël , qui conduisez tout « Joseph comme une brebis , qui êtes assis sur les « chérubins ^. » Quand le peuple se mettait en marche, on élevait l'arche en disant : « Que le Seigneur, a s'élève, et que ses ennemis soient dissipés; et « que ceux qui le haïssent prennent la fuite de- « vaut sa face:. » Quand on allait camper, on descendait l'arche , et on la reposait en disant : « Descen- « dez , Seigneur, à la multitude de votre peuple « d'Israël*. » Dieu donc s'élève avec l'arche, et il descend avec elle : l'arche est appelée le Seigneur parce qu'elle le représentait , et en attirait la présence. C'est pourquoi on disait aux anges , en introduisant l'arche en son lieu : « G princes, élevez « vos portes! élevez-vous, portes éternelles , et le « Seigneurde gloire entrera 9; » et encore : « Entre»,

* Deut. IV, 7. -- ^ Lev. xxvi, II , 12. — ' Ex. xxv, 10. i;. 18, 22. — ♦ /. Par. IXTII], 2. Thren. il, I. — » Ps. xrviis, &. — • Ps. Lxxix, 2. — ' Suvi. X, 35. Pi. lxtii, s. — » Pium. X, .36. — ' Ps. xxili, 7, 8.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

« Seigneur, dans votre repos , vous et l'arche de « votre sanctification'. »

Et tout cela en figure du Seigneur Jésus , dont «aint Paul a dit : Qui est celui qui est monté dans les cieux, sinon celui qui auparavant est descendu dans les plus basses parties de la terre* ? Le même Seigneur Jésus, en montant aux cieux, laisse parmi nous son corps et son sang , et toute son humanité sainte, dans laquelle sa divinité réside corporellement : et ce que l'ancien peuple disait en énigme , et comme en ombre , nous le disons véritablement, en regardant avec la foi le Seigneur Jésus : Vraiment il n'y a point de nation dont ses dieux s' approchent d'elle, comme notre Dieu s'approche denous^.

C'est donc le caractère de la vraie Église et du vrai peuple de Dieu, d'avoir Dieu en soi. Aimons l'Église catholique , vraieÉglise de Jésus-Christ, et disons-lui avec le prophète : // n'ij a que vous où Dieu est •* : vous êtes la seule qui se glorifie de sa présence. Rendons-nous dignes de son approche , et pratiquons ce que dit saint Jacques : Jpprochons-nousde Dieu, et Dieu s'approchera de nous ^. Approchons-nous-en par amour , et il s'approchera de nous par la jouissance qui se commence en cette vie , et se consomme dans l'autre. Amen, amen.

IXe ÉLÉVATION.

Les 8acrilioe& sanglants , et le sang employé partout.

Tout est en sang dans la loi , en figure de Jésus- Christ et de son sang qui purifie les consciences. Si le sang des boucs et des taureaux sanctifie les hommes , et les purge selon la chair (des immondices légales), combienplm le sang de Jésus-Christ, qui s'est offert lui-même par le Saint-Esprit, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes , pour faire que nous servions au Dieu vivant^ !

L'apôtre conclut de la que Jésus est établi médiateur du nouveau Testament par le moyen de sa mort T. Ce qui prouve que la nouvelle alliance est un vrai testament : A cause qtte comme le testament n'a de force que par la mort du testateur, ainsi la loi et l'alliance de l'Évangile n'a de force que parle sang de Jésus- Christ.

De là vient aussi que l'ancien Testament a été consacré par le sang des victimes, dont l'aspersion , après la lecture de la loi , fut faite sur le livre même , sur le tabernacle, sur tous les vaisseaux sacrés , et sur tout le peuple, en disant : C est ici le sang du Testament que Dieu a établi pour vous. Ainsi toute la loi ancienne porte le caractère de sang et de mort, en figure de la loi nouvelle établie et confirmée par le sang de Jésus-Christ. C est pourquoi , continue saint Paul , dans l'ancienne loi tout est presque purifié par le sang , sans lequel il n'y a point de rémission de péchés^.

• //. Par. VI, 41. Ps. CXXXI, 8. — » Eph. rv, 9, !0. — • Deut. IV, 7. — * Is. XLV, 14. — » Jac. iv, 8. — « Heb. IX, 13, 14,22.—' Ibid. 15, 16, 17.—» Heb. •^, 18, 19, 20,21, •2. kxod. XXIV, 8.

Nous devons donc regarder les mystères de Jésus-Christ avec une sainte et religieuse horreur , en y respectant le caractère de mort , et encore d'une mort sanglante, en témoignage de la violence qu'il se faut faire à soi-même, à l'exemple de Jésus-Christ , pour avoir part à la grâce de la nouvelle alliance , et à l'héritage des enfants de Dieu.

Personne que le seul pontife ne pouvait entrer dans le Saint des saints oh était l'arche , et il n'y entrait qu'une fois l'année : mais c'était en vertu du sang de la victime égorgée , dans lequel il trempait ses doigts pour en jeter contre le propitiatoire , et expier le sanctuaire des impuretés qu'il contractait au milieu d'unpeuple prévaricateur'. Ainsi ce qu'il y avait de plus saint dans la loi , qui était l'arche et le sanctuaire, contractait quelque iinmondice au milieu du peuple , et il fallait le purifier une fois l'année , mais le purifier par le sang. Purifions donc par le sang de Jésus-Christ le vrai sanctuaire , qui n'est pas fait de main d'homme, c'est-à-dire notre conscience; la vraie arche du Testament , et le vrai temple de Dieu , c'est-à-dire notre corps et notre âme : et ne croyons point pouvoir avoir part au sang de Jésus , si nous-mêmw nous ne répandons en quelque sorte notre sang par la mortification , et par les larmes de la pénitence-

Jésus, à qui le ciel était dû comme son héritage par le titre de sa naissance , étant établi, comme dit saint Paul , l'héritier de toutes choses », il y a voulu entrer pour nous comme pour lui. S'il n'avait à y ehtrer que pour lui-même, il n'aurait pas eu besoin d'y entrer par le sang d'un sacrifice : mais afin d'y entrer pour nous qui étions pécheurs , il a fallu nous purifier, et expier nos péchés par une victime innocente, qui était lui-même.

Il était donc tout ensemble le pontife qui nous devait introduire dans le sanctuaire, et la victime qui devait expier nos fautes : c'est pourquoi il n'est pas entré dansle sanctuaire par un sang étranger, mais par son propre sang^. Pontife saint qui 7i'avaitpoint à prier , comme celui de la loi , pour lui-même , pour ses ignorances et pour ses pochés , mais seulement pour les nôtres et ceux du peuple^; i\ nous a ouvert la porte : victime innocente et pure , il a pacifié par son sang le ciel et la terre ^ ; et pénétrant dans le ciel ^ , il nous en a laissé l'entrée libre.

Entrons donc avec confiance dans cet héritage céleste : et nous souvenant de ce qu'il en a coûté à Jésus pour nous en ouvrir la porte , que nos péchés nous avaient fermée , ne nous plaignons pas de ce qu'il nous en doit coûter à nous-mêmes.

C'était à ce jour solennel où le pontife entrait dans le sanctuaire, qu'on offrait ces deux boucs, dont l'un était immolé pour le péché, et l'autre qu'on appelait le bou£ émissaire. Après que le pontife avait mis les mains sur lui , et en même temps confessé avec exécration et imprécation sw la têt0 de cet animal les péchés de tout le peuple , il était

• yfar. XXX, 10. LevtL XVl, 2, 3, 14, 16. Heh. IX, 7. — » Heh. I, St. — » Ibid. IX, Il , 12, 14. 2i, 25. — « Heb. vu , 26, 27. ' ~. ' Çolass. I, 2«. — « Ucb. IV, I i.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

envoyé dans le désert • , comme pour y être la proie d*5 bétes sauvages. Ces deux ligures représentaient notre Seigneur , en qui Dieu a 7)iis les iniquités de nous tous*. Chargé donc de tant d'abominations, il a été séquestré du peuple, et, comme remarque saint Paul, il a soujjert hors de la porte de Jérusalem ^ , comme excommunié de la cité sainte à cause de nos péchés qu'il portait. Mais c'était nous qui étions les véritables excommuniés , et l'anathème de Dieu. Sortons en humilité de la société sainte; et, pour nous délivrer de la malédiction qui nous poursuit , unissons-nous à celle de Jésus-Christ, qui a été fait anathème et malédiction pour nous; comme dit saint Paul •» , conformément à cette parole : Maudit celui qui a été pendu à une croix ^ ! Reconnaissons-nous exclus de tout bien et de toute la société humaine par nos péchés : la croix, une mort douloureuse , et lignominie d'un honteux supplice, est notre partage. Quoi! en cet état nous pourrions nous plaindre d'être pauvres, méprisés, outragés, sans songer de quoi nos péchés nous ont rendus dignes ?Nous sommes dignes de tout opprobre, de toute misère, pour avoir péché contre le ciel , et avoir été rebelles contre Dieu. Ne nous plaignons donc jamais des misères que Dieu nous envoie : mais sortons hors du camp avec Jésus ; et allons nousunir h\m portant ses opprobres^ rassurés que ce n'est qu'en nous unissant à ses peines , à ses ignominies , à son anathème , à sa malédiction, que nous serons délivrés de la nôtre.

X« ÉLÉVATION

Le campement et la patrie.

Une des plus bellescirconstances de la délivrance des Israélites , c'est qu'on ne logeait point dans les déserts où ils furent conduits; on y campait, on y était sous des pavillons t; et sans cesse on enveloppait et on transportait ces maisons branlantes. Figure du christianisme, oîi tout fidèle est voyageur. Gardons-nous bien de nous arrêtera quoi que ce soit : passons par dessus : et toujours prêts à partir, toujours aussi prêts à combattre, veillons comme dans un camp. Qu'on y soit toujours en .sentinelle. Dans les camps vulgaires il y a plusieurs sentinelles disposées , afin que, toujours prêts à s'éveiller au premier signal , les soldats dorment un court somme, sans seplongertout à fait dans le sommeil. Il y a plus, dans le campement de la vie chrétienne, chacun doit toujours veiller : chacun , en sentinelle sur soi-même , doit toujours être sur ses gardes contre un ennemi qui ne clôt point l'œil , et qui toujours rôde autour de nous pour nous dévorer ^. Ne nous fions point au repos qu'il semble quelquefois nous donner : avec lui il n'y a ni paix, ni trêve, ni aucune stlreté que dans une veille perpétuelle.

Ainsi donc campait Israël. Il supportait ce travail , pour enfin arriver à cette terre coulante de miel et de laits, tant de fois promise à leurs pères.

' Lxv. XVI, 2, 5, 7. — * /*. LIU, 6.-3 Heh. XIII, 12. — *Gal. va, IS. — » Deut. XXI, 23. — • Heb. xit, 13. - ' ISum. I, 52. U, 34. — • i. Pet. V, 8. — » \uai. jm, 28.

C'était pour y introduire ce peuple que Moïse l'avait tiré de l'Egypte, et lui avaitfaitpasseriatner Rouge. Mais, ô merveille de la divine sagesse! aucun de ceux qui s'étaient mis en'marche sous Moïse pour arrivera cette terre, n'y entra , excepté deux'. Moïse même ne la salua que de loin, et Dieu lui dit : Tu t'as vue de tes yeux, et tu n'y entreras pas: et Moïse mourut a l'instant , par le commandement du Seigneur*. Afin qu'on entre dans la terre promise , il faut que Moïse expire , et que la loi soit enterrée avec lui dans un sépulcre inconnu aux hommes ; afin qu'on n'y retourne jamais , et que jamais on ne se soumette à ses ordonnances. L'ancien peuple qui a passé la mer Rouge, et qui a vécu sous la loi , n'entre pas dans la céleste patrie : la loi est trop faible pour y introduire les hommes.

Ce n'est point Moïse , c'est Josué , c'est Jésus (car ces deux noms n'en sont qu'un) qui doit entrer dans la terre, et y assigner l'héritage au peuple de Dieu '. Qu'avait Josué de si excellent, pour introduire le peuple à cette terre bénie, plutôt que .Moïse? Ce n'était que son disciple , son serviteur , son inférieur, en toutes manières : il n'a pour lui que le nom de /e*M5 ; et c'est en la figure de Jésus qu'il nous introduitdans la patrie. Entrons donc, puisque nous avons Jésus à notre tête; entrons à la faveur de son nom dans la bienheureuse terre des vivants : Je vais, dit-iM, vous préparer le lieu /j'assignerai à chacun le partage qui lui a été destiné: il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Jésus , notre avant-coureur, est entré pour nous^; et l'entrée nous est ouverte par son sang. Dépéchons-nous donc d'entrer dans ce repos éternel 6 : dépêchons-nous , n'ayons rien de lent. La voie qui nous est ouverte , dit saint Augustin , ne soufre point de gens qui reculent, ne souffre point de gens qui se détournent y ne souffre point de gens qui s'arrêtent; et si l'on n'avance toujours dans un si roide sentier sans faire de continuels ef< forts , on retombe de son propre poids.

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