XV SEMAINE
LA NATIVITÉ DU SAINT PfiÉCUKSEUH.
PREMIÈRE ÉLÉVATION^ On accourt des environs.
l£ terme d'Elisabeth étant accompli, les voisins et ses parents accoururent pour célébrer la miséricorde que Dieu avait exercée (en lui ôtant sa stérilité), et s'en réjouir avec elle '. Les vraies congratulations des amis et des parents chrétiens, doivent avoir pour objet la miséricorde que Dieu nous a faite : sans cela , les compliments n'ont rien de solide , ni de sincère, et ne sont qu'un amuse- ' ment.
Dieu dispose avec un ordre admirable tout le tissu de ses desseins. Il voulait rendre célèbre la naissance de saint Jean-Baptiste, oii celle de son Fils devait aussi être célébrée par la prophétie de Zacharie ; et il importait aux desseins de Dieu , que celui qu'il envoyait pour montrer son Fils au monde fût illustré dès sa naissance : et voilà que, sous le prétexte d'une civilité ordinaire, Dieu amasse ceux qui devaient être témoins de la gloire de Jean- Baptiste, la répandre et s'en souvenir. Car « tout « le monde était en admiration ; « et les merveilles qu'on vit paraître à la naissance de Jean-Baptiste , « se répandirent dans tout le pays voisin : et tous « ceux qui en ouïrent le récit , le mirent dans leur « cœur, en disant : Que pensez-vous que sera cet « enfant.' Car la main de Dieu est visiblement avec n lui ». » Accoutumons-nous à remarquer , que les actions qui paraissent les plus communes , sont secrètement dirigées par l'ordre de Dieu , et servent à ses desseins, sans qu'on y pense; en sorte que rien n'arrive fortuitement.
ir ÉLÉVATION.
La circoncision du saint précurseur, et le nom qui lui est donné.
« Le huitième jour, on vint circoncire l'enfanl; « et ils lui donnaient le nom de son père , Zacha-
' Lue. 1 , 37, 58. — ' Ibid. 63 , C6.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES
• rif : mais Elisabeth répondit que son nom était « Jean. On lui remontrait que personne n'avait ce « nom dans leur parenté : et en même temps ils « demandèrent par signes à son père , quel nom il « lui voulait donner ; et il écrivit sur des tablettes, « que Jean était son nom' ». On connut donc, par le concours du père et de la mère à lui donner ce nom extraordinaire dans la famille, qu'il était venu d'en-haut : « Et tout le monde était étonné. Le nom de Jean signifie grâce , piété, miséricorde : et Dieu avait destiné ce nom au précurseur de sa grâce et de sa miséricorde.
Il paraît que Zacharie, à qui on ne parlait que « par signes» , « n'était pas seulement devenu muet par son incrédulité, mais que l'ange l'avait encore frappé de surdité : mais l'ouïe lui fut tout à coup rendue avec la parole , quand il eut obéi à l'ange , en donnant à son fils le nom de Jean. L'obéissance guérit le mal que l'incrédulité avait causé : à l'instant celui qui n'entendait rien que par signes , et ne pat-lait qu'en écrivant , eut « la bouche ouverte , » et entonna ce divin cantique.
UP ÉLÉVATION
Le canliqae de Zacharie. Première partie : qaels sont les ennemis dont Jésus-Christ nous délivre, et quelle est la justice qu'il nous donne.
« Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël ^. » C'est , après être demeuré longtemps muet, une soudaine exclamation pour exprimer les merveilles qu'il avait été contraint de resserrer en lui-même, touchant le règne du Christ qui était venu, et qui bientôt allait paraître. C'est ce qu'il voit dans son transport; et il voit en même temps la part qu'aura son fils à ce grand ouvrage , qui sont les deux parties de cet admirable cantique.
C'est pour la gloire de Jésus-Christ le témoignage d'un prêtre célèbre paniîi le peuple, et aussi savant que pieux. C'est pourquoi toutes les paroles de son cantique ont de doctes et secrets rapports aux promesses faites à nos pères^ et aux anciennes prophéties.
Il commence donc par bénir ce Dieu : « Parce « qu'il a visité son peuple, et en a opéré la rédemp- « tion, » en lui envoyant son Fils, en qui « il nous « a élevé un puissant Sauveur dans la maison de « David son serviteur 4. » Voilà comme tout le monde connaissait que le Fils de Marie par elle sortait de David, et en héritait la royauté.
Le mot de « corne » dont il se sert, est un mot de magnificence et de terreur, qui dans le style de lÉcriture signifie la gloire , et en même temps une force incomparable pour dissiper nos ennemis. C'est ce que devait faire le Sauveur sorti de David , pour la rédemption du genre luimain.
Le saint prêtre nous fait voir deux choses dans cette rédemption : la première, sont les maux dont elle nous affranchit : et la seconde , sont les grâces qu'elle nous apporte.
Premièrement donc : » Il avait promis par la bou- « che de ses prophètes , qu'il nous délivrerait de « nos ennemis et de ceux qui nous haïssent • . » Quels sont les ennemis dont nous devons être délivrés? Ce sont , avant toutes choses , les ennemis invisibles qui nous tenaient captifs par le péché , par nos vices, et par tous nos mauvais désirs : ce sont là nos vrais ennemis, qui seuls aussi peuvent nous perdre. Jésus-Christ nous délivre aussi des ennemis visibles, en nous apprenant non -seulement à ne les craindre plus , mais encore à les vaincre par la charité et par la patience , selon ce que dit saint Paul » : « ^'e vous laissez pas vaincre par le « mauvais , mais surmontez le mauvais par l'abon- « dancedu bien : » soigneux de gagner par la charité vos frères qui vous persécutent ; « et entassant des n charbons sur leurs têtes, « pour les échauffer et fondre la glace de leurs cœurs endurcis.
C'est ainsi que le Sauveur nous apprend à vaincre nos ennemis. Mais s'il faut qu'ils soient vaincus manifestement, Dieu les mettra à nos pieds d'une autre sorte, comme il y a mis les tyrans persécuteurs de l'Église : et si les Juifs avaient été fidèles à leur Messie , je ne doute pas que Dieu ne les eût tirés de leur servitude d'une manière éclatante , pour les faire marcher sans crainte, et servir Dieu en paix.
Quand donc Dieu fait prospérer son peuple contre les ennemis qui les oppriment ; qu'ils regardent ces heureux succès comme une grâce du libérateur qui leur est venu , et qu'ils en profitent pour mieux servir Dieu : autrement, et s'ils en abusent pour mener une vie plus licencieuse, la paix n'est pas une paix sainte et chrétienne , mais un fléau de Dieu plus terrible que la guerre même.
Mais les véritables ennemis dont la défaite nous est promise par le Sauveur, sont les démons, nos vainqueurs dès l'origine du monde; et nos convoitises qui nous font la guerre dans nos membres; et nos péchés qui nous accablent, et nos faiblesses qui nous tuent; et les terreurs de la conscience, qui ne nous laissent aucun repos. Voilà les vrais ennemis, les vrais maux dont Jésus-Christ nous délivre, « pour nous faire marcher sans crainte « en sa présence ^. »
Ce n'est pas assez de nous délivrer des maux : le règne de Jésus-Christ nous apporte la sainteté qui doit avoir deux qualités. La première est exprimée par ces paroles, « afin que nous servions « en sainteté et en justice devant lui ^ : » e'est-àdire dans une parfaite et véritable sainteté qui ne soit point extérieure , et aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu. Car dans le règne de Jésus- Christ il ne s'agit pas de purifications extérieures , ni de vaines cérémonies , ni- d'une justice superficielle > : il faut être saint à fond, se tenir sous les yeux de Dieu , faire tout uniquement pour celui qui sonde le fond des canirs, et ne songer qu'a lui plaire. Ce n'est pas assez , et voici la seconde
* Luc. I, 59, 60, 61,62, 63.
6S. — * Uid. 68, 6a.
' Ibid. C2, Ci. — 3 Ibid. ! ' Luc. 1, 70, 71. — ' R(rm. xn , 20, il. — 3 j[,y<;. 1^74, l « Ibid. 76. — » Matth. XT tl XJUU.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
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qualité de la vraie sainteté : il faut persévérer dans cet état : une vertu passagère n'est pas digne de Jésiis-Chrtst. Ceux qui , transportés par la douceur d'une dévotion nouvelle, se retirent à la première tentation, sont ceux qu'il appelle « temporels % » ou justes pour un certain temps , et non pour toujours. La preuve du vrai chrétien est la persévérance ; et la grAce que Jésus-Christ nous apporte est une grâce qui premièrement nous fait vraiment justes devant Dieu, et secondement nous fait justes, persévérants , marchant courageusement et humblement à la fois, sous les yeux de Dieu, durant toute la suite de nos jours.
Commençons donc une vie nouvelle sous le règne de Jésus-Christ : soyons justes à ses yeux , en exterminant pour l'amour de lui toute tache qui offenserait ses regards, et pratiquant une vertu ferme et sévère qui ne se relâche jamais , ni en rien.
IV « ÉLÉVATION
Sur quoi toutes ces grâces sont fondées.
r Pour exercer sa miséricorde envers nos pè- « res, et se souvenir de son alliance sainte, selon « qu'il avait juré à Abraham notre père ^ » Il semble qu'il fallait dire que Dieu exerçait ses miséricordes sur nous en mémoire de nos pères. Mais pour nous ôter davantage toute vue de notre propre justice , et nous faire mieux sentir que nous sommes sauvés par grâce, le saint prêtre aime mieux dire qu'il exerce sa miséricorde envers nos pères qui lui ont plu , qu'envers leurs enfants ingrats : qu'il nous sauve par sa bonté, et non à cause de nos mérites; et pour satisfaire à sa promesse , plutôt qu'en ayant égard à nos œuvres , qui sont si mauvaises.
Ce n'est pas qu'il ne faille croire que Dieu donne des mérites à ses saints ; mais c'est que ces mérites sont des grâces : c'est que la grâce qui nous les donne nous est donnée sans mérite : on a des mérites, quand on est saint; mais pour être saint, il n'y 3 point de mérite : la récompense est due après la promesse; mais la promesse a été faite par pure bonté : la récompense est due encore une fois à ceux qui font de bonnes œuvres ; mais la grâce qui n'est point due , précède afin qu'on les fasse. Enfants de grâce et de promesse, vivez dans cette foi : c'est la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous : « Que « nulle chair ne se glorifie en sa présence : et que « celui qui se glorifie, se glorifie en notre Seigneur ^. »
V« ÉLÉVATION
Quel est le serment de Dieu : et ce qu'il opère.
« Selon qu'il avait juré à notre père Abraham 4. » Je ne puis mieux exprimer le mystère de ce serinent, que par ces paroles de l'épîtreaux Hébreux 5 : « Dans la promesse que Dieu fit à Abraham, « n'ayant point de plus grand que lui par qui il
? Marc. IV, 18, 17. - ^ Luc. i, 72, 73. - ^ Cor. I, 29, 31. tt < lue. i . 73. — » Heb. VI , 13, 14, 17.
« pût jurer, il jura par lui-même, » comme il est écrit : « J'ai juré par moi-même, dit le Seigneur; » et ajouta : « Si je ne vous comble de bénédictions , « et si je ne multiplie votre race jusqu'à l'infini ' : » suppléez, je serai un menteur, moi qui suis la vérité même. «Abraham, » continue l'apôtre», « ayant « attendu avec patience , a obtenu l'effet de cette « promesse; car comme les hommes jurent par « celui qui est plus grand qu'eux , et que le ser- « ment » où ils font entrer la toute-puissance et la vérité de Dieu dans leur engagement, « est la plus « grande assurance qu'ils puissent donner pour « terminerions leurs différends, » dont aussi le serment est la décision : « Dieu voulant aussi faire « voir avec plus de certitude aux héritiers de la « promesse, la fermeté immuable de sa résolution , « a ajouté le serment » à sa parole : « afin qu'étant « appuyés sur ces deux choses inébranlables , par « lesquelles il estimpossibleque Dieu nous trompe » ( c'est-à-dire sur la parole de Dieu, et sur le jurement qui la confirme), « nous ayons une puis- « santé consolation, nous qui avons mis notre re- « fuge dans la possession des biens proposés à notre « espérance. »
Il ne faut point ici de commentaire; il n'y a qu'à écouter toutes ces paroles , et nous en laisser pénétrer. Prenons garde seulement qu'en nous attachant à la promesse, nous ne présumions pas plus qu'il ne nous est promis : Dieu a promis à la pénitence la rémission des péchés ; mais il n'a pas promis le temps de faire pénitence à ceux qui ne cessent d'en abuser.
Vie ÉLÉVATION.
Seconde partie de la prophétie du saint cantique qui regarde saint Jean-Baptiste.
« Et vous , enfant , vous serez appelé le prophète « du Très-Haut 3 ; » son prophète particulier et par excellence : prophète « et plus que prophète 4 , » comme l'appelle le Sauveur, puisque non seulement vous l'annoncerez comme celui qui va venir à l'instant, mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple, comme celui qui est venu *. « Vous mar- « cherez devant le Seigneur pour lui préparer ses « voies ^. » Voilà donc comme Zacharie appelle Jésus-Christ « le Très-Haut, » et, « le Seigneur ; » c'està-dire, dans un seul verset, il l'appelle par deux fois, « Dieu. » Voilà donc le caractère de la prophétie de saint Jean-Baptiste , marqué distinctement par Zacharie, qui est démarcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties; l'une d'isaïe? : « Une « voix est entendue dans le désert : Préparez la « voie du Seigneur ; faites ses sentiers droits. » L'autre de Malachie en confirmation » : «J'enverrai « mon ange; mon envoyé paraîtra, et préparera les
• Gen. xxir, 16, 17, 18. — ^ Heb. y\, 15, 16, 17, 18. — 3 Luc. l, 76. — ' Matth. XI, 9. — ' Joan. l, 15, 26, 27, 3» et seq. — * Luc. I, 76. — ' /s. XL, 3. Matth. m, 3. Marc, i, 3. Luc. ni, 4. — » Malach. Ui, l. Matth. xi, 10. Marc. 1, 2. Luc. vu, 27.
ÉLÉVATIONS SUR LVS MYSTÈRES
» voies devant moi; el le Seigneur que vous cher- « chez viendra dans son temple. »
C'est ainsi que ce docte prêtre établit par les prophètes la mission de son fils, et le propre caractère de son envoi , qui est de préparer les voies du Seigneur : mais il nous va encore expliquer ce que 1- est que préparer les voies du Seigneur : c'est , ditil ■ , de « donner à son peuple la science du salut , « pour la rémission de leurs péchés ; » qui est le propre ministère de saint Jean-Baptiste, dont saint Paul adit dans les Actes, après les évangélistes, que » .lean avait baptisé le peuple du baptême de péni- « tenee; leur disant de croire en celui qui allait « venir, c'est-à-dire en Jésus*. »
Venez donc apprendre la grande science , qui est la science du salut; et apprenons qu'elle consiste principalement dans la rémission des péchés , dont nous avons besoin toute notre vie : en sorte que notre justice est plutôt dans la rémission des péchés , que dans la perfection des vertus.
C'est ce qui a fait dire à saint Paul , après David : « Bienheureux ceux dont sont remises les iniquités , « et dont les péchés sont couverts : bienheureux « à qui le Seigneur n'impute point de péché ^ : » afln que nous entendions que, ne pouvant être sans péché, notre vraie science est celle qui nous apprend à nous en purifier de plus en plus tous les jours, en disant avec David : « Lavez-moi de plus en plus de «mon péché ■<. »
Cette science est en Jésus-Christ , dont il est écrit : « Mon serviteur en justifiera plusieurs dans sa « science, et il portera leurs iniquités ^. » Voilà donc en Jésus-Christ la vraie science delà rémission des péchés , dont il fait l'expiation par son sang , en les portantsurluicommeune victime; mais Jean marche devant lui pour montrer au peuple que c'est en lui que les péchés sont remis.
Passons donc toute notre vie dans la pénitence , puisque la science du salut consiste dans la rémission des péchés ; et ne nous glorifions point d'une justice aussi imparfaite que la nôtre : non qu'elle ne soit véritable, et parfaite à sa manière; mais parce que la plus parfaite en cette vie doit craindre d'être accablée par la multitude des péchés , si elle ne prend un soin continuel de les expier par la pénitence et par les aumônes. C'est la science que prêdiait saint Jean , en criant dans le désert , et faisant retenir toute la Judée de cette voix : « Faites de di- « gnes fruits de pénitence^. »
« Par les entrailles de la miséricorde de notre « Dieu 7 : » c'est uniquement par là que nous trouvons la rémission de nos pécliés; c'est par là, poursuit Zacharie , que « l'Orient nous a visité d'en- «haut. » C'est là un des noms de Jcsus-Christ qu'un prophète appelle en la personne de Zorobabel : « Un homme viendra ; et son nom est l'Orient *. » Ce prophète c'est Zacharie ; et Zacharie, pèrede saint Jean , en répète et en explique l'oracle. Jésus-Christ
' Luc. I, 77. — * Act. XIX, 4. lUnUh. m. II. Marc, i, 4. Luc. III, 8. Jour, i, 26, 31. — ^Ront. iv, 7,8. Ps. XXXI, I, 2. — * P$. L, 3. — » 1$. un. II. — * Malth. il, 8. — ' Luc. l, 7h- — * Ziuh. vj , 12.
est le vrai Orient , lui « qui fait lever sur nous le « vrai soleil de justice', ■ comme disait Malachie : « Pour éclairer, » continue ici Zacharie , « ceux qui sont assis dans les ténèbres, et dans l'oin- « bre de la mort; pour dresser nos pas dans la voie « de la paix >. >
Encore qu'on ne vous parle que de la rémission de vos péchés, et qu'elle soit toujours nécessaire durant tout le cours de cette vie; ne croyez pas que la justice ne soit pas infuse dans vos cœurs par Jésus-Christ. Il n'a pris le nom d'Orient que pour nousmontrerqu'il estpournouséclairerunelumière naissante : « Il était la véritable lumière, qui éclaira « tout homme venant au monde '. » Quand cette lumière eommenceà paraître, elle s'appelle Orient, et c'est un des noms de Jésus-Christ. Comme -jonc la soleil levant ne dissipe les ténèbres qu'en répanoant la lumière dont il embellit l'univers, ainsi le vrai Orient, qui se lève vraiment d'en haut, lorsqu'il sort du sein de sou Père pour nous éclairer, ne noo» "remet nos péchés qu'en nous remplissant de la lumière de la justice , par laquelle nous sommes nousmêmes « lumière en notre Seigneur; car vous a étiez, » dit saint PauM, « les ténèbres » mêmes; « mais à présent vous êtes lumière ; » non point toutefois en vous-mêmes, mais en Jésus-Christ, qui vous apprend à marcher toujours les yeux ouverts , et à dresser incessamment vos regards vers lui , par une bonne et droite intention, dont s'ensuivra dans tout votre corps, dans toute votre personne, une lumière éternelle , et un flambeau lumineux dont TOUS serez éclairé.
a Pour dresser nos pas dans le chemin de la « paix 5. » O paix! le clier objet de mon cœur : ô Jésus; qui « êtes » ma * paix*», » qui me mettez en paix avec Dieu, avec moi-même, avec tout le « monde ; qui, par ce moyen, pacifiez le ciel et la «terre:. » Quand sera-ce, 6 Jésus! quand sera-ce, que par la foi de la rémission des péchés, par la tranquillité de ma conscience, par une douce confiance de votre faveur, et par un entier acquiescement , ou plutôt un attachement , une complaisance pour vos éternelles volontés, dans tous les événements de la vie , je posséderai cette paix qui est en vous, qui TJent.de vous, et que vous êtes vous-même.'
Vir ÉLÉVATION.
Saint Jean au désert dès son enfance.
Venfant croissait, etsoa esprit se fortijkiit , et il était dans le désert , jusqu'au jour de sa manifestation dans Israël^. Ce que Dieu fait dans cet enfantest inouï. Celui qui dès leseindesa mère avait commencé à éclairer saint Jean-Baptiste, etàle remplir de son Saint-Esprit, se saisit de lui des son enfance; et il paraît que dès lors il se retira dans le désert sans qu'on puisse dire à quel âge. Que ne faut-il point penser d'un jeune enfant qu'on voit
• Mal. rr, 2. — ' Luc. i, 79. /s. IX, I, 2. — » Joan. I, ».
— i Ephes. T, 8. — » Luc. i, 79. — « Ephes. U » 14 ' <îl-
lots. I, 2». — * Luc. t, 80.
rj2
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
tout d'un coup , après le grand éclat que fit sa naisiiance miraculeuse, disparaître de la maison de son père, pour être seul avec Dieu, et Dieu avec lui? Loin du commerce des hommes, il n'en avait aucun qu'avec le ciel; il se retire de si bonne heure d'une maison sainte, d'une maison sacerdotale, d'avec des parents d'une sainteté si éminente, élevés au rang des prophètes, dont il devait être la consolation; mais les saints n'en ont point d'autre que de tout sacrifier à Dieu.
Qui n'admirerait cette profonde retraite de saint Jean-Baptiste? Que ne lui disait pas ce Dieu qui était en lui , et pour qui dès son enfance il quittait tout? Que ne lui disait-il point dans ce silence, où il se mettait pour n'écouter que lui seul? La langue, dit saint Jacques », est la source de toute iniquité : qui veut fuir le péché doit fuir la conversation. Ce fut l'esprit de saint Jean-Baptiste qui s'est perpétué dans les solitaires. Une voix fut portée à saint Arsène : Fuis les hommes; oui , si tu veux fuir le péché, et ne pécher point en ta langue. Mais à qui cette parole a-t-elle été dite plutôt qu'à saint Jean- Baptiste poussé au dedans par le Saint-Esprit à se retirer dès son enfance dans le désert?
Tout le reste suivit. Cet homme, dès son enfance, d'une retraite et d'un silence si prodigieux, mène une vie si étonnante ; n'ayant pour tout habit qu'wn rude cilice de poils de c/uimeaux ; une ceinture aussi affreuse sur ses reins ; pour toute nourriture des sauterelles, sans qu'on explique comment il les rendait propres à sustenter sa vie, et du miel sauvage* \, et dans sa soif, de l'eau pure. Le désert lui fournissait tout ; et sans rien emprunter des villes ni des bourgades , il n'eut aucune société avec les hommes mauvais, dont il venait reprendre les vices, et réprimer les scandales.
Cette vie rude et rigoureuse n'était pas inconnue dans l'ancienne loi. On y voit dans ses prophètes les nazaréens qui ne buvaient point de vin^. On y voit dans Jérémie-i les réchabites , qui , non contents de se priver de cette liqueur, ne labouraient ni ne semaient, ni ne cultivaient la vigne, ni ne bâtissaient de maison , mais habitaient dans des tentes. Le Seigneur les loue par son prophète Jérémie, d'avoir été fidèles au commandement de leur père Jonadab ; et leur promet en récompense , que leur institut ne cesserait jamais. Les esséens, du temps même du Sauveur, en tenaient beaucoup. La vie prophétique qui paraît dans Èlie,dans Elisée, dans tous les prophètes, était pleine d'austérités semblables à celle de Jean-Baptiste, et se passait dans le désert, où ils vivaient pourtant en société avec leur famille. Mais que jamais on se fût séquestré du monde, «♦ dévoué à une rigoureuse solitude", autant et d'aussi bonne heure que Jean-Baptiste, avec une nourriture si affreuse , exposé aux injures de l'air, et n'ayant de retraite que dans les rochers; car on ne nous parle point de tentes ni de pavillons ; sans secours ,
» Jae'. m, 6. — * Matlh. m, 4. — ' Num. xi, \ et leq. Jrnl. Xin, 6, 7. Threc. iv, 7. Amos, u, li. I. Manh. m, 4f). -^ • Jerem. xxxv, 5, 6, 7 t'/ seq.
sans serviteurs, et sans aucun entretien : c'est dt quoi on n'avait encore aucun exemple.
C'est une autre sorte de prodige, que Jean- Baptiste qui avait senti sur la terre le Verbe incarné dès le sein de sa mère , et à qui son père avait prédit qu'il en serait le prophète, et lui devait préparer les voies, ne quittapoint son désert pour l'aller voir parmi les hommes. Il le connaissait si peu, qu'il fallut que le Saint-Esprit lui donnât un signe pour le connaître, quand le temps fut arrivé de le manifester au monde. Pousser la retraite jusqu'à se priver de la vue et de la conversation de Jésus-Christ, c'est une sorte d'abstinence plus divine et plus admirable que toutes celles que nous avons vues dans saint Jean-Baptiste. II savait que le Verbe opère invisiblement, etdeloincommedeprès;il s'occupait de ses grandeurs qu'il devait prêcher ; il l'adorait dans le silence, avant que de l'annoncer par sa parole; il l'écoutait au dedans; il s'enrichissait de son abondance, de sa plénitude, avant que d'apprendre aux hommes à s'en approcher. Que ne pensait-il point enattendantce Dieu, (fie personne n'avait vu; mais qne, son fils unique qui était dans S071 sein venait an7ioncer » ? C'est ce que saint Jean devait prêcher; c'est ce qu'il contemple en secret; et ne demande à voir ce Fils unique, que dans le temps que Dieu le ferait paraître pour le montrer, et lui préparer les voies. Ainsi attaché aux ordres de Dieu, sans s'ingérer de quoi que ce soit, sans aucun empressement de paraître, il passa sa vie dans le désert jusqu'à ce que l'heure destinée de Dieu pour sa manifestation en Israël fût arrivée.
IMourez , orgueil humain; mourez, curiosité ,^ empressement , désir de paraître : si vous voulez préparer la voie à Jésus, et l'introduire dans vos cœurs, mourez tous à la gloire humaine. Mourez-y principalement, solitaires sacrés, imitateurs de saint Jean-Baptiste et des prophètes : puissiez-vous aimer la vie séparée , quitter les villes , aimer le désert ; vous en faire un dans les villes mêmes , et recevoir la bénédiction des enfants de Jonadab , fidèles aux institutions de leur père ! Mais nous , fidèles , soyons-le donc à plus forte raison aux commandements sortis de la bouche de Dieu. Si les réchabites , si les moines , ont avec raison tant de scrupule, tant de honte de manquer à leurs règles , combien devons-nous trembler à manquer à la loi de Dieu , dit le Seigneur par la bouche de son prophète Jérémie * 1
' Joan. I, 18. — ' Jerem. XXXV, 13, M «ï*e«
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
XVP SEMAINE.
tJL NATIVITE DB JBSDS-CHRIST.
PREMIÈRE ÉLÉVATION
Songe de saint Joseph.
A quelle épreuve Dieu ne met-il pas les âmes saintes ! Joseph se voit obligé à abandonner , comme une épouse infidèle , celle qu'il avait prise comme la plus pure de toutes les vierges • ; et il était prêt à exécuter une chose si funeste à la pureté de la mère, et à la vie de l'enfant. Car ne pouvant être long-temps sans découvrir la grossesse de la sainte Vierge, que pouvait-il faire l'ayant aperçue; sinon de la croire une grossesse naturelle ? Car de soupçonner seulement ce qui était arrivé par l'opération du Saint-Esprit, c'était un miracle dont Dieu n'avait point encore donné d'exemple , et qui ne pouvait tomber dans l'esprit humain.
// était Juste » ; et sa justice ne lui permettait pas de demeurer dans la compagnie de celle qu'il ne pouvait croire innocente. Tout ce qu'on pouvait espérer de plus doux de la bonne opinion qu'il avait conçue avecraison desa chaste épouse , était, comme il le méditait, sans la diffamer, de la renvoyer secrètement. C'était , dis-je , ce qu'on pouvait espérer de plus doux ; car pour peu qu'il se fût livré à la jalousie , qui est dure comme [enfer ^ , à quel excès ne se fût-il pas laissé emporter! Sa justice même l'aurait flatté dans sa passion ; et sous une loi toute de rigueur , il n'y a rien qu'il n'eût pu entreprendre pour se venger. Mais Jésus commençait à répandre dans le monde l'esprit de douceur , et il en fit part à celui qu'il avait choisi pour lui servir de père.
Joseph , le plus modéré comme le plus juste de tous les hommes, ne songea seulement pas à prendre ce parti extrême , et voulait seulement quitter en secret celle qu'il ne pouvait garder sans crime. Cependant, quelle douleur de se voir trompé dans l'opinion qu'il avait de sa chasteté et de sa vertu! de perdre celle qu'il aimait , et delà laisser sans secours , en proie à la calomnie et à la vengeance publique! Dieu lui aurait pu éviter toutes ces peines, en lui révélant plus tôt le mystère de la grossesse desa chaste épouse; mais sa vertu n'aurait pas été mise à l'épreuve qui lui était préparée; nous n'eussions pas vu la victoire de Joseph sur la plus indomptable de toutes les passions ; et la plus juste jalousie qui fut jamais n'eût pas été renversée aux pieds de la vertu.
Nous^ oyons par le même moyen la foi de Marie. Elle voyait la peine qu'aurait son époux , et tous les inconvénients de sa sainte grossesse ; mais, sans en paraître inquiétée, sans songer à prévenir ce cher époux , ni à lui découvrir le secret du ciel , au hasard de se voir non-seulement soupçonnée et
^Malih.i, 18. — ' Ibid. \% — ' Cant. viu, 6.
I abandonnée, mais encore perdue et condamnée, , elle abandonne tout à Dieu, et demeure dans sa paix.
Dans cet état , « l'ange du Seigneur fut envoyé « à Joseph , et lui dit : Joseph , fils de David , ne « craignez-pas de prendre avec vous Marie votre « épouse; car ce qui est né en elle est du Saint- « Esprit '. » Quel calme à ces paroles! quel ravissement! quelle humilité dans Joseph! Laissons-le concevoir à ceux à qui Dieu daigne en donner la connaissance.
« Elle enfantera un Fils, et vous lui donnerez le « nom de » Jésus». Pourquoi « vous? » Vous n'en êtes pas le père ; il n'a pas de père que Dieu ; mais Dieu vous a transmis ses droits; vous tiendrez lieu de Père à Jésus- Christ : vous serez son père en effet d'une certaine manière, puisque, formé par le Saint-Esprit dans celle qui était à vous , il est aussi à vous par ce titre. Prenez donc avec l'autorité et les droits de père un coeur paternel pour Jésus. Dieu , « qui fait en particulier tous les cœurs des « hommes ^ , » fait aujourd'hui en vous un cœur de père : heureux , puisqu'en même temps il donne pour vous à Jésus un cœurde fils! Vous êtes le vrai époux de sa sainte Mère ; vous partagez avec elle ce Fils bien-aimé, et les grâces qui sont attachées à son amour. Allez donc : à la bonne heure , nommez cet enfant; donnez-lui le nom de Jésus pour vous et pour nous, afin qu'il soit notre Sauveur comme le vôtre.
U'' ÉLÉVATION
Sur la prédiction de la virginité de la sainte mère de Dieu.
Tout ceci a été fait pour accomplir ce que le Seigneur availditpar Isaïe 4 .• Foici qu'une vierge concevra dans son sein, et enfantera un fis ; et vous nommerez son nom Emmanuel .• c'est-à-dire , Dieu avec nous ^.
C'est la gloire de l'Église chrétienne. Quelle autre société a seulement osé se vanter d'avoir pouf instituteur le fils d'une vierge .'Un si beau titre n'était jamais tombé dans l'esprit humain ; et cette gloire était réservée au christianisme. Aussi est-ce la seule religion oii la perpétuelle virginité a été en honneur; où elle a été consacrée à Dieu ; où l'on a souffert toutes sortes de persécutions et la mort même, plutôt que de consentir à un mariage humain. Jésus-Christ s'est déclaré l'époux des vierges : c'est lui qui a fait connaître au monde ces eunuques spirituels, autrefois prédits par les prophètes^, mais qui n'ont paru que dans la religion chrétienne. 11 a inspiré à son apôtre, que la sainte virginité est la seule qui peut consacrer parfaitement à Dieu im cœur incapable de se partager 7. Fils d'une Vierge, vierge lui-même ; qui a pris pour son précurseur Jean-Baptiste, vierge, et pour son disciple bienaimé, saint Jean, vierge aussi, selon toute la tradition chrétienne; dont les apôtres, qui ont tout
• IVatth. 1 , 20. — » Ibid. 2|. — » Ps. XIXU, 15. — * Matth I, 22, 2;j, 24. — 5 Is. VII , U. — • Is. LVr, 3, 4, 6. Maith. Xï\ , 12. - * /. Cor. vu, 32, 33, 3i, 3&,
ÉLÉVATIO:nS SCR les iMYSTÈRES.
quitté, ont quitté principalement leurs femmes ( ceux qui en avaient) pout le suivre ; toujours par conséquent dans la compagnie et, pour ainsi dire, entre les mains de la continence : où il ne faut pas s'étonner si, comme la foi , la sainte virginitéa eu ses martyrs. Aussi les persécuteurs même ont reconnu la pudeur des vierges chrétiennes. O/i fe* yoya/^, dit saint Ambroise', affronter les supplices, et craindre les regards : Impavidas ad cruciatus, erubescentes ad aspectus : au milieu des tourments et livrés aux bétes farouches , et à des taureaux furieux qui les jetaient en l'air, soigneuses de la pudeur , méprisant les tourments et la vie, et n'ayant, pour ainsi parler , que le front tendre dans un corps de fer ; dignes témoins , dignes martyres de celui qui est tout ensemble Fils de Dieu , et fils d'une vierge. Fils de Dieu , et fils d'une vierge. Ces deux choses devaient aller ensemble, afin qu'on piU dire en tout sens : Qui comprendra sa génération^'? toujours virginale , et dans le sein de son père, et dans celui de sa mère. O Jésus! nous la croyons, si nous ne pouvons pas la comprendre. Elle nous apprend qu'il n'y a rien de plus incompatible que l'impureté et la religion chrétienne. Élevé parmi des mystères si chastes, qui peut souffrir de la corruption dans sa chair? Le seul nom de Jésus n'inspire-t-il pas la pureté } Qui peut seulement le prononcer avec des lèvres souillées.? Mais qui peut approcher de son saint corps, l'unique fruit d'une mère vierge; si pur, qu'il n'a pu souffrir , ni en lui-même, ni en sa Mère même, la sainteté nuptiale : qui peut, dis-je, approcher de ce sacré corps avec des sentiments impurs.' ou ne pas consacrer son corps , chacun selon son état, à la pureté , après l'avoir reçu ? Ministres sacrés de ses autels , soyez donc purs comme le soleil : chrétiens en général, détestez toute impureté : vierges consacrées à Jésus-Christ , ses chères épouses , soyez jalouses pour lui ; et ne laissez en vous aucun reste d'un vice qui a tant de secrètes branches. Mais sivous voulez être vierges de corps et d'esprit, humiliez-vous : n'aimez ni les regards, ni les louanges des hommes : cachez-vous à vousmêmes, comme une vierge pudique, qui, loin de se faire voir, n'ose pas seulement se regarder, quoique seule : un regard sur vous-même, une complaisance, non-seulement pour cette fragile beauté qui pare la superficie du corps, mais encore pour la beauté intérieure , est une espèce d'abandonnement. Femmes chrétiennes , vierges chrétiennes , et vous dont le célibat doit être l'honneur de l'Église, soyez soigneux d'une réputation qui fait l'édification publique. Considérez .lésus-Christ, notre pontife , parmi tous les opprobres qu'il a soufferts , jusqu'à être accusé comme un homme qui aimait le vin et la bonne chère ^^ il n'a pas voulu que sa pudeur ait jamais eu la moindre atteinte. On s'éton- 7iait de le voir parler en particulier à une femme ■*, qu'il convertissait, et avec elle sa patrie : et ii agissait en tout d'une manière si épurée et si sérieuse,
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