‹ ŒuvresChapitre 10 sur 145 · LE GRAND CONSEIL · texte numérisé non relu

LE GRAND CONSEIL

manquait ; à boire aussi malheureusement ( Fe^cml puits du village aurait suffi).

Les cabaretiers avaient amené plus de 600 barriques de vin. Ce sont gens qui me donnent la colique ; je les trouve partout et n'en voudrais nulle part. — Mauvaise herbe vient comme teigne et ne crève pas (*) — Le père Abraham avait formé le conseil des maîtres gens que voici : — Charles , de Breloux , entre Niort et Saint-Maixent , fameux cultivateur; Pierre Moreau, notre notaire ; Morillon , l'adjoint; Dubreuil , de Vitré ; Blanchier , de Saumur ; Noquet et Geoffiriau , de Sainte-Blandine ; les Giraud et les Sanson , de Chaloûe ; Dubois , de la Foret ; les Bouchand , les Brisson , les Rossard , les Gautier , les Sabourin. , Thibaudeau , tous du village de Tauché ; Berthouin , de Villeneuve ; Simon , de la Crouzille ; Proust , de la Chimbaudière ; Proust , du Coiuleil ; Proust , du Maillet ; les Payrault , de la Croix-l'Abbé ; Noquet, de la Couture ; Polet , de la Galochanière ; Moreau , de la Mouline ; Cacouaut , de la Croix ; Vandier , du Clouzeau ; le vieux Vandier , de la Grange-d'Héri ; les Dubreuil , de la Négrerie ; les Jaulin , du Petit-Bois ; Decemme , de la Caillaudrie ; Roi , de Saint-Romans ; les Foucher , de Feu ; les Roucher , de la Moye ; Amault , de Prelebeau ; Proust , de Secondigné ; Dubreuil , du Nal ; Noquet , des Salles ;

(*) Mes amis, les aubergiste? , logeant voyageurs , sont gens utiles , nécc^ires au commerce. — Entrez chez eux , prenez ce qu'il vous faut. — Vite à vos affaires , et déboulez.

Mais ce qui fait enrager le père Abraham , maître Jacques et le conseil , c'est cette nation de cabaretiers qui sème les ivrognes comme nous semons le froment

Vous entrez là demandant bouteille , puis une autre , encore une autre , une autre , une autre après, vous soûlant à crever. — Les drôles vous galopent , et la jeunesse a honte pour vous. — V'ià ce qui bous met en colère. — On en parlera tant que Talmanach durera.

Rossard, de Bessé; Roi , des Coudmrières , et Bëgoier , de Chauvet , en Gouraay. En tout , 53.

Tous vrais cultivateurs , qui ont acheté de bonnes terres . tirent parti d'une ferme , font des prés , ont de beau bétail et vendent de bon froment.

C'est que ça n'a pas les deux pieds dans un sabot , ni les deux mains dans les poches ; ça ne se couche pas le ventre au soleil pourvoir voler les pies. C'est actif, entendu; ça voit à tout. — Chacun de vous , mes amis , peut faire comme eux et réussir de même. — Il n'y a qu'à savoir et à voulôflr;

Maître Jacques ! me dit Franck, à l'oreille... Que veuxtu , mon petit t . . . J'ai rencontré hier soir les plus drôles des gens du monde ; je me mis avec eux. . . . Est-ce que tu nous quittes?... Non vraiment; c'est pour m'amuser : ne dites mot , vous allez voir.

Arrivent trois charrettes , que des hommes traînaient.

Celle du milieu était couverte ; Franck , debout , sur le devant. Elles s'arrêtent devant le conseil.

Je vis monter sur la première Paf-Paf et Tire-Semelle , nos apprentis cordonniers ; Toc-Toc , compagnon maréchal ; Rabotin , garçon menuisier ; Jacques Truelle , maçon du village ; — tous gens qui travaillent pour Jacques Chopine ; boivent le dimanche ce qu'ils ont gagné la semaine , et vendent ime chemise sur deux pour faire le lundi.

A côté d'eux , Jacquet Lambin , Pierre Paulâche et Jean Boulleau , ime vingtaine d'autres de cette fabrique. — Grands fainéans qui se dandinent , bayent aux corneilles , regardent les mouches et se croisent les bras.

Sur la dernière , montèrent Boisansoif , Daniel Balzac , Ramponneau, quinze autres de même farine. — Ivrognes fieffés ! qui se ruinent chaque jour xm petit , empruntent et boiront de l'eau.

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Puis Tailleboudin , Rifandouille et Jamaisou , gourmands à double semelle , qui ne mangent pas sans boire , et qui ont mis tous les défauts dans un.

Autour des charrettes , un mille de même acabit. . . . Qui se ressemble s assemble , me dit Franck. — Un ivrogne sent un ivrogne , mieux qu'un chien ne sent un lièvre.

Le petit fit découvrir la charrette du milieu. — Il vous en souvient , si vous y étiez. — Tapage et brou ha ha! on riait , on se poussait , on voulait voir. — Quelle est cette nation! d*où viennent ces gens-là? Quels drôles de corps! Impossible de s'entendre. Pendant le vacarme, je vais dire l'habillement de ces trois hommes.

Celui du milieu , c'était le maître, grand comme une gaule de labourage , sec comme un manche d'étrillé , avec treize pouces de nez au milieu du visage. — Superbement habillé, en vieilles soiries, ce me semble; bas rouges, culotte verte , veste bleue , un habit jaune ; les pans de l'habit relevés, attachés, je crois, sur les épaules. — Les fesses et la moitié de l'échiné paraissant, comme un paon qui fait la roue. — Sur la tête, un poêlon violet avec un manche de deux pieds par-devant. — Il avait un air cocace.

Un autre plus jeune , maigre comme un pic , avait un bas noir et un bas blanc, moitié de la culotte noire et l'autre blanche, veste, gilet, cravatte de même. Habillé comme une pie. — Siu" la tête, un grand bpnnet avec un petit moulin par-dessus , qui tournait et virait.

L'autre, gras comme un cent de clous, était vêtu de mille pièces et de mille couleurs. — Un petit peu comme Arlequin. — Bonnet pointu sur la caboche , couvert de cinq cents grelots, d'autant de clochettes. — Franck, en s' amusant, le faisait tourner,' sonner, carillonner.

Pendant le tumulte, le maître dit à Franck; on est

svpmde nos Udlanens, c'est pmrtmt Bode mmefle,

%y s qneMBlle ans qpe cesl inrenté Tovi nosveu.

r^wnd le petit; d'aTant-hier, ce me seadUe.

Le maître prend son poèkmpar le manclie et sahie trois foblacoaqngiiie.... Eoootez, écoutez I crie-t-on de tontes parts.

Jem'a}^>eUe, dh-O, SempilerudRontiDet, village

d'Hmiobrela, commune de Tont-y-fiuit, défensem- des andens usages, grand amateur de routine. Voici mes deux aocdytes. Jadis et son moolin , Autrefois et ses docbettes. Je leur apprends la culture; il savent déjà ce qui se fiûsait il y a 2,202 ans; ils parieront Tan prochain; d'ici là

je les pousserai jusqu'à 3,303 Ah! ah! reprend le petit,

vous les enseignez donc à recalons! CTest \bl bonne

façon. Arrière ! arrière ! leur disje toiqours , et plus ils

reculent moins -ils avancent, dit Franck Veux-tu.

mon garçon, que je t'instraise comme ça! Non, vraiment. Je n'ai les yeux derri^ la tête, ni les orteils aux talons; je vais devant moi.

L'almanach de maître Jacques, continue M. Routinet, fait un mal ! — Un mal affireux dans les environs. Il ne vaut rien du tout ; je suis venu pour dire mon mot et anpecher qu'on ne trompe le monde. Assez de ces lapins-là, dit

l'un Je chasserais ces gaillards, dit l'autre Ça

demande^réflexion , reprit le vieux Vandier.

Le père Abraham assemble le conseil. — Grande dispute. — Mal allait pour Routinet. — Franck était sur les épines, la nation d'Hurlubrelu lui plaisait fort. — Il saute à terre et se musse dans le conseil. — Il parle à l'un, il parle à l'autre ; il parle tant et plaide si bien que voilà le procès gagné.

Chacun peut parler, dit le père Arbaham, M. Routinet

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