‹ ŒuvresChapitre 103 sur 145 · ABUS DES FQUŒS , MARCHES ET BALLADES · texte numérisé non relu

ABUS DES FQUŒS , MARCHES ET BALLADES

9n nous ôtait 400 foires , nous en aurions encore 40 de trop.

Des mœurs, — La morale philosophique n'est pas venue, et la morale religieuse est partie. — On est chez nous d*une religion, comme on est d'une famille, malgré soi, sans qu'on y fasse. Il y a , sur cet article , indifférence complète ; des simagrées , des habitudes , des doutes , de molles cro^-ances , quelques superstitions , et le tout faiblement. La morale religieuse ne fait ni bien ni mal , n'empêche ni Tun ni l'autre , à la ville comme aux champs. On rirait , dans toutes les classes , d'un honune qui dirait sérieusement: « Biais la morale religieuse défend cela. » Personne ne s'en avise.

Quelle pitié! de voir un conseil municipal, de hauts fonctionnaires , de grands philosophes , provoquer froidement des réimions inutiles , pour plonger le peuple dans le vice , la fainéantise et l'ivrognerie , afin d'avoirun petit d'argent.

Ah ! vous corrompez le peuple; eh bien, vous saurez un jour ce qu'est une nation corrompue! — Puis on ment outrageusement ; on couvre la corruption du peuple du masque de l'intérêt du peuple.

Il faut le dire : ces foires et ces marchés créés pour la vente du bétail et des denrées , sont le rendez- vous habituel de nos populations agricoles et ouvrières. Le fermier , le journalier, l'ouvrier, l'artisan, le peuple enfin, riche ou pauvre, arrivent là pour fainéanter et boire. On se promène un instant , on se rencontre , on se trie , on s'associe pour la partie de cabaret. — En voilà jusqu'au soir, et l'on sort ivre à faire pitié.

Enfin on boit, dans les cabarets du département, 12 millions de litres de vin , et 430 mille litres d'eau-de-vie. — Le peuple y dépense six millions. Cest qu'il paie cinq à six fois la valeur de la chose f ).

{*) On trouve, dans ralmanach, le compte de rivrognerie. Voyez la grande colère de maître Jacqu/es, ou k vin qu^on Mt dans Us cabarets.

O misère et corruption ! ce que le peuple dépense aux foires et marchés , ce qu'il manque de gagner par la perte du temps et du travail» excède de beaucoup le bénéfice qu'on fait sur les bestiaux.

Il y aurait avantage à supprimer ces réunions , à tuer le bétail de vente » à jeter nos menues denrées dans la rivière.

Nous sommes tellement débauchés que les Truands et les Bohémiens du moyen-âge avaient plus de mœurs que nous.

Je n'exagère pas.

Dans le Bocage vendéen , qui comprend plus du tiers da département , toutes les filles vont au cabaret , y conduisent les jeimes gens. — C'est-là qu'on les trouve le dimanche, les jours de ballades , de foires et de marchés. — On joue, on boit , on s'enivre. ... et le soir chacun reconduit sa chacune (par des sentiers , entre genêts et buissons).

La fille n'a pas d'argent , le garçon paie. Mais il est bientôt ruiné; il vend jusqu'à sa chemise pour aller avec les filles. Habitué qu'il est à cette vie dépravée, il hait le travail. Aussi, dès qu'un mouvement politique arrive, vous voyez surgir des centaines de fainéans et de débaachés (principalement des domestiques). Ce sont des chouans non des soldats.

Puis on vante , à Paris , les mœurs patriarcales du Vendéen, pour amuser les sots. Ah ! si vous saviez combien 1* guerre civile jette de corruption sur im peuple , vous série* effrayés .

Allons , philosophes de fabrique , demandez des foires et des marchés ; criez , mentez pour en obtenir ; ne vous arr^' tez que lorsqu'il n'y aura que deux professions , celles d ^'• vrogne et de cabaretier.

De la culture. — Nous sommes routiniers ; nos cidtuT^ sont celles du moyen-âge.

roillions. — Sous la condition toutefois que le peuple boirait de Teau rougie , comme les messieurs , et perdrait l'habitude de courir et de fainéanter. — Nous gagnerions à c< marché plus de six autres millions.

Pour ceux qui savent combien l'art agricole exige de soins , de travail et de capitaux , il est démontré qa*oii ne peut faire de bonne agriculture avec de pareils vices. — Aussi nous sommes gueux, gueux ivrognes , gueux fainéans, gueux routiniers.

Tout homme de bon sens et de bonne foi 'conviendra , je pense , que cette multitude de foires et de marchés nmt au commerce , aux mœurs , à la culture.

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