DES CHANGEMENS DE FOIRES ET DE MARCHÉS
Autre manière d'en créer de nouveaux. Il y en a tant et tant qu'ils se nuisent. •
Pourquoi leur demandez- vous ces changemens , leur disje î . . . Parce que les fainéans , les coureurs , les ivrognes vont ce même jour à telle foire. Ces braves gens ne peuvent être en deux endroits à la fois , dont bien leur fâche; en avançant ou retardant la nôtre , nous les aurons chez nous.
Cela me prouverait , mes amis , que ces foires ne sont
pas utiles au commerce et aux populations Personne ne
le dit. Mais elles nous sont utiles , à nous. Demandez aux cabaretiers , aux receveurs de l'octroi. Nous ne songeons qu'à la population de nos foires , et au vin qu'on y boit.
Changer les foires , c'est en créer de nouvelles (*)
(♦) Mello et Chef-Bou tonne sont à trois lieues de distance , et leurs marchés étaient le samedi. On sait que la population fait aujourd'hui plusieurs lieues ^wur trouver un marché. Alors on a changé celui de Melle , qu'on a mis au vendredi. Ce n'est certainement pas pour le beurre , les œufs , le fromage et la volaille , qu'on agit de la sorte. C'est pour les ivrognes , les cabaretiers et l'octroi ; c*est pour les fti-
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fanaer des sociétés de tesiq»éiazKe, et zxms fo^ssenoos
à l'ivrognerie.
n n*v a pas de vin , dira-t-on , cbez œs différons peiq>Ies. — Belle objection! Quoi! parce que nous récoltons du vin, nous de\'ons tous être fainéans, i^Tognes et débauchés!
néans d*ane douzaine de oommunes, qui viendront de droite eC de gauche aux deux marchés. — Encore on nouvel impôt de débaucf de 60 mille francs au moins.
Toutœla a'esl fait dans un instant ; l'oitlonnance est rendu» Maître Jacques n'est pas content.
352 L AGRICULTUnE POPULAIRE.
Ce qui ne convient pas aux messieurs , convient encore moins au peuple. Les messieurs ne se soûlent pas, donc le peuple ne doit pas se soûler. — C'est Targument que je pousse aux chambres et aux ministres. A présent, je suis sûr d'eux.
2* — Soit, me dit le voisin; mais les villes et les bourgs
Ne sont pas aisés à mettre à la raison, j'en conviens. Ils veulent des fainéans, des joueurs et des ivrognes, pour augmenter l'octroi.
Mais dans les mauvais jours , ils sont grandement embarrassés, se lamentent et se plaignent fort. — Moi, je ne les plains pas du tout.
Un conseil mimicipal qui fonde un revenu sur la corruption du peuple , ou qui ne travaille point à l'amélioration des mœurs, ne comprend nullement sa mission. La cité la plus heureuse et la mieux gouvernée sera toujours celle o« le peuple sera le moins débauché.
Mais faire comprendre cela , c'est savonner la tête d'un nègre et lessiver les briques. — L'objection reste.
2° — Bien , dit le voisin ; que pensez-vous des planteurs de vignes , marchands de vin , bmleurs , etc. ? — Je pense qu'on a trop planté et qu'on plante beaucoup trop. La production dépasse la consommation. C'est là qu'est le mal.
Poui'tant s'il n'y avait pas d'ivrognes , on consommerait plus de vin. Les trois quarts de ceux qui vont au cabaret n'en ont pas chez eux ; ils en auraient. — Le vin du cabaretier coûte six fois plus que le vin du ménage, et l'on perd plus encore par la fainéantise et l'abrutissement. — Mai* on ne comprend pas que ruiner le consommateur , c*est diininver la consommation.
. Le planteur dit au laboureur : je consomme ton blé, consomme mon vin. — C'est juste. Mais écoute, mon ca-
ABUS DES roiRBS , MARCHÉS ET BALLADES. aS3
9iarade » — ta ne manges pas jusquà t* incommoder, pourquoi boirais-je à me rendre malade! tu uses de ma chose aobrement, éctmomiquement; pourquoi n*userais-je pas de la tienne avec économie et sobriété! Il faut que la loi soit ^ale pour être juste.
Au reste, je sais ce qu'ont dit ces gens, en 1814 et depuis ; ib planteront jusqu à ce qu'ils comprennent qu'ils font des sottises.
4* — Voilà bien du monde que cous ne convertirez pas , mmtre Jacques : je vous dirai, pour en finir, que le vice sera toujours le vice; que la fainéantise , la débauche et l'ivrognerie iront a^nssant. Ainsi laissez coulei* Veau sous lejxmi; ne criez j)lus contre les ivrognes , tout le monde les soutient.
Je sais' fort bien que le vieil ivrogne est une bête incorrigible ; je crois endore que la fille de 20 ans , qui a 5 années de cabaret, ne changera pas ses habitudes. — Qui a vécu dans le vice y crèvera.
La guerre civile , les révolutions , les perturbations sociales jettent un peuple loin de la route; il n*y revient qu'avec le temps. Mais qui apprend à ses dépens est dupe pendant long-temps.
Aussi c'est sur Tenfance et la jeunesse qu'il faut agir; on peut, au moyen de l'éducation, attirer, chaque année, une partie de la génération. C'est long; mais les peuples ne meurent pas.
Si j'osais dire ma pensée à l'homme d'État qui dirige l'instruction publique , peut-être me comprendrait-il.
Le peuple (je ne m'occupe que du peuple) n'est pas le même partout. — La population des campagnes difibre do celle des villes ; les hommes de la plaine , des montagnes
364 L'AGRICULTURE POPULAIRB.
et des bocages se ressemblent peu ; ceux du nord , de Voue^ et du midi ne sont pas les mêmes.
Chacun a ses mœurs , ses habitudes , ses dé&uts , ses vices, ses préjugés, ses besoins, et (ce qu'il faut remarquer ) un cercle d'idées dans lequel il roule. — Un livre qui sera fait pour le Far ne vaudra rien dans le Morbihan, Un livre fait pour tdut le monde ne sera bon pour personne.
Dans les Deux-Sèvres , il faut quatre livres d'école : un pour les villes qui n'ont besoin de culture et de bétail , un pour la plaine , un pour le bocage , im pour les filles. D y aura des choses communes à tous ; mais beaucoup de dissemblances.
Il faut que l'enseignement soit direct , actuel , spécial et local ; le peuple ne comprend pas les généralités , il ne les applique point. La phrase académique et le style hugoûien sont en dehors du cercle où il roule ; c'est pour lui du grec ou de l'hébreu. Il faut donc de la simplicité , de même qu'une actualité absolue et rigoureuse.
Eh bien ! les gens d'esprit et les autorités se moqueront de ces livres; à Paris , ils feront pitié. Cela doit être ; ils sont écrits pour le peuple et le paysan : le peuple et le paysan ne sont pas messieurs.
J'ai dit que la morale religieuse avait perdu sa puissance; il faut essayer de la lui rendre ; mais ce n'est pas chose facile. — Jusque-là criblez le vice , versez sur lui le ridicule, la honte et le mépris ; mettez en jeu l'amour-propre , l'intérêt et la vanité , mobiles puissans sur tout le monde. — Emparez-vous de l'almanach , il va partout ; répandez des écrits avec les fonds départementaux. Enfin , instruisez le peuple , écrivez pour lui , mais que tout porte le cachet de la localité.
mS DB KBES. MiKHES ET RALLADES. 3»
Pour aimvr , 3 n'est «p'ini moyen. Noos avons Ivauccfop déjeunes gens et de jennes hommes , fort instruits . miment capables , qui s'osent à des riens ; dirigez-les vers rélade dn peifle.
Un ministie , poissuit par la pensée et sagement progieasif . peut forma- , dans chaque département, une petite société de 9iaiistifue momie ou d'étude du peuple , la diriger , la soutenir , honorer ceux qui la composent.
Cette société , ne fût-elle que de deux à trois personnes . peut rendre d'éminens services aux populations , écrire pour elles ; je ne blâme point les institutions et les études créées ; mais je crois que celleJà manque (^).
Si vous l'aviez, avec quelle force ne s'élèverait-elle pas eontre ces réunions inutiles , que la cupidité sollicite, afin de pousser le peuple à la fainéantise , à la débauche. Sa Toix serait autrement puissante que celle d*un vieux paysan sans instructicm f^.
(^ Les modes eC les livres de Paris peuvent aller dans toute la France pour les dames et les messieurs, qui sont à peu près les mt^ wm partout. — Mais , pour le peuple , c*est trop élégant.
Ecoutez , pour qu'une lettre arrive , il faut que l'adresse soit bien mise. — Personne ne connaît toutes les adresses.
0 est plus facile de faire passer la Seine sur le sommet du Mont- BUnc que de faire monter l'esprit des paysans de la Franco au niveau de l'esprit de Paris. — Je n'en suis pas fâché ; car si ce malheur arrivait , nous en verrions de belles ; Paris n'existerait pas deux jours. — Point d'ombres sans lumière ; point de gens d'esprit sans les sots.
Oo ne centralise pas l'intelligence. Pour réussir , il faudrait mettre tontes les têtes dans un bonnet. — Qui fera le bonnet et coiffera ce peu|^?
Je le soutiendrai tant que l'âme me battra dans le corps : — On no dit que ce qu'on sait ; et qui ne sait pas le peuple turc , n'écrira fias ponr le peuple turc , ou bien il fera de la bouillie pour le petit chat.
(^ Jç suis membre du conseil général. On ne demandait, à la dernière session , que 93 foires nouvelles , 4 assemblées-ballades , SO diangemens de foires et de marchés , un marché de XA jours , plus S foiret-baUadea : mot nouveau , inventé par Boinansoif, et qu'on ne trouve que dans sou dictionnaire des ivrognes.
356 L*A6R1GULTURE POraLAIRE.