DANS LE POITOU
Nous avons eu des préfets qui ont fait des statistiques , ou bâti des hôtels , ou débité de beaux discours. — De quoi chacun les a loués.
M. de Saint-Georges s'occupe tout simplement du bienêtre des populations , sans fracas. — Il écrit au ministre , demande des fonds, en obtient, et les emploie de la manière la plus utile au pays.
Il vient de donner aux comices d'arrondissement une somme de deux mille francs pour l'introduction des races cranaises.
Quelles sont ces races , me demanderez-vous t — Mon Dieu ! Monsieur le propriétaire , j'ai honte de le dire. —
n s'agit de cochons , d'im pauvre animal méprisé , dif-
fomé , auquel personne n'avaii songé, depuis 50 ans qu'on nous améliore sans que nous nous en doutions.
{*] On devrait écrire craonaiies , parce que c*est de la petite ville de draon (Mayenne), que ces races tirent leur nom. — Mais moi , qui ne me gène point , j'écris comme on parle » et je trouve que c'est plus et plus tôt lait.
35B L'A^UCULTURE POPULAIRE.
M. le préfet , qui s'informe de tout, a dit : La race des Deux-Sèvres ne vaut rien; — elle ne répond pas aux besoins des populations; — elle nous rend tributaires de nos voisins , qui nous enlèvent nos écus ; enfin , les classes pauvres souffrent de la privation d'un aliment qui leur est nécessaire ; — il faut la changer. — Puis il croit qu'on doit réussir , avec un peu de persévérance et de bonne volonté. — C'est aussi mon avis ; lisez , et jugez vous-mêmes.
I I*'. DE LA NOURRrrURE DU PEUPLE DANS LES DEUX-SEVBES.
La moitié du monde ne sait pas comment vit l'autre. — On se doute cependant qu'il y a , dans le département , 270 mille individus , qui ne mangent ni bœuf, ni veau , ni mouton , et qu'im peu de viande de porc suffit à cette population immense. — C'est la plus exacte vérité.
Combien en consomme-t-elle! Je ne crois pas qu'on tae, dans les villes , les bourgs et les campagnes , 36 mille cochons , pesant 160 demi-kilogrammes , terme-moyen. — Ce serait moins de 6/16** d'im demi-kilogramme par semaine , et par chaque individu (*).
C'est bien minime , à peu près la moitié de ce qu'un gastronome de bon appétit mange de viande dans im repas.
En effet , à 6/16®^ de demi-kilogramme par tcte et par semaine , ce serait , pour les 300,000 individus (car les villes consomment cette quantité) , 5,880,000 demi-kilogrammes de viande , qui , à 35 centimes l'un , font 2,047,500 fr.
C'est pour chacun 19 demi-kilogrammes par année, dix fois moins à peu près que le gouvernement ne donne à un soldat. (A la moitié d'un demi-kilogramme par jour , c'est 180 demi-kilogrammes par an. )
(*) Les 36 mille cochons font 401 par commune. On ne les tueoertainement pas. Je sais qu'un grand nombre pèsent plus de 460 demikilogrammes. — Mais , tout compensé , il est probable que la consommation , pour chaque individu , ne dépasse pas un quart de demikilogramme par semaine.
DES RAGES PORCINES GRANAISES. ZW
Vous remarquerez qu'on fait fondre tout ce qu'on peut , et la graisse s'emploie en assaisonnement. Lorsque la graisse manque , la ménagère va au charnier , coupe un peu de lard , et assaisonne ses légumes.
Oui , monsieur le propriétaire , le peuple des Deux-Sèvres vit misérablement. — C'est à cela que j'attribue son inactivité , le peu de progrès de la culture et de la population. — J'ai le dessein de faire un petit écrit là-dessus ; mais , en signalant le mal , j'indiquerai le remède. Je ne ferai pas comme ce médecin qui, voyant passer le convoi de son malade , disait : si on lui avait fait telle chose , il serait encore en vie. — Il fit cette telle chose à un autre , qui s'en alla comme le premier.
Je pense que la consommation devrait ètce , pour 280 mille individus, d'un demi-kilogramme par semaine. Ce qui exigerait 91 mille cochons de 160 demi-kilogrammes l'un, ou 14,560,000 demi-kilogrammes de viande; — valant, à 35 centimes le demi-kilogramme, 5,096,000 francs.
Pour arriver là, il faut changer nos races et vouloir. Alors , nous exporterons encore plus qu'on n'exporte maintenant.