‹ ŒuvresChapitre 108 sur 145 · DES RAGES PORCINES GRANAISES · texte numérisé non relu

DES RAGES PORCINES GRANAISES

répandent dans le bocage du Nord et les Charentes ; partout ils sont connus et se vendent à haut prix.

Des marchands du nord de ce département vont les chercher dans la vallée ; ils les achettent à deux , trois et quatre mais , et les amènent aujourd'hui sur des voitures qui en contiennent 30 à 40.

Ils en vendent ime grande quantité au peuple vendéen; l'un en achette deux , un autre quatre à cinq , des fermiers huit à dix. — On les nourrit le plus de temps qu'on peut» on en tue pour la consommation , on en engraisse qu'on vend dans les plaines , à Niort , dans le pays vignoble. ■ Il y a 60 ans que j'ai vu ce commerce en activité. — Que d*argent nous avons donné à la vallée I

Les petits , que les marchands ne peuvent placer dans le Bocage , sont exportés dans les Charentes.

Tel est ce commerce , en apparence inaperçu , mais en réalité très-considérable.

> J'ai observé que là où il n'y a pas de race appropriée aux besoins du peuple , là , le peuple souffire , se prive de viande , et vit misérablement.

Si vous importez cette race , le peuple achettera des pe-

tits aussitôt le sevrage ; il les aura pour 6 à 8 francs.

Si , au contraire , il est forcé d'acheter des marchands , il paiera , outre le prix de la production , la nourriture avant l'exportation , la dépense de Tanimal durant le voyage, celle du conducteur et son salaire , enfin le bénéfice du marchand. Tout cela réimi met la marchandise hors de sa portée.

Produisez pour le peuple , et produisez à bas prix , vous aurez toujours de l'avantage.

§rV. DU COMMERCE QU'ON FAIT DANS LES DEUX-SÈVRES ,

ET DE CELUI QU'oN POURRAIT FAIRE.

Produisons-nous les 36 milles cochons qui se consom-

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meut dans le département! — Je l'ignore. — Je saisque nous exportons quelques élèves et quelques codions à chair. Maid je suis convaincu que nous en tirons plus des antres pays que nous n'en exportons.

On vend , dans le nord du département , et on consoimne beaucoup de cochons à lard , qui sont venus de la vallée ; on en consomme une grande quantité dans rairondissemait de Niort. — On en rapporte dans la Touraine.

Dans celui de Melle , ce sont les cochons gras du limousin.—Sommes-nous imbécilles ! Ce que nous pouvons produire , nous le tirons des pay^ les plus éloignés , nous le tirons au plus haut prix possible, lorsque Tanimalesthon à tuer.

Pourquoi cela f c'est que ces deux races sont moins fortes ; c'est qu'elles conviennent mieux aux petits ménages; quoique dans l'état où on les vend , elles soient hors de la portée du peuple. C'est parce votre grande race et démanchée et dévorante veut plus de temps pour se développer , exige plus de nourriture avant d'être livrée à la consommation.

Je vous le demande , pourquoi , dans nos foires d'hiver , ne trouve-t-on pas des troupeaux de cochons à lard de votre race maudite ? Si elle était appropriée à nos besoins , si elle convenait aux populations , on ne viendrait pas de 400 kilomètres (de l'est à l'ouest) couvrir vos marchés de cochons étrangers. — Cela seul doit vous prouver que votre race ae vaut rien , et qu'il faut la proscrire.

Le conMnerce que vous faites n'est pas productif; la vente n'est jamais assiirée , il n'y a point de pays qui demande cette race affamée , où elle ait enfin un débouché certain. — Il n'en est pas ainsi du crânais de la vallée.

Il ne faut pas avoir la moindre idée d'économie sociale

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pour ne pas a|qpioii¥er rheoreuse idée du préfet , ou bien il faut être pétri de contradiction.

Comment ! vous donnez chaque année im million à des gens qoi ne tirent rien de chez vous , qui ne viennent que pour TOUS tondre , vous écorch^ , enlever votre argent , vous miner et vous appauvrir, lorsqu'il est prouvé que vous pouvez gagner deux milli<His au moins.

J'ai dit ce que vous Sûtes , voyons maintenant ce que vous pouvez fSEÛre.

Si vous produisez le crânais de la vallée, vous verrez, dans le pays , la consommation augmenter graduellement. — Le nombre des cochons qu'on tuera ne sera plus de 96 mille , mais de 90 à 100,000.

Vous fournirez tout; on ne tirera plus de pa}rs étrangers ; vous garderez votre argent, et la classe pauvre aura un aliment dont elle a besoin ; elle l'aura à peu de frais , presque pour rien ,. avec un peu de soin , d'économie et quelques journées de travail ; car cette race est sobre , consonmie peu et s'engraisse facilement.

Tout cela vient en aide à l'agriculture , et c'est le cultivateur qui en profite.

Ce n'est pas tout; vous aurez, dans les Charcutes , im débouché certam , on y connaît le crânais de la vallée , on Tachette de préférence.

Produisant au même prix que les habitans de la vallée, vous vendrez , et ils ne vendront pas. La raison en est que vous êtes à la porte de la Saintonge et de l'Angoumois; vous y touchez. Le long trajet que les autres ont à faire , les bénéfices qu'il faut au premier marchand; enfin, les dépenses et les accidens , voilà ce qui vous rend maîtres de ce commerce, puisque vous aurez tout cela de moins à payer.

Le soleil luit pour tout le monde ; ayons un peu d^ndostrie , et ne nous laissons plus duper , comme on nous dupe depuis des siècles.

Vous devez maintenant comprendre combien est féconde en heureux résultats la mesure prise par M. le préfet.

Elle encourage la culture de la pomme de terre; elle procure de nouveaux bénéfices à l'agriculture , sans nuire au produit des céréales; — elle adoucit le sort des populations pauvres, en leur procurant un aliment dont elles ont besoin; — elle répand partout une industrie lucrative; — enfin , elle vous livre un commerce qui vous appartient naturellement.

Je n'hésite donc pas à dire que personne n'a rien fait de mieux , dans les intérêts du pays , depuis 40 années.

Je sais que beaucoup de personnes préfèrent la grande race à la moyenne; je réponds ainsi à leurs objections:

Si vous prenez la grande , qui a beaucoup de rapport avec la vôtre, vous modifiez , mais vous ne changez ni vos produits ni votre commerce ; vous ne vous aflfranchissez pas du tribut que vous payez à la vallée , et de celui que vous payez au Limousin. — C'est incontestable.

Si vous prenez au contraire la race de la vallée , vous ne paierez rien à cette contrée , puisque vous produirez vousmême. Vous ne paierez rien au Limousin , parce que le cochon de la vallée vaut mieux.

Vous aurez une race admise, depuis des siècles, chez vous et dans la Saintonge ; une race appropriée à nos besoins, et reconnue telle par le temps, l'expérience et les populations.

Répondez maintenant. Mais répondez par écrit, et je répliquerai.

§ V. DU SUCCÈS PRESUMABLE.

Ne vantez pas tant, m'a-t-on dit, l'heureuse idée qu'a

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eue M. le préfet. Il pourrait bien en être de cette entreprise comme de tant d'autrea, qui ont surgi avec fracas et qui sont tombées sans bruit.

Cela ne sera pas. Voici mes preuves ; je les tire des comptes faits de M, Barème , le seul homme qui ne se soit jamais trompé :

1® Je suppose que chaque comice d'arrondissement achettera xm mâle et trois femelles. — Il en achettera peut-être dix ; mais je cave au plus bas ;

2* Que les truies ne feront que quatre portées. — Les éleveurs savent qu'elles en peuvent faire cinq à six;

3* Que celles qui naîtront ne porteront qu'à un an;

4** Que chaque portée donnera trois femelles. — Tout cela ne sort pas du terme moyen.

Ces faits posés , vous aurez , au bout de quatre ans et demi, 21 mille 312 truies portières. — Chacime des 365 communes en aura 60.

J'évalue le produit de chaque femelle à 10 cochons par année , ce qui fera 213 mille petits à livrer annuellement au commerce.

En outre . vous livrerez chaque année à la consommation la presque totalité des mâles et des truies qu'on réformera.

Vous devez comprendre , maintenant , que si cette race ne s'implante pas chez nous , la faute n'en serait pas au préfet, mais à la négligence des comices, à la mauvaise volonté des cultivateurs et à cet exécrable esprit d'opposition qui nous abîme.

Vous apprendrez tous avec plaisir que M. le préfet , après avoir étudié son affaire et calculé les avantages dé cette mesure , a déclaré qu'il donnerait chaque année aux comices , tout ce qu'il pourrait donner , afin que cette race parvint au dernier hameau du département.

368 ' r ACMCULTtJhE POPULAIRE.

Voilà tm homme ami de ragriculture , ami du laboureur, ami dtt pauvre , poussons tous à la roue , c'est notre intérêt.

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