DU CLIMAT
Celui qui , prenant im livre , introduira chez nous la culture du nord , anglaise , belge ou flamande , se trompera fort. Le sol et le climat lui donneront un fameux démenti.
Nous appartenons à la région du midi , sans en avoir les avantages. La vigne vient mal et donne un vin médiocre ; c'est de tous les départemens de la France celui où elle produit le moins. La zone du maïs s'arrête à la porte ; cette plante effrite nos terres , produit peu et fait plus de mal que de bien.
Nos printemps et nos étés sont souvent secs. Depuis cinq ans , on ne sème plus de trèfle dans la zone calcaire , la chaleur le tue. Beaucoup disent que la terre est épuisée pour cette culture ; c'est une erreur ; dans les années pluvieuses , il prospère partout. Mais nous ne pouvons pas compter sur ce fourrage , dans les plaines , pour nourrir un fonds de bétail. Il faut le remplacer par le trèfle incarnat, comme ressource de printemps.
On peut semer le trèfle ordinstire sur une partie de nos terres à base d'argile , et je conseille de le semer comme le blé , non pas à plat , mais en sillons , et l'on fauche en travers.
Placés à dix et vingt lieues de l'Océan, le vent de mer
devrait nous donner souvent de la pluie , pourtant cela n'est pas. Dans certaines années , nous sommes inondés ; mais c'est une exception. Nous voyons souvent les nuages arriver de Touest , s'amonceler sur nos têtes , et filer à l'est vers les montagnes d'Auvei;gne et les Alpes.
Notre sol est élevé, puisqu'il ne reçoit pas une seTile goutte d'eau des départemens qui l'environnent. Mais il ne l'est pas assez pour arrêter les nuages poussés violenunent par le vent de mer. Y a-t-il eu déboisement quelque part! Je le croirais , car il me semble que la climature a varié.
Nous devons donc compter sur des printemps et des étés secs , à peu près trois années sur quatre. C'est là-dessos qu'on doit baser les cultures.
Le voisinage de la mer, l'éloignement des montagnes, nous donnent des hivers doux et de courte durée ; peu de neiges qui disparaissent à mesure qu'elles tombent. Le colza viendrait bien dans la partie calcaire , si nous pouvions le fumer et si la terre n'était épuisée.
Les gelées de printemps nous font du mal. C'est un fléau pour bien des pays , dont nous ne sommes pas exempts.
Ainsi le climat des Deux-Sèvres intermédiaire entre le nord et le midi veut une culture qui lui soit propre. Son sol médiocre est mal cultivé, abîmé , massacré par l'ignorance et les mauvaises coutumes.
Je l'ai souvent écrit : l'agriculture a des principes généraux ; mais c'est une science de localités. Le sol et le climat , le commerce et les débouchés , la fortune du cultivateur, sont des élémens qu'il faut consulter partout.