DES SOINS ET DE L'ÉCONOMIE
et trempée de graisse , et perce ta barrique aux deux bouts. . .
— Voilà qui est meilleur , dit Rifandouille.
(Maître Proust, du Maillet). — Ne laisse rien perdre de ce qui est utile à l'homme , aux bestiaux et à la terre. — Une poignée de paille donne deux poignées de fumier , qui donneront une poignée de grain. — Il faut une place pour chaque chose, et mettre chaque chose à sa place.
(M^tre Dubreuil , de Vitré). — Chaque soir, ainsi qu'à la fin des travaux , serre tes fourches et tes râteaux. — Habitue tes enfans à tout serrer» cela s'apprend aussi bien qu'à gaspiller. — Mets à l'abri tes charrettes et tes instrumens; le soleil et la pluie gâtent tout, puis il faut du bois , du fer , du travail et de l'argent. Qui , par sa faute , perd un œuf, peut aussi bien perdre un bœuf, dit Franck.
— Un petit trou à la barrique , et le vin est à bas; petit gaspillage à la maison , richesse s'en va. — Mille manières de dépenser , cent fois moins de gagner.
(Maître Pierre Moreau, maire). — Il faut une bonne charrue qui ne fasse rien ; si l'une se brise ou se dérange, on a celle-là sous la main. — A la saison , mieux vaut travailler, que de passer son temps à raccommoder. — Qui réparera tout avant les travaux , commencera dès qu'il fera beau.
Soigne tes récoltes, a dit maître Charles, en élevant la voix. — On perd souvent plus dans un jour par négligence qu'on ne gagne dans une semaine par le travail. — Si tu as des foins à terre ou des gerbes sur le sillon , ne laisse personne à la maison. — Ne dis jamais; viendra le beau temps; dans les étés humides il pleut par tous les vents.
— Ne remets point au lendemain ce que tu peux faire le soir ou le matin.
A femme bavarde, mari sourd, dit Franck. Mais à
ferme tenue, point de fermier qui ait la berlue. — Qui ne voit chaque jour de tous côtés , perdra gros en hiver comme en été. — Qui quitte souvent sa maison , ne fera bonne récolte à la saison. — A courir foires- et marchés, un qui gagne et cent ruinés.
Franck , dit le Sempiternel , parle donc un petit pour les anciens usages. — Ne sont-ce pas les anciens usages, M. Routinet?.... Ce sont les nouveaux, et ça ne vaut
rien Alors vous aimerez mieux. — Le petit danse en
chantant): Fet^mier ne t* inquiète de rien, et va ton train, Mathurin, et ta ton train.
C'est superbe , dit THurlubrelu : ça vaut tout un aimanach. Il embrasse Franck , danse , pirouette et chante.
Ah ! ce ne fut pas fini. . . — Jadis et son moulin , Autrefois et ses clochettes , Paf-Paf , Tire-Semelle , Toc-Toc et Rabotin ; Boissansoif , Lapinte et Ramponneau; Tailleboudin , RifTandouilIe et Jamaisou , toute la séquelle enfin se met à danser , chanter : Fermier ne V inquiète de rien , et va ton train , Mathurin , et va ton train,
Franck riait comme \m bossu. Maître Jacques , dit-il , je fais danser les ours , et sauter les pirons fous.
Pendant le vacarme , les gens du conseil causaient entre eux. • — Quel malheur pour le pauvre monde ! disaient-ils ; quelle perte pour la France ! — Nos cultivateurs se ruinent et ruinent la terre avec eux , faute de savoir.
C'est que tout le monde y perd gros , le pauvre comme le riche , la ville comme la campagne , Tétat et les particuliers. — Si Ton tirait des champs ce qu'ils peuvent donner , on vivrait à l'aise et à meilleur marché. — Tout vient de la terre et tout y rentre ; le travail et le savoir font les produits.
Chaque département doit améliorer sa culture , et ne le
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peut que par rinstruction. — Il faut un almanach du cultivateur , puis un petit livre pour les écoles , qui dira la manière de se conduire et de gouverner la terre.
A quoi sert de savoir lire si on n'a pas de livre qui instruise ! — Pour le riche , il y a foison : pour le pauvre , pas un seul qui ait de la raison.
Nous parlerons de ça, n'est-ce pas! père Abraham... Oui , mes amis , Tan prochain peut^tre.
Le tintamarre des innocens ne finissait pas. — M. Routinet , qui avait bu un petit coup de trop (suivant les anciens usages ) , dit : silence ! — Amis , qui n'êtes jamais las de vous reposer , de boire et de manger , voyez la grande cabriole du grand routinier d'Hurlubrelu. — Puis il fait un saut de trois pieds, xme pirouette , et manque son coup. — Pouf! il tombe de la charrette en bas , les quatre fers en l'air.
Tê!... ti!... crie Paf-Paf , la routine est morte... Oh que nenni ! répondit Franck , elle a la vie dure ; je vas la faire revenir. — Il saute à terre et lui corne à l'oreille : M. Routinet ! M. Routinet ! l'ancien usage est arrivé. . . Ah ! ah ! dit-il , dis-lui de ne pas travailler , de manger tant qu'il a de quoi, de jeûner quand il n'a rien.... Il ne faut donc pas qu'il garde une poire pour la soif.... Non! non !
Puis il ouvrit les yeux. On le releva , on le monta sur la charrette : il avait un petit peu l'air d'un mouton lourd ; mais ça fut bientôt passé.
Quand on se fut amusé de la cabriole , Franck dit : mon grand père , ne parlerons-nous pas de la mère Fricot et de sa fille Fricotine , qui toujours sont en cuisine , et se dépêchent de manger ce que les travailleurs peuvent gagner?... Non , mon petit, ce sera pour une autre année.