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EXPOSITION

1® L'agriculture exige un esprit de suite , une persévérance qui tient presque de la ténacité.

Celui qui est dans la bonne route doit faire tous les ans , tous les mois et tous les jours , ce qu il a fait précédemment. — Voyez la Flandre ; il y a trois siècles qu'elle cultive de la même manière et toujours bien ; elle a servi d'exemple à l'Europe. — La constance dans le bien , c'est ce qu'il faut atteindre.

2® Les comices tombent , dit-on. — Le feu sacré s'éteint.

Je crois que le jour où il n'y aura plus de comices , on devra renoncer à l'amélioration de l'agriculture.

Il est vrai que , s'ils n'ont point de règles , de principes , de systèmes , ils peuvent , pendant cent ans , dépenser inutilement l'argent qu'on leur donne.

Après avoir voyagé , consulté des gens instruits , je me suis déterminé à faire un GumE des comices. — S'il est passable y cela me suffit ; d'autres feront mieux , ou chaque comice fera le sien.

Je serai court; parce que j'imprime à mes frais , et qu'un li\Te , fait par un simple laboureur , s 'il était long , ne serai lu par personne.

406 L'AGEiOJLTURE POPULAIRE.

3' Il V a des contrées en France où tout est beaa , ou tout est bon. — ^Ainâ les marais dtesséchés du bas Poitou . la limagne , la Bigorre , la Flandre , l'Alsace , les plaines du Nord , quelques-unes dans le Midi , la partie de cet immense littoral où les mers envasent et n'ensablent pas , les bords des rivières et des ruisseaux , ces vallées nombreuses sont Tomemeut , la gloire et la richesse de la France. Ou les trouve par masse dans quelques contrées ; mais il y en a partout , et il existe peu de communes qui n'en aient quelques parcelles.

Ces terres de prédilection n'ont pas besoin de comices.

Mais ce qu'il faut améliorer , ce sont ces plaines de l'Ouest , du centre et du Midi ; — ce sont ces contrées bocagëres où l'agriculture semi-pastorale laisse tant de terres incultes ; — enfin cest un peu plus de la moitié de la France.

Où il n'y a à manger que pour un , on ne peut pas vivre deux.

A mesure que la population augmente , vous ne pouvez pas , comme en Amérique et dans les steppes de la Russie et de l'Asie , lui dire : marchez, allez, voici des terres qui n'attendent que des bras.

Votre sol a ime étendue fixe ; vous ne pouvez pas l'augmenter d'un are. Que devez-vous faire \ Augmenter le produit. — C'est ime nécessité démontrée.

Or , parmi les terres dont je parle , il y en a de bonnes qu'on peut rendre excellentes ; il y en a de médiocres qui deviendront bonnes , et de mauvaises que vous rendrez passables.

C'est sur ces principes qu est fondé mon système.

4" Le peut-on l — Je le crois.

Nous avons tous vu , dans des contrées infertiles et sauvages , de pauvres chaumières ; toujours , à côté , se trouve

GUIDE DES COMICES. 4b7

un jardin productif, un pré de qualité moyenne , et un hectare en labour qui nourrit son m^tre. — Qui a produit cela? Le travail et le fumier.

J'ai vu , dans la Provence , non loin de Salon , sur la droite du canal de Crapone , de petites maisons entourées de jardins fertiles. — Elles sont pourtant au milieu de la Crau , de ce désert d'Arabie où Ton ne voit aucune trace de végétation. — C'est le travail et le fumier qui les ont créées.

Les villages assis dans des contrées rebelles sont entourés de terres productives. — A mesure que la population augmente , elle s'avance sur le désert , comme la vague sur les bords de l'Océan.

C'est la main de l'homme qui fait cela ; c'est sa force et son intelligence qui parvient à dompter la nature. — Mais , s'il fuit ou disparaît , le désert arrive à son tour , il marche et reprend son empire ; il travaille et détruit ; il efiace enfin jusqu'au nom que l'homme avait imposé à sa conquête.

Oui , l'on peut améliorer ; mais il faut un esprit de suite , et savoir créer des engrais. — Partout c'est possible et plus aisé qu'on ne pense.

5" L'agriculture est une science de localité, mais qui a

des principes généraux. — Chaque sol veut sa culture et ses amendemens.

Mais les sols effrités , épuisés par les cultures successives de céréales , dans les contrées où l'on fume peu , ne produiront jamais de bonnes récoltes , si on ne les améliore.

Telles sont la plupart des plaines dans TOuest , le centre et le Midi. Elles sont , au mois de mai , entièrement couvertes de récoltes. — Point de jachères ! crie-t-on de toutes parts : c'est un précepte religieusement suivi.

Cependant , dans le département du Nord , qui dépense

458 L'AGBICULTURE POPULAIRE.

annuellement un million deux eent mille francs en marne , chaux et cendres % sans compter les matières fécales , les tourteaux de graines et les fumiers de toute espèce , — il y a im sixième du sol en jachère. -r-C'est ce que des gens instruits m*ont assuré , dans le pays même.

Jugez maintement si vous pouvez transporter dans ces pays épuisés Tagriculture vigoureuse du Nord ; — et donner une plante forte à une terre faible î

C'est cependant la faute que commettent la plupart des. comices. Ce qui manque, c'est im assolement et des comices.

6® Le climat a aussi une grande influence sur les cultures. — Si on compare brusquement le Nord et le Midi, cette vérité sera sensible pour tout le monde.

Mais il y a des contrées où le climat est excessif, d'autres où il est régulier.

Le climat est excessif, lorsque , de deux années une , ou deux années sur trois, il survient des hâles prolongés ou des chaleurs brûlantes qui suspendent toute végétation. Les plantes souffrent alors , et quelques-unes périssent ou ne donnent qu'une faible récolte.

Les plaines de l'Ouest , du centre et du Midi ont ce terrible climat. Aussi les racines n'y réussissent que sur le bord des rivières, ou dans un sol humide. — Ce qui est une exception. — Dans l'Ouest et le centre, les hivers sont capricieux; il gelle la nuit , dégellelejour.

Le Nord , l'Est , les pays de montagnes et les bocages ont un climat plus régulie?'.

7** Les gelées tardives , ou de printemps , sont un fléau pour toute la France. (J'en excepte cependant une grande partie du Midi ). Mais elles frappent plus particulièrement les plaines de l'Ouest et du centre , où la végétation est tou-

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jours trop avancée. — Elles font souvent un mal incalculable aux seigles.

Cependant les gelées et le climat ont moins d'influence sur les terres bien fumées ou bien amendées , que sur les sols épuisés. J'observe cela chaque année-, et chaque année je dis: « Améliorez vos terres ; toute Tagriculture est là. » J'ajoute encore: « Pour un bon cultivateur, il n'y a point » de mauvaises années. »

8* Les hivei's tardifs font beaucoup de mal dans les sols calcaires. — L'hiver est dans un sac , disons-nous , au fond, à lagueule ou au milieu. — Quand l'automne est belle et chaude , les blés tallent. — L'hiver vient et les racines de tallage gellent. — Aussi nous disons: Nos blés mangent leurpougnage. Ce qui signifie que le blé sera clair, et que le moissonneur ne trouvera bonne poignée au faucillage.

Tout le monde le sait ; mais on ignore d'où cela provient. — Le voici : — // nest bon blé que de toilage. — D pousse d'un noeud , qui est à une , deux ou trois lignes dans la terre , de petites racines tendres et blanches comme du lait; — du collet de ces racines , pousse un épi. Il y en a souvent cinq à six dans les terres bien fumées ; voilà ce qui fait les belles récoltes. Mais il suffit de 4 à 5 degrés de froid, quand la terre est humide , pour geler ces racines de tallage , et tous ces petits épis meurent au printemps.

C'est encore un inconvénient des climats excessifs. — Le Nord et l'Est ne redoutent point ces vimaires , il en est ainsi du Midi ; mais l'Ouest et le centre en sont quelquefois atteints.

9® En revanche , la floraison réussit moins dans le Nord et dans l'Est que dans les autres parties de la France. Les pluies , les brumes , une atmosphère humide font couler la fleur , et le grain avorte. — La fleur du blé dure 24 heures ;

mais, sur le même* épi, il y a souvent des fleurs pendant huit jours , et , dans le même champ trois semaines.

Admirable loi de la Previdence ! Car , si tous les grains fleurissaient à la fois , nous aurions ime abondance extrême ou une disette afireuse.

10" En agriculture , on dait consulte}* le commerce du pays. — Etabli par le temps , il constitue sa richesse ; favorisez . étendez , améliorez ce conmierce , mais ne tentez pas de lui en substituer un autre.

Vous pouvez , il est vrai , y ajouter quelque branche d'industrie secondaire; mais, conmie accessoire, et sans nuire au commerce principal. — On fait toujours bien, et à bas prix , ce qu'on fait depuis long4emps.

11" Considérez aussi la pauvreté ^ F aisance ou la richesse de la population agricole. — Ne lui demandez jamais plus quelle ne peut faire, ni plus qu'elle ne peut payer; car vous prêcheriez dans le désert , et ces conseils imprudens feraient rejeter ceux qu'on pourrait suivre. — Ce n'est pas le cas de demander plus pour avoir moins.

12" L'instruction du peuple agricole secondera vos efforts ; — mais son ignorance vous offrira de grands obstacles. — Aussi j'ai toujours considéré les publications populaires comme extrêmement utiles.

Mais quel que soit l'état de l'instruction , comptez plus sur Y exemple que ^\xv\di parole.

13° N essayez jamais de changer brusquement les habitudes agricoles d'une contrée. — Vous ne réussiriez pas , et perdriez votre influence. Puis , il y en a de bonnes que vous croirez mauvaises , tant le sol et le climat modifient tout. — Le temps seul et l'exemple d'une bonne pratique peuvent détruire celles qui sont mauvaises.

14" Souvenez-vous toujours qu'il n'y a rien daèsolu ,

GUIDE DES GOMIGES. 461

et que tout est relatif, — Vous pouvez faire autrement qu'un autre et faire bien; Un y a que V amélioration du sol qui soit une loi commune à tous.

C'est cette dernière pensée que je vais développer.

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