PREMIÈRE SECTION. DU FUMIER DE FERME
Tout le monde sait ce que c'est que le fumier; je n'en dis rien.
Mais ce qu'on ne sait pas , ce qu'il faut r^ter sans cesse et toujours , c'est qu'une fumure ordinaire , dans un pays de bonne culture , est de cent mille demi-kilogrammes par hectare.
Si votre mesure ancienne est dé quinze ares, il faut quinze mille demi-kilogrammes ; vingt mille , si elle est de vingt ares ; enfin un millier par are.
Quand j'ai dit cela dans mes almanachs , on a crié à l'erreur; prétendant que, si l'on fumait de la sorte, les blés verseraient. — Dans la Flandre , on fume ainsi , depuis trois siècles , et les blés ne versent pas.
Expérimentez vous-même , marquez un are (dix mètres de chaque côté) , pesez mille demi-kilogrammes de fumier mouillé, à l'état de beurre noir, étendez-le, et vous verrez qu'il en faut plus pour le chanvre , l'ail et les oignons. — Nos jardins exigent cette quantité chaque année , et cette fumure en doit durer trois dans nos champs.
Voulez-vous savoir ce que vous ferez de fumier dans l'année , aussitôt la moissonî Vous le pouvez.
Cent demi-kilog. de foin font 220 demi-kilog. de fumier. — Si vous en récoltez 30 mille , c'est 66 milliers.
Avez -vous eu 150 hectolitres de grain? — ( Année moyenne , quand h paille et le grain sont très-secs , une
Ui L'AlHtlGULTUBB POPULAIBE.
geiiie de dix-hmt demi-kilog. en rend six de grain et dooze de paille. )
Vous aurez donc -lo milliers de paille qui donneront 90 mille de fumier , ou le double.
Vous ferez de ces 156 mille de fumier 51 charretées, à raison de 2,500 l'une. Vous les étendrez sur 8 hectares , et chacun en recevra 16 mille, au lieu de cent. — C estainsi que vos terres s'épuisent.
Faites-vous des racines! CSiaque livre de racines rend une livre de fumier. — Avez-vous des récoltes vertes que vous faites consonmier à Tétable ? Elles vous rendront encore livre pour livre.
Mais ce que vous ferez manger sur place ou pâturer comptera pour peu.
Ce sont des choses qu'il faut savoir , quand on veut cultiver. — Vendre sa paille, c'est vendre son fumier; —et qui vend son fumier vide son grenier.
Aussi , partout où je suis allé , je demandais aux cultivateurs : que vous manque-t-il ? — Du fumier , répondaientils , du fumier , rien que du fumier.
Il faut donc , puisque l'insuffisance du fumier qu'on fait est constatée , 1* en augmenter la masse autant qu'on peut: 2"* recourir à d'autres engrais qui puissent partout remplacer le fumier.
C'est , je pense , la mission des comices.