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CHAPITRE Vil

DES CX)MICES.

J'aborde une difficulté sérieuse. — Il faut prouver qu'on peut faire beaucoup avec peu.

On le peut , avec les comices ; mais , sans eux , la chose est impossible. Tel est mon avis.

Des comices actuels, — Quand on les créa , il y a dix années , (»n en voulait un par canton. — Cette idée était excellente. — Mais on crut s'apercevoir que les élémens manquaient dans be-aucoup de localités.

Ceux qui se formèrent ont brillé un instant , et la plupart n'ont eu que des résultats éphémères.

On s'est alors adressé aux comices d'arrondissement. Comme ils devaient agir sur l'ensemble de leur territoire , on les dota le mieux qu'on put.

Mais n'ayant ni plan ni système , ils se sont bornés à dis-

BOO L'AORiCULÎURE POPULAIRE.

tribuer , le pltis utilemâit possible , les fonds qoe kar donnaient YÈUA et le département.

De manière qu'on ne peut pas dire le bien qu'ils ont fait, ni prévoir celui qu'ils doivent faire. — Cépefidant ceux qid les composent sont des hommes consciencieux , instnnti, honorables , amis du pays , et qui veulent sincèrement IV mélioration de l'agriculture. — D ne leur a manqué qn'mie organisation.

Définissons le comice. — Cest une associafùm deprth -priètair^ et de cultivateurs, — Mais on a cru que c étiit simplement une réunion d'individus , où chacun devait dire son avis. — C'est la source du mal ; tandis qu'on ne t'o»- «•octe que pour faire en commun , suivant la position et le pouvoir de chaque associi (^.

Dans mon opinion , tout dépend du propriétaire; je vais donc dire un mot de ses droits et de ses devoirs.

Des propriétaires. — ^ La propriété foncière est la base des richesses. — C'est là que se placent les capitaux acquis par l'industrie , le commerce et l'économie. Elle donne des droits politiques et la considération sociale. — Elle est stable comme le sol et passe à la 20* génération , tandis que les fortunes mobilières arrivent rarement à la troisième.

Si vous jetez un coup d'oeil sur l'Europe , vous y trouverez partout les institutions du moyen-âge. — On enlève encore au cultivateur la gerbe de ses champs , le foin de ses prés , l'agneau de son toit.

Malgré ces déprédations , l'Angleterre , l'Ecosse , la Belgique , une partie de l'Allemagne et de l'Italie , nous ont devancés dans la culture.

En France , la propriété est entière , absolue , dégagée de

(*) C'est ainsi que Ta pensé le général Bugeaud , qui a , le premier, établi des comices en France.

%EKite eOBBv^, libre «nmiie 1a p(!i»eir. — Lrs kos. W wDCPnr% ei ie§ usafïes . ies masristnits <f la f orc^ imKhque la proiéfraii initt ks îoiits f*i k xcn& les in:îaiii$

Profôétûres !.... Vous €tes Irf TMotrrf St h ferrr^ h^ mibiUr% de nw àesii'oècf. — De tîvqs ckficnd IjùsiiDoe <«(i la nàs^sTt des popuhûâcoxs. — Car , pauxTes «>u rioh<^> iMMts Tivons loQs àt la verre^

Cette Mouveroineir De roas ànpcise-l-<»llo (^as <ïo$ oM)^tkms! — Si la société a tout fait poïnr votrsi, ne 4exx>tAVHW EÎen iaîre pcpor elle! — Auome loi écrite ne vous y <Mi^ « je le sais. — JAais il en est une , $Tav)6e au fMnd f)e laoMi$« denoede rhomme de bien, et qiÙToas crie «ir^fSttre, pmtk pays , ce qve le pays a fait pour rems.

Mais non Xe consultez que vos intèivts > ce\ix d« >\i«

enians et de tos Csimilles.

Dites-le moi : — £st-<e la même chose d'a\*oir un «ol amélioré , ou une terre qu'on écrase chaque année t

N'y a-t-il aucune différence entre lo pnHÏuil do Tuu ol celui de l'autre ?

La valeur en capital est-elle la mômot L'agriculture semi-pastorale rend-elle autant qu une agriculture vigoureuse!

Les prairies artificielles ne sont-elles pas un puissant moyen d'amélioration !

Indépendamment des fumiers de ferme , ne faut -il paa partout des engrais artificiels , comme les marnes , la cimux, les récoltes enfouies , etc. , pour bonifier le sol et augmenter les produits!

Poser ces questions , c'est les résoudre. Pourquoi abandonnez-vous vos domaines! Pouniuoi no pensez- vous qu'au fermage , et ne pensez-vous pas aux améliorations!.... Est-ce que les améliorations ne doivent pas augmenter les produits et les revenus!

Cependant vous parlez agriculture dans les comices, et vous raisonnez bien. Ce n'est donc pas Tinstruction qui vous manque.

Remarquez-le ; — cette ferme vous appartient , vous avez sur elle ime puissance absolue , et vous ne vous en occupez

pas.

Vous êtes donc comme ce prédicateur du 14* siècle , qui disait à ses ouailles: Faites ce que je dis — et non ce que jefais.

C'est le bien des autres que vous voulez améliorer, et non le vôtre. — Mais comme vous êtes les maîtres du territoire , et que vous avez tous les mêmes idées, il en résulte qa'il n'y a , et qu'il ne peut y avoir aucune amélioration parles eomices. — Vous parlez , et ne faites rien.

Toutes celles que nous voyons sont dues , en effet , à des cultivatciu*s isolés , qui travaillent silencieusement et dans l'ombre , pratiquent et ne parient pas (*).

(*) Dans le[midi , il y a peu de fermiers.

Ou le propriétaire cultive lui-même ;

Ou il fait coloncr ;

Ou il fait cultiver par des maîtres-valets , à peu près comme dans partie de la Prusse et de l'Allemagne.

Il est donc''presque toujours maître de sa terre ; cependant il fait peu de prairies artificielles.

Tous néanmoins comprennent qu'ils ont besoin d'engrais. Mais, comme partout , c'est afin d avoir de meilleures récolles , dans l'année , et de semer ensuite jusqu'à épuisement complet.

Nulle part, dans les contrées pour lesquelles j'écris on ne songe a l'amélioration du sol , à le maintenir en vigueur , à augmenter graduellement sa fécondité. — C'est pourtant là qu'est toute l'agriculture.

J'ai vu des terres où la chaux serait excellente ; je n'ai pas appris qu'on l'employât.

Il en est où un enfouissement de sarrazin réussirait ; on ne l'a pas essayé , je pense.

Mais je connais quelques cultivateurs qui enfouissent des lupins.— Je souhaite que cet usage devienne général.

Puisqu'enfin on veut toujours des pailles , je conseille d'essayer, «w de bons sols /Ja méthode italienne ( la terre du moins ne s'épuiserait pas constamment ) .

Je ne cultive point me direz- vous ; — j'habite la ville , — je remplis une fonction qui absorbe tout mon temps ; — enfin je ne suis pas laboureur , j*ai d'autres goûts ou d'autres habitudes.

Vous dites bien.... Mais vous avez \m ou plusieurs domaines , qui sont près de votre habitation ou éloignés. — Associez- vous à ces comices , ils vous diront :

1** Quelles sont les conditions améliorantes que vous devez insérer dans vos baux.

2® Ils en surveilleront eux-mêmes l'exécution.

Ainsi vous améliorerez sans peine votre héritage ; — vous prêcherez d'exemple ; — vous augmenterez votre capital immobilier, — et paierez une dette sacrée à la société qui vous protège.

Figurez-vous cet accord imanime des propriétaires cédant aux sollicitations des comices où ils possèdent , imposant des conditions améliorantes , peu étendues d'abord , mais qui augmenteront avec le temps et les progrès.

Dites-le moi , dans la sincérité de votre âme. Ne ferezvous pas faire im pas immense à l'agriculture î Ne jetterezvous pas sur le sol une masse d'exemples à laquelle rien ne pourra résister î

Comparez ce qu'on fait aujourd'hui avec ce que je propose de faire ; vous comprendrez que , dans 25 ans , vous implanterez sur le sol des pratiques agricoles qui ne péri-

C'est de faire deux et trois grains de suite , en semant , immédiatement après la moisson , un lupin qu'on enfouirait aux semailles d'automne.

Dans ce cas , il ne[ faudrait pas semer froment après froment , mais des céréales d'espèces différentes ; — attendu qu'il faut éloigner ,U plus possible , le retour de la même plante sur le même sol.

J'ai foi dans l'avenir de l'agriculture du midi, t- Les propriétaires sont forcés de s'en occuper ; tandis que , dans les pays de fermages , la plupart livrent leurs domaines à des hommes complètement igno- Tans , et n'y songent que pour en toucher la rente.

ront jamais ; tandis qu'avec la méthode actuelle , vous ne ferez rien dans dix siècles.

Je parle à des hommes instruits , qui ont du sens et d» jugement ( ce sont les qualités qui distinguent le propfiétaire ) ;. ils- diront tous , dans leur âme , qu'il n'y a pas d'autres .moyens : et cependant rien ne se fera encore , la force d'inertie paralysera tout.

Nous sommes dans un siècle où on ne reçoit la loi que de soi-même ; — ce qu'on dit est bien ; mais ce que dit un autre ne vaut rien.

Le temps n'est pas venu, je le sais. — ^Mais je suis vieux, et veux faire mon testament agricole avant de mourir. — Après tout , les hommes passent et la vérité reste.

Des cultivateurs. — Je veux dire un mot des cultivateurs, avant de vous parler de l'organisation des comices. — Ce sont des gens de ma classe , je les connais parfiBÛtement.

Ceux qui sont membres des comices sont toujours propriétaires. Mais ce sont aussi des jH^ticiens éclairés et fort recommandables.

C'est de la masse que je vais parler.

1° J'ai observé que le cultivateur se défie des innovations introduites par les messieurs ; il croit toujours qu'ils dépensent plus quils ne gagnent. (C'est vrai quelquefois).

Mais il examine attentivement ce (jue fait un homme de sa classe et de sa fortune. Il voit ses récoltes , s'informe du prix des engrais , et finit par l'imiter.

Agissez donc sur la classe laborieuse ; car un exemple donné par un paysan vaut trois exemples donnés par des messieurs.

2° Voyez des prairies dans ime commune ; puis elles s'arrêtent brusquement et ne reparaissent plus.

GUIDE DES^œMlGES. 505

Je trouve une culture ici , et ne la rencontre plus à une petite distance , malgré que les sols soient analogues.

D'où cela vient-il î

C'est qu'il faut que Y exemple soit placé à côté du cultivateur , et qu'il n'y ait , pour ainsi dire , qu'une borne , une haie ou un fossé entre son champ et la nouvelle culture ^ pour qu'il observe , compare , juge et se décide à imiter.

Voilà pourquoi il faut agir partout , et pour le moins aux quatre oriens de chaque commune , afin que les exempîes^ aient de l'efficacité.

Ne niez pas ces faits, l'observation les confirme. Ils prouvent que rien ne sera aussi puissant que les conditions amélioranles imposées par les propriétaires. Elles auront plus d'effet que si ces propriétaires cultivaient eux-mêmes.

3" Je crois que vous arriverez à introduire partout les engrais.

Le plus simple des cultivateurs connaît leur puissance , il la connaît mieux que les messieurs qui lisent beaucoup et ne cultivent pas.

Qui a employé les terres de jardin 1 — Le cultivateur , et cela , de lui-même , sans livres ni comices.

Le noir animal 1 — C'est aussi lui qui l'a découvert.

La chaux t — Il l'emploie dans plusieurs contrées sans qu'on lui ait dit que c'était un engrais puissant.

Toujours guidé par Y exemple de ses pareils.

Il n'y a que les récoltes enfouies dont il faut introduire l'usage à tout prix , et par des conditions forcées, — La raison en est qu'on peut les obtenir sur tous les sols , et que c'est de tous les engrais celui qui coûte le moins.

Pourquoi le cultivateur veut-il des engrais î 1" parce qu'il sait qu'il en manque ; 2** parce que l'expérience lui a prouvé que , sans engrais , ses récoltes sont souvent nulles ; 3" —

eu&û. parce que la dépense de Vannée rentre avec profil à(m Vannée,

Il n'en est pas ainsi des prairies ; il faut presque partout le contraindre.

Jugez maintenant des avantages de mon système. — Un cultivateur ensemence annuellement dix hectares , qu'il fume mal et très-mal.

S'il fait des prairies , il nourrira son bétail à Tétable , et fera moitié plus de fumier.

S'il fume encore trois hectares sur les dix , avec des engrais artificiels ou des récoltes enfouies , il aura certainement double produit , et sa terre s'améliorera graduellemoit, tandis qu'aujourd'hui elle se détériore sans cesse.

4® Croyez-vous que le cultivateur soit très-disposé à améliorer le bien d' autrui î — C'est une opinion douteuse et contestable ; je vous avouerai que je la crois fausse.

Chacim travaille pour soi , non pour les autres.

Mais il y a une raison décisive qui lui fait repousser toute amélioration , il craint de trouver , à la fin du bail , un concurrent qui le déplace , ou qui l'oblige à augmenter le fermage.

Vous le prêcheriez donc pendant mille ans sans le convaincre. — Il emploiera encore des engrais , parce qu'il en retire immédiatement le profit. Mais il ne fera point de prairies.

Si vous voulez que votre terre s'améliore , il faut le contraindre et dicter des conditions.

Pour mon propre compte , je n'affermerais pas un hectare de terre sans obliger le fermier à en avoir toujours le tiers en prairie.

Maintenant qu'on doit me comprendre , arrivons aux comices.

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- prime en arz*=nt — On pourra Itu «irr^^rfMflf '•/•^ «ft^î*».,^: . de la Taleir de 10 à 12 tiranai ^

- Le comice nommera iii ^/ui , I^j/jwI r#r/;^#«i un tr in

- lement de mille francâ m moinv II f^^^irra ar#î r/îV^^|M/' ,

u s'il ne remplit pas les obligations qui lui seront im- « posées. "

« Il y aura au chef-lieu de chaque canton une fête de « V agriculture. — Elle sera établie à perpétuité un di- M manche des mois de mai ou de juin , toujours avant la H moisson. »

» C'est le jour de cette fête que l'on distribuera les prix M ou les primes. «

Cela suffit pour me faire comprendre.

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