‹ ŒuvresChapitre 19 sur 145 · LES PROCES · texte numérisé non relu

LES PROCES

quarts des procès les riboteurs sont les auteurs. — Qui n'a pas sa raison ne dira jamais rien de bon.

l'avocat. — Tu donnes force argent à ton avoué , jamais assez. — C'est qu'il en faut pour tout le monde : à lui d'abord , à l'avocat , au greffier , au marchand de papier > à l'enregistrement , au sergent. — Calcule avant de plaider , car il faut tout payçr.

FRANCK. — Qui a procès a six bœufs à l'engrais ; encore ne mangent-ils ni paille ni foin , faut les nourrir au grain.

l'avocat. — Ce n'est tout assurément. — Arpenteurs , experts , témoins , descente de justice , jamais ça ne finit. — Pour payer tout ça, faut des monceaux d'argent. — Si tu perds , tu es ruiné , si tu gagnes , tu es écharpé !

FRANCK. — Rien n'est plus vrai. — ^Plaider , c'est se ruiner. — Procès bons , mauvais , passables , sont tous procès détestables. — Les procès ont le ventre creux , ils ont vite avalé trois vaches et deux bœufs.

l'avocat. — Vous avez au village et dans les bourgs gens qui soufflent la discorde en la famille , entre parens , entre voisins. — Qui les écoutera se ruinera, et de longtemps ne dormira.

FRANCK. — Procès de voisin , procès de venin. — Procès de parens , jprocès de méchans. — Procès de famille , procès de ruine. — Mieux vaut être piqué par un serpent qu'être mordu par un sergent.

l'avocat. — Ces avocats de village font des procès sur tout, sur un sillon , un chemin , un passage. — Le plus souvent sur rien , sur un mot , une parole , ça coûte beaucoup. — Avant de suivre leur conseil , fais-leur donner billet de garantie. — S'ils refusent , tu sauras qu'il faut s'arranger , jamais ne plaider. — Si tu as du bon sens , n'écoute pas de pareilles gens.

FRANCK. — Procès de chemin mange le train. — Procès de passage ruine le fou comme le sage. — Procès de haillons met à bas la maison. — Petit procès souvent coûte plus qu'un grand. — Une mauvaise bête est un procès : n'en aie jamais. — On se défend d'un chien enragé , par les procès on est mangé !

l'avocat. — Le procès dure long-temps , chaque jour il faut de l'argent. — On sait quand il commence , jamais quand il finit. — C'est le voisin qu'on veut aveugler , mais on commence par s'éborgner. — On voit bientôt qu'on est en mauvais chemin , on voudrait reculer , mais les firais en empêchent. — V'ià ce que c'est que de faire procès de vivacité , de haine et de vengeance.

FRANCK . — Mauvais accomodement vaut mieux qu'un bon procès. — On n'est jamais mal accommodé , toujours mal jugé. — C'est que pour s'accommoder il ne faut presque rien , et pour se faire juger on mange son bien. — Si tu ne veux te ruiner , ne refuse pas de t' arranger. — Sur cent procès, n'y en a pas deux qui vaillent les frais.

l'avocat. — Avant de faire procès , va trouver le maire , un brave homme du canton , le juge de paix , un notaire , un avocat , — dis-leur : Faites venir mon adversaire et jugez-nous. — Ne refuse jamais d'aller chez ces braves gens , si tu es appelé , — ne dis pas quand tu y seras : je veux que ça marche à ma tête. — Point de colère , point d'entêtement ; les procès sont pis que la grêle à la Saint- Jean.

FRANCK. — Mets la main au nid du serpent , plutôt que d'aller trouver le sergent. — Sais-tu que pour un procès il faut trois sacs , — sac de papier , sac d'argent , sac de patience. — Si tu ne veux te ruiner , lis l'almanach avant

LES PROCÈS. k\

de plaider. — Apres , va chez un brave homme : tu lui donnes un œuf et tu gardes ton bœuf.

l'avocat. — Prenez des arbitres , mes enfans , pour arranger vos différens. — Comment ! vous travaillez dix ans pour gagner un petit d'argent : un procès vient qui mange le double ! — Faites comme les messieurs , instruisez- vous , arrangez- vous et ne plaidez pas.

FRANCK. — Veux-tu gagner tous tes procès? arrange-toi , ne plaide jamais.

Votre nom , monsieur l'avocat , dit le père Abraham. . . . Vénérable vieillard, c'est inutile. — Les avocats et les avoués du département sont au village ; nous nous sommes réunis ce matin. — Le laboureur travaille et nourrit le monde , avons-nous dit ; les procès le ruinent , il fautTinstruire. — On m'a choisi , l'honneur est à ces messieurs !

Nous avons mandé Franck. — Sais-tu des paraboles sur les procès , mon petit!... Un plein pré, a-t-il répondu. Le procès de Jacques Chopine et nombre d'autres en ont fait faire à mon grand-père , et dans mon sac il y en a de ma fabrique. — Marchez devant , le petit suivra ; percez la barrique et le vin coulera. — Puis il est parti , sautant , gambadant y criant : vive l'almanach.

Il ne s'est épargné , comme vous voyez. — Que le cultivateur apprenne ces proverbes par cœur. — Jamais il ne plaidera , toujours il s'arrangera. (L'avocat se retire).

Un mossieu s'avance et dit : membres du conseil , respectables laboureurs , les avocats , les avoués du département sont de braves gens. — Celui qui vient de parler est un homme de bien et très-instruit, je le connais. C'est M. Guéry-Champneuf , grand avocat à la cour royale , demeurant en la ville de Poitiers , connu de tout le monde.

petit. — Pour bâtir la maison chacun apporte sa pierre.

Pourquoi les terres sont-elles mouillées, répond Tinconnu ?... C'est qu'il y a , dessous la bonne terre , une couche d'argile ou de marne grasse. — Cette couche tient l'eau comme une assiette , l'empêche de s'enfoncer. — L'eau coule dessus , inondant la bonne terre , noyant les hauts et les bas.

La terre mouillée est difficile à prendre , c'est de la pierre ou du mortier. Souvent on ne peut la labourer. — Le fimiier n'y dure qu'une saison , la mauvaise herbe y pousse à foison.

Quand on sème , on n'est jamais sûr de récolter ; il faut la dessécher ou l'abandonner.

C'est vrai, dit Pintureau.... Qu'en dis-tu Maroleau?.... Je dis que sa charrette n'est embourbée.

Il y a dix manières d'arriver , continue notre homme : — le plus simple est par le labourage ; car souvent il est suffisant.— Vous savez tous labourer à plat , labourer à sillons ; il faut labourer la terre mouillée en billons.

Voici trois billons vus par le bout.

On les fait de la largeur qu'on veut , depuis six pieds jusqu'à quarante. — Quand la terre est bien mouillée , on les fait plus petits et plus élevés. — On laboure un mois plus tôt , un mois plus tard , jamais la récolte ne manque. Tu sèmes ce que tu veux , prairies , grains ou légumes. — Le fumier n'est pas détrempé , lavé , perdu ; la terre s'améliore.

DISCOURS DES ABIBASSADEURS. 45

L'eau qui tombe sur le billon coule dans les raies de chaque côté. — C'est ainsi qu'on laboure en Flandre , du côté de Mayence , dans une partie de l'Angleterre , partout où la terre est mouillée. — Us ont maintenant des récoltes magnifiques; autrefois ils n'avaient rien. — Il n'y a guère de département où il ne faille user de trois manières de labourer , à sillon , à plat ou à billon , suivant la terre ; car il y en a partout de toutes façons. — Vous le verrez quand on parlera des laboiu^.

Colonne de grenadiers! dragons de la mort, c'est lui dit Pierre Labombe, — qu'en dis-tu, Vadeboncœurî (Vadeboncœur ne répond). Et toi , Michel Grognard , vieux troupier , le reconnais-tu! (Grognard ne dit mot.)

Tais-toi donc , Pierre Labombe , dit le père Abraham

Feu croisé de mitraille! c'est lui, mon ancien Marche

et laisse parler , dit le vieux président.

Mes amis , le billon n'est facile à faire ; mais on s'y habitue. — La charrue n'a qu'une oreille; on laboure en tournant , commençant au milieu , jetant la terre en haut , deux , trois à quatre fois pour le construire. — La raie ou la rigole qui est entre les billons a de 15 à 30 pouces de large; on la creuse, s'il le faut, par un ou deux coups de charrue.

-Quand le billon est fait, et qu'après une récolte tu veux labourer de nouveau , tu commences en bas, toujours tournant et descendant la terre. — Tu la remontes ensuite, prenant au milieu du billon.

Les deux roues de la charrue ne sont égales ; celle du bas est plus haute , pour que la charrue soit droite. — Faut aussi . que l'essieu soit un petit long, pour faire marcher les roues où l'on veut. — J'ai vu sur les bords du Rhin , en Flandre ,

bruit. — Allez , voyagez , voyez ce que l'on fait ailleurs ,

et vous revietidrez excelletis cultivateurs. — Alors, nous

crierons comme aujourd'hui : Honneur ! honneur ! au soldat

laboureur!

Cent mille personnes répètent : Honneur! honneur ! au soldat laboureur !

Ce cii s'entendit à trois lieues à la ronde, et chacun croyait que le ciel tombait.

argent et l'ouvrage va mal à la maison : c'est pis que de brûler sa chandelle parles deux bouts.

Tu manges et bois dans un jour ce que tu as gagné dans une semaine , et ta femme et tes enfans sont sans pain.

Toute fille qui épouse un i\Togne est à bout d'aise ; elle sera battue , vivra dans la misère et mourra de chagrin.

Dans les villes et dans les bourgs , les ouvriers se soûlent le dimanche , puis le lundi , souvent le jour du marché ; ils se battent , font tapage à la maison, mangent tout et tombent dans la misère. Il faut que ça finisse.

Honte aux ivrognes ! point de cabaret , à bas le cabaret , n'entrez pas au cabaret. C'est un gouflTre où le temps, l'argent , la réputation et la santé vont se perdre.

Ecoute ce petit calcul Quand tu bois au cabaret , tu

paies un droit au gouvernement de deux ou trois liards par bouteille: ce n'est pas grand' chose. Mais tu paies le loyer du cabaretier , sa patente et ses impôts ; tu paies encore le ménage, l'entretien, la nourriture, les vêtemens et les fantaisies de cet homme et de toute sa famille : voilà pourquoi il te vend 6 à 8 sous , ce qui lui en coûte 2. Tu vois bien qu'il n'y a pas moyen d'y tenir et que tu te ruines à ce métier là. — Estrce vrai! réponds.

Allons , par ordre de Jacques Bujault , qu'on affiche tout ça à la porte des cabarets, et qu'on le corne tous les jours aux oreilles des ivrognes.

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