‹ ŒuvresChapitre 21 sur 145 · GRANDE COLÈRE DE MAITRE JACQUES. SB · texte numérisé non relu

GRANDE COLÈRE DE MAITRE JACQUES. SB

bu peu , fort peu , très-peu. . . Je le savais , dit maître Jacques , en riant et se frottant les mains.

Le directeur , après avoir calculé , dit : on n'a bu que huit millions huit cent quarante-quatre mille quatre cent sept litres de vin et cent quarante-deux mille quatre cent litres d*eau-de-vie.

Maître Jacques fait un saut de mouton. — Vous vous trompez mon cher monsieur , dit-il , vous vous trompez grandement.

Bonhonmie , reprend le directeur , vous avez raison. Je dis seulement ce qu'on paie , et non ce qu'on boit. Les cabaretiers fraudent » nous le savons. — Aussi je porte à douze millions de litres le vin qui se consomme au cabaret , et à quatre cent trente mille litres l'eau-de-vie qu'on y boit.

Maître Jacques met ses besicles , empoigne le livre ; puis il feuilletait , — chiffrait , — suait , — sautait , — grommelait , — pouffait , — comme si le diable le possédait. — Tout-à-coup il se lève et fuit comme un lièvre au déboulé , criant : le peuple est ruiné , — au secours ! — tout et perdu, — le peuple est ruiné. Nous le trouvâmes sur la place entouré de mille personnes. On y faisait le compte de l'ivrognerie.

Le voici : 12 millions de litres de vin , à 7 sous l'un ou 6 sous la bouteille , font 4,200,000

430 mille lit'" d'eau-<le-vie, à 40 sous le lit'*. 860,000

Bière n • 664,400

Pain , pitance et café n 900,000

Dépenses des ivrognes dans les Deux-Sèvres. 6,614,400

(*) Le peuple et les paysans boivent de la bière; on en trouve partout. — Y a-t-il rien de plus béte? — C'est cher comme noivre, et ça ne vaut rien. — C'est une nouvelle invention du diable pour

nous ruiner.

(**) LMvrogne n'épargne pas. Dès qu'il a bu un coup de trop , il

I^nui doubler CÀiiUi Bomme , dit un mossieu. . . . Pourquoi T ilniimiiilp 1<* vit'ux Jacques 1.... Vous avez compté ce qjïon (|i)|tiMmti liu rutwiret , vous ne dites rien de ce qu'on manque iIm yniftirr. . . . lîfth I c'est la même chose. ... Du tout ; vous «lli^ mo iHMUjU^^ndrt* ; écoutez bien.

1 4» Imuh mutin » l^em^ et Jacques ont chacun vingt sous ^\\tk K*|i\ku**i^t^ - lVm> va travailler , il gagne vingt autres *\ku* » vl U* ï^ùr il en a quarante. — Jacques file au cabaret , {k\{i\\^v ^^ N u^t ï^>U5i . iH^rd sa journée , et le soir il n'a iH M i^\**ï ju*le . dit tout le monde , Tivrogne qui mange \ iM^^ iKH¥t «i^ |H'rd quarante. C'est une chandelle qui brûle ^\ U"* deu\ Inmts; v*là pourquoi le cabaret ruine le peuple.

lN^H\am . tlit un vieillard , la dépense et la perte à dix HullMum .... liicn , reprend un autre ; vous saure:; que , (lHh« lo ilt^imrtement , les contributions foncière , personiipIIo , luubilière et des portes et fenêtres , ne s'élèvent qu'à IhMM millions cent mille francs; les i\Tognes dépensent trois luiii plirn au cabaret. On crie contre les percepteurs ; on ne mvi point contre les cabaretiers , on les paie comptant et gracit^Hc^mcnt. . . . C'est vrai , ditK)n de toutes parts , les cabarotien sont les percepteurs ; ils font leurs affaires tout doucement , »ans contraintes , avertissemens , ni gamisaires. — Se rendre malade et se ruiner pour les cabaretiers ! En vérité le peuple est fou , le peuple est fou , le peuple est fou.

Noufei vîmes sur un théâtre de charlatans , dressé sur des barriques , i\ coté de nous , un homme grand et fort qui criait : attention ! attention ! — Puis il s'appliquait des

Jeteriiit la inaitMiii pnr la fomUrc. — On fait venir la miche et la pitaure ; on prt'nil doux ou trois tasse» do café. — Pour l'ivrogne , rien u Mi chur.

i)u ë évalué celle dépende A 6 Uards par litre de vin. Ce n'esl trop aa- »mà»êot ; car ai beaucoup boivent sans manger , beaucoup dépensent lUlADt en mangeaille qu'en vin.

GRANIS COLÈM OB HÀITBE. JACQUES. il

amfs de poing dans l'estomac , se donnait des soufflets , s'airachaitdespoigDéesdechevenz. Mais le tout bel et bien : il s'y allait de main morte.

Que ùia-tu. , Pretmtaille , dit quelqu'un dans La fouk ! . . . •Je corrige un ivrogne , répondit-il. Le v'Ià qui recommence la ballade et de plus fort. — On riait, vous comprenez.

Ecoutez à présent , dit-il : — Le peuple est un grand lot : il va seul au cabaret , les messieurs n'y vont plus. C'est lui <]ni perd ces dix millions ; c'est lui qui fait vivre le cabaretier. — Mauvaise bête à nourrir I

Il anrait le vin à deux sous la bouteille chez lui ; ille paie sept à la guinguette. N'y a pas moyen d'y tenir. — Savez- Toos que , dans vingt ans , cela ferait deux cent millions , un mcmcean d'argent haut comme le clocher. Le peuple aurait tout ça dans le gousset.

L'un achèterait une maison , l'antre un jardin, un champ , nn pré et la reste. — Moi , je serais m^tre PretintaîUe par^-ci , maître PretintailLe par-là , m^tre Pretintàille gros comme le bras. — Dites si je me trompe. . . . Non vraiment , crie-t-on de toutes parts , c'est la vérité.

Gogoeluchet ! Gogueluchet ! viens ici , mon camarade. — Gogoeluchet monte. — Ecoute -, mon ami , sais-tu ce que

c'est qu'un âne? Un âne I Oui , un âne à grandes

oreilles.... J'entends.... En as-tu mena à l'abreuvoir!... Où. . . . Quand il a bu , peut-on le faire boire encore î non , je t'assure ; c'est impossible.

Bien, mon ami. Mais quand tu es au cabaret , et que tu as assez bu, bois-tu encore ?.. . Oui,.. Et pms encore?... Oui.,. Encore après et toujours î... Oui... Tu es donc plus K-te qu'un âneî... Je ne dis pas ça... Tu le diras. — Il le prend au collet et lui âanque cinq à six tapes. — Le diras-tu î... Oui , oui , je le dis , crie Gogueluchet. . . Eh bien ! nous

"^It

Page 1