‹ ŒuvresChapitre 22 sur 145 · GRANDE GOLËRE DE MAURE JACQUES · texte numérisé non relu

GRANDE GOLËRE DE MAURE JACQUES

On dépense au cabaret 6 millions 600 mille francs. C'est toQvé , les trois quarts par les livres , l'autre quart par la rqwDnerie des cabaretiers. Personne ne conteste.

La perte du temps , vous l'avez calculée. — Mais les ertes accidentelles sur les bestiaux , les récoltes , les entrerises , ne sont-elles rienî

La perte de la santé et de la raison , vous ne le comptez it. Ce qu'il y a de plus fort et d'incalculable, c'est la ■lînution des capitaux , des produits du sol et du travail. «L'argent attire l'argent conmie une misère en entraîne une itie. — Avec de l'argent et de la sobriété, on bâtira parât, partout on fera des entreprises. Vous aurez plus de tail , la terre sera mieux cultivée et donnera le double. — mt cela tombe sur le pauvre journalier et le laboureur qui iiigent tout au cabaret, et n'ont après de courage à rien. ssez les cabaretiers trois fois par jour ; mettez à bas les aeîgnes , et vous verrez.

Au lieu d'un peuple laborieux et riche , en voulez-vous i iiEÛnéant, ruiné, hargneux et querelleur! multipliez les barets , placez-y les écoles.

Par exemple , à Couture-d'Argenson , l'école est dans un baret. — A Saint-Hilaire-la-Palu , on lit sur porte: On nd ici café, bière et liqueurs, — A Cersais, l'école est chez père Bichon , le plus fameux cabaretier du canton d' Arnton-Château. 0 la belle instruction I Pretintaille saute à ire et s'avance au milieu du plan. — Y a-t-il un sot , dit- , qui ose soutenir que j'ai menti d'un demi-mot! Je me its avec lui.

H y a un homme d'esprit , crie quelqu'un , qui soutient le tu as menti d'un bout à l'autre.*. . . .

Ah! c'est toi, père Chicot Oui , c'est moi, ivrogne

cabaretier , faisant les deux professions comme de couime, et patenté pour ça« je m'en vante.

petit. — Pour i^ Pourquoi lcs# connu ?... C'est couche d'argile l'eau comme une coule dessus , in( les bas.

La terre mouilla

ou du mortier. SoM

n'y dure qu'une 9

foison. •

Quand on sème !f

la dessécher ou l'ai

C'est vrai , dit Je dis que sa cha Il y a dix manib le plus simple est tisant. — Vous savi il faut labourer la Voici trois billo:

On les fait de ïi^ jusqu'à quarante. «.

les fait plus petit^'*' plus tôt , un moia Tu sèmes ce que l Le fumier n'est pf • liore. I

ou LA POMME DE TERRE EMPLOYÉE A LA NOURRITURE

DE l'homme.

Mes amis , semez des pommes de terre ; elles vous nourïiront dans la disette , engraisseront votre bétail dans l'abondance.

Fermiers , métayers , propriétaires , donnez de la terre au pauvre , au journalier pour qu ils y cultivent , à moitié , des pommes de terre. — Il faut que tout le monde vive. Cette culture détruira le chiendent et les mauvaises herbes , et le champ sera en bon état pour le blé.

Mais exigez qu'on bine bien et qu'on détruise les herbes; car , sans cela , il n'y aurait pi ponmies de terre , ni blé ; les fainéans sont de mauvais cultivateurs.

Quand le mari se gage , il faut que la femme et les enfans travaillent aux pommes de terre. C'est ce qu'on voit partout ; tandis que chez nous les femmes babillent en tricotant ou en filant à la quenouille , et les enfans de 7 à 8 ans ne sont que de petits ravageurs.

La femme gagne 2 à trois sous par jour , les enfans rien du tout. S'ils cultivaient quelques boisselées de pommes de terre , ils nourriraient la famille pendant six mois , et élèveraient encore un à deux petits cochons.

Il faut aujourd'hui de l'industrie et du travail pour vivre , mes enfans.

Écoutez bien : ne mêlez jamais la pomme de terre au pain ; vous gâterez deux bonnes choses sans profit , et vous serez mal nourris. Sur trois fournées , il y en aura ime de perdue; car cela ne réussit presque jamais bien.

Si vous ne mettez qu'un boisseau de pommes de terre avec deux boisseaux de farine , vous allez voir que c'est \me économie de rien.

Une livre de pain de froment est la même chose , pour nourrir , qu'une livre un quart de pain de bonne méture , ou qu'une livre et demie de pain de baillarge, ou que trois livres de pommes de terre

Voyons maintenant: un sac de pommes de terre ^ qui n'est pas bien plein , pèse 153 livres. Il vaut pour la nourriture , im boisseau de froment pesant 51 livres ; un boisseau et un tiers de méture , pesant 45 livres le boisseau, et un boisseau trois quarts de baillarge , pesant 38 à 39 livres le boisseau.

Si le boisseau de froment , pesant 51 livres , vaut aujourd'hui 6 fr. 10 sous ; la méture , 4 fr. 10 sous ; un boisseau im tiers font 6 fr. ; la baillarge , 3 fr. 10 sous ; un boisseau trois quarts coûteront 5 fr. 2 sous.

Un sac de pommes de terre , pesant 153 livres , vous coûtera de 50 sous à trois francs ; et si vous les cultivez vous-mêmes , et que vos femmes et vos petits enfans travaillent un peu , il ne vous reviendra pas à plus de 20 sous. Comptez tout , et vous verrez que je ne me trompe pas. Car

Vous ne payez ni la ferme du champ , ni les contributions ; ^t, par fainéantise , vous laissez croître les mauvaises ^rbes. Cela empêche les fermiers de vous donner de la ^^ire. On n'a rien sans peine et sans travail, comprenez Cîda.

Voilà donc que, si vous achetez les ponmies de terre 3 fr. le sac , c'est pour votre nourriture , comme si vous aviez 52 livres de frconent pour \m écu ; ou 45 livres de méture pour 50 sous , ou 39 livres de baillarge pour 40 sous.

Si le blé était à ce prix , vous viveriez aisément. Eh bien ! cultivez des pommes de terre, et vous vivrez pendant sept mois , à bien meilleur marché , puisque le sac de pommes de terre ne vous reviendra qu à 20 sous.

Vous allez me demander comment vous mangerez les pommes de terre , comment vous les consommerez , puisqu'il ne faut pas les mêler avec le pain. Je vas vous le dire , mes amis. Mais avant je veux vous prouver que vous ne devez pas les mêler avec le pain.

L'usage est de mettre un boisseau , ou 51 livres de ponmies de terre , avec deux boisseaux , ou 90 livres de farine de méteil.

Cela fait le tiers ; c'est encore beaucoup , et on ne réussira pas toujours la fournée.

Mais ce boisseau de pommes de terre , pesant 51 livres , n'augmente pas la nourriture d'un tiers. Il ne contient que 17 livres de nourriture, et rien de plus. Ainsi, que vous mettiez ce boisseau de pommes de terre avec le pain , ou que vous le consommiez différemment, il n'aura jamais plus de 17 livres de nourriture.

Comprenez-vous cela. Ce n'est pas le poids , le voliune , le nombre des pains de la fournée qu'il faut considérer, c'est la nourriture que tout cela contient.

Si m%et to» desx bo«nHx. oa 90 lirres de métiune vous iut£9 60 Inrrcs de pûi. ¥v^ n'ai aurez que 97 livres, après qae toqs t smcz lyo^é «n boMean , oa 51 livres de poBQanea de teiie.

Cela pèsera plus de 97 Uvres. je le sais; mais cela ne Dûurrim pas davantage; et c'est la nourriture qu'il faut eoDâidérer.

Votre pain sera loord ; il ne trempera pas en soupe; vous le mangerez avec rqragnance; U chargera l'estomac. Puis c'est une épargne ^ rien: d'un boisseau sur six. En vérité, cela n'en vaut pas la peine . et n'onpeche pas d'être malheureux.

Le pain de pommes de terre ne vaut rien ; je n'en ai jamais pu manger. Mais autrement , je les aime beaucoup ; j'en mange dix fois plus que ceux qui cherchent leur pain. Parlons d'abord de la manière de les faire cuire.

La pomme de terre cuite dans l'eau est fade , molle et lavée; enfin elle n'est pas bonne.

Il faudrait une marmite de fer , avec une couverture en tôle , fermant bien. Vous remplissez la marmite de pommes de terre ; vous y jetez un verre d'eau , vous couvrez et mettez à la crémaillère.

La pomme de terre alors est sèche, ferme, farineuse, d'im bon goût et d'une odeur qui flatte.

Mais il faudrait une grande marmite , et vous n'en avez pas; l'argent manque pour en acheter; faisons difTéremment. Il n'y a point de petit ménage qui n'ait un chaudron de fer.

S'il y a cinq personnes dans la famille , il doit contenir 30 livres de pommes de terre : 6 livres par individu , parce qu'on ne doit faire cuire qu'une fois par jour , le soir à la veillée. S'il y a du reste, on le donne aux volailles, au

petitcochon La pomme de terre est une bonne diose;

il n'y a point d'être vivant qui la refuse. I) faut tous les J<ms bénir la Providence de nous Tavoir donnée.

Vous remplissez le chaudron de pommes de terre ; eth ^uite vous ôtez celles qui sont sur les bords et les mettez au milieu , comme si le chaudron était comble.

Vous faites avec de mauvais linge ou de la toile d'emballage un bourlet , en façon d'im petit sac.

On remplit ce bourlet avec du regain , de la mousse , de mauvaises éloupes ou du foin mou. Il ne faut pas presser , et le bourlet ne doit pas être dur.

Vous posez ce bourlet autour de votre chaudron , et vous renfoncez dedans , pour que la flamme ne l'atteigne pas : car elle le brûlerait. Ensuite vous le mouillez avec un balai trempé dans Teau.

Sur le milieu du chaudron vous posez un coussin, fait avec la même toile et rempli des mêmes matières. Alors tout est bien couvert.

Quand le chaudron est à la crémaillère , vous mettez dessus une pierre platte qui presse et scelle tout cela.

Exï chargeant votre chaudron de pommes de terre , vous y mettez ime bouteille ou ime demi-bouteille d'eau.

C'est alors comme si vous aviez une marmite de la grandeur de votre chaudron. Tout cela , mes eitfans , n'est pas bien difficile à faire et ne coûte presque rien.

Ce qu'il y a de bon dans cette méthode , c'est que la pomme de terre est excellente , et qu'il faut une moitié moins de bois poiir la faire cuire.

Vous allez le comprendre de suite. Vous mettez de l'eau dans une chaudière , vous la faites bouillir ; si vous continuez le feu pendant un jour , elle ne sera pas plus chaude à la fin qu'au commencement. La chaleur qui entre par-des-

68 L'AGRICULTURE PC^'ULAIRE.

sous sort par-dessus. Mais lorsque la chaudière est bien couverte la chaleur reste dedans.

Aussi quand les pommes de terre seront à moitié cuites , vous pourrez ôter le chaudron du feu , et le laisser couvert pendant trois quarts d'heure ; elles finiront de cuire.

Quand vous enlèverez le coussin et le bourlet , elles seront encore beaucoup plus chaudes qu'en sortant de l'eau bouillante.

Venons à la manière de consommer la pomme de terre. Il y a , en Irlande , quatre millions d'âmes qui vivent de pommes de terre pendant 9 à 10 mois , et de bouillie d'avoine pendant le restant de l'année. Tous ces gens-là ne mangent jamais de pain , ils n'ont pas de four pour le faire cuire*

En Russie , en Pologne , en Prusse , en Allemagne , en Ecosse , en Angleterre , en Hollande , en Belgique et dans le nord de la France , la population vit de pommes de terre pendant six à sept mois. Tout ce monde travaille et se porte bien.

Demandez aux militaires qui ont fait les guerres de Bonaparte , ils vous diront que c'est vrai , et qu'ils ont euxmêmes vécu de pommes de terre.

Nulle part on ne les mêle avec le pain. C'est une sotte invention qui n'empêche pas de porter son sac au marché !

Il y a deux manières de la consommer, en soupe et comme le pain.

Comment fait-on cette soupe 1 Je vous préviens qu'elle

est excellente et que , pendant six mois , je n'en mange pas d'autre.

Le soir , à la veillée , quand on fait cuire les pommes de terre sans eau , on les pèle et on les écrase toutes chaudes.

On en écrase autant qu'il en faut pour trois soupes le lendemain.

On a un peu de bouillon , n'importe lequel ; avec du lait c*est délicieux : on jette les pommes de terre écrasées dans fa marmite , avec une demi-livre de pain , par 15 livres de pommés de terre environ , puis on sert chaud ; car il faut toujours manger la pomme de terre chaude ; froide , elle ne vaut rien. Voilà encore une raison pour ne jamais la mêler au pain. Cette soupe doit être épaisse.

Faites-en deux et trois fois par jour , et vous ne serez pas malheureux. Le dimanche , vous ferez une soupe au pain si vous voulez.

J'engage tous les métayers , lesbordiers , les journaliers , les artisans à faire cuire la pomme de terre comme je l'indique , et à en faire de la soupe. J'assure qu'ils la trouveront excellente.

Mais f me dira un cultivateur , j'ai du blé chez moi. . . . Mon ami , porte-le au marché , tu en feras de l'argent.

Vous pouvez manger ensuite la pomme de terre chaude à la place du pain. En effet, mes enfans , c'est un pain tout fait. Il a une bonne odeur , un excellent goût. Je vous défie de ne pas le gâter en le mêlant avec de la farine. Il ne vaudra pas après ce qu'il vaut avant.

La ménagère en a toujours dans un grand pot , bien couvert , au coin de son petit feu. Chacun vient y fouiller et le tenailler ne se dégarnit pas.

Vivez donc ainsi pendant l'hiver , mes bons amis , où l'on ne travaille pas de force , et réservez votre petite provision de grains pour les beaux jours et les rudes travaux.

Les enfans ! oh ! les enfans ne mangeront pas autre chose. Vous les verrez courir par le village une pomme de terre k la main, et mes gaillards n'en perdront pas une miette.

C'est bien encore une preuve que la pomme de terre est bonne; car ce sont de petits gourmands qui aiment les bonnes choses.

C'était un vieux soldat du 17® léger. J'ai la consigne , répondit-il , et les polissons qui joueront à la drogue recevront plus de taloches que de pièces de cinq francs.

Le vieux grenadier était aimé, respecté, un petit peu craint ; car il était vif et sévère. Tout alla pour le mieux.

Il fallait voir les habitans de Murville à la fin de septembre. Chacun ramassait sa récolte; tout le monde était occupé , joyeux et content; le village était dans l'abondance et dans la joie.

On vécut toute l'année avec ces produits , et on vendit les trois quarts du blé.

Ce qui arriva ensuite , ainsi que les aventures de Vadeboncœur et du père Thomas avec M. Routinet et maître Ledur , c'est ce que je vous dirai une autre fois ; car l'histoire est im peu longue.

Sachez seulement qu'à quelques années delà , il survint ime grande disette. La récolte des pommes de terre fiit d'une abondance incroyable; elle sauva de la mort les habitans de Murville et de six communes voisines.

Le père Thomas réunit tout ce monde un certain jour. Mes amis , leur dit^il , je vous ai appelé pour rendre grâce à Dieu , du présent qu'il nous a fait. Aujourd'hui la pomme de terre a changé de nom , vous ne l'appellerez plus que le pain de la Providence,

Puis d'une voix de tonnerre, il s'écrie: « Dieu des " batailles ! Dieu du soldat ! Dieu du laboureur ! nous te M remercions de tes bienfaits , bénis nos travaux ! »»

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