‹ ŒuvresChapitre 25 sur 145 · DES PRAIRIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

DES PRAIRIES ANGLAISES

Pierre Labombe , dit le père Abraham , dis-nous comment on fait les prairies anglaises.... Mille canons de bataille ! je le veux, mon ancien. — Donc je suis parti à Ifi ans , et trimé dans l'Italie , à l'Egypte , en Allemagne , a la Russie, et dans le Waterloo, où que j'ai attrapé — mitraille d'enfer ! — 800 francs de pension , le tiers d'ui bras de moins et le ruban que j'avais — — Voilà , mor ancien.

Je te demandes les prairies anglaises , mon ami , je k sais , je sais. — Canonnade , fusillade du diable dès le point du jour. — Par le flanc droit ■ — baïonnettes er avant , au pas de charge , le 35" au centre , moi , premiei grenadier , — et flon ! — flon ! — flon ! — les Russes enfoncés. — C'est la bataille d'Austerlitz , mon ancien.

Ce n'est pas ce que je te demande.

Les prairies anglaises, n'est-ce pas? M'y voilà. — Sui la gauche en bataille ! Turcs , Arabes , Mamelucs , — pas de chrétiens , saprenon ! Une nuée , quoi? vingt contre un.

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— Bataillon carré. — Mêlée de canons, mêlée de mitraille , mêlée d'enfer ! — Coups de fusils , coups de sabre , coups de "baïonnette. — A droite , à gauche en avant.

— Us fuient dans le désert, hors 31 mille qui ont descendu la garde. — C'est la grande bataille d'Egypte , mon wicien. — Il fait le salut militaire , et s'en va.

Le père Abraham y renonce ; Franck prend la parole et dit : Pierre Labombe s'est embarqué , le vaisseau coulé bas dans un combat , lui , sauvé , péché -, prisonnier en An^ gleterre , reconnu par un colonel qui lui dut la vie dans une bataille, il va chez le père et sème , dans 16 mois , deux fois des prairies.

Je vais lire ce qu'il envoyait dans le temps au village : — La terre bien préparée , fine et bien hersée , on mêle ensemble 5 Uvres de raigrass, 1 Uvre et demie de luzerne, 1 demi-livre de trèfle ordinaire , autant de trèfle blanc,, 1 livre de bujoline , 1 demi-livre de chicorée ; — voilà pour 4 boisselées de 15 ares ou 400 toises carrées.

On sème au printemps moitié en long , moitié en large , on herse légèrement.

De suite on sème encore quatre sacs de graines de foin naturel , provenant des prés hauts ou des meilleurs de la ferme , et l'on couvre par un coup de herse de branches et d'épines.

On ramasse cette graine, chaque jour , dans le fenil , à la grange , au pied du tas. Tes quatre sacs contiennent à peine six livres de graines nettes. En Angleterre , tous les aubergistes vendent des graines de foin ; partout on les ramasse avec soin.

L'année suivante , on laisse mûrir ; une partie des graines tombe et améliore la prairie. On bat le foin, et l'on a de quoi semer un autre pré. Néanmoins on ajoute

n L'AGRICULTURE POPULAIRE.

les graines qui n'ont pas mûri , celles trop mures et qui seraient tombées en totalité , ainsi qu'un ou deux sacs de graines de foin.

Cette prairie dure 8 à 10 ans ; on fauche la première herbe , on fait pâturer les regains.

C'est ça , petit tambour , dit Labombe. — Artillerie volante en avant! n'y a pas de meilleur fourrage. — Feu de bataillon, mille baïonnettes! n'y a pas de meilleurs prés. . . Bah ! bah ! dit M. Routinet , encore une bêtise , tout ça ne vaut rien. . . . Carcasse de vieux caisson ! nom d'un çscadron ! répond le vieux grenadier , Pierre Labombe est donc un blagueur, et tu le dis devant le régiment! — Vadeboncœur , passe-lui ton sabre ; nous verrons qui signera la feuille de route ou donnera le billet d'hôpital.

Franck prend le grand sabre de cavalerie à deux mains. — Avance , dit-il , c'est à moi que tu as affaire. . . . Laisse^ donc, petit tambour-major... M. Routinet est mon ami, et tu lui cherches querelle î,Volée de mitraille et de biscams! c'est lui qui m'attaque. . . . Non, du tout. Il dit que ces prés ne valent rien ; cela regarde Wiliame de Kilolar , en Cumberland. . . . Feu de file et de deux rangs I Je lui écris; il me répondra, j'en suis sûr; entre nous il y a fusillade d'amitiés.

Voilà , disent les maîtres gens du conseil , des prairies excellentes. — Rien n'est bon comme un fourrage mêlé. — C'est principalement à nos Bocages , à nos terres fortes et humides qu'elles conviennent. — Mais c'est aux propriétaires à commencer, à donner exemple. Ces prairies doivent changer un jour l'agriculture de ces pays , et , sans elle on ne voit aucuns moyens d'amélioration.

Les vieux prés qui ne donnent rien doivent être convertis en prairies anglaises , après trois à quatre ans de labours et de productions.

Un champ de luzerne défriché, depuis quatre à cinq ans , peut être semé en prairies anglaises , quand on a besoin de fourrages.

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