‹ ŒuvresChapitre 28 sur 145 · DU PLATRE · texte numérisé non relu

DU PLATRE

que le plâtre tue les jeunes prés, c'est erreur et sottise. Mais le mouton n'entrera jamais dans ton sainfoin ou dans ta jeune luzerne ; la mule et le cheval non plus , à moins qu'il n'y reste que peu de jours. Les bêtes à cornes n'y font aucun mal.

Du prix du plâtre, quand et comment on le sème, La prévoyance est la première qualité du fermier. — Achète ton plâtre Tété , pour le printemps ; tu le paieras im tiers ou moitié moins. Le premier épargné est le premier gagné: Tu le piles l'hiver.

Chez nous , les prix varient de 10 à 18 francs le mille. C'est par boisselée , de 20 à 36 sous. — Dix fois moins que le fumier ( et qu'on ne trouve pas ).

En avril , quand la plante couvre la terre , et qu'elle a trois doigts de hauteur , c'est le moment de plâtrer. — Mais la condition essentielle , absolue et nécessaire , c'est que la terre soit mouillée , humide ou très-fraîche. — Avance ou retarde ; mais ne plâtre pas sur une terre sèche.

Le plâtre se sème comme le blé. On le répand ordinairement le matin à la rosée , par un brouillard. — Souvent tu pourrais semer tout le jour. — 100 livres de plâtre donnent un millier de foin , dans un pré bien garni. — Veux-tu le savoir , plâtre quatre années de suite la moitié d'un sainfoin , ne mets rien dans l'autre et tu verras. — C'est ainsi qu'on a fait au village.

Mon ancien , je demande à tirer im coup de canon... Je le veux , Pierre Labombe ; mais pas de bataille. . . Tonnerre d'avant-garde ! En Angleterre , le plâtre ne fait rien , et FEnglisman s'arrache les cheveux. — Cavalerie au galop , chargez cuirassiers ! En Allemagne , le plâtre fait feu de file et bien nourri , et le peuple dit : sans le plâtre et la pomme de terre , il faudrait abandonner nos terres. (Il fait le sâlut militaire et s'en va. )

Essayez du plâtre partout , dit maître Charles , ne plâtrez qu'une portion du champ , afin que le peuple juge. — Fiezvous à ce vieillard de 106 ans , à maître Jacques , à nous tous membres du conseil. — Nous sommes cultivateurs comme vous , nous travaillons , nous écrivons pour nos

amis. Achetez Talmanach, lisez Talmanach, suivez l'aimanach.

Cest par trop fort, dit M. Routinet. — Je me fâche tout de bon. — Des prés, du plâtre, du bétail et du fumier: a-t-on jamais vu chose pareille? On veut changer les anciens usages, j'en suis sûr. — L'almanach est inventé d'enfer. — Y a-t-il un ancien qui ait vu un ancien , qui tenait d'un ancien qu*on faisait anciennement un almanach du cultivateur. — Non , jamais du grand jamais. Maitre Jacques a fourré ça dans sa vieille caboche. — Il fait des bêtises.

Pour assaisonner la sauce , et donner couleur au rôti , je vois 60 à 60 cultivateurs qui fabriquent avec lui tromper le monde. — De quoi s'avisent-ils t C'est abomina ble. — Mes amis , ne les croyez pas ; ce sont des imbé cilles.

Halte-là ! dit Franck , je me fâche aussi ; je tuerais

mercier pour un peigne , un âne pour son licou. — On ne connaît le bon vin aux cercles. — L'habit ne fait pas 1« moine. — La poule noire pond un œuf blanc , et grand cha — peau de paysan couvre bonne tête et jugement. — Appre — nez ça. . . . C'est vrai , mon petit , s'il suit la routine ; aur— trement, non. — Que font-ils t Ils l'étrillent à contre-poil et jusqu'au sang ; sans moi , la bête en crèverait. — A cel^ que réponds-tu ? . . . Vraiment , je ne dis non ; mais crois que c'est bon.... C'est mauvais et très-mauvais, je ne 1^ ^uf&irai pas.

^- wtfifaamv, — ii'.i

M L'AGBICCLTl

Si avec vos deux boissea J faites 80 livres de pain .

après que vous y aurez ajnuti pommes de terre.

Cela pèsera plus de 97 li^ nourrira pas davantage; considérer.

VoUe pain sera lourd ; le mangerez avec n'pugiiance J

Puis c'est uneépar^c de r

En vérité, cela u'en vaut pJ d'être malheureux.

Le pain de ponunrs d<? terc jamais pu manger. Mais autreiJ j'en mange dix fois pius que t Parlons d'abord de la manitTe

La pomme de terre cuile dan lavée ; enfin elle n'est pus bonnJ

Il faudrait une marmite de fa tôle , fermant bien. Vous remplîl de terre; vous y jetez un ' mettez à la CFémaiJJt're.

La pomme de terre alors d'un bon goût et d'une odeur q

Mais il faudrait une grande q pasi l'argent manque pour e ment. Il n'y a point de petit n de fer.

S'il y a cinq personnes c 30 livres de pommes de terre :

qu'on ne doit faire cuire qu'u veillée. S'il y a du reste, on 1

M. ROUTINET.

Tout le monde arrivé , comme de coutume , on vit M. ^utinet , empressé comme une poule qui n*a quim poxilet , ^ant , venant , se carrant , habillé tout à neuf.

Messieurs et mesdames , dit->il , vous avez mon beau portrait ; chacun peut voir ma belle dégaine, — ça fera de l'efifet.

Bfeis je veux couler à fond et mettre en marmelade Talmanach du grand conseil. — J'en fais im aujourd'hui. — Franck , en es-tu t . . . Oui vraiment , je suis de tous les almanachs... Comment le nonmierons-nousl... L'enfant n'est facfle à baptiser , dit le petit.

Il réfléchit ; — Bien , c est ça ; qu'en dites-vous ?

LA ROirriNE DES ROUTINES, OU LE GRAND ROUTINIER

d'hurlubrelu.

Merveille sur merveille , s'écrie M. Routinet , viens que je t'embrasse. — Je commence :

Vous croyez peutrêtre que je viens d'un œuf de canne , pondu l'autre jourî Eh bien! il y a eu 745 grands pères depuis Routinet Jean-Potage , premier du nom , jusqu'à

i 02 L'AGRICULTURE POPULAIRE.

Routinet l'Hurlubrelu, qui est moi. — Je suis une échelle de 745 échelons; ça monte un petit haut, j*espère.

Routinet Jean-Potage , grand brasseur de soupe , écomeur de pot, avaleur de fricot, eut quatre enfans.

Routinet Pied-de-Cochon , c'est de lui que viennent les gourmands.

C'est vrai , dirent Rifandouille, Tailleboudin et Jamaisou , nous savons ça.

Routinet la Barrique.... c'est mon grand père, dit Boisansoif.

Routinet le Manchot : non qu'il eût un bras de moins; mais il avait un poil dans la main , et ne travaillait.

Nous avons le poil , crie aussitôt Jacquet Lambin , Pierre Paulâche et Jean Baillau ; nous avons le poil. C'est le grand père.

Puis eniSn, Routinet l'Enflé!... C'est de lui que vous venez , dit Franck. . . . Précisément , ainsi que les routiniers en culture.... Vous êtes donc le grand cousin des gen$ qui font venir tout à rien , crient contre la terre , n'en trouvent de bonnes , et rendent les bonnes chétives. . .

Tu l'as dit , bel esprit.

Et nous , demande Paf-Paf , d'où venons-nous donc!.., d'une autre branche , mon garçon , de Routinet l'Avaletout , homme de grandes qualités; il mangeait tant qu'il avait, guères ne travaillait, beaucoup buvait, souvent tapageait, et n'avait ni sou ni maille au gousset.... C'est bien là le grand père, répond Paf-Paf; je le connais à ses petits enfans.

La v'ia, la v'ia, s'écrie M. Routinet, la grande et belle famille ! Celle des 500 mille cousins.

Allons, Jadis, fais ton beau discours sur la routine.... Messieurs et mesdames , si vous n'en n'êtes contens , ce ne

M, ROUnNET. 403

ma faute, je Tai travaillé, défriché, labouré, bêché, *^ixié, pioché pendant dix ans.

Jadis. — Dix mille ans avant que le monde.... (Parle F^lxjs haut , dit M. Routinet).

Jadis , criant conmic un voleur : — Dix mille ans avant ^Vi.e le monde fut fait , que fais-tu de tes bras , dit Franck , ^^^ndus à tes côtés. Comment! tu as un moulin sur ta tête, ^^'^ tu ne sais pas qu'il faut les faire virer comme lui?

Jadis , faisant le moulinet : — Dix mille ans avant que ^ inonde fut fait, la routine existait. N'y avait personne ^Vir la terre, et tout le monde vivait à Taise. On ne ^"«jait ni poêlon, ni poêle, ni fritonnet.

On faisait, dit Franck, la fricassée dans son bonnet, ^adis. — ny avait ni blé ni moulin, ni farine ni pain; Comment vivait-on?

Franck. •. — On mangeait une de ses mains, on gardait l'autre pour demain.

Jadis. — On vivait comme on pouvait. A la fin , il vint \m homme, qui eut faim, voulut mang^.

Franck. — CTest juste.... Quand il naît un petit bonhonmie, il lui faut du pain, des pommes.

Jadis. — Il se mit à gratter la terre , mais au bout de deux jours, il avait les ongles rognés, les doigts écorchés. II refléchit pendant trois semaines, qu inventa-t-ill n inventa les mitaines , dit Franck « Ce n*est pas ça, répond M. Routinet. Marche, mon ami. Jadis , qui était à bout de ses flûtes, marchait, allait, venait , faisant le moulinet , et rien ne disait. . . . Que faistu, demande M. Routinet? Je fais ce que vous me dites, je marche.

(Jadis, qui ne suivait le discours, répète ce que dit M. Routinet).

Allons , continue, mon ami.

Allons, continue, mon ami..

Mais parle donc.

Mais parle donc.

Es-tu muet ou fou ?

Es-tu muet ou fou î Sotl je te donne un soufflet.

Sot! je te donne un soufflet.

M. Routinet lui flanque une tape. — Jadis lui en rend deux bien appuyées. — M. Routinet tombe à Tenvers, disant: je vous prends à témoin, vous l'avez vu, vous l'avez entendu; en prison, un procès, faut un procès.

Non , non , répond Franck , — en justice , Frappe d'abord a toujours tort. — Que chacun s'en souvienne.

Mais , au lieu d'une , il m'en a donné deux. . . . C'est qu'if rend ce qu'on lui prête, et paie les intérêts. — Allons, c'est fini , n'en parlons plus.

A toi , mon pauvre Autrefois , commence ton beau discours, dit M. Routinet.

Autrefois , planté comme un piquet , rien ne disait et rien ne savait.

Je ne sais, Franck, quel sujet j'ai traité, répond l'Hurlubrelu ; il m'est sorti tant de belles choses de la cervelle , et j'ai mémoire de lièvre.

Ça ne m'étonne d'un grand esprit, répond le petit.... Vous êtes comme Lustucru, qui en a plus oublié qu'il n'^en a su... C'est vrai, mon ami.

Tu ne sais le beau discours , mon pauvre Autrefois , je le vois.

Dis-moi seulement de quoi il parle.

Peut-être de la pluie et du beau temps , comme tout le monde; mais il n'a jamais parlé devant moi.

M. ROUTINET. 405

tcoute donc bien. De quoi traite-t-ilî Réponds. Je ne ^^^is s'il traite de la gale ou du farcin ; mais je ne Tai vu ^'"^^ter personne , ni bêtes ni gens.

M'entendras-tuî cervelle de hareng ! Sur quoi roulait le '«u discours!

II roulait sur la table , le plancher , la cheminée , peut- ^ t:^e ailleurs.

Tête de lézard, de crocodile et de bourriquet, tu parle- ^■^^î Qu'y a-t-il dedans?

Il y a , dans une feuille , un petit morceau de fromage ^« vache , et dans l'autre une demi-once de tabac.

Laissez-le, dit Franck.... Ah! quelle anicroche pour

)^*alnianach, s écrie M. Routinet! Fais des proverbes, mon

J^tit; n'y a bon almanach sans ça.... Pas plus que de

lK)nnes fêtes sans lendemain, ni de belles mariées sans

rubans , répond l'enfant.

£x;outez , écoutez les proverbes , dit M. Routinet. Franck.... Qui mal enfourne fait ses pains cornus.... Sesogne bien commencée est moitié faite. (Superbe, dit M. Routinet.)

Franck.... La vigne et le poirier, la fille et le pêcher , sont di£Sciles à garder. — A petite occasion , le loup prend le mouton.

(Pas trop mal, mon ami.)

Le premier qui mit de Teau dans son vin fut un grand homme de bien.

Mais celui qui en fera mettre à nos paysans sera cinq cents fois plus grand. — Sur la table , au cabaret , mettez la bouteille et le potet.

(M. Routinet fait la grimace.)

Franck.... Quand le soleil est couché, toutes les bêtes sont à Tombre , et quand le vin est à trois sous les ivrognes 8ont en nombre.

lOa L'AGRICULTURE POPULAIRE.

N'y a rien qui fasse des cousins comme une bouteille de

vin Les ivrognes cherchent leur parenté au-delà de

Mathieu Salé.

A mesure que le vin entre , la raison sort , et petit à petit l'ivrogne s'endort.

Comment , maudit drôle , s'écrie M. Routinet , tu prêches contre les ivrognes ? . . . Je ne savais pas : je ne dirai rien. . . . Parle, mon ami, mais d'autre chose. Tu es maître sur le reste.

Franck.... Qui boit en mangeant la soupe, qiiand il est mort n'y voit goutte. — Celui qui dort en chien écoute d'une oreille et ne voit rien.

(Comme c'est beau , dit M. Routinet.)

Franck.... Le peuple et les enfans aiment le bruit, et celui qui a de bonnes dents aime le pain cuit. — Quand les chats ont des mitaines , les souris dansent la pretintaine.

(Arrête , dit M. Routinet , viens que je t'embrasse —

Dis maintenant tout ce que tu voudras, je ne me fâcherai.)

Franck. — Sans les gens qui cultivent bien , tout le monde chercherait son pain. — Et celui qui cultive mal son champ fait grand tort aux pauvres gens. — Le fainéant et le joueur , l'ivrogne et le mauvais cultivateur , sont bêtes de même valeur. — Le routinier bat le buisson , le bon cultivateur prend l'oisillon. — Ouvre la bouche pour parler, fourre-toi dans l'eau pour te mouiller , suis la routine pour te ruiner.

M. Routinet trépignait comme un enfant qui se dépite ; et Franck riait sous cape , ne faisait semblant de le voir.

Tout-à-coup le petit s'élance au milieu des enfans. Dansons une ronde , dit-il. Il chante , on lui répond : — Les routiniers partiront , dondaine , ils partiront , dondon. — Petit à petit la routine s'en ira , lironfa, elle s'en ira dans la rivière , lironfa lanière.

M. ROUTINET. i07

M. Routinet le regarde de travers comme un chien qui

^'^porte un plumail. Il court à la danse et veut Tarreter.

-^^I^s un drôle Tattrape par un pan de son habit , l'autre

p^r l'autre. Le bel habit est déchiré , l'Hurlubrelu dépouillé ;

*' tombe, perruque par-ci, poêlon par-là , et cinq cents

t^olissons lui passent sur Téchine.

Au secours ! je suis mort (ses acolytes le relèvent) ; je ^\iis crevé ! je suis crevé. . . Ne criez donc pas si fort , Tâne ^ui brait n'est pas mort, dit Franck.

Voyons , remuez les jambes , — les bras , — marchez. "- — Brrrr , rien de cassé , rien de démanché ! — L'aise vous niache. . . Comment ! l'aise me mâche ; j'ai plus de dix bosses dans l'échiné. Où est ma perruque , mon poêlon , mon bel habit tout déchiré... Vous les aurez , dit Franck ; le bourrelier du village raccommodera les harnais.

Venez que je vous couvre crainte de rhume. (Les enfans avaient apporté un attirail , un bagage à ne pas finir. )

Franck lui fait une perruque de filasse , lui met une coiffe de la mère Jeanne sur la tête , et l'attache sous le menton avec un galon ; lui pose une vieille couverture sur le dos , en guise de manteau.

Vous êtes tout-à-fait joli comme ça. Voyez comme tout le monde rit , on est content de vous voir.

Voulez-vous que je continue les proverbes ? Oui , pour me faire tuer tout-à-fait. . . . Faut-il que Jadis cherche dans sa tête quelque beau discours t . . . C'est encore mieux , j'aurais trois tapes au lieu de deux.

Non , non , c'est fini. Mais je dirai l'an prochain un beau discours sur la manière de cultiver , et contre les drôles qui font des bosses dans l'échiné ; je les arrangerai. . . Vous ne ferez mal , dit le petit.

A nous , dit le père Abraham.

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