‹ ŒuvresChapitre 33 sur 145 · AUSSI , BIRIBI · texte numérisé non relu

AUSSI , BIRIBI

II y avait une fois un beau château, avec une belle inadame dedans; elle avait quatre enfans, deux garçons et deux filles , Tune de dix ans , l'autre de six.

Elle dit un jour à un petit galopin , qui était un de ses voisins : je veux apprendre le ménage à mes filles. . . . Déjà , répond le petit.... Qui part de bon matin fait du chemin, dit la madame. . . . Depuis un an , le petit Robin est cordonnier ; maintenant il fait un soulier. ... Il ne l'aurait appris en lisant, non plus qu'en voyant.

Mais vos filles auront belles fortunes.... Que dis-tu là! Petit gaspillage ruine un grand ménage. Le mari gagne , la femme dépense , faut qu'elle épargne.

Ecoute , mon enfant : — La femme est le bon Dieu de la maison; c'est elle qui nourrit le monde et voit à tout. Grand malheur! si elle en est le diable. — C'est à elle à soigner ceux qui souffrent. — Où femme n'y a , malade pâtit. — On meurt faute de soin comme de médecin.

Mais il y a trop d'ouvrage pour des enfans. . . .

Mon petit , les filles ont des jambes pour marcher , des bras pour travailler. — L'activité entretient la santé; e* fille qui agit ne songe à mal. — Chez les garçons, conmm chez les filles, fainéantise est mère de vices. Apprenons leur à tout faire , à ne pas s'épargner. On n'est jamais miei^ servi que par soi-même

Ma foi I je crois qu'elles ne le voudront , elles crieront, se dépiteront. ... Tu ne sais ce que tu dis , mon pamTe aitK La femme veut être maîtresse ; elles le veut en naissiui/ — Faut qu'elle le soit , sinon , dans la maison , elle laissera tout à l'abandon. — L'argent vient clopin-clopant , et fuit en galopant : faut que la femme l'arrête. — Souviens-toi toute ta vie de ce que j'ai dit : faut un apprentissage dans le ménage. — On n'apprend qu'en faisant , et l'on ne sait bien que ce qu'on a fait souvent.

Dès le lendemain les filles furent maîtresses , une semaine par mois , chacune à leur tour. La demoiselle Enuna fit à merveille ; on s'y attendait. La petite Emilie , qui est grosse comme un petit chat et trotte comme un petit rat , ne se sentait d'aise. Elle allait, venait , galopait , disant: Ah ! le rude métier d'être maîtresse de maison ; ne faut avoir les yeux dans sa poche , ni les deux pieds dans un sabot. Puis elle rangeait , dérangeait , arrangeait , et toujours travaillait.

Mais c'est qu'au bout de l'an c'était un charme. Ça payait , recevait , vendait , achetait les menues denrées de ménage , et jamais ne s'épargnait.

Elles tenaient le registre , mettaient tout en écrit. Elles élevèrent trois fois plus de poulets, vendirent quatre fois plus d'œufs , sans compter 30 petits cochons. — C'est qu'à h longue petit débit fait grand profit.

BiOTEN DE RENDRE LES FILLES MÉNAGÈRES. 117

Oh ! la belle manière , dit Franck , faut l'introduire part out. . . . Chez nous les filles et les brus ne sont que des ser- 'Vantes , ne s'entendent au ménage , ni à soigner le malade. — Si la mmtresse n'est pas apprise ( ce qui arrive souvent ) , - — on manque de gagner , on ne fait plus que dépenser , c'est une maison perdue , ruinée , fondue. — Faut qu'à son tour, chaque cotillon soit m£dtre à la maison.

D'ailleurs les grands garçons de mon âge n'épouseront <jue des ménagères; et je laisse Fricotine à M. Routinet.

Elh bien! je la prendrai, dit l'Hurlubrelu , malgré l'almanach. — Vous avez la cervelle brouillée , la tête renversée, et ne valez pas 36 pannerées de sottises. Changer ce qui est vieux comme le monde ! apprendre le ménage aux enfans ! Vous êtes tous fous.

Ecoutez-ça ; ce ne sont des balivernes : — Mon quatorzième grand père, en montant, Routinet Patte-Pelue portait béguin et jaquette à 50 ans , comme les enfans de son âge.

V'Ià qu'il prend fantaisie à sa maman de le marier à 49 ans ; elle le mène agréer à une fille. . . Tiens , ma petite , je veux marier mon drôle , qu'en dis-tu ? . . . Un joli morveux , répond-elle , pour le mettre en ménage; qu'en pensez- vous, ma mère. . . La mère répond : je ne dis ni oui ni non , laissons bouillir le mouton ; dans 2 à 3 ans nous verrons.

Les deux mères manigancent l'affaire. A 51 ans , Routinet Patte-Pelue fut débeguiné , culotté , marié le même jour , à la même heure.

II prenait une enfant , Jacquinette Goguelu la Grand- Dent. Elle n'avait que trente-neuf ans , deux mois , trois jours et cinq quarts d'heure.

Mais elle était jolie comme un bijou : borgne d'un œil , l'autre un petit rouge; tout-à-fait avenante.

Le nez camus , couché de côté. — Ça lui donnait un air cocace, malin, charmant, lutin.

Deux belles dents, tournées en crochet, longues comme le doigt , sortaient de la bouche , Tune qui descend , l'autre qui monte. — C'était un agrément.

Une belle brune , tirant sur le noirtin , comme une jolie petite taupe. 0 la belle femme ! ô la belle femme t

Jusqu'à son mariage, elle s'attifait, se mirait et rien ne ^ savait, même pas faire durcir les œufs... Aussi pendanf^:â long- temps elle tournait l'omelette dans les cendres , brûlait la fricassée , salait cinq à six fois la marmite. — Pour fair^ la lessive , elle éparait le linge sale , à grande averse = quand il pleuvait fort et le bon Dieu lavait.

Eh bien! le croirez-vousî D'ailleurs, c'est écrit: à 8CZ ans, c'était ménagère achevée, la meilleure du pays.

Vous voyez donc qu'il est inutile d'apprendre le ménagi aux filles.

Je comprends vos raisons, dit Franck. Mais Jacquinett^:==^ Goguelu la Grande-Dent , femme de Routinet Patte-Pelue -^ la quatorzième [grand'mère en montant , était une femmes

d'esprit. . . Certainement. . . Croyez-vous que les tilles d'au

jourd'hui soient aussi fines qu'elle?... Non vraiment.. — F^ut donc les instruire plus tôt. . . Du tout , du tout , elle^^ sauront plus tard , et voilà tout f ).

(*) Savez-vous , m'a dit Franck , qui a fait l'histoire des proverbes::^ qui sont dans les almanachs , ainsi que le joli petit moyen de rendr^:^ les filles bonnes ménagères? — C'est toi, mon petit.... Non, c'cs*- M"* Emma Dandre , la femme de M. Aymé , baron de la Chevrelière ^ en Goumay.

C'est une femme d'un grand esprit , et qui est folle de la culture. — Elle ne veut pas que cela se sache , entendez-vous ? N'en dites rien , c'est un secret ; n'y a que trois femmes et moi qui le sachions.... Je ne? lo dirai. — Écoutez , vous qui lirez ça , n'en parlez pas, n'en sonnez mot ; c'est un secret ; n'y a que trois femmes qui le savent.

M. Biijault a parfaitement compris ici toute l'influence de la femmo

MOYEN DE RENDRE LES FILLES MENAGERES. tl9

Comment ! continue notre Hurlubrelu , la routine s'est caché« dans le mënage , et tous la galopez comme im chien gâté ! Laissez-la donc tranquille , faire ses petites affaires tout doucement , comme elle l'entend.

^on , dit le père Abraham ; — la meillenre édueatioii est celle de la maison . — La mère élève les enfans , tandis ipie lep«re est aux champs. — C'est la femme qu'il faut inat™re ; nous ne ferons plus d'almanach sans parier d'elle.

lu campagne. C'est elle, le plus souvent, qui a iïiitAUûKnce im ipriage, el ai celte intelligence était collivée , naos aiiriooa biMitiic "" grands progrès agricoles. J. R.

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