LA MERE MICHEL
regardai la femme , elle n'avait remué. Franck était à côté d'elle. — ^Mère Michel , disait-il , parï^z-œoi donc. D y a dans ma prière qu'il faut avoir pitié des malheureux , j'ai pitié de vous. Parlez-moi donc.
I.*a femme le regarde.... Es-tu Firminî... Non , je suis Franck... Je marcherai , c'est le jugement de Dieu ; viens '^"iens avec moi. — J'ai peur.
On n'avait pas fait 50 pas , qu'elle s'écria : Voici les *^orts et les croix rouges ; Franck ! défends-moi ; ils veu- *^ïitme tuer.
Fuyez , fuyez , dit l'enfant , laissez en paix la pécheresse. ^Ue exécute le jugement de Dieu.
Ils s'en vont , dit la femme. — Dieu est puissant.
On marchait : bientôt elle recule effrayée. — La caverhe
lie la mort, s*écrie-t-elle , j'y tombe.... Qu'est-ce que
c'est , dit le petiti . . . Franck , tu la vois devant toi ; c'est là
que Bastien , tireur de pierre , a été tué par un éboulement.
Les habitans du village n'ont voulu , ni par pitié ni pour
argent , creuser la fosse de mes enfans dans le cimetière ;
je les ai portés , déposés là, 'les uns après les autres. —
Oh que j'ai soiififert I mon cœur saigne encore !
J'avais muré l'entrée , mes enfans l'ont ouverte. — Les vois-tu , tous les cinqt ils me font signe et m'appellent. — Non , je n'irai pas. — Je frissonne et me sens mourir. — Grand Dieu ! ils ont un linceul et veulent m'ensuairer vivante ! Grâce I grâce à la mère coupable , mes pauvres enfans ! Attendez , je n'ai pas miséricorde ; grâce !
Elle tombe. — La malheureuse tremblait comme la feuille, était froide comme la pierre : la sueur coulait sur son visage. — Oh qu'elle souffrait !
Au bout d'un quart d'heure , elle se lève. — Je marcherai , Dieu le veut , dit-elle. Franck ! quitte-moi... Non , je veux
VOUS suivre... Laisse-moi , te dis-je, ne me contrarie pas — Eh bien I approche. — Elle pose une main sur la tête d Tenfant, lève Tautre vers le ciel : Dieu de bonté ! Dieud miséricorde ! s'écrie-t-elle , pardonne à la pécheresse et béni cet enfant qui a eu pitié d'elle.
Elle fuit et disparaît.
Père Abraham , demande une femme , est-ce que 1 morts reviennent î . . . Non , ma chère , répond le vieillard C'est Dieu qui , pour punir la pécheresse , lui fait voir ce dont elle a causé la mort. — Ah ! celui qui a commis crime n'est pas heureux sur la terre ; im serpent lui rong le cœur.
Oui , c'est Dieu qui fait ça ; c'est aussi lui qui a donne la vaccine. — Eh bien ! ne faites pas vacciner vos enfans; résistez à Dieu ; tourmentés ici-bas , vous serez jugés làhaut.
DES œMICES,
^ MOYEN SIMPLE ET FACILE D* AMÉLIORER LA CULTURE EN POITOU , DE MÊME QUE DANS LA FRANCE.
Dis-donc , Franck , sais-tu ce que chantent ces comices qu'on veut faire dans chaque canton , demande Fringuet! . . . Si je le saisi il y a long-temps que j'ai vu ça dans mes voyages.
Un comice , c* est une assemblée: les deux mots ne font qu'un. — Les propriétaires et les bons laboureurs de chaque canton s'assemblent au chef-lieu , un jour de foire ou de marché. Là, ils causent, parlent culture, disant: faut faire ceci , faut faire cela. Puis ils le font.
Bah! reprend Fringuet, d'abord chaud comme braise, ensuite froid comme glace. — Ce sera de Tonguent miton mitaine , ils feront de la bouillie pour le petit chat.
Non pas, ai-je répondu; ils réussiront, s'ils font ce qu'on a fait ailleurs ; je vas vous conter l'histoire :
Un jour il me prit envie d'aller me promener à 6 mille lieues d'ici , dans le royaimic de la Chine , pays le mieux cultivé de la terre. — Arrivé-là, tout m'étonnait. Comment avez vous donc fait demandais-je à un vieux Chinois , pour arriver à si belle culture ?
il 26 L'AGRICULTURE POPULAIRE.
Mon enfant , le voici , me dit-il : — Il y avait une fois , et de ça 4 mille ans, un pauvre vieux, âgé de 700 ans, nommé Zami-Zizi-Zopi , voyant que le pauvre monde n* avait pas de livres , et que les messieurs en avaient trop, il en faisait un petit chaque année pour les gens de campagne ; il mettait la culture en courtes paroles , contait des histoires , amusait le monde et Tinstruisait.
Il était connu de loin ; mais chez lui mal allait , on ne l'écoutait. Un jour il prit son bâton , et s* en alla bien loin, cheminant tout doucement.
Apres 30 années de voyages , il annonce partout que tel jour, en tel endroit , la terre parlera. Le jour dit , on arrivait à pleins chemins : il y eut 25 millions 602 personnes. Mais de chez Zami pas une âme. — Je le vois, dit le vieillard, on n'est pas prophète en son pays.
Zami trace avec son bâton une grandeur dedans le champ. — Creusez-là, dit-il, et la terre parlera. — 100,000 ouvriers se mirent à l'ouvrage , un trou de 100 pieds de bas fut vitement fait ; puis tout le monde écoutait et la terre ne parlait.
On se lassait. — V'ià qu'on trouve une pierre de 60 pieds de longueur et 50 de largeur ; dessus était écrit : Letez ceite pierre.
On la lève en peine prenant. — Ou trouve dessous de petits morceaux de métal (fer, cuivre ou plomb); moins grands que ma main , unis, minces et polis. On lisait sur chacun: Paroles de la terre. TS,nsmie faites des près ^ ou bien qui fera des prés aura du blé. — Veux-tu du blé fais des prés. — Point de fvmier sans prés et sans fnnier point de blé. — La ferre s'épuise jmr le blé , elle se repose par h ]n*é. — Un pi'é rappoi'te plus qu'un blé. — Le pré donne le foin, le foin nourrit le bétail , le bétail fait le fumier et le
DES COMICES. itl
Jumier produit le pmn. — Point de culture sans prés, comme sans fumier point de blé. — Avec le fumier tout vient , et sans pré on na rien, — Qui fait des prés s* enrichit, qui nen fait pas s'appauvrit. — Dans toute terre qui donne du blé , on peut faire aisément un pré. — // nen coûte pas plus pour faire un pré que pour faille un blé. — Après le pré vient le blé. — Malheur à qui ne fait pas des prés, etc., etc.
Enfin sur chaque petit morceau , la terre demandait des prés. Zami en distribua 976 mille aux assistans, et en garda 500 pour lui , qu'il mit dans un petit sac.
Il reprend son bâton et voyage encore pendant 30 ans , bien doucement. — Partout il formait des comices, choisissait les jeunes gens. Allez , disait-il à ceux-ci , chez le percepteur , prenez les noms et la demeure de tous ceux qui ont des métairies dans le canton. Ils le faisaient.
Ecrivez maintenant à ces braves gens: Messieurs, la terre veut des prés ; n'y a bonne culture sans cela , dites à vos fermiers d'en faire. — Mais il n'en feront que forcément, soyez-en sûrs; mettez dans le bail cette clause : tu feras chaque année tant de boisselées de prés , jusqu'à ce que tu en aies telle quantité , que tu entretiendras ensuite. Si tu ne le fais , le bail sera résilié , si je veux , et tu sortiras de suite sans avertissement.
Les propriétaires consentirent à tout. Zami créa 171,325 comices , et l'on fit des prés partout. Alors on eut du foin , du bétail , des fumiers , ensuite toutes les cultures.
Zami revint chez lui clopin-clopant; il réunit tout le monde , conta ce qu'il avait fait, et remit les 500 paroles de la terre. — Les enrages le battirent et le chassèrent, après avoir brisé devant lui les paroles de la terre , qu'ils jetèrent dans im puits.
Aussitât la terre cria: malheur à qui ne fait pas d«a ^
prés ! 11b n'en firent point , et n'en font pas encore , malgr— 3^ que la terre crie depuis 4 mille ans. — Aussi c'est le paj — "^-s des têtus.
Le vieux Zami reprit son bâton , n'écrivit plus , mour de chagrin sur un chemin, disant, en mourant , aux p faites des prés, mes amis, faites des prés. — Et la t cria et crie encore : malheur à qui ne fait pas des prés (*).
(*} Dans le Poitou , le propriétsire ne cultive pas ; la terre est i^ " laboureur et le fermage au maître. (lien est ainsi daos d'autres partio^^ de la France).
Nulle part le propriétaire n'intervient dans l'amélioration de lor^ dcHnaine ; il l'abandonne aux usages , et lee fermiers cultivent comoi^» ont cultivé leurs pères.
Cette intervention du propriétaire n'a été indiquée par aucun fari
vain, par aucune société. Depuis long-temps je la crois néoosaire « et la jette enfin dans l'almanach.
Mais cela ne suISt pas; une idée aussi féconde et toute nouvelle ^
besoin de développement. Si Dieu me prête vie et santé , je ferai im
primer une lettre adressée aux comices , où je traiterai cette queation - Uon opinion est que , sans le secours des propriétaires , Ica comices feront beaucoup en paroles, et rien en réalité.